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Plaidoyer pour l’incertitude

 

choix 
...Ne pas savoir » pourrait être le mot d’ordre d’une nouvelle humanité.

Ne pas savoir qu’un être humain est coupable ou non ; certes il faut une justice. Considérons cependant que tout jugement est une mesure d’urgence, à défaut d’une connaissance plus profonde de la situation, voire un pis aller. C’est peut-être toute la noblesse du métier de juge que d’assumer l’imperfection de tout jugement et c’est la noblesse des défenseurs que de cultiver le doute. De même, dans notre vie quotidienne, ne pas émettre de jugement et, quand l’urgence le rend nécessaire, alors qu’il soit limité à la situation présente.

Ne pas savoir l’avenir, au risque soit de l’inconscience, soit du désespoir. Savoir, c’est arrêter de prospecter, d’inventer ; savoir, c’est contraindre l’action dans une seule direction quand ce n’est pas l’empêcher tout à fait.

Ne pas savoir les catastrophes à venir, sans pourtant ignorer toute menace ; voir cependant que l’inattendu se manifeste davantage dans la réalité que dans notre imaginaire de demain.

Ne pas savoir le passé, et pourtant cultiver la mémoire comme une chose fragile et vivante que le temps transforme aussi. Ne pas savoir les recettes, garder la tradition vivante et ne pas savoir non plus qu’il faut de ce passé faire table rase.

Ne pas savoir les réponses, sauf à titre transitoire, et seulement comme des hypothèses toujours réfutables ; considérer même qu’une hypothèse non réfutable est une croyance personnelle qu’il serait déraisonnable de vouloir imposer à autrui.

Ne pas savoir qui a tort, qui a raison, savoir seulement qu’on peut toujours approfondir le débat et que la vérité peut passer de l’un à l’autre, en fonction de la lumière changeante sur l’objet de notre discussion.

Ne pas savoir même notre ignorance, Ne pas savoir sans en faire une religion. Continuer malgré tout à chercher, à élaborer, continuer à chercher le savoir, tout relatif soit-il ; ne pas désespérer de nos fragiles appuis, de ce que l’on croit savoir, avoir l’audace de croire que l’action peut s’en nourrir.

 


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