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Archives des Editos par dates de Pierre Auguste

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Gouvernance Transversale

GOUVERNANCE TRANSVERSALE

Nous avons un gouvernement. Et plus si affinités. Électorales. Voici maintenant les législatives.

Nous sommes repartis vers des batailles intra et inter partisanes qui mettent une nouvelle fois l’économie et ses acteurs dans l’attente d’éclaircissement des horizons politiques. Le citoyen replonge dans le doute dont il espérait sortir.

Le nouveau président nous a annoncé et mitonné un gouvernement resserré constitué de ministres sélectionnés sur des critères de compétence plus que sur des obédiences politiques. L’intention est bonne.

Mais les citoyens qui ont un peu vécu savent ce que le mot organisation veut dire. Ils n’ignorent pas qu’il y a toujours quelque écart entre intentions et réalisations.

Chacun sait que la diminution du nombre de cases de l’organigramme d’un système complexe a pour effets positifs d’augmenter l’autonomie et la responsabilité des responsables. Elle suppose la confiance et a pour impératifs antagoniques d’accroître le besoin de polyvalence des titulaires, de maîtriser la circulation de l’information, de coordonner sans relâche au risque de susciter des ingérences et de créer le besoin d’une surveillance sans défaut…

Compétence et polyvalence ne peuvent toujours être assemblées sur toutes têtes et sur tous sujets.

Il est toujours plus long qu’on ne l’estime le temps qui mène d’une situation initiale à une situation plus satisfaisante en passant par des objectifs, des projets, des programmes, des financements, des décisions, des actions…

Les implications« transversales » sont plus nombreuses, les processus d’étude plus nécessaires, les domaines impactés plus divers, les effets inattendus plus gênants, dès lors que les problèmes sont vastes, complexes, imbriqués, coûteux…

Dans les annales des ministères, les exemples abondent de projets avortés, de programmes sans fin, de problèmes irrésolus, de problèmes défunts quand naît leur solution.

De nombreux exemples de transversalité de la gouvernance peuvent être trouvés dans les intentions, les objectifs, les programmes et les actions concernant la réduction du chômage qui a occupé et épuisé tant de responsables depuis bientôt un demi-siècle.

Force est de constater qu’en ce domaine, hormis quelques secteurs de pointe comme l’industrie aérospatiale, notre société est loin d’être en « l’état scientifique » décrit par Auguste Comte. (1798-1857)

Nous sommes au vingt-et-unième siècle et nous nous partageons plutôt entre l’état théologique et l’état métaphysique.

Comme naguère on processionnait avec des bannières pour demander la pluie, nous défilons aujourd’hui avec des banderoles pour demander des emplois.

Comme les antiques Grecs, nous faisons appel à tous les dieux de l’olympe et à l’arbitrage de notre Zeus élyséen pour qu’ils régentent tous les détails de nos vies.

Finalement nous baignons dans « l’anarchie mentale » et « l’anarchie sociale », stigmatisées par notre auguste et glabre positiviste que nous préférons occulter derrière la luxuriante pilosité du plus jeune Karl Marx (1818-1883), dont les idées reprennent d’ailleurs du poil de la bête à l’approche de son deuxième centenaire.

Nonobstant la féminité gouvernementale, la barbe revient en grâce et gagne en pouvoir !
Mais la transversalité est toujours dans l’enfance.

L’emploi ne se crée pas au ministère du travail, le travail passe par l’économie et des projets, l’adaptation à l’emploi passe par l’enseignement, on n’accepte pas un travail sans se soucier du logement, on ne choisit pas un logement sans se soucier du transport et de la position géographique des écoles.

Pour l’entreprise c’est d’abord l’économie, les clients, les savoir-faire et la survie qui commandent. Pour le citoyen et sa famille, c’est souvent la géographie.

Chaque ministère voit midi à sa porte. Et la porte de l’emploi est toujours ailleurs.

Pierre Auguste
Le 31 mai 2017

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Par Pierre Auguste le 2017-05-30

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Les Grands Mystiques de la Politique

 

Nous avons un gouvernement. Nous voilà enfin sortis des présidentielle et de cette constellation Caméléon aux couleurs mimétiques et changeantes. N’en déplaise, aux poètes, aux férus d’onomastique et d’anthroponymie, le nom de cet espace céleste a rimé avec celui de nombreuses stars de la politique.

D’aucuns ont voulu y voir la main de quelque Dieu organisateur de conjonctions de politiciens, de poètes, de philosophes, de commentateurs, morts ou vifs. D’autres y ont vu l’occasion de rappeler aux citoyens qu’il n’y a rien de nouveau sous les myriades de soleils de l’univers. Voici ainsi rallumée la querelle entre la fatalité des caprices divins et le déterminisme. L’une et l’autre se jouent de l’homme et de ses volontés.

Peut-être avez-vous éprouvé le vertige induit par ce mesclun de salades servi par l’actualité. Pour n’en fâcher aucune, nous ne classerons pas ces ombres qui ont défilé sur les murs des cavernes médiatiques. Nous ne nous hasarderons pas à dénombrer obédiences, corporations et coteries, ni à rappeler les ordres d’entrée en scène, de mérite, ou de notoriété des acteurs.

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Par Pierre Auguste le 2017-05-23

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Fricoteurs, Comploteurs, Tricoteuses

 


Nous avons un président. Le peuple attend du nouveau. On lui en a promis. Il avait déjà connu l’évolution, le renversement, la révolution. Il a failli avoir le dégagisme et le redressement. On lui promet la rupture avec le système. Personne ne sait ce que nous avons perdu ni ce qu’il pourra bien nous rester à subir.

Partis, camps et courants sont sortis divisés des élections primaires. Pulvérisés par les secondaires ils tentent de se ré-agréger dans les tertiaires.

Tous se prétendent démocrates. « Et en même temps », ils ne peuvent supporter les autres, récusent toute idée qui ne procède pas de leurs préjugés auxquels ils jurent fidélité. Les idées en sortirent divinement multipliées, les esprits diaboliquement embrouillés. Les favoris durent s’effacer. Place fut faite aux seconds ou tiers couteaux, qui se disent et se croient prêts à trancher les nœuds gordiens.

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Par Pierre Auguste le 2017-05-16

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Fin programmée du progrès

 

Nous avons un Président.

L’élection du président de la République se prépare de longue main par une publication édifiante. La mode en fut lancée par Louis Napoléon Bonaparte qui publia en 1844 « L’extinction du paupérisme. » Ce fut son premier pas pour devenir notre premier Président de la République…en 1848. Et voici le huitième de la cinquième !

Le paupérisme n’est toujours pas éteint, mais il semble que nous ayons échappé au pire dont certains des candidats nous menaçaient en tentant de se faire élire en se recommandant de l’extinction du progressisme.

Depuis la nuit des temps l’humanité a pris la mauvaise habitude de travailler à améliorer sa condition en maîtrisant le feu, en taillant et polissant la pierre, en coulant le bronze et battant le fer, en inventant l’élevage et l’agriculture. On a voulu nous faire croire que ce furent de grandes fautes d’avoir, de fil en aiguille inventé l’industrie textile et, machinalement, développé le machinisme qui permit accessoirement de condamner l’esclavage par lequel les plus forts sous-traitaient leurs fatigues.

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Par Pierre Auguste le 2017-05-09

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Imbroglio Cérébral

 

Il s’est toujours trouvé des présomptueux pour prétendre simplifier la vie et concilier les inconciliables. L’histoire et l’actualité en disposent autrement. Chaque situation appelle une situation plus compliquée, chaque appel à la concorde multiplie les discordes, le personnel politique s’éreinte à refuser ou à réformer les réformes. De préférence à contretemps. Les grands œuvres sont toujours inachevés et l’histoire n’est guère qu’un enchaînement de cafouillades.

Pendant des siècles, nos rois se sont employés à « arrondir leur pré carré pour en faire un hexagone. » Mais « en même temps », comme disent aujourd’hui les zélateurs de la synthèse, ils ont concentré le pouvoir en s’appuyant sur la féodalité qui fut le prototype de l’organisation territoriale de la République.

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Par Pierre Auguste le 2017-05-02

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Qualification Scientifique & Disqualification Politique

 

Par les hasards de son errance quotidienne entre les chaînes de télévision, le citoyen a vu s’enchaîner toutes choses et leur contraire. Il est ainsi passé de l’inévitable et désespérante chronique des élections présidentielles à une émission sur les espérances ouvertes par la mission spatiale Rosetta. C’est un peu tiré par les cheveux de la comète mais quelque dieu facétieux semble avoir commandé cette concomitance de l’odyssée spatiale de l’espèce humaine et de l’odyssée électorale, quinquennale, nationale.

L’idée est extravagante de rapprocher des programmes politiques au ras du sol et un programme de navigation dans les espaces infinis qui effrayaient tant cet Auvergnat de Paris qu’était Blaise Pascal.

On peut en faire trois conclusions : Il y a différentes manières de tirer des plans sur la comète ; Les états d’esprit, les promesses et espoirs scientifiques et politiciens sont à des années lumières les uns des autres ; Plus les politiciens manquent de notoriété, plus ils s’adonnent à l’ivresse des cimes de l’expression.

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Par Pierre Auguste le 2017-04-25

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Plans, Projets, Programmes

 

La politique est un sport de glisse. Les plans sont glissants, les projets patinent, les programmes dérapent.

Notre quinquennat finissant n’a échappé ni à la règle, ni à la fatalité par lesquelles rien n’advient comme prévu.

Pour sauver les banques menacées par la ruine des « sub primes » le gouvernement précédent avait dû « trouver l’argent où elle était » comme on disait naguère. Les prélèvements obligatoires s’étaient envolés et la dette nationale s’était creusée selon l’orientation des axes de référence des commentateurs politiques.

Après avoir déclaré la guerre à la finance, le successeur a cherché partout des capitaux.

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Par Pierre Auguste le 2017-04-18

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Chaud-froid climatique. Retour à la nature

 

Les écologistes et les ornithorynques sont apparentés. Ce n’est pas tellement parce que l’ornithorynque est un animal singulier pondant des œufs, allaitant ses petits, portant un nom d’oiseau, un bec de canard et un manteau de fourrure.

Ornithorynques et écologistes sont deux manifestations de l’évolution qui ont émerveillé les savants et bousculé la classification des mammifères. Ils ont surtout les propriétés communes d’avoir un petit cerveau, toutefois plus grand que celui des plus petits mammifères fossiles connus, et d’être dotés du sens de l’électro-perception qui leur permet de détecter les proies par leur champ électrique. Les uns et les autres savent qu’ils sont entrés dans une ère dite Anthropocène qui risque de les faire évoluer vers l’anthropophagie.

Nous avons tous entendu ce message des savants selon lequel nous sommes à la terre ce que l’astéroïde fut aux dinosaures. Mais nous savons aussi que l’accident cosmique qui provoqua leur disparition eut des conséquences fort longues à se dissiper, que les dinosaures sont morts de faim par la disparition de la végétation, sans avoir eu le temps d’inscrire le principe de précaution dans leur constitution. Les écologistes savent tout cela mais en tirent des conséquences qui vont à rebours du bon sens.

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Par Pierre Auguste le 2017-04-11

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Hébétude et Certitudes

 

En cette intense agitation préélectorale nous en entendons…de toutes les couleurs !

On se demande où ces étourdis en mal de suffrages ont bien pu trouver toutes les sottises dont ils nous abreuvent. Fut-ce en leur intellect ou en celui des citoyens consultés ? Quoi qu’il en fût, l’autosatisfaction qui sourd de tous les discours n’induit guère que pessimisme et dubitation. Nous voilà perdus, comme Hermione :

« Où suis-je, qu’ai-je fait ? Que dois-je faire encore ?

Quel transport me saisit ? Quel chagrin me dévore ?

Errante et sans dessein, je cours en ce palais.

Ah ! Ne puis-je savoir si j’aime ou si je hais ? » (Jean Racine ; 1639-1699 ; Andromaque)

L’une des plus belles perles du futur collier quinquennal aura sans doute été cette velléité macro-structurelle de réinstaurer un Service National Obligatoire d’une durée de… un mois ! En voilà une idée novatrice !

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Par Pierre Auguste le 2017-04-04

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Palabres sous l'arbre de la connaissance 16-Mésestime de l'humanité

 

Au terme de ces tours de piste préparatoires à l’élection présidentielle, l’enfant du peuple, que je suis, est agacé par la mésestime dans laquelle les protecteurs du peuple tiennent l’humanité. 

Mépris, rancœurs et pessimisme sourdent de la plupart des discours. Selon le distillat que l’on peut en faire, l’humanité se partagerait en deux catégories irréconciliables. D’un côté ceux qui ne sont bons qu’à exploiter leurs semblables et qu’il faut impitoyablement matraquer. De l’autre ceux qui ne sont bons qu’à être exploités et qu’il faut pitoyablement mettre en curatelle.

Finalement les discours ont l’effet inverse de celui qui est attendu. Les uns se mettent en position défensive en attendant des jours meilleurs. Les autres attendent qu’on les protège du pire faute de recevoir le meilleur.

Chacun voit croître et se multiplier la médiocrité dans laquelle nous entraîne cette asthénie attentiste. Mais nul ne mesure bien les efforts à consentir pour enfin en sortir.

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Par Pierre Auguste le 2017-03-28

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Palabres sous l'arbre de la connaissance 15-Informatique et Information

 

L’homme est un animal paresseux. Le plus oisif de la nature. Mais c’est un paresseux créatif qui a beaucoup travaillé pour s’épargner des fatigues. C’est ainsi qu’il a inventé l’esclavage, le joug, le collier, l’animal de trait. Pour se déplacer plus rapidement et sans efforts il a inventé les éperons, et plus tardivement les gaz chauds. Pour ne pas surcharger sa mémoire, il a inventé la tablette d’argile. Pour compter sans se lasser il a inventé les bûchettes, les jetons, le boulier, plus tardivement la Pascaline, plus tardivement encore l’ordinateur.

Pour transmettre l’information sans peine, il a inventé le messager, les ronds de fumée, les signaux lumineux, plus tardivement l’imprimerie, et successivement le sémaphore, le télégraphe, le téléphone la radio, la télévision et finalement Internet et le téléphone, portable sur les trottoirs. Désormais nul ne peut ignorer ce que font et où sont ses proches, même les plus lointains.

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Par Pierre Auguste le 2017-03-21

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Palabres sous l'arbre de la connaissance 14-Médecine et Technologie

 

Le poète disait que « l’homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux. » 

En nos temps de religion écologique, on n’a toujours pas peur des mots et on dirait plutôt que l’homme refuse d’être un animal comme les autres.

L’homme a toujours dédaigné ces médiocres cadeaux de la nature que sont les maladies, les difficultés d’assurer sa subsistance, la prison de sa complexion. Et c’est ainsi qu’il a inventé Médecine et Technologie qui sont sœurs jumelles, filles d’Audace et de Génie. Et qui taillent leur chemin au cours du temps en conservant les acquis par une quête opiniâtre du renouveau.

On peut y voir une leçon politique qui disqualifie les batailles perpétuelles opposant conservateurs et progressistes.

Certes la médecine et la technologie ont chacune leurs spécificités mais elles se sont souvent rencontrées sur les méthodes et les moyens. Elles partagent de plus en plus leurs recherches et leurs actions sur des objectifs et des objets communs.

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Par Pierre Auguste le 2017-03-14

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Palabres sous l'arbre de la connaissance. 13-Du travail estudiantin au travail professionnel

 

Des voyants ultra-lucides nous annoncent la fin du travail. On se demande à quoi servira leur cerveau quand ils ne pourront plus le faire travailler.

S’il est un mot de la langue française qu’il faut employer avec précaution c’est bien celui qui désigne la principale occupation des hommes et évoque la plupart des actions qui leur procurent les moyens de vivre. Allez expliquer cela aux sommités qui se sont mises en travail pour accoucher de notre suprême souris politique et prétendent penser pour nous.

Contre toute logique on tente de nous faire accroire que le travail rémunéré est menacé d’extinction. Par une singulière conception de la société on veut oublier que le travail salarié résulte d’un excédent de charge des entreprises et des entrepreneurs individuels.

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Par Pierre Auguste le 2017-03-07

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Palabres sous l'arbre de la connaissance 12-L'esprit de justesse

J’avais en projet d‘écrire une page sur les mathématiques. Je n’y ai pas tout à fait renoncé mais j’en ai banni le titre car le mot « mathématique » est un épouvantail. D’emblée il vous fait perdre la plupart de l’audience que vous escomptiez. Escompter c’est déjà compter. Et compter est gênant pour les bien-pensants qui ont négligé d’apprendre à compter, ou qui veulent dépenser sans compter… l’argent des autres.

Sauve qui peut revoilà la mathématique !

En notre pays où fleurissent tant de bons mathématiciens, nous traînons une prévention contre les mathématiques que nous devons en partie à Blaise Pascal. (1623-1662).

J’ai une grande admiration pour Pascal, mathématicien précoce, précurseur du calcul des probabilités, inventeur de la roulette et du limaçon, physicien de première grandeur, constructeur d’une machine à calculer, créateur d’une entreprise de transports publics par coche…J’avoue ne pas le suivre quand il propose de parier sur l’existence de Dieu ou oppose esprit de géométrie et esprit de finesse pour se défendre des brocards de son copain Méré qui lui reprochait de s’enfermer dans un monde inaccessible au commun des mortels.

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Par Pierre Auguste le 2017-02-28

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Palabres sous l'arbre de la connaissance 11-Les Arts

 

Nous vivons sous l’emprise des systèmes. C’est un excellent système. Nous y trouvons la source de tous nos malheurs car la crise systémique est à la fois la rage, la peste et le choléra de la société d’aujourd’hui. C’est reposant pour le sens de la responsabilité.

Autrefois le système était modeste et se contentait de systématiser les pensées. Avec le progrès tout est devenu système.

Les philosophes n’avaient pas attendu les technologues pour nous « ensystémer ». Chacun y va de son petit « systus » pour nous apprendre à vivre.

En tête de son« Système Des Beaux Arts » Alain (1868-1951) affirme que chaque œuvre parle pour elle-même par l’émotion qu’elle produit. Tout semble là être dit et bien dit. Cela n’empêche pas l’auteur d’en écrire deux-cent-cinquante-deux pages et, si l’on ajoute ses « Vingt Leçons Sur Les Beaux Arts », ses « Entretiens Chez le Sculpteur » et sa « Visite au Musicien » cela fait cinq-cents pages à parler de choses qui parlent d’elles-mêmes.

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Par Pierre Auguste le 2017-02-21

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Palabres sous l'arbre de la connaissance. 10-Sur les chemins de la complexité

 

La technologie naquit le jour où un primate se saisit d’une branche morte pour atteindre un fruit hors de portée. Cependant qu’un sien cousin cassa quelque noix avec un caillou.

La rencontre de ces deux familles et de ces deux techniques engagea l’humanité sur les chemins des complications sociales et de la complexité technologique.

Nous laisserons aux politiciens le soin de démêler et emmêler les complications sociales. Nous, héritiers d’homo faber, savons que c’est en forgeant qu’on devient forgeron. Nous assumerons notre « bornitude » en réfrénant toute tentation de divagation sur les sentiers, rebattus et bourbeux, de la politique. Nous nous bornerons donc ici à la complexité technologique et systémique.

Après les avoir améliorés en les appointant, et après les avoir essayés à de nombreux autres usages, les deux compères s’avisèrent de rabouter leurs outils pour améliorer les performances de leurs chasses et mieux trucider leurs concurrents.

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Par Pierre Auguste le 2017-02-14

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Palabres sous l'arbre de la connaissance. 9-Système Thermodynamique de la Planète Terre

 

Jamais je ne donne de conseils afin de laisser à chacun le choix de ses actes et l’exercice de ses responsabilités. Mais je me plais à donner des avis. Surtout quand on ne me les demande pas. Chacun en fait ce qu’il veut.

En écoutant les discours teintés d’écologie, il me vient souvent à l’esprit que la complexité de la machinerie thermodynamique de la terre appelle à la circonspection, au travail et à l’humilité. Il faut être savant avant de prétendre y changer quelque chose.

Voici ce que je crois en avoir perçu.

Comme bien d’autres corps astraux notre planète est née par accrétion autour d’un noyau dont on ne connaît ni la masse initiale, ni la composition, ni l’état, ni l’énergie cinétique, ni l’énergie interne. Des collisions successives avec d’autres éléments de tailles et de natures diverses, astéroïdes, comètes, déchets épars, ont nourri l’astre en cours de développement ou lui ont arraché des fragments. Gigantesques ou petits, des chocs plus ou moins cataclysmiques ont changé la masse, le niveau d’énergie cinétique, électrique, le magnétisme, les pressions, les contraintes mécaniques ou tectoniques, le volcanisme, la radioactivité…

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Par Pierre Auguste le 2017-02-07

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Palabres sous l'arbre de la connaissance. 8-Entre Matière et Énergie

 

Quand on se mêle de palabrer sur les savoirs, on finit toujours par être confronté au problème insoluble de l’énumération et de la classification des sciences.

Notre titre est une ruse pour échapper à cette fatalité.

Einstein nous a appris que la masse de la matière et l’énergie sont équivalentes. Et chacun sait désormais qu’entre ces deux entités tout bouge, même ce qui paraît immobile. C’est souvent visible à l’œil nu. Cela se confirme jusqu’au-delà des télescopes et en deçà des microscopes.

Il a fallu des générations de mathématiciens et de physiciens de toutes sortes pour comprendre que tout bouge, mais selon les lois de la cinématique, et interagit mais selon les lois fondamentales de la dynamique et de quelques autres lois intérimaires qui donnent matière à employer des monceaux toujours renouvelés de cette matière grise qui ne rechigne pas devant le travail.

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Par Pierre Auguste le 2017-01-31

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Palabres sous l'arbre de la connaissance. 7-L'Instruction civique

 

L’instruction civique est une discipline à éclipses. Elle va et vient dans le firmament scolaire. À chacun de ses retours, nous en faisons une nouvelle lune comme jadis nos ancêtres, mais avec des appellations soumises aux lunaisons politiciennes.

L’instruction civique n’est guère qu’un besoin sécrété par le civisme. Mais le civisme est entré dans une longue phase d’évanescence.

Les mœurs évoluent au rythme des idées qui sont très changeantes. Le droit suit, mais à son rythme quinquennal. La tolérance des mœurs engendre le laxisme juridique. Finalement le civisme et l’instruction civique sont en en opposition de phase.

L’ouverture du monde, l’évolution des sciences et techniques, la propagation des idées, les mouvements de population, la contagion des conflits, appellent des réformes, toujours trop tardives, conduites dans l’urgence, souvent trop partielles.

Force est de constater que nous vivons dans une confusion qui appelle une phase de mise en ordre des esprits et des comportements.

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Par Pierre Auguste le 2017-01-24

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Palabres sous l'arbre de la connaissance 6-La morale

 

En nos temps d’indiscipline, la morale est une discipline de vie élastique et toute relative. En nos temps d’errances de l’enseignement, la morale est une discipline à programmer. Sans domicile fixe, tantôt elle se loge avec la philosophie, tantôt elle cohabite avec l’instruction civique, tantôt elle est oubliée car on ne sait plus où la mettre, ni qui la doit enseigner.

En nos temps d’intelligence, libertaire et libertine, chacun a sa morale, individuelle et portative, qu’il enseigne volontiers à autrui mais se garde d’appliquer.

En nos temps nihilistes, la Morale n’existe pas et n’est pas enseignable. Et la morale publique est partie à vau-l’eau et à vau-le vent.

Il y aura bientôt zéro virgule huit siècle que j’ai reçu ma première leçon de morale d’un instituteur qui n’était pas un apôtre du laisser aller. Il en avait écrit le texte au tableau noir qui commençait ainsi : « Un jour j’ai jeté une croûte. Mon père est allé la ramasser. » C’était un appel au respect du pain, du travail, des métiers, des champs cultivés. En bref, au respect des hommes.

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Par Pierre Auguste le 2017-01-17

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Palabres sous l'arbre de la connaissance. 5-L'Histoire

 

L’Histoire est sans doute l’un des secteurs du savoir humain les plus foisonnants et suscitent le plus de doutes, de controverses, de renouvellements.

Faut-il s’en étonner ? L’Histoire est un univers en expansion. Omnidirectionnelle, elle est ouverte à tout, dans le temps, en son amont et en son aval par les travaux des historiens, des archéologues, des anthropologues, des généticiens, des géologues…

Rien n’est plus difficile à appréhender que l’histoire. La vie se déroule partout en même temps. Chacun en est un témoin, mais partiel et temporaire. Nul ne peut la percevoir ni la rapporter en son ensemble.

Les historiens ne se fient qu’aux écrits fiables, aux témoins dignes de foi, aux indices matériels dûment avérés. Et c’est déjà là une immense tâche car les obédiences, les intérêts personnels, les doctrines, les faux semblants, les méfiances, les désirs de nuire, se liguent pour travestir les faits, à la source, en amont de l’écriture, et pour s’adonner au révisionnisme en sont aval.

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Par Pierre Auguste le 2017-01-10

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Palabres sous l'arbre de la connaissance. 4-Éloge de l'Inutile Savoir

 

 

Si l’on organisait un concours pour désigner celui qui a appris le plus de choses inutiles, je me présenterais avec la certitude de décrocher la palme.

Rassurez vous, je ne ferai ici ni l’inventaire de mes diplômes, ni la table des matières de mes lectures, ni la liste des enseignements reçus de la vie et des êtres que j’ai rencontrés, ni l’énumération des leçons que j’ai cru donner.

Sachez toutefois que mes cursus scolaires et professionnels ont été imbriqués et tortueux, que mes curiosités personnelles ont été changeantes mais opiniâtres, que le tout fut à la fois improvisé et prémédité, aléatoire et organisé, lacunaire et éclectique.

Comme bien d’autres écoliers je ne faisais pas de fautes sur « les mots d’usage », je savais accorder le participe passé, et je rédigeais « en style correct mais avec peu d’idées ». Je connaissais les tables arithmétiques. Je faisais sans faute les quatre opérations et la règle de trois. Je savais calculer la masse d’un parallélépipède de tel métal pour peu qu’on m’en fît d’abord calculer les trois dimensions et sans même qu’on m’en donnât la masse volumique qu’on appelait alors la densité.

Je m’insurgeais du sort réservé par les Romains à Vercingétorix, je vibrais au son du cor de Roland, je ferraillais avec Jean Le Bon aux côtés de Philippe le Hardi. Nonobstant quelques exceptions, je trouvais fort convenables les lignées de nos rois, de leurs ministres, de nos scientifiques, des auteurs de nos dictées, récitations et lectures.

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Par Pierre Auguste le 2017-01-03

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Palabres sous l'arbre de la connaissance. 3- La fiction du prêt à l'emploi

 

En un peu plus d’un siècle, la société française a été marquée par une formidable mutation. Deux guerres mondiales, la colonisation-décolonisation, l’industrialisation de l’économie, l’exode rural, l’expansion urbaine, le progrès technique, la naissance de l’organisation européenne ont montré notre aptitude au changement.

Depuis quelques années le monde entier subit une autre marée de bouleversements. La croissance démographique, la mondialisation, l’instabilité ou l’agressivité de certains états post coloniaux et/ou post totalitaires, les conflits ethniques ou religieux, les migrations massives qui en résultent, mettent à rude épreuve notre résilience. Ii est d’ailleurs significatif que cette notion, toute mécanique, soit utilisée pour conjurer la fragilité ressentie de notre organisation sociale et de notre moral.

C’est sans doute l’occasion de nous remémorer la phrase célèbre selon laquelle : « Foudroyés aujourd'hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l'avenir par une force mécanique supérieure. » Tout mécanicien sait qu’une mécanique devient supérieure par le nombre, par la juste masse, par la vitesse, par la complexité, par l’humanisation, notamment pour un bon couplage entre machine et opérateur humain.

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Par Pierre Auguste le 2016-12-27

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Palabres sous l'arbre de la connaissance. 2- La culture du corps humain

 

Je vais vous faire deux confidences.

• Les débatteurs et les débatteuses qui nous appellent à voter pour leurs fondamentaux me semblent un peu étroits de l’os frontal ce qui nuit à leur largeur de vue.

• Moi qui suis un musculaire, j’ai toujours pris du plaisir à bousculer les purs esprits. 

Il en est qui sont enfermés en leur carcasse comme dans une armure leur interdisant de se gratter l’oreille gauche avec la main droite et qui poussent des cris d’horreur quand ils assistent à un numéro de contorsionniste.

Les fans de Juvénal classent « un esprit sain dans un corps sain » au rang des merveilles de la nature. Ils savent que la culture du corps humain ne se limite pas au culturisme et que la gonflette fabrique des musculatures qui ne sont pas toujours très esthétiques. Notre machinerie est capable de performances et de prouesses qui forcent l’admiration.

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Par Pierre Auguste le 2016-12-20

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Palabres sous l'arbre de la connaissance. 1-La Langue Nationale

 

L’esprit religieux a voulu qu’une âme en vaille une autre. La morale a voulu qu’une vie en vaille une autre. Le politiquement correct voudrait maintenant qu’une intelligence en vaille une autre. Laissons la paternité de ces affirmations aux amateurs de métaphysique et aux doctrinaires. Examinons les réalités de la vie, en physiciens positivistes.

Le quinquennat scolaire et universitaire n’est pas encore fini. Nous voici repartis dans les palabres académiques des élections primaires. Nous ne sommes pas encore sortis de la gamberge. L’arbre de la connaissance est toujours plus branchu et, à l’inverse de l’amour de la mère, tous n’en ont pas leur part, personne ne l’a tout entier.

Les discussions réitérées et les querelles récidivantes laissent en suspens la question de savoir quelles doivent être la répartition et la concaténation des missions et des tâches dans le vaste système évolutif en charge de ce qu’autrefois on nommait Instruction Publique. Aujourd’hui les frontons et documents officiels affichent l’appellation d’Éducation Nationale, Enseignement et Recherche, que les utilitaristes nommeraient plutôt formation et préparation à l’emploi.

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Par Pierre Auguste le 2016-12-13

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La Grande Marche des Déambulateurs

 

Tous ensemble, ouais ! De Nation à République, marchons pour la vieillesse.

Vieux, nous le sommes, ou tous le deviendrons.

Oui, vieux camarade ! Vieux, tu l’es déjà. Toi l’aîné, le vioque, le vieux débris. Tu sucres les fraises. Tu te décatis de jour en jour. Tu es monté en grade dans la pyramide des âges. Tu y seras bientôt cinquième dan.

Tu vas devoir t’habituer à la dualité du discours bien-disant du politiquement correct et du vocabulaire décapant qui révèle l’esprit réel de la société. Le politicien « en campagne » te parlera gentiment de ta longue vie de labeur et de ta retraite bien méritée, cependant que le politicien « en responsabilité » guignera ce que tu auras économisé « pour tes vieux jours ».

Certains rêvent d’octroyer un droit au revenu universel. Des économistes ont découvert et s’étonnent que ton revenu en fin de parcours soit plus élevé que celui des pauvres et de ceux qui commencent à travailler aujourd’hui. Pour dispenser la richesse « ab ovo », il va falloir abonder par milliards les budgets de la générosité. Même si ton magot, « abondé » sous à sous, est modeste, prépare-toi à avoir des « sucis ».

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Par Pierre Auguste le 2016-12-06

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Réseaux immatériels

 

On nous a tout dit des réseaux sociaux. Nous savons presque tout de leur intérêt et de de leurs dangers, de leurs influences et de leurs vanités, de leur efficacité et de leurs abus, de leurs fulgurances et de leurs banalités, de leurs élégances et de leurs vulgarités, de leurs amusements et de leur ennui…

Bien qu’ils soient assimilés à un univers virtuel les réseaux sociaux ont un support bien matériel qui garde la trace de nos cogitations et de nos échanges.

Qu’il s’agisse des grands serveurs, de la masse des ordinateurs individuels ou collectifs, des moyens de transmission qui leur sont associés, les réseaux informatiques sont portés par la matière, l’énergie et la lumière qui sont consubstantielles si l’on en croit les scientifiques.

Nous voilà à l’aube de l’informatique quantique qui nous promet des prouesses et nous réserve des surprises car personne ne sait encore bien ce dont il s’agit.

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Par Pierre Auguste le 2016-11-29

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Économie et Économistes

 

Chacun peut l’observer, la politique et les politiciens nous trompent, l’économie et les économistes se trompent, les médias mélangent tout. Et nous, peuple souverain, baignons dans le chaud-froid de nos certitudes et de nos incertitudes.

L’économie est le clou auquel est accrochée toute notre vie matérielle et culturelle.

Que la « main invisible » du marché arrache le clou et tout s’effondre.

Après être entrée en certitude comme on entre en religion, la science économique est entrée en doute, en humilité, en méditation. Mais les économistes ont la foi indéracinable. Dans l’urbi de l’enseignement et l’orbi de la politique, ils tiennent toujours les mêmes discours. On est fondé à se demander comment et pourquoi après les écrits de Friedrich Hayek (1899-1992) et les récentes crises on peut encore être pur Keynésien, monétariste, étatiste totalitaire. Vive l’état ! Mais impartial, partiel et régalien.

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Par Pierre Auguste le 2016-11-22

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Pleins feux sur le plein-emploi

 

S’il est un sujet qui ouvre des questions sans réponse, c’est bien celui du plein emploi.

Toujours en quête d’échantillons représentatifs, les statisticiens s’interrogeaient déjà pour savoir à combien commence l’infini. Ils se posent aussi la question de savoir à quel pourcentage de personnes au travail commence le plein emploi.

La situation de non emploi se présente un peu comme un hall de gare où s’entrecroisent des voyageurs en partance, en transit, arrivés à destination, et même des gens qui n’ont nulle intention précise.

En ce monde, où tout est relatif à la position de l’observateur, chacun a son idée sur la « chose ». Entre les chômeurs qui sont tous les jours dans l’urgence et les gens « casés »pour qui rien ne presse, il y a ceux qui ne songent au sujet qu’aux rythmes des échéances électorales et de la publication des statistiques. Comme les amants infidèles, les inversions de courbes oublient les rendez-vous.

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Par Pierre Auguste le 2016-11-15

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Ékoge du Libérai-Dirigisme

 

Moi citoyen, je suis plutôt d’un naturel enjoué mais je suis aujourd’hui d’humeur bougonne. Il en est ainsi quand j’entends nos dirigeants tenir des discours sans nuances. Ils me font penser à ces systèmes mécaniques détraqués qui ignorent la complexité et ne savent aller qu’en butée, droite ou gauche, haute ou basse.

Il en est ainsi de nos politiciens qui se piquent de dirigisme et ceux qui ne jurent et parjurent que par le libéralisme. Certes il existe des règles générales de pilotage des systèmes, mais chacun a ses sujétions et ses lois spécifiques. Tout le monde le sait sauf certains politiciens, on ne pilote pas de la même manière une bicyclette et une automobile, un avion de chasse et un gros porteur, une barcasse et un sous-marin nucléaire, une PME et l’économie d’un grand pays.

L’économie ne connaît guère le cas général. Elle est plutôt faite de l’addition d’une, multitude de cas d’espèce tributaires de la nature des objets, des circonstances, des conjonctures. Même les hommes politiques les plus enjoués n’échappent pas à la bougonnerie lorsque les réalités contrarient leurs ambitions, leurs espérances.

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Par Pierre Auguste le 2016-11-08

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Economie. La chose et la science de la chose

 

Ami lecteur, je suis d’humeur taquine. Les discours entendus en sont la cause.

Comme aurait pu dire Alexandre Vialatte, l’économie remonte à la plus haute antiquité. Elle n’eut nul besoin des économistes pour exister. Les économistes sont de purs produits de l’économie des temps moderne. Arrivés tard dans le concert des savoirs, ils sont héritiers des comptables et des scribes sumériens. Ils feignent d’être les ordonnateurs de toutes choses. Bien qu’ils ne soient pas fainéants, en leur royaume ils sont, en quelque sorte, des rois feignants.

L’économie est née d’un lent et progressif processus de rupture de l’isolement de l’homme, de la famille, de la tribu, de la société pour augmenter la diversité, la qualité, la quantité des produits et services nécessaires à la vie et à son agrément. Les principaux moteurs du développement ont été la division du travail, la spécialisation, l’organisation des échanges, l’invention de la monnaie devenue marchandise.

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Par Pierre Auguste le 2016-11-01

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Facéties dans l'air du temps

 

On dit que le ridicule ne tue pas. Mais ceux qui prétendent nous gouverner finiront par nous faire mourir de rire. Voilà pourquoi nous passons tant de temps à pleurer. C’est le temps de la désespérance.

Le sommet de la ridiculité est atteint par ces grandes âmes qui veulent réécrire l’histoire pour la faire entrer dans le droit-fil de leurs doctrines.

Chacun la veut comme ça l’arrange. Cela commence par l’éternelle querelle de la date du commencement de l’histoire. Certains la font naître en 1789, d’autres ne veulent la connaître qu’après 1936, d’autres après 1958, d’autres encore après 1981. Toute la demi-éternité de leur amont ne serait que ténèbres.

Avec eux la lumière vint !

Oubliés Celtes et Gaulois. Oubliées les invasions des Romains, Francs, Goths, Wisigoths, Vikings, Huns, Vandales, et Maures. Exit Vercingétorix, Gergovie, Alésia, les Champs Catalauniques et toutes les résistances qui pourraient entacher la belle idée fausse selon laquelle la France aurait toujours été une terre d’accueil.

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Par Pierre Auguste le 2016-10-25

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Candidatures primesautières

 

Nous voilà partis pour les primaires. En notre système politique, l’élection présidentielle avait la primauté. Mais en notre logique cartésienne, elle est reléguée en position secondaire dans les échelles du temps et des importances.

De jeunes étourdis s’y mêlent aux vieux briscards pour solliciter les suffrages. Bah ! Il faudra bien que jeunesse se passe. Espérons que cela ne sera jamais à coups malencontreux de sceptre sur les têtes qui dépasseraient, ni à coups intempestifs de serpe dans des institutions qui se surpasseraient ou trépasseraient.

Mais que de temps perdu à préparer des argumentations spécieuses, énoncer des balivernes, critiquer ce qui ne procède pas de l’excellence cérébrale de nos excellences républicaines.

Attardons-nous sur quelques propositions émises par de jeunes outrecuidants qui veulent se faire « couronner le chef d’un tortis de lierre » et prétendent nous apprendre à vivre.

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Par Pierre Auguste le 2016-10-18

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Économie. Du Totalitarisme au Tarissement

 

En regardant s’agiter, et en écoutant ces gens qui nous gouvernent, le citoyen de moyenne cérébralité est saisi d’effroi. L’une de ses lancinantes questions reste sans réponse : Où nous conduisent-ils donc ces étourdis ? Mais « la question ne sera pas posée ». Nobody n’ose car les acquis sont précaires. Même pour la classe pensante.

Dans notre chronique, nous nous obstinons à enrichir l’inventaire toujours ouvert des contradictions, des contresens, des contrevérités, des contretemps, des contrariétés, des controverses, dont nous abreuve la classe politique. Alternances, coalitions et cohabitations n’y changent pas grand-chose car concurrents et adversaires trouvent toujours des arrangements doctrinaux ou circonstanciels entre frères, cousins et copains.

Selon toute probabilité, sur le long terme, le prélèvement fiscal à la source du revenu abondera moins les budgets publics que l’inventaire des incohérences de la gouvernance.

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Par Pierre Auguste le 2016-10-11

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Conservation et Innovation

 

Il faut se méfier des idées qui voguent dans l'air du temps. Les plus stupides parviennent à s'ancrer dans les têtes les mieux faites. Les plus courtes finissent par trouver place dans les têtes bien pleines.

L'esprit démocratique aidant, les têtes politiques sont les plus menacées car il ne faut fâcher personne pour se faire élire. Au pays de l'égalité, toutes les idées et toutes les voix se valent. Et chacun est libre de fraterniser avec les imbéciles.

Moi qui suis issu de la tribu des Gabales, authentiques lanceurs de javelot, j’ai la tête moyennement faite et moyennement pleine. Je m'étonne de voir qu'en notre pays Gaulois, on s'accorde aujourd'hui pour mettre les conservateurs au pilori et hisser sur le pavois les novateurs. Et vice versa.

Les étourdis qui nous gouvernent, ou aspirent à nous gouverner, excellent pour nous expliquer ce qu'ils sont les derniers à comprendre. Eh oui, la synthèse est chronophage et requiert des catalyseurs à prix de platine !

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Par Pierre Auguste le 2016-10-04

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La Guerre Sans Nom

 

C’est la guerre ! Le mot a été lancé par la catapulte de la communication.

Il faudrait savoir pourquoi nous sommes dans une guerre sans nom, sans fin, sans front, sans lois, sans l’avoir déclarée, sans protagonistes bien dénombrés. Mais il faut laisser cette tâche aux historiens et aux littérateurs. Ils ne demandent qu’à abonder par leurs ouvrages la longue et sanglante épopée humaine. Chacun veut s’inscrire dans la continuité de Thucydide, de Plutarque, de Michelet, de Lavisse, de Max Gallo.

Les politiciens se rêvent plutôt dans l’action avec Périclès, Alexandre, Louis XIV, Bonaparte, Clémenceau, de Gaulle.

La mer méditerranée fut longtemps un lac romain. Certes les Arabes s’y sont largement installés et ont souvent convoité ses rives nord. Mais qu’ils aient été cantonnés dans les rives sud ne saurait accréditer l’idée selon laquelle la « mare nostrum » serait le siège d’un naturel mouvement respiratoire de l’histoire.

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Par Pierre Auguste le 2016-09-27

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Universalité et universalisme

 

L’univers est grand. On nous a appris qu’il est en expansion.

On nous dit maintenant que l’expansion s’accélère. La gravitation se transmettrait par des sortes de cordes vibrantes et quantiques à la fois. Mais que l’on sache, les cordes transmettent les efforts par traction, on voit mal comment elles pourraient pousser l’univers à « s’expansionner » toujours plus vite.

L’univers est encore vide d’explication.

Personne ne nous dit le comment, le pourquoi ni jusqu’où iront les immensités. C’est le grand silence. Il n’y a rien de bien nouveau loin du soleil. Déjà, Blaise Pascal « flippait » : « Le silence des espaces infinis m’effraie.»

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Par Pierre Auguste le 2016-09-20

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Universelle rêverie

 

Ils sont tous devenus fous. Nul pays, nul parti n’y échappe. L’idée dormait dans des grimoires. Pour briller au firmament politique les ambitieux agréent ce dernier avatar de l’extinction de l’inextinguible paupérisme. Le revenu universel est revenu. Désormais il hante et enflamme les bons esprits. Même l’Homo faber républicain est touché par cette grâce dont nul ne sait si elle sera efficace. *

Le débat sera sans doute comme on les aime car il commence dans la confusion. D’abord dans celle du vocabulaire. Les uns parlent de revenu, d’autres d’allocation, d’autres encore y voient un salaire en oubliant l’étymologie du mot qui a successivement désigné une dotation en sel des soldats romains, la solde des militaires et finalement la rémunération d’un travail. Arguments et arguties ne manqueront pas de sel.

Des appointements au traitement en passant par les dégrèvements, bien d’autres appellations sont possibles. Notre société de compassion ne tardera pas à ajouter à cette prestation une indemnité pour nous « consoler de vivre » !

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Par Pierre Auguste le 2016-09-13

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État de droit et devoir d'État

 

La conjoncture politique est aventureuse. Par une étrange fatalité, les meilleures intentions civilisatrices finissent souvent en conflits armés.

Nous autres les Européens, et plus encore nous citoyens français, et avec nous les mimes politiques qui nous représentent, sommes engagés dans un dangereux slalom entre l’État de droit et le devoir d’État.

Nous avons cru que nos us et coutumes et le droit, par lequel nous les avons mis en pages et en volumes, avaient valeur universelle et allaient pouvoir être mondialisés.

Bien imprudemment nous avons ouvert sans précaution les fenêtres de l’information, les portes du commerce, les voies des transhumances humaines et économiques.

Les bonnes âmes attendaient le « gagnant-gagnant ». Force est de constater qu’il y eut aussi des perdants.

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Par Pierre Auguste le 2016-09-06

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Des mots pour ne rien dire

 

« Donnez-moi deux lignes de la main d'un homme, et j'y trouverai de quoi suffire à sa condamnation. » Cette phrase attribuée au Cardinal de Richelieu (1585-1642) pourrait faire pendre haut et court quelques hommes politiques d’aujourd’hui auxquels on promet déjà pis que pendre. Il y a des mots qui tuent. Non la cible mais l’archer. Et avec les progrès du mauvais esprit il suffit désormais d’une ligne ou d’un mot pour être réprouvé.

Nous voilà entrés dans la constellation des élections présidentielles qui, de lustre en lustre, embrase esprits et ciel politique par une pluie de météores.

Les surenchères sont ouvertes. La grande manœuvre des entonnoirs est commencée pour maximiser le recueil des voix.

Les discours doivent être courts pour être écoutés, percutants pour être entendus, sélectifs et segmentés pour être convaincants, simplifiés pour être mémorisables. Comme on dirait au pays de Mistral, l’authenticité, la logique formelle et la syntaxe en sortent estrassées, escagassées.

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Par Pierre Auguste le 2016-08-31

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Le Roi s'amuse

 

La rentrée est là. Une nouvelle génération de bacheliers cherche une suite pour sa vie. Et des raisons d’espérer un emploi.

Cette dernière couche de citoyens ne peut ignorer que Victor Hugo avait vu interdire sa pièce, le « Roi s’amuse », le soir même de sa première représentation. La monarchie de Juillet avait bien vite retrouvé le chemin de la censure.

Bousculée par Internet, notre « Monarchie Républicaine de Mai » est bien tentée de restreindre la liberté d’expression. Mais l’exercice de la censure n’est guère praticable sous le régime de l’ubiquité des moyens modernes de diffusion.

L’antidote de la liberté est dans les us et abus de la communication. Désormais le pouvoir est condamné à écrire et parler plus haut, plus fort, plus faux, plus continûment que tout le monde.

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Par Pierre Auguste le 2016-08-23

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Innovation et concours de circonstance

 

Des politiciens viennent en procession à la télévision pour appeler à l’innovation. Sur l’air des lampions, qui n’est pas nouveau. Les projets novateurs et les processus innovants abondent sur le papier. Ils sont plus rares sur le terrain. Allez savoir pourquoi ils ont tant de mal à sortir du champ des intentions !

Le mot innovation est brumeux. Nul ne sait ce qu’il contient ni ce qu’il cache. Il y a des degrés dans l’innovation. En certains domaines elle est plus difficile, ou plus incertaine, ou plus folle, ou plus coûteuse, ou moins judicieuse, ou trop tardive…

C’est une mission des états et des grands systèmes banquiers de lancer des grands projets novateurs. Les grands programmes sont porteurs d’innovation, en eux-mêmes et en leurs composantes. L’innovation s’y manifeste à tous les étages mais elle ne peut généralement pas être mise en tête d’arborescence d’un projet. Elle se déploie dans le cadre de sous-traitances quand on lui accorde la primauté.

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Par Pierre Auguste le 2016-08-16

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Ressources humaines et ressources de l'homme

 

Il est loin le temps où le serf était attaché à la terre.

Il est révolu le temps du nationalisme étroit et protectionniste qui limitait et contrôlait les mouvements des richesses et des hommes.

Il est en voie de révolution le temps de l’Europe avec sa préférence communautaire, son espace policier, ses frontières externes passoires, ses ambitions unitaires toujours différées.

La mondialisation bouscule les mœurs, déplace les populations, délocalise les entreprises, fait tourbillonner le commerce, affole les capitaux.

Principe de précaution oblige. Des voix s’élèvent pour protéger notre économie.

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Par Pierre Auguste le 2016-08-09

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La gonflette des compétences

 

Nous vivons dans la culture de la gonflette. Pour s’en convaincre il suffit de regarder la publicité. Commerciale et politique. Le phénomène est mondial, et généralisé. C’est à qui soufflera le plus fort dans les trompettes de la renommée.

Sur les plages s’exposent des rondeurs diverses.

En notre beau pays, pour l’enflure nous ne craignons personne. Notamment pour valoriser nos talents déficients.

L’air du temps en apporte des effluves, les faits divers en donnent des signes, les spams des messageries en communiquent les spasmes. Des demandeurs d’emplois pratiquent la gonflette des compétences comme un sport à la mode. Dans leur curriculum vitae certains embellissent les parcours, forcent le trait sur leurs compétences, usurpent diplômes et titres. Les auteurs en sont divers, parfois insoupçonnables.

Les conséquences de ces tricheries sont parfois lointaines et inattendues.

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Par Pierre Auguste le 2016-08-02

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Empire du Spectacle et Spectacle des Empires

 

Les empires sont plutôt créés par les empereurs potentiels.

Les candidats inavoués sont nombreux. Tous les régimes, y compris les républiques, en sécrètent comme les organismes vivants sécrètent des humeurs.

Tout détenteur d’une parcelle de pouvoir estime que tout irait mieux s’il élargissait son emprise géographique et politique. L’empire est un cumul que personne n’a su endiguer.

Pour bâtir un empire, il faut de l'ambition, de l’initiative, de l’opportunisme, de la chance, de la volonté, du talent de persuasion, de l’esprit de décision, quelque peu d’amoralité. Tout étant relatif, il faut aussi des concurrents modérés.

Pour vivre heureux il faut vivre caché. L’empereur établi ou en devenir est donc malheureux. Peut-t-on devenir et rester empereur sans se donner en spectacle ?

La vaillance commande de se faire voir des troupes, de se jucher sur des tribunes ou des pavois pour haranguer ses pairs qui s’accrochent à leur parité, présider des cérémonies civiles, se faire acclamer par les foules, prendre du repos bien en vue sur un trône.

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Par Pierre Auguste le 2016-07-26

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Chemin cahoteux du vice et de la vertu

 

Nous avons vécu, vivons et vivrons encore des temps étranges et prodigieux. Rien n’est nouveau sous le soleil et pourtant tout y recommence comme en chaque donne d’une éternelle partie de cartes.

Les interdits lui semblant trop nombreux, une jeunesse nouvelle voulut naguère interdire d’interdire. Le laisser aller ayant fait le lit du pis-aller, il semble maintenant que le sexe et l’argent devront gouverner autrement et que fleuriront d’autres interdictions qui susciteront d’autres appels à la vertu.

Si l’on en croit les plaidoiries qui ont agrémenté l’actualité judiciaire, il se passe dans les lits des choses que la morale réprouve et que le droit ne saurait sanctionner. Mais si l’on en croit certains éclaireurs de l’esprit public, la société a besoin d’un retour à des pratiques vertueuses car nous ne cherchons et ne trouvons guère aujourd’hui la trace des vertus que dans notre hymne national.

Nous avons vu des procès se transformer en conférence d’éducation sexuelle pour adultes en recyclage. La presse nous a régalés d’une distinction entre libertinage et carnage des ébats collectifs.

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Par Pierre Auguste le 2016-07-19

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Le temps qu'il fait.Le temps qui passe

 

Lhomme est obnubilé par le temps qu’il fait.

Le temps qu’il fera nous préoccupe tellement que la météo nous en parle avant, pendant et après le journal télévisé. C’est un grand bien pour le moral car le temps est moins changeant, plus encourageant et plus prévisible que la politique.

L’homme est obsédé par le temps qui passe.

Poètes et philosophes, scientifiques et médecins, religieux et gourous, politiques et patrons, bref tous ceux qui nous veulent du bien, se liguent pour nous rappeler que nos temps sont comptés. Chacun les compte à sa manière.

Le temps est subjectif. On s’en s’arrange en le manipulant selon les lieux et les circonstances. Soit par compression, soit par expansion.

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Par Pierre Auguste le 2016-07-12

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Les grands méchants morfaloups

 

Nous avons interpelé et taquiné ici les tenanciers de ces grands systèmes qui tendent à « s’instituer en états dans les états ».

Comme la mule du Pape, le petit peuple de ce grand peuple britannique a de la mémoire. Il vient de décocher un méchant coup de sabot à cette trop maudite union européenne. En filant à l’anglaise. Il avait pourtant longuement regimbé sans que quiconque y prisse garde et posât la question de savoir s’il n’y avait pas là un mal en incubation risquant de mettre à bas tout une Europe en gésine convulsionnaire.

En s’élevant par des propos synthétiques on est vite hors sol et loin des réalités. Donnons du corps aux idées par des exemples vécus de ce que peuvent produire la cupidité, l’impérialisme, l’autoritarisme, la volonté de durer qui s’inscrivent en bon rang dans la liste des grands maux de nos temps troublés. Mais tous les temps le sont.

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Par Pierre Auguste le 2016-07-05

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Esprit de Corps et Administration des Esprits

 

« Ô saisons, ô châteaux », pleurait le tout jeune Arthur Rimbaud revenu du Bonheur.

Nous revoilà entrés sous le signe zodiacal de l’électoralisme réducteur et séducteur.

La République a des saisons qui font pleuvoir les promesses d’érection de châteaux en Espagne. Le journalisme a ses marronniers, la politique a ses conjonctions calendaires. Pour rester au fil du temps, les écrivailleurs de discours politiques braquent leurs lunettes astrales sur les corporatismes qui ressurgissent à l’horizon.

La segmentation du corps électoral prend le pas sur la segmentation de la chalandise commerciale. Individus et groupes sociaux reçoivent chacun, comme à Noël, leur petit cadeau enrubanné de bleu ou de rose.

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Par Pierre Auguste le 2016-06-28

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Diversité, Adversité, Perversité

 

Il n’y a rien de bien nouveau sous le soleil. Et sous la pluie.

« La France est une nation qui s’ennuie, la France s’attriste », disait déjà en 1847 Lamartine, las de la politique, las des musées, bientôt las de la monarchie de juillet.

Ainsi fut ouverte la porte au second empire.

La France s’ennuie répéta Pierre Viansson-Ponté le 15 Mars 1968 en lever de rideau du grand amusement d’amphithéâtres et de rues, que nous donna « ce joly mois de may » soixante-huitard, qui induit encore aujourd’hui des nostalgies en des têtes trop blanches pour leur âge.

Ainsi fut appelée, en réaction, une belle marée blanche qui déferla sur l’Assemblée Nationale et prépara le retrait anticipé de Charles de Gaulle, ce dangereux révolutionnaire qui agressa les conservatismes encore « à l’œuvre » aujourd’hui.

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Par Pierre Auguste le 2016-06-21

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Souveraineté et Grands Systèmes

 

L’humanité avait une longue pratique du partage des territoires et des souverainetés.

Hormis de vastes espaces polaires, maritimes ou aériens, nulle parcelle n’échappait aux répartitions consenties. Les eaux, les airs et les terres internationales sont soumises à des règles spécifiques encore évolutives. Le libéralisme et la mondialisation sont venus perturber les habitudes et bousculer les souverainetés territoriales.

La libre circulation des populations, des capitaux, des idées, des informations, du travail, des objets culturels, des marchandises et des entreprises est loin d’être totale. Elle nous réserve encore bien des surprises, des incohérences, des désaccords.

L’expérience a montré que deux périls majeurs et opposés ont été sous-estimés : l’ouverture et la fermeture des frontières sans précaution.

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Par Pierre Auguste le 2016-06-14

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Repères et Repaires

 

On nous l’écrit et le récrit à longueur de colonnes. On nous le dit et redit au fil de toutes ondes. Nous avons perdu nos repères. Tous sauf moi. Et peut être toi camarade !

Tout fout le camp nous dit-on. C’est exagéré. C’est oublier tout ce qui est déjà parti sans espoir de retour.

En ce monde où tout bouge les repères sont difficiles à repérer. Chacun se réfère à un système d’axes attaché à son nombril. Les mouvements y sont relatifs, ce qui épargne quelques vertiges et donne le sentiment que seuls les autres sont à la dérive.

Les rois Ubu qui nous gouvernent font penser à cet élève aviateur qui apprenait à négocier un virage. Pour faire un virage à 180° à gauche, lui dit son moniteur, tu prends un repère sur ton aile gauche. Tu engages ton virage et quand ton repère passe sur ton aile droite, tu as viré à 180 °. L’avion se mit à tourner en rond. L’apprenti avait pris pour repère son feu de position !

Ainsi va la politique. Dextrogyre ou sénestrogyre, elle évolue sans regarder au loin, l’œil rivé sur ses propres références.

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Par Pierre Auguste le 2016-06-07

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Emploi. Individu et Société

 

Il y a une infinité de manières de considérer l’emploi. Deux approches principales, individuelles ou collectives, s’opposent. Nul ne sait les concilier.

L’individu a une existence matérielle. La société n’a d’existence qu’idéologique, en perpétuelle recomposition.

Tout bien considéré on pourra bientôt dire que la société n’existe pas. La Société des Nations est morte à la guerre. L’organisation qui lui a succédé n’a guère que l’ambition réitérée d’unir les nations. Les sociétés industrielles et commerciales sont anonymes ou à responsabilité limitée. Elles sont toujours en quête d’un visage qui les personnalisera. Les partis volent en éclats, envisagent de changer les mots et les oriflammes de leur raison sociale. Le socialisme se libéralise. Le libéralisme se socialise. L’autoritarisme s’amollit. Le laxisme se raidit. La société de consommation est revenue de toutes délices de bouche. L’état providence n’a pas éteint le paupérisme mais a tué la société de non consommation en lui faisant oublier la disette. Les sociétés de gens de lettres se divisent en écoles dont la plupart des membres se complaisent dans les transgressions morales, se régalent d’états d’âme, dopent leur tirages par les piments de la sexualité, fleurettent avec les paradis artificiels.

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Par Pierre Auguste le 2016-05-31

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Éloge de la paresse

 

Comme l’a presque dit Blaise Pascal, l’homme est un zozo pensant. Le plus fécond de la nature. J’admire les discours sur la noblesse du travail et les efforts pour s’en exempter.

Il reste en l’homme un fond carnassier. Il préfère les protéines toutes faites qui lui évitent la dure besogne de brouter et le dispensent de perdre son temps à ruminer.

Il passe ainsi le plus clair de sa vie à chercher comment il pourrait s’inventer des besoins, reporter sur d‘autres le soin de les satisfaire, se garder des autres prédateurs.

C’est ainsi que l’homme a inventé l’esclavage puis le machinisme qui en est le substitut.

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Par Pierre Auguste le 2016-05-24

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Noviciat politique

 

En subissant l’actualité, les étourdis se prennent à regretter que la manœuvre du char de l’état ne fût pas soumise à l’obtention d’un permis de conduire. Mais quiconque a un peu vécu, observé et réfléchi, sait que le noviciat politique commence très tôt et ne finit jamais. Les seuls hominidés à ne pas vouloir le savoir sont hommes ou femmes politiques. Fût-il évolué comme une amibe, le protozoaire n’a jamais connu ses limites.

L’esprit politicien naît toujours très tôt. On pourrait même dire que la carrière politique est marquée par une implacable série de sélections qui commence dès le stade du spermatozoïde, ce « si bon nageur » qui émerveillait Voltaire.

Le politicien est en quelque sorte un prématuré qui se manifeste déjà à l’école primaire. Il croit tout savoir avant d’avoir appris, lève toujours le doigt lorsque se pose une question, répond n’importe quoi, fait passer rétrospectivement ses bourdes pour des plaisanteries préventives. Dans la cour de récréation, il organise les jeux, choisit les participants, révise les règles, s’applique à empêcher toute pratique qui ne procède pas de ses propres principes.

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Par Pierre Auguste le 2016-05-17

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La chemise d'un homme heureux

 

Il est toujours un peu ridicule d’évoquer le bon vieux temps. Il n’a jamais existé. Sans doute n’existera-t-il jamais tant nous serons de fous sur notre machine ronde qui déjà ne tourne pas très rond. Et voilà que, pour rire un peu, on nous annonce que la fonte des glaces polaires risque de faire basculer notre axe de rotation. Il faut donc se préparer d’urgence à remettre dans l’axe tous les désaxés. Pour leur remonter le moral.

Dans un monde déjanté, le moral est d’abord une question de morale. Mais nous vivons en un temps où tout le monde veut donner des leçons de morale et personne ne veut en recevoir car chacun a la sienne. Nous sommes tous bloqués sur émission. Et tous entendent faire la sourde oreille.

On ne va plus guère à confesse et des religionnaires s’opposent une fois de plus. Je dois toutefois confesser ma nostalgie du temps des Hussards Noirs de la République.

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Par Pierre Auguste le 2016-05-10

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Politique. Idées croisées

 

Les idées croisées sont pour le personnel politique ce que les mots croisés sont pour les cruciverbistes. Un bon politicien est savant dès le berceau, tôt rompu aux combinaisons, arrangements et permutations, armé de belle et bonne denture, doté de puissantes mandibules.

En politique partisane on remâche comme des pâtes à mâcher les mêmes discours en les adaptant aux auditoires et en butinant des idées dans l’air du temps. Et l’air du temps est maintenant plus chaud, plus rapide, plus turbulent, plus instable.

Il y a plus d’un demi-siècle, la jeunesse d’après guerre chantait, avec Juliette et Édith, « Je hais les dimanches ! Sans doute faut-il y voir l’humour existentialiste d’artistes qui travaillaient surtout la nuit et pendant le week-end. La jeunesse d’aujourd’hui, « Et tous les honnêtes gens que l’on dit bien pensants », ont défilé pour sauver le dimanche !

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Par Pierre Auguste le 2016-05-03

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Politique et Société. La Guerre des Moutons

 

L’humanité est dans l’enfance. Louis Pergaud (1882-1915) est mort à la guerre mais ces diables d’adultes d’aujourd’hui en sont encore à la guerre des boutons. Les Longeverne et les Valrans se sont multipliés, ils habitent villes et banlieues où ils cherchent du travail. Petit Gibus a grandi, il est toujours aussi naïf mais il est devenu teigneux.

Les villages se sont rurbanisés. Les cultivateurs se sont raréfiés. Grand-Gibus regarde la terre juché sur son tracteur, solitaire mais connecté au GPS et à l’occasion solidaire avec ses voisins. Il surproduit et n’y retrouve pas son compte.

Partout des humains s’opposent à tout propos, politiques, économiques, sociaux, sociétaux, ethniques, religieux. Au sein même de chaque groupe, et dans les rapports entre groupes, tous sont mécontents de la manière dont ils sont considérés par les autres. Partout naissent des chefs qui s’opposent entre eux et voudraient être suivis par leurs troupes comme bergers par leurs moutons.

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Par Pierre Auguste le 2016-04-26

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Soucieuse jeunesse

 

Elles étaient presque oubliées les promesses faites à la jeunesse dans les discours préélectoraux. Mais les espoirs déçus ne s’éteignent jamais.

La jeunesse est plurielle. Les hommes politiques aiment croire qu’il n’existe qu’une jeunesse dorée insouciante à laquelle un bel avenir est toujours permis et sombrerait par sa faute dans la précarité. Aussi est-il risqué de faire Urbi et Orbi des discours comme s’ils s’adressaient à tous.

Arthur Rimbaud (1854-1891) est le plus triste cas par lequel on puisse mettre en garde les jeunes et leur dire que c’est à chacun de se construire et de ne pas se détruire :


« Oisive jeunesse
À tout asservie,
Par délicatesse
J’ai perdu ma vie… »


Nos responsables institutionnels semblent ne pas avoir pris la mesure de la complexité du monde et de la diversité de la société. Ils ont commis l’erreur de trop ou trop peu segmenter leur clientèle électorale. En considérant la jeunesse comme un seul bloc ils globalisent des solutions qui ne peuvent être qu’individuelles. Ils en ont fait des cas d’espèce susceptibles de traitements généraux par voie statutaire. En retouchant des statuts sans circonscrire les individus concernés ils ont déclenché un embrasement général, inextinguible par des interventions d’urgence, pointillistes et intérimaires.

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Par Pierre Auguste le 2016-04-19

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Rétrospections et prospectives

 

Il est toujours temps de mesurer le chemin parcouru. Les physiciens l’ont montré en cueillant au vol des signaux gravitationnels émis par une galaxie il y a des milliards d’années. Et qui ont, s’il vous plaît, vogué à la vitesse de la lumière ! Nous autres les Gaulois, sommes bien puérils de vouloir éblouir l’univers avec notre siècle des lumières !

Pour nos routards de la politique, le présent quinquennat est terminé. Déjà ils nous embarquent pour le suivant en nous parlant du bilan et des « primaires » qui vont permettre à nos plus beaux primates d’en venir aux mains.

Nous laisserons aux exégètes le soin de faire, à leur rythme, l’interprétation des bilans chiffrés de la comptabilité nationale qui arriveront en trottinant cahin-caha, comme le fiacre de la chanson. En bureaucratie, l’espace-temps sait prendre son temps.

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Par Pierre Auguste le 2016-04-12

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Enseignement de Masse

 

Nous errons dans les ténèbres des sous-bois éducatifs. On s’y perd. On s’y cherche. On s’en effraie. La gent lupine hurle à la mort. La sous-espèce « canis lupus hallstromi » chante le grand air de la décadence.

Notre enseignement en est au stade de la chasse, de la cueillette et de l’artisanat. Le nombre lui pose le problème de la qualité. Il faut résolument faire de la fonction enseignante la production à caractère industriel qu’inexorablement elle tend à devenir.

Il y a là un grand œuvre pour de grands Ministres, de grands Savants, une grande armée de Grands Hussards Noirs de la République, une galaxie d’entreprises de formation, et finalement, pour la grande masse des citoyens.

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Par Pierre Auguste le 2016-04-05

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Emploi. Du Vent et du Papier

 

Depuis trente-cinq ans on nous promet la fin du chômage. Nous avons été mobilisés sur la ligne de crête des deux millions de chômeurs. Après avoir tout essayé, nous essayons tout ce qui peut encore l’être. Notre plus bel essai fut celui du vocabulaire qui se prête à l’infini, à l’exercice de l’art combinatoire des concepts. C’est devenu notre meilleur pôle de compétence et de productivité, mais sans effet sur le problème à résoudre.

Dans la bataille pour l’emploi, la communication fait rage. Par la combinaison des mots on anime les jeux partisans. Les sigles s’ajoutent aux acronymes, les hyperonymes et les hyponymes se taillent des croupières. Jeunes et vieux jouent des coudes pour se hisser ou se maintenir aux premiers rangs. Et comme disent si bien les mathématiciens, la courbe du chômage est monotone croissante et nul discours ne peut l’inverser.

Les résultats les plus observables sont le vent des promesses et l’amoncellement du papier, ce vecteur tenace des normes et des lois.

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Par Pierre Auguste le 2016-03-29

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Métempsychose. 11- Le Mort saisit le Vif *

 

Vous étiez prévenu. C’était un rêve étrange. Mon ouvrage traînait. L’action gouvernementale est cacophonie par essence, inachevée dans les faits. L’existence précédant l’essence j’ai voulu, sans tarder, organiser une première session de travail de mon gouvernement favori. Mon coup de marteau inaugural m’a réveillé en sursaut.

La fin du sommeil paradoxal n’est pas de tout repos. Le retour à la réalité fut terrible. Il fallait être un peu fou pour constituer un gouvernement de morts qui reprendraient du service par métempsychose.

C’était fatal. « La vie est une mauvaise nuit dont on ne se réveille pas.»…« L’inconscient se venge la nuit. »… Et « Le rêve est une allusion.» **

J’ai cherché la compétence dans le passé. En contrepoint, j’ai trouvé la médiocrité du présent. J’ai voulu sur mon flûtiau louer les délices enchanteresses du bel ouvrage et de la vertu. J’ai ajouté ma modeste part aux échos des grandes orgues qui célèbrent les amours ravageuses de la politique, des ambitions mal mesurées et de la cupidité.

Mais l’imagination et la grandeur peuvent avoir des résurgences et chacun peut choisir ses référents dans un passé bien plus riche que le présent.

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Par Pierre Auguste le 2016-03-22

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Métempsychose. 10-Le Ministre Délégué à la Prévention des Risques

 

Ne cherchez pas ce ministre et son ministère. Ils ne sont pas éclos du remaniement.

Une animation des états successifs des gouvernements ferait apparaître un ectoplasme en perpétuelle métamorphose. On lui verrait pousser ou tomber des membres et des excroissances de formes, de longueurs, d’implantations et de couleurs variables, comme une chevelure entretenue pour complaire à la mode reine des conjonctures. La politique vit aujourd’hui sous le régime des implants Elle est tributaire de Figaro et de la chirurgie esthétique.

Les risques majeurs existent. Très tôt la République les a rencontrés.

En 1793, les monarchies européennes s’allièrent pour mettre à bas la Révolution Française. Lazare Carnot (1753-1823), l’organisateur de la victoire, chargea Jean-Antoine Chaptal de veiller à la production du salpêtre composant essentiel de la poudre noire.

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Par Pierre Auguste le 2016-03-15

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Métempsychose.9-Le Ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche

 

L’univers et le savoir humain sont en expansion. Mais le malheur veut que le temps des études ne soit guère extensible. On a bien tenté de combler les abîmes par la spécialisation et la culture des impasses. Le ministre et ses enseignants sont condamnés à réformer pour faire place aux savoirs nouveaux. Les apprenants sont appelés à toujours plus ingurgiter car toute science et tout savoir-faire s’ajoutent aux autres.

L’histoire de l’humanité est depuis longtemps en marche. Rien ne peut l’arrêter car elle est ouverte, non seulement vers son aval, mais aussi vers son amont comme nous le montrent chaque jour historiens, anthropologues, paléontologues. Elle est ouverte de tous côtés et à toutes altitudes comme le montrent l’histoire des idées, des mœurs, des sciences, des arts, des lettres, et toutes activités humaines.

Ces simples remarques devraient suffire pour mettre à bas le mythe de l’égalité des savoirs et des chances, cultivé par les démocrates de bon ton. Mais ceux qui président aux destinées de l’enseignement semblent ne pas avoir perçu qu’il devient toujours plus difficile de définir des programmes omnibus qui soient à la fois un début pour les uns et un tout pour les autres.

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Par Pierre Auguste le 2016-03-08

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Métempsychose. 8-Le Ministre de la Politique Sanitaire

 

C’est une grande cruauté de demander à un paisible dormeur de désigner un Ministre des Affaires Sociales, de la Santé et du Droit des Femmes. C’est beaucoup pour un seul homme puisqu’on y a mis quatre femmes pour s’en occuper.

Moi qui, au privilège de l’âge, appartiens à la génération la plus proche des primates, je ne résiste pas au plaisir de faire des propositions rétrogrades et provocatrices. Je taillerai dans le vif de l’objet en dégainant ma serpe, qui est mon outil de base, et mon sabre qui est mon arme blanche préférée. Voici mes premiers considérants.

Depuis que Simone de Beauvoir a expliqué qu’un homme est une femme comme une autre, et vice versa, je crois avoir compris que le siège social des droits de la femme devrait être le Ministère de la Justice, aux côtés des droits de toute personne humaine.

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Par Pierre Auguste le 2016-03-01

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Métempsychose. 7-La Ministre de la Culture

 

Quand on s’élance vers le pays des rêves, le principe de précaution commande d’y aller gaiement. Pour éviter les cauchemars.

C’est un plaisir de désigner un ministre de la culture. En première ligne du « beau », l’emploi est digne d’intérêt. Mais le « beau » est cher, aussi vaut-il mieux y mettre une personne de goût, riche ou désintéressée, ayant du crédit auprès du chef de l’état, assez d’entregent pour recruter des mécènes, assez de doigté pour n’indisposer personne. J’ai longuement cherché la perle rare.

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Par Pierre Auguste le 2016-02-23

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Métempsychose. 6-Le Ministre du Travail

 

La lutte contre le chômage est la « priorité première » de nos gouvernements. Sauf quand se présente une autre urgence, d’autres motivations. Le ministère du travail était au septième rang de la liste de nos ministères, comme le dimanche dans la semaine, lequel est le jour sacré du repos. Le dernier remaniement lui a fait perdre un rang.

La préséance des personnages l’emporte sur la préséance des missions. C’est oublier l’importance des savoir-faire.

C’est tout un art de désigner un ministre du travail. On y place des néophytes en apprentissage. Il y faudrait une connaissance des métiers du secteur privé et de leurs contraintes. On y cultive des fines fleurs des partis, transfuges de la fonction publique.

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Par Pierre Auguste le 2016-02-16

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Métempsychose. 5-Le Ministre de l'Aménagement du territoire

 

Ne cherchez pas ce ministre. Son ministère a disparu. Pourtant, avant même d’occuper nos cavernes, nous n’avons cessé d’aménager notre territoire. Jusqu’à ce qu’une nouvelle logique d’appellation des ministères mette au jour une de ces querelles dont nous avons le secret. C’est une résurgence des démêlés entre Voltaire et Rousseau dont Rousseau sort presque toujours vainqueur par lassitude de ses opposants. Nous ne songeons plus à aménager le territoire, mais nous veillons à l’égalité des territoires.

Dans l’esprit du temps, la République a déjà perdu un peu de son unité et de son indivisibilité. Il va falloir éviter que la réforme territoriale amplifie cette dérive qui est déjà théorisée en notre pays qui adore les abstractions. L’égalité entre les territoires sera acquise lorsqu’il sera possible de marcher en escarpins sur le marbre des places de nos villages. Autant dire que ce n’est pas demain la veille. Il faudra auparavant consentir quelques autres aménagements justiciables d’un grand ministère en charge des réalisations ainsi que de l’entretien, de la sécurité et de l’application des normes écologiques aux grandes infrastructures et aux grands réseaux. (Urbanisme, Réseaux de production et de distribution de l’énergie, Réseaux de Télécommunications et d’Informatique, Réseau fluvial et des Canaux, Gestion de l’Eau, Réseaux de Transport routiers et autres,…)

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Par Pierre Auguste le 2016-02-09

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Métempsychose. 4-Le Ministère de l'Agriculture

 

Avant de saisir les mancherons de la charrue, autorisons-nous une digression sur les appellations des ministères. Et recommandons la lecture d’un article paru sur Internet le 21 mars 2007 sous la signature de « doctory » intitulé « Les ministères d’appellation bizarre ». L’auteur y fait remarquer que « le romancier Georges Orwell, dans son célèbre roman de 1984, avait saisi l’importance politique des dénominations ministérielles bizarres, et donc imaginé un état totalitaire dans lequel le gouvernement comportait quatre ministères baptisés par antiphrases : le ministère de la paix, qui s’occupait de la guerre, le ministère de l’abondance qui gérait la pénurie, le ministère de l’amour qui s’occupait de la loi et de l’ordre (en torturant les ennemis politiques), et le ministère de la vérité, qui réécrivait l’histoire en fonction de la doctrine présente du parti ! »

Nous avons déjà notre ministère de l’emploi qui s’occupe du chômage !

De nos jours tout est devenu compliqué et tout est régalien. Les communicants utilisent tous supports pour que nul donneur d’ordre n’ignore la diversité de leurs talents, que nul citoyen n’échappe à leur bonne parole à logique variable.

Les nouveaux (par)venus affichent leurs intentions politiques sur les frontons des ministères, dans les entêtes des documents, dans les textes constitutionnels. Nous irons ici au plus simple et au plus court afin d’éviter ces noms à tiroir ou tordus que chacun veut graver dans le marbre pour rendre irréversibles ses lubies et les mettre plus durablement en mémoire que par l’informatique. Nous contribuerons peut-être ainsi à épargner aux textes et aux bâtiments publics les stigmates des palinodies politiques.

Depuis la nuit des temps, l’homme s’ingénie à utiliser les produits de l’agriculture pour se nourrir, s’habiller, se loger, se chauffer, se transporter…

L’agriculture et toutes ses composantes sont en tête des activités économiques. L’oubli de leur essentialité, de leurs interdépendances et de leurs contraintes, risque de nous causer bien des malheurs et de nous priver d’utiles développements nouveaux. Il faut, dans tous les sens du terme, des hommes de culture pour s’en occuper. Mais l’agriculture ne saurait être l’apanage ou la sinécure de partisans, d’anciens de quelque chose, d’originaires de quelque part, de quelque relation avec quelqu’un. Il y a et il y faut des hommes de terrain entreprenants capables d’en appréhender les théories, les techniques, les difficultés, les potentialités, les débouchés, les acteurs.

Il n’y a pas photo et la sérigraphie légitime ce choix : Le Ministre de l’Agriculture sera Olivier de Serres (1539-1619) prédestiné par son nom et ses travaux.

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Par Pierre Auguste le 2016-02-02

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Métempsychose. 3-Un Ministre des Finances et un Ministre de l'Économie

 

Constituer un gouvernement n’est pas une tâche anodine. On ne sait par où commencer. C’est un art tout de réitération. De partout surgissent des incompatibilités.

Ainsi en est-il quand il s’agit de désigner un Ministre des Finances. En ce domaine la France est riche d’expérience. Depuis la nuit des temps elle cherche à résorber sa dette qui s’accroît au rythme et en proportion de ses guerres et de ses libéralités.

Pour désigner un homme habile à trouver de l’argent, j’ai d’abord pensé à Philippe le Bel. Mais il était trop beau pour être honnête. Pour se refaire financièrement, ce maudit roi a fait main basse sur le trésor des templiers, braves moines-soldats qui avaient pris le risque de constituer un état dans l’état. Il en a brûlé un bon nombre et envoyé les autres se faire pendre ailleurs. Il a aggravé son cas en réservant un sort semblable aux Lombards et aux juifs qu’il persécuta.

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Par Pierre Auguste le 2016-01-26

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Métempsychose. 2-Un ministre de l'intérieur-Un Ministre des Affaires Étrangères-Un Ministre de la Défense-Un Ministre de la Justice

 

Une voix céleste m’a mandaté pour constituer un gouvernement de droit divin. Guizot sera premier ministre. Sa religion le met en contact direct avec Dieu, que d’ailleurs il tutoie. Cela facilitera les contacts. Je prends le risque d’être court-circuité mais l’efficacité prime quand sonne le tocsin de l’état d’urgence. Mon casting commence à prendre corps. La situation requiert un gouvernement fortement évolutif. Il faut donc, citoyen, que tu t’attendes à voir advenir des changements au changement.

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Par Pierre Auguste le 2016-01-19

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Métempsychose. 1-Le Premier Ministre

 

« J’ai fait un rêve étrange et pénétrant ». Une voix forte m’intima l’ordre de constituer un gouvernement. Le ton était impérieux et n’appelait pas de discussion. Il ne pouvait émaner que de Dieu le Père. Je dus passer à l’exécution.

Je n’ai aucune expérience politique et ne connais pas ces êtres d’exception capables de gouverner. Mon cerveau était en cours de reprogrammation nocturne mais il fait parfois des prouesses pour me tirer d’embarras. Un professeur m’avait d’ailleurs dit un jour que je ne savais pas grand-chose mais que je savais bien l’utiliser.

Mon cerveau et moi sommes donc partis, de conserve, en recherche dans mes maigres connaissances pour constituer ce fichu gouvernement. Je vous passerai les détails, les mots clés, la liste des « nominés », l’énumération de mes préjugés, les jugements issus de mon expérience.

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Par Pierre Auguste le 2016-01-12

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Nous autres les Gaulois

 

Nous autres, Gaulois, sommes sans pareils pour trouver des sujets de discorde. Nous aimons échanger des mots qui ne disent rien à force de vouloir tout dire par des raccourcis de doctrines.

Les discours nous abreuvent de « valeurs » derrière lesquelles pensées et actes devraient s’aligner. Le malheur fait que chacun cultive les siennes sans en préciser les contenus. Pour les uns doivent primer les valeurs morales. Pour d’autres il faut valoriser les primes et éviter la déprime des valeurs financières. Si nous n’y comprenons rien, c’est la faute à Voltaire, c’est la faute à Rousseau. Ces deux là ont passé leur vie à se donner des noms d’oiseaux pour confronter leurs visions inconciliables du monde et des hommes.

En forçant à peine le trait nous pourrions dire que les partisans d’aujourd’hui s’obstinent à se partager en deux sectes, aux contours au demeurant imprécis et évolutifs, héritières des obscurités du siècle des lumières. Pour les uns, l’homme est bon par nature, c’est la société qui le corrompt. Ils rêvent de retour à la nature. Ils ne lésinent pas pour promener en public leurs états d’âme. Ils se croient investis de la mission d’écrire de savantes théories sur l’éducation des enfants. Ils se gardent toutefois de confier les leurs aux seuls soins de l’éducation et de l’assistance publiques.

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Par Pierre Auguste le 2016-01-05

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Transition énergétique. La longue marche du mille-pattes.

 

L’automne fut doux. Cela ne nous dispensera pas d’avoir chaud ou froid, de nous tremper ou de nous dessécher, ici ou là cet hiver. L’atmosphère, l’hydrosphère, la lithosphère, l’asthénosphère et sans doute toutes les couches du noyau terrestre ont leurs humeurs et leurs variances. Nul ne sait en quelle forme, en quel lieu et en quel instant se transformeront et se transmettront les énergies dont ces sphères sont le siège et qu’elles échangent continûment. Les énergies cinétique, calorifique, rayonnante, potentielle, les fusions et solidifications, les vaporisations et liquéfactions, les fissions, dansent une ronde incessante et toujours renouvelée. Le manteau gazeux emprisonne partiellement les rayonnements de la terre. C’est aussi une sphère chaude qui rayonne vers le cosmos proportionnellement à la quatrième puissance de sa température Kelvin. Les éléments enchaînés peuvent souffler le chaud ou le froid, le sec ou le mouillé.

Tout le monde aujourd’hui tire (à boulets rouges !) sur ce fichu carbone.

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Par Pierre Auguste le 2015-12-29

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Transition énergétique. Passe, passe le temps, Il y en a pour très longtemps

 

La classe politique a le guignon. Le peuple la voit guigner les bonnes places, les prérogatives qui leur sont attachées, les prébendes quelles procurent. Il regrette qu’elle enjolive son image lorsque s’annonce quelque élection.

La crainte du regard d’autrui ne date pas d’hier puisque les Sumériens, et après eux bien d’autres superstitieux, se protégeaient contre le mauvais œil qui apporte les malheurs.

Tous les docteurs Knock de la communication vous le diront, avoir une bonne image est « un état précaire qui ne présage rien de bon ». Et le temps qui passe n’arrange pas les choses car le mauvais œil regarde partout.

Les ophtalmologistes des climats examinent avec soin le mauvais œil des cyclones. Ils ont mobilisé les Chefs d’État qui n’ont lésiné ni avec le temps qu’il fait, ni avec le temps qui passe, ni avec leur image.

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Par Pierre Auguste le 2015-12-22

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Quand et comment faudra-t-il le leur dire ?

 

La classe politique a la gueule de bois. C’est elle-même qui le dit. Elle avait la langue de bois. La voilà menacée par une lignification galopante. Elle a déjà la tête dure.

Les politiciens n’ont rien compris à ce qui leur arrive. Ils sont pourtant intelligents. Ils croient comprendre vite mais il va falloir leur expliquer longtemps. En variant les approches. Le peuple va donc devoir communiquer pour se faire comprendre par ceux qui le gouvernent.

Il faudrait d’abord expliquer à ceux qui se piquent d’esprit partisan qu’il vaut quelquefois mieux ne pas trop se prévaloir de l’Histoire.

Il y a quelques jours, un soprano de l’assemblée nationale, politicienne de haute altitude, fut appelée par un journaliste à « justifier »le choix du « matraquage fiscal » de début de législature plutôt que la voie des économies sur la dépense publique. Elle tenta de s’en tirer en récitant son « crédo ». « Je crois que c’était la solution la moins récessive. »

Cette formule d’inspiration de haute venue peut satisfaire des dirigeants dont le niveau de vie est indexé sur la macroéconomie nationale. Elle est moins convaincante pour les citoyens qui galèrent dans les basses couches de la micro économie.

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Par Pierre Auguste le 2015-12-15

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Vers le total-totalitarisme

 

L’homme est un animal grégaire. Il a inventé, la famille, la tribu, la nation. Et, merveille des merveilles, les partis et l’esprit partisan.

Il y a de nombreuses voies pour constituer une collectivité. La plus sûre, la plus ancienne et la plus souvent recommandée est de croître et de se multiplier. Mais il y en a bien d’autres qui portent de jolis noms à connotation scientifique.

L’accrétion est un procédé simple, et bon comme la lune. Comme elle, un objet en devenir amasse tout ce qui traîne dans son champ gravitationnel, proche de sa trajectoire. La physique y fait la loi. Le champ politique a aussi ses attirances, il suffit de les laisser agir.

L’agrégation obéit aussi à des lois physiques mais plus diverses et plus changeantes. Nous devons à l’agrégation ces merveilles de la nature ou du génie humain que sont le granit, le beurre, les agrégés de l’université, les règles budgétaires, la fiscalité, la gauche plurielle, la droite recomposée.

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Par Pierre Auguste le 2015-12-08

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Haute voltige sur chevaux d'apocalypse.

 

Il y a plus d’un demi-siècle, les professeurs de géographie citaient le Liban en exemple. Rien n’égalait alors l’équilibre de son organisation, l’harmonie de la vie commune de ses religions et de ses ethnies.

L’histoire est passée par là et a fait voler en éclats cette vision onirique de l’humanité. Les espoirs de généralisation de ce mode de civilisation par la diversité ont été ruinés par la discorde. Chacun peut voir ce qu’il est advenu à une large partie du moyen et du proche orient. Et se prend à craindre la contagion qui menace.

Après la décolonisation, l’Europe subit aujourd’hui en retour une onde réfléchie d’immigration spontanée. Par un choc d’attentats quelques « invités » et autres « malaimés » s’avisent de tuer nos enfants pour nous apprendre à vivre.

Le cheval est un vecteur de communication qui a toujours fait diligence. Nos dirigeants ne pouvaient laisser passer, sans leur sauter sur le dos, les chevaux d’apocalypse envoyés par des apprentis prophètes que rien ne peut disculper.

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Par Pierre Auguste le 2015-12-01

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Formation et emploi. Temps, espaces et substances

 

Depuis quatre décennies notre économie fait vivre toujours mieux les bien-pourvus. Elle laisse patauger dans le chômage un nombre croissant de relégués.

Libéraux et dirigistes se sont succédé au pouvoir en s’obstinant à mettre en œuvre leurs idées fausses. Ils s’y sont tous cassé les dents faute de vouloir trier les données comme on trie des lentilles. 

Les dextrogyres croient en un Dieu du Marché régulateur de toutes choses. Les sénestrogyres croient en l’homme, tout puissant et capable de pourvoir à tout dès lors qu’il est habité par une bienséante idéologie.

Mais l’économie tourne en tous sens. Elle se moque de la bienséance et des mots d’ordre partisans. Le marasme et la médiocrité étaient embusqués sur les chemins du pouvoir. Pour en sortir il faudrait commencer par ne pas prendre ses désirs pour des réalités et examiner posément les problèmes difficiles que l’humanité doit résoudre.

La démographie est essentielle et son importance ne saurait impunément être sous-estimée.

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Par Pierre Auguste le 2015-11-24

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Économie. Dans l'ordre deschoses

 

Le pays de Descartes se cherche. Comme il se doit, il révoque tout en doute. Mais il a quelque peu oublié de procéder par ordre et méthode.

Nos palabres inter et intra partisanes n’ont rien à envier aux querelles des petits-boutiens et gros-boutiens des voyages de Gulliver. Il ne s’agit pas chez nous de savoir si l’on doit manger les œufs en les coupant par le gros ou par le petit bout. Notre pataphysique, porte sur la question de savoir s’il faut mettre le caleçon avant ou après le pantalon. (Sic) « Courbe-toi fier Sicambre » aurait dit l’Évêque Rémi à Clovis à l’instant de son baptême « Cambre-toi vieux si courbe » aurait répondu Clovis à Rémi, selon la fantaisie d’Alphonse Allais. (1854 1905). En bon cartésien politique, c’est lui qui a enseigné aux politiciens que « la logique mène à tout, à condition d’en sortir. » Et leur a recommandé de « demander plus à l’impôt et moins, au contribuable. »

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Par Pierre Auguste le 2015-11-17

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Pour un manuel du savoir-vivre économique

 

Moi, rustaud repenti, je dois une confidence à mon lecteur. S’il existe.

Je regrette le temps des manuels de savoir vivre.

Nous y apprenions tant de choses qui seraient pourtant utiles à nos enfants et aux enfants de nos enfants. Et d’abord comment se tenir à table, comment manger une pèche dans son assiette en la pelant avec couteau et fourchette, comment reconnaître le rince-doigts et ne pas boire son eau…

Les temps changent. Et à proprement parler, personne ne sait aujourd’hui comment manger un « Big Mac ».

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Par Pierre Auguste le 2015-11-10

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Économie. Prises, déprises, reprises

 

De toutes parts montent des appels à la reprise économique. Mais la folâtre se fait attendre. Les médicastres politiques y perdent leur latin. Les libéraux ne parviennent pas à la raisonner. Les dirigistes renoncent à l’arraisonner. Les doctrinaires sont pris de court car les réalités ignorent les doctrines. Tout est toujours plus compliqué qu’ils ne croient car l’économie n’est pas une croyance. Tous les philosophes sensés vous le diront, quand les choses se compliquent il faut en venir aux faits et aux mots qui les désignent.

Il y a reprise et reprise. Pour une automobile sur route, la reprise succède à un ralentissement. Pour un vêtement, elle répare les effets de l’usure. Pour le tissu économique elle fait tout cela. Mais elle marque aussi les changements de propriétaires des outils de production, compense les déprises, s’enrichit de nouvelles prises.

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Par Pierre Auguste le 2015-11-03

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Formation et emploi. Le songe d'une nuit d'hiver

 

Novembre arrive. Notre avenir se profile à l’horizon… obstinément bouché.

L’économie hiberne en toutes saisons. L’espoir de croissance est en décrue. La courbe du chômage refuse de s’infléchir globalement. Les Pythonisses sont déjà congelées. Mais le temps des lettres au Père Noël approche. Les promesses des postulants politiques sont au beau fisc.

Des questions anodines comme la formation et l’emploi attendent des réponses. Par la grâce des Dieux de l’Olympe, nos dieux lares ont réponse à tout. Pour eux, tout devient jeu d’enfant. En vertu du postulat de l’égalité des aptitudes « cognitives », et par la voie du collège unique et des cursus omnibus qui lui sont attachés, leur système déverse en la vie une large part de chaque génération mal préparée à prendre place dans une économie qui a besoin de talents et d’assiduité pour tenir son rang.

Le rêve du temps libre pour tous a fait le lit du cauchemar pour des millions de familles. André Gide a fait école au-delà de toutes attentes. « Familles je vous hais » …Ce fut un appel à haïr ce premier niveau de la solidarité et de la formation. En droit civil et pénal, la collectivité nationale serait justiciable de poursuites pour abandon de familles.

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Par Pierre Auguste le 2015-10-27

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Statistiques et magie des nombres

 

Moi, citoyen, j’observe et j’écoute ceux qui nous dirigent. Et je prends ce que je veux de ce qu’ils content et comptent.

Depuis que les Sumériens, les Babyloniens et les Égyptiens ont ouvert la voie, l’homme cherche à échapper à la magie en apprenant à lire, à écrire et à compter. Il n’y réussit pas toujours comme le reconnaissent en leurs discours nos Ministres dont les fondamentaux manquent de fondement.

Certains comptent sur la malice pour se soustraire aux exigences de la rationalité et de la rigueur des chiffres. « Je ne crois jamais une statistique à moins de l'avoir moi-même falsifiée. » Disait Winston Churchill.

Mais il n’est pas nécessaire qu’une statistique soit falsifiée pour être fausse. Elle peut l’être par construction. La comptabilité officielle en fournir maints exemples. Elle estime notamment la richesse nationale par l’agrégat « PIB », obscure notion plus conçue pour la commodité de l’État que pour l’éclairement du Peuple Souverain. Les inondations récentes nous ont rappelé que L’État y voit une source de revenus. Il tire profit des dépenses engagées pour réparer les conséquences de tout sinistre, grand ou petit avaleur des maigres richesses du citoyen. Cette merveille de notre organisation enrichit la nation par l’appauvrissement du peuple !

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Par Pierre Auguste le 2015-10-20

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Réforme territoriale. Examen d'inconscience

 

Le département le moins peuplé de France, est le moins tiraillé par la diversité de sa population. Il nous mitonne pourtant un projet de ses appellations administratives qui défie la logique, méconnaît les lieux, leur géographie, leur histoire.

L’examen du cas de chaque parcelle du territoire national, notamment de celles qui sont les plus peuplées et surtout en personnes âgées, montrerait que la décentralisation a engagé la France sur le terrain glissant de l’incohérence.

La bande littorale méditerranéenne, tout particulièrement celle des Alpes Maritimes, est menacée de graves risques naturels tels que les inondations, les séismes, les tsunamis, les incendies, les glissements de terrain. Il faut des désastres humains, matériels, et environnementaux et pour que ces risques franchissent le seuil de notre conscience. C’est toujours sans ménagement et jamais pour très longtemps.

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Par Pierre Auguste le 2015-10-13

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Réforme territoriale. Partie sans laisser d'adresse

 

C’est parti ! La réforme territoriale est lancée. Et avec elle les élections régionales.

Depuis quelques années déjà, la France a des difficultés pour décliner son identité. L’une de ses moitiés aurait voulu en débattre, l’autre moitié a crié au scandale. Au pays des lumières le citoyen ne sait plus bien qui il est, ni où il est. Qu’à cela ne tienne ! Il va devoir foncer dans le brouillard. Le voilà appelé aux urnes afin d’élire les conseillers pour des régions reformatées, dont il ignore les fonctions, parfois même le nom.

Pour en savoir plus, il devra patienter.

Une furtive rétrospection lui rappellera la sagesse des pères fondateurs de nos départements qui avaient principalement fondé leurs dénominations sur des critères géographiques. Nos cours d’eau et nos montagnes s’y étaient taillé la part du lion. Cela n’allait d’ailleurs pas sans inconvénients pour les nuls en géographie qui ignoraient où la Lozère prend sa source ou cherchaient la confluence de la Saône et de la Loire.

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Par Pierre Auguste le 2015-10-06

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Expertise et doctrines subjacentes

 

Quand je vois passer quelque fragment de doctrine je sors ma sarbacane. Et je décoche quelques fléchettes en regrettant de n’avoir pas une arme plus lourde.

Des doctrines, il en sourd de partout, comme des vols de canards migrateurs quand s’annoncent ou finissent les grands froids. C’est l’arme absolue des experts qui veulent clouer le bec aux éventuels contradicteurs. Les débats télévisés nous servent sur des plateaux des batailles d’experts pour régaler les amateurs de combats singuliers toujours avides des jeux du cirque. « Panem et circences. » Comme au temps de la décadence romaine, la politique économique et la démagogie y exercent leur imperium.

Nous y voyons comparaître des experts de toutes choses qui nous émerveillent de tant d’éclectisme et de tant de profondeur.

Mais en voyant venir et revenir les habitués, le spectateur averti finit par savoir d’emblée ce que chacun va dire et pourrait répondre lui-même aux questions posées.

Toute position est bien souvent sur le siège, ou sous le signe, de quelque obédience, partisane, d’école, de doctrine.

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Par Pierre Auguste le 2015-09-29

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Routine et dynamique de l'action politique

 

 

Après les grandes guerres notre pays s’est reconstruit par son travail. Et aussi par des aides américaines, des importations de main d’œuvre et de produits.

Mais, comme l’a écrit Machiavel (1469-1527), « On ne chemine jamais qu'entraîné par la force de son naturel. » Et « L’habituel défaut de l'homme est de ne pas prévoir l'orage par beau temps ». Voilà pourquoi depuis si longtemps nous sommes installés dans une lénifiante routine.

Après avoir pris nos aises dans le monde, nous nous sommes repliés sur nous-mêmes et sur nos faiblesses. Une décolonisation improvisée dans l’urgence a induit des reflux immédiats et douloureux de colons et prédisposé des populations lointaines aux migrations massives qui s’imposent à nous aujourd’hui.

Pour réduire la fatigue imposée aux défavorisés, nous avons réduit le temps de travail de tous par voie autoritaire.

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Par Pierre Auguste le 2015-09-22

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Civilisation. Bousculades et remuements

 

“Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles”. Oui mais l’homme civilisé semble ne pas le savoir encore.

Il va falloir ressusciter Paul Valéry pour le lui dire. Il en profiterait sans doute pour poser une nouvelle fois sa question toujours d’actualité et toujours sans réponse : « L’Europe deviendra-t-elle ce qu’elle est en réalité, c’est-à-dire : un petit cap du continent asiatique ? » On pourrait aujourd’hui y ajouter la question de savoir si la méditerranée va devenir un lac africain.

En effet, depuis qu’il s’est avisé de se dresser sur ses pattes de derrière l’homme a collectivement conquis le monde. Les savants nous apprennent que nous autres les Européens sommes venus d’Afrique en passant par l’Asie. Même ceux qui se croient sédentaires sont issus du grand remuement et des bousculades de civilisations disparues.

Tout ce qui est habitable en ce monde étant maintenant habité, groupes et individus cherchent à développer leurs emprises et à mondialiser leurs champs d’action.

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Par Pierre Auguste le 2015-09-15

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Pour un dictionnaire des idées non recevables

 

La France veut être le pays de l’intelligence. Elle n’aime pas qu’on lui parle de bêtise. Au pays d’Emma Bovary on préfère explorer les âmes en peine, rêver de plaisirs charnus, suivre les grands procès qui confrontent moralité, amoralité et immoralité.

C’est ainsi qu’à sa publication le « Bouvard et Pécuchet » de Gustave Flaubert ne connut pas un grand succès. La lecture de l’accumulation de tant d’essais avortés, par tant de bêtises des deux héros, finit par être aussi lassante et consternante que l’observation de la vie politique d’aujourd’hui. La parution en appendice du DICTIONNAIRE DES IDÉES REÇUES fit la promotion du livre. Cet opuscule a pris quelques rides, non par les progrès de l’intelligence, mais par l’évolution des sujets, des circonstances, des préoccupations et du vocabulaire. Il fait ressentir le besoin d’un DICTIONNAIRE DES IDÉES NON RECEVABLES, plus nombreuses que les idées reçues. Les idées fausses et partisanes, circulent et combattent en unités constituées. Aux nuances introduites par les faits se superposent les contorsions dialectiques des manipulateurs-partisans habiles. Et finalement toute synthèse de plusieurs idées fausses reste une idée fausse non recevable.

L’actualité nous repaît de débats découplés des faits et des réalités et qui confrontent des jugements plus que des idées. Ainsi en est-il du débat sur l’immigration qui émeut l’Europe.

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Par Pierre Auguste le 2015-09-08

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Réformes informes pour la forme

 

L’agitation politique nous fait envier l’organisation fourmilière et redouter le conservatisme. On souhaiterait une juste mesure entre le statu quo et la réforme. On attend en secret quelque sauveur qui nous épargnerait les désastres qui nous menacent et qui mettrait de l’ordre dans le chaos qui nous inhibe.

Pour correspondre au profil de l’emploi il faudrait un héritier de Platon et de Périclès, de Montaigne et d’Henri IV, de Montesquieu et de Robespierre, de Hegel et de Sartre, de Chateaubriand et de Bonaparte, de Tocqueville et de Clémenceau, de Marx et de Trotski, d’Averroès et de Ben Laden, et de bien d’autres porteurs de plume, traîneurs de sabre ou de kalachnikof, ténors de prétoire, soprani des médias…

Mais comment obtenir un consensus et recruter cette perle rare, à la culture si étendue, aux talents si divers, aux intentions si contradictoires, en un temps où tout individu et tout groupement humain cherchent à se lover en quelque niche ?

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Par Pierre Auguste le 2015-09-01

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Politique. Outrecuidance et renoncements

 

Dès son plus jeune âge, le politicien organise les jeux de ses semblables et contrarie toute activité qui ne procède pas de son initiative.

Le débutant se lance en politique comme dans une culture à la fois intensive et extensive. Il caresse en secret le rêve alexandrin de régenter le monde. Quand il annonce son grand œuvre, il ne sait pas que la politique est un sacerdoce. Il commence à l’apprendre en confrontant ses promesses aux réalités. Cet apprentissage impatiente le citoyen en attente de réalisations. Il irrite le contribuable condamné par avance aux dépens. Très vite les plus agiles sophistiquent leur politique par de savantes obscurités et d’habiles subtilités. Le conquérant aguerri alexandrine ses discours pour camoufler ses desseins. Il caresse chaque catégorie d’électeurs supposés par des discours et des messages spécifiques…qui sont reçus par tous !

A force d’êtres générales et globales, les intentions s’obscurcissent et se diluent dans les strates de l’irresponsabilité. L’exécution des programme s’étrécit dans de nombreux champs en mêlant les idées et les actes, le tout et les parties, l’essentiel et l’accessoire, le court et le long terme, le facile et l’impossible… Tout problème est absorbé en problématique universelle, comme par un trou noir dont rien ne peut sortir. Les résultats, révèlent au citoyen que toute politique est conjoncturelle et improvisée.

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Par Pierre Auguste le 2015-08-25

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En marge des plaisirs et des métiers de la table

 

Jour après jour, les savants tentent de nous rappeler que l’homme n’est guère qu’un protozoaire évolué. Et en nos temps de noir pessimisme, le réalisme commande de bien considérer que la vie n’est faite que de prédations.

Nos systèmes dits démocratiques concatènent toutes choses en arborescences qui instaurent des dépendances, et même de nouveaux esclavages, au profit des prédateurs les plus forts, les plus nombreux, les plus intelligents. Et comme la morale y trouve vite ses limites, le monde est dominé par les plus retors.

Nous autres, pauvres pécheurs, nous voulons oublier les temps où nous ne nourrissions que de ce que nous avions cueilli, chassé, pêché ou produit. Nous nous impatientons en attendant que l’on nous serve ce que nous avons commandé.

C’est sans doute ce qui avait donné à Mao Tsé Toung l’idée d’imposer aux cadres de son parti des séjours « sur le tas » pour leur apprendre à vivre. Les partisans de chez nous, qui se poussent du col, pourraient y prendre de la graine. Mais ils préfèrent les séjours sous les cocotiers, pour y apprendre à se reposer. Et y cultiver les plaisirs de la table mondialisée.

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Par Pierre Auguste le 2015-08-18

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Métiers de l'agroalimentaire

 

Les voilà sans doute les plus vieux métiers du monde. De tous temps l’homme s’est ingénié à conserver, transformer, échanger, transporter les aliments. L’humanité étant toujours plus nombreuse, plus exigeante, plus inventive, l’industrie agroalimentaire a un bel avenir. Mais elle est aussi bien loin d’arriver au bout de ses peines.

Pour mesurer le chemin parcouru il suffirait de regarder les riches nomenclatures des produits existants et de leurs dérivés, des procédés de transformation, des méthodes de conservation, des échanges et de transports, des moyens mis en œuvre, des métiers établis, des qualifications requises, des contrôles pratiqués, des sciences et techniques contributrices…

N’en jetez plus les chaudrons, les chais, les silos et les nefs sont pleins. Et pourtant il n’y en a pas pour tout le monde.

L’immensité des savoir-faire et les difficultés pour gérer le présent n’incitent guère nos délégués politiques à se risquer dans les prévisions. Cela ne les empêche pas de faire des promesses.

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Par Pierre Auguste le 2015-08-11

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Métiers de l'agropastoralisme

 

L’homme est un roseau pensant. C’est aussi un animal grégaire, un animal agraire, un animal social, un animal politique. Les cultivateurs et les éleveurs en ont fait la démonstration par une concentration de leurs outils de travail au plus près des instances dirigeantes ou distributrices de leurs productions.

Au lendemain du 14 juillet, le spectateur politicien se serait cru au défilé de l’arme blindée sur les Champs Élyséens. Il est vrai qu’il venait de recevoir un intrigant message lui signifiant que Jack était de retour. Il y a vu la menace de voir les jacqueries d’aujourd’hui mettre en œuvre de perfides conseils et de gros moyens pour arriver à leurs fins économiques.

Une ola de tremblements a parcouru la gent des spectateurs de tribune. Elle a été réprimée par les voies usuelles de la procrastination en réunion. Les haut-toqués de la cuisine politique savent laisser mijoter et épicer le mérinos avant de le resservir.

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Par Pierre Auguste le 2015-08-04

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Cosmogonies politiques

 

Quand on entre dans le labyrinthe des mythes politiques, on ne peut en sortir.

En ces temps caniculaires nous avons tourné autour de la Grèce. Nous avons cru pouvoir exorbiter en regardant le cosmos. Et nous voilà dans l’environnement de Pluton ce remake du Dieu grec Hadès qui est le gardien des enfers et nous y tient prisonniers.

Au beau milieu du rituel des examens, les avant-bras collés à nos copies, nous avons disserté sur les mythes français qui nous emprisonnent en nos médiocrités. Notre ciel fut obscurci par l’Europe qui porte le doux prénom de cette petite Grecque qui avait échappé à la surveillance de son père et que l’on cherchait dans tous les azimuts car nul ne savait en quelle direction elle avait bien pu partir.

Lancée en 2006, la sonde New Horizon ne doit rien aux hommes politiques d’aujourd’hui qui aimeraient pourtant récupérer l’actif de leurs prédécesseurs. Cette merveille de la technologie et les prouesses de la technocratie sont engagées dans une titanesque partie de billard cosmique suivie d’une chute sans fin dans les espaces infinis qui effrayaient Pascal et dont nul ne peut prévoir ni modifier les champs gravitationnels.

Les pays les plus riches sont désormais malthusiens. Et les pleurs d’une jeune fille ont révélé au monde que les états de droit désespèrent d’inverser les trajectoires du déclin sans inverser d’abord les courbes de la démographie.

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Par Pierre Auguste le 2015-07-28

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Emploi.. Le mythe de l'égalité

 

La devise de la République est née au temps des rois, dans l’esprit des lumières. Après avoir appelé les réformes, bien des gens éclairés ont été emportés par la révolution.

Liberté, égalité, fraternité ou la mort criaient les révolutionnaires. Après les excès de la terreur, la devise fut amputée de sa chute sanguinaire. Elle a connu quelques éclipses sous nos deux empires et durant la courte et triste vie de « l’État Français. » Elle figure désormais en bonne place et en bonne compagnie dans notre constitution et sur les frontons de nos établissements publics.

Comme toutes les devises collectives, la nôtre est une sorte d’auberge espagnole où chacun peut se nourrir de ce qu’il y apporte. Charles de Gaulle se félicitait de « la victoire de la glorieuse devise ». Les vieux routards de la politique en font une posture permettant de chasser des voix comme d’autres chassent les palombes. De nombreux dirigeants la considèrent comme un recueil de vœux pieux sans espoir raisonnable de plénitude. Bien des citoyens y cherchent le droit de voir satisfaire tous leurs désirs. Les juristes y trouvent des sources d’arguments de plaidoirie. Les justes y voient des ardentes obligations de construire une société meilleure. Les réalistes y voient la nécessité de toujours reconstruire. Les pessimistes en roulent les contenus comme autant de rochers de Sisyphe.

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Par Pierre Auguste le 2015-07-21

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Le mythe du grand service public de l'emploi

 

Le grand service public de l’emploi a longtemps nourri les promesses des politiciens et déçu les espoirs de ceux qui galèrent pour trouver du travail. Ou des travailleurs.

Après avoir accablé l’A.N.P.E, les critiques se polarisent désormais sur Pôle Emploi qui en est le dernier avatar. Le changement des appellations ne change guère les réalités économiques ni les pratiques des monstres que la bureaucratie se plaît à engendrer.

Après bien des années de branles, de pavanes et de sarabandes, « le veau d’or est toujours debout et Satan conduit le bal. » Nos grands ténors sont écrasés par Méphistophélès mieux servi par basses et barytones.

Le grand service public de l’emploi a certes des insuffisances qui appellent des améliorations. Mais en observant froidement les faits et en s’activant pour donner quelque élan au marché du travail on apprend que ce prodige d’organisation est souvent victime de mauvais procès qui lui imputent des maux dont il n’est nullement responsable.

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Par Pierre Auguste le 2015-07-14

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Démocratie et pouvoirs diffus

 

La démocratie est une substance dangereuse. Il faut la manipuler avec précaution et ne pas la mettre entre toutes les mains. Elle porte en soi d’irréductibles contradictions.

« La démocratie est la pire forme de gouvernement excepté toutes autres formes qui ont été essayées de temps à autre. » *

Cette célèbre et forte boutade fut prononcée entre ses deux mandats de premier ministre, par un Winston Churchill quelque peu désabusé d’avoir perdu les élections de 1945, après avoir pourtant été l’un des glorieux artisans de la victoire. Ce n’est pas l’avis d’un résigné. Mais elle est citée, souvent à contremploi, par ceux qui veulent s’accommoder des infortunes de la démocratie et s’exonérer des errements des peuples.

La démocratie a quelques menus-défauts. Celle de la Grèce antique s’est nourrie de l’esclavage. Celle de la République de Weimar a élu Hitler. Celle des démocraties populaires a opprimé les peuples. La nôtre laisse à désirer.

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Par Pierre Auguste le 2015-07-07

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Ravages de la pensée collective

 

Partout retentissent des alarmes pour dénoncer l’inflation juridique. Des voix fortes et tranquilles annoncent, ici ou là, un choc de simplification administrative.

Ces vertueuses tentatives d’endiguer par les mots seront vouées à l’échec tant que n’auront pas été identifiés les maux qui assaillent notre société. Le principe de précaution, l’esprit de chicane, l’oubli des engagements, la méfiance collective, sont de ces grands maux du siècle qui génèrent l’inflation juridique et la furie normalisatrice.

Pour tonifier les bons esprits politiciens nous avons fait ici l’éloge de la méfiance. Il semble en effet que l’individu ait bien raison de se méfier de tout et d’abord des salades que les communicants voudraient lui faire avaler par voie de pédagogie, ce cheval de Troie de la publicité et de la propagande. La méfiance de chacun serait un don du ciel si le malheur ne la suivait quand elle est collectivisée. Mais en notre pays nous adorons les réunions de pensée, censées confronter et synthétiser des pensées plurielles.

Dans un groupe, le penser devient vite difficile. Les sommets des risques y sont atteints lorsque s’affrontent des représentants de partis de toutes obédiences, des institutions de toutes essences, des syndicats de toutes sensibilités, des entreprises de toutes tailles et de tous secteurs, des associations de toutes natures…

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Par Pierre Auguste le 2015-06-30

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Réforme de l'enseignement. Applaudissez citoyens

 

Le collège unique est une offense au peuple et à l’équité. Exit l’excellence ! Place au saupoudrage. Des radicelles culturelles évoqueront nos racines grecques et latines.

« Delenda Carthago » disait Caton l’Ancien (234-139 av. JC) pour commencer et terminer tous ses discours devant le Sénat Romain. Détruisez Carthage ! Rien n’est nouveau sous le soleil. Les communicants de l’incommunicable nous expliquent aujourd’hui leurs réformes avec une ardeur qui rappelle celle de ces hurluberlus moyen-orientaux qui veulent effacer toute trace des civilisations qui ont précédé leur barbarie.

Nourris au lait des humanités, intellectuels, écrivains, médecins et scientifiques crient comme des étripés. En écoutant de plus près on peut percevoir le regret de ceux qui, par goût ou par nécessité, ont suivi d’autres parcours estudiantins. Le savoir est si vaste et si prenant que l’on ne peut tout apprendre et qu’il faut choisir les voies et les moyens de gagner sa croûte. Qu’il les ait ou non cherchées, chacun chez-nous en sa vie trouvait dans le vocabulaire spécialisé, dans le droit, dans les langues vivantes, dans le vieux français, dans les langues régionales, les racines greco-latines qui portent sa culture.

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Par Pierre Auguste le 2015-06-23

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Les métiers de la machinerie humaine

 

Le cheval a longtemps été la plus belle conquête de l’homme. Jusqu’au jour où fut inventé le cheval-vapeur. Cette désignation exprime le regret du bon vieux temps.

Le kilowatt n’a pas détrôné le canasson car en dépit des systèmes d’unités légales, des escadrons entiers de chevaux gambadent sous le capot de nos bagnoles

L’homme est conservateur. Malgré ses imperfections la machinerie, qui l’anime et le porte, a de beaux jours devant elle. Malgré leurs progrès, les robots ont du pain sur la planche pour la supplanter en toutes ses activités.

Le petit de l’homme découvre peu à peu les propriétés, les performances et les prouesses dont est capable sa carcasse. Et aucune ne l’étonne.

L’homme comprend bien tard qu’il est équipé d’un cerveau dont le logiciel se charge lentement, conserve à jamais les traces de la longue évolution de l’espèce, reste toujours un peu celui d’un enfant. Le sage qui a un peu vécu sait qu’il ne pense qu’à manger quand il a faim et pense surtout à s’amuser quand il est rassasié. Depuis sa tendre jeunesse les numéros de cirque sont pour lui un émerveillement mais peuvent inhiber l’envie de se confronter à lui-même. Souvent, il veut ignorer que bien des exploits lui seraient accessibles par le travail, l’audace et la volonté.

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Par Pierre Auguste le 2015-06-16

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Diversité et noblesse des métiers de la mécanique

 

Le personnel politique veut pouvoir dire des bêtises. Impunément. Toute critique personnelle devient pour lui un insupportable « french bashing », déshonorant pour son émetteur, insultant pour la France entière. Il est plus facile de démolir les contradicteurs que de reconstruire ses propres idées. Mais quand on est un Français normalement constitué on ne jette pas aux orties son esprit critique.

Il y a peu de jours notre sémillante ministre de l’éducation nationale débattait avec un ancien ministre aux longues dents au sujet de notre collège, unique en son genre. L’une défendait bec et ongles sa réforme unifiante et lénifiante. L’autre aurait voulu tracer des parcours plus tôt différenciés pour les adapter aux capacités des élèves.

La réplique se voulait sans appel et disait à peu près ceci « Vers quoi les orienterez-vous ? Vers la mécanique ? »

La réplique de l’agrégé de lettres à la réplique de la juriste fut plutôt molle. Nous étions là sur les sommets de l’échelle des riches terres des âneries savantes. Qu’elle soit de droite ou de gauche, notre intelligentzia est soumise à un égal et vieux mépris pour les vils arts mécaniques.

Les enfants gâtés de la machinerie sociétale ne sauraient vivre sans machines et pourtant semblent ne voir dans la mécanique que vulgarité et vilenie des mains sales.

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Par Pierre Auguste le 2015-06-09

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Réformes de l'enseignement. Cris et tâtonnements

 

Nous vivons sous l’empire des idées fausses. Un surcroît de malheur veut que nous combattions les idées fausses par d’autres idées fausses.

Chaque jour nous en apporte quelque preuve par nos velléités de réformes omni azimutales. Administration, politique, économie, société, enseignement, tout y passe. Confrontées aux réalités, intentions et approximations y trépassent.

Une idée fausse s’est incrustée dans les têtes pensantes selon laquelle un logiciel législatif pourrait ordonnancer tous les actes de formation à dispenser en tous, lieux en tous temps, en toutes circonstances, au profit de tous les enfants de la République.

Quiconque a « planché » devant des élèves sait que l’enseignement est un art tout de préparation personnelle et d’exécution. Quiconque a exercé quelque responsabilité sait que les sources de belles idées sont tôt taries dans les sables des réalités.

Il est risqué de soumettre tout l’enseignement à des présupposés et à des décisions politiques d’un pouvoir central, solitaire à force d’être omnipotent. Même les belles cervelles ne peuvent pondérer l’impondérable ni saisir l’insaisissable.

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Par Pierre Auguste le 2015-06-02

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Tropismes trotskiniens

 

La République est bonne fille. Nous le savions depuis longtemps. Mais trop c’est trop. L’hebdomadaire le Point vient de nous en instiller l’idée par un récent article quelque peu subversif.

Conscients du temps qui passe, nous nous doutions bien que notre gens trotskinienne est maintenant parvenue à pleine maturité, « état précaire qui ne présage rien de bon ». Nous sommes ébahis de voir que ceux qui, en leur jeune âge, voulaient mettre à bas la République, ont fini en masse par doucettement s’y nicher.

Nous aurions pourtant dû les voir et entendre venir ces habités d’idéologie avec leurs gros sabots sémantiques. Mais leur cervelle nous paraissait tellement embrumée d’idées dépassées que nous n’avions pas cru à leur entrisme ni pris au sérieux leur esprit totalitaire hérité de leur saint martyr de la « révolution permanente ». Quarante ans plus tard, ceux qui étaient réputés avoir les cheveux longs et les idées courtes abondent dans la liste des récipiendaires des sinécures publiques. Il faut donc bien leur reconnaître de la suite dans les idées et une belle pratique des raccourcis de l’ascenseur social défaillant.

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Par Pierre Auguste le 2015-05-26

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Des réformes de l'enseignement à l'enseignement des réformes

 

Vive la réforme de l’enseignement. Chaque génération a la sienne. Voici la « der des der » par laquelle nous allons promouvoir l’art d’enseigner… une bonne fois pour toutes.

Fichtre, la belle intention ! Nous allons enfin inséminer les séminaires. L’ivraie n’a qu’à bien se tenir, car le bon grain va lever partout.

Parties et partis, tous s’y mettent. Les aigles altières de l’empire du savoir disent le vrai. Le chœur des rhapsodes annonce le beau. Les légions de pédagogues donnent le ton. Les manipules de communicants haussent le son. Les phalanges syndicales mènent le branle. Les centuries de parents d’élèves y mettent leur grain de sel. Les cohortes d’enseignés se protègent en formation de tortue.

« Le maître vénérable en embouchant son cor/Apprend aux compagnons qu’il sait viser encor. » Au cœur de la réforme, il tient le cap et n’en changera pas… jusqu’à nouveau désordre. En vertu du principe de précaution, il demande en grand secret des versions édulcorées des dispositions controversées.

 

Les manipules communicantes confrontent les dits et les contredits, compulsent les lois, connotent les dictionnaires, consultent les experts, concoctent de nouvelles nomenclatures, conseillent des éléments de langage à haut pouvoir lubrifiant.

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Par Pierre Auguste le 2015-05-19

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Candidatures. La question de la réponse

 

Les demandeurs d’emploi souhaitent avoir une réponse à leur candidature. Cette attente est légitime. Employeurs et recruteurs le savent. Ils préfèrent ne pas répondre que de donner une réponse négative.

C’est regrettable. Mais les candidats doivent comprendre qu’il est délicat d’éconduire des candidatures sans donner des explications. Et donner des explications c’est se mettre quelque peu en état d’indécision, appeler des comparaisons, s’exposer à des contestations, risquer de susciter des recours.

Les sites de recrutement ne sont ni des administrations ni des services publics. Leurs rapports avec les entreprises ne peuvent être autoritaires ni asséner des devoirs, des normes, des directives. Les règles d’emploi de leurs dispositifs sont d’ordre technique et commercial et leur application est soumise aux lois et à la bonne volonté de ceux qui font appel à leurs services.

Leur fonction de médiation les met en position d’avocat de toutes les parties prenantes et leur fait obligation d’inciter chacune à comprendre les autres.

On peut le regretter mais les réalités de l’économie commandent.

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Par Pierre Auguste le 2015-05-12

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Les métiers de l'aide à la personne

 

Les Pythonisses statisticiennes de tous sexes ont posé leur trépied et braqué leur lunette sur l’emploi en l’an 2050. L’horizon y paraît quelque peu incertain.

La démographie commande. Elle sait assez bien prévoir ce que deviendront ceux qui sont déjà nés. Mais nul ne sait ce que produiront les embarras économiques, les inconstances de la politique familiale, les tribulations migratoires, les accidents sanitaires, les folies guerrières des hommes. Il n’y a guère que le personnel politique pour avoir des certitudes. Chronos et les Dieux lares nous laissent entrevoir une moindre croissance et un vieillissement de la population mais tout porte à croire que la démographie ne sera pas ce qu’elle fut ni ce que l’on nous promet. Les prévisions relatives aux peuplements doivent s’accommoder d’approximations. Le chiffre de la population nationale active du milieu du siècle est annoncé par les démographes à un ou deux millions près.

Aux erreurs des prévisions quantitatives s’ajouteront des erreurs qualitatives propres à déjouer toutes prévisions et tous programmes économiques ou politiques.

C’est donc avec circonspection que les enseignants, les enseignés, les agents économiques, doivent aborder l’orientation de leurs études, le choix de leurs métiers, leurs engagements dans les activités. ? Nul ne saurait se fier aux discours et aux intentions affichées par les partisans ou les ennemis de ceci ou de cela.

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Par Pierre Auguste le 2015-05-05

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Sur les traces de Bouvard et Pécuchet

 

Bouvard et Pécuchet est un monument de littérature que voulait ériger Gustave Flaubert (1821 1880) à la gloire de la bêtise humaine. Ce sujet ne pouvait produire qu’une œuvre inachevée. On a pu dire que ce livre a tué Flaubert à l’âge de 58 ans après qu’il eut passé les huit dernières années de sa vie à compiler des milliers d’ouvrages pour entrer dans la peau de ses personnages. Madame Bovary c’est moi avait-il dit. Il serait donc mort d’avoir voulu se faire Bouvard et Pécuchet. Mais ce sont eux qui auraient eu sa peau !

Bouvard et Pécuchet sont commis aux écritures l’un du secteur privé, l’autre d’une administration publique. Lors d’une rencontre fortuite, ils découvrent leurs affinités, décident de vivre autrement, de tout apprendre avant d’entreprendre, de se lancer dans une autre activité après avoir échoué et ainsi, peu à peu, de tout essayer.

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Par Pierre Auguste le 2015-04-28

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Éloge de la méfiance

 

De toutes parts fusent des appels à la confiance que les appelés s’obstinent à refuser.

Les appelants en redemandent. Mais « Les importants n’argumentent point : ils se contentent de répéter la même chose, en haussant le ton » (Alain 1868-1951)

Certes la confiance est nécessaire à la reprise économique et à la paix sociale. Mais les promesses non tenues, les vérités cachées, la hauteur du ton, les erreurs de prévision, les répétitions et autres déconvenues donnent au citoyen, au consommateur, au producteur, au prestataire, au financier, à l’électeur, un surplus de méfiance.

La diversité des émetteurs de messages s’ajoute à la diversité des cibles pour compliquer et entremêler les choses. La confiance suppose des réciprocités en chaînes et en mailles que quelque protagoniste s’applique toujours à rompre.

Selon Alain le bourgeois agit sur les hommes et vit de persuader. Le prolétaire agit sur les choses et vit de ses actes.

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Par Pierre Auguste le 2015-04-21

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Les métiers du lait

 

L’homme est un mammifère. Il l’avait quelque peu oublié. Les députés viennent de le rappeler en interdisant, au monde de la mode, la circulation de mannequins étiques.

Depuis la nuit des temps l’homme vit en parasite en suçant le lait de nombreuses autres espèces. De la vache à la brebis en passant par la chèvre, l’ânesse et la chamelle, il a tout essayé et beaucoup adopté.

L’être humain a toujours développé de nouveaux produits et de nouveaux procédés pour conserver et transporter le lait. Comme toujours il a tout essayé. Le froid et la congélation, le chaud et la pasteurisation, la stérilisation et les très hautes températures. Par la dessiccation, il a obtenu le lait concentré et le lait en poudre. Par la séparation et le barattage de la crème il a fait du beurre. Pour ne pas le laisser perdre, il a mis du lait dans sa cuisine dans toutes ses formes et à toutes les sauces. Il en nourrit les animaux avec des sous produits comme le petit lait ou le babeurre qu’en période faste, ou de mévente, il « complémente » avec du lait entier.

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Par Pierre Auguste le 2015-04-14

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Chefs-lieux et déserts français

 

« Paris et le désert Français » a laissé des traces. Les jeunes français d’aujourd’hui ne connaissent sans doute pas ce pamphlet publié en 1947 par Jean-François Gravier (1915-2005). Sous ce titre s’opposent encore ces jacobins et ces girondins qui ont la tête dure et feignent d’ignorer que la France est partout et que le monopole de son développement futur n’est nulle part.

Les réalités ont toujours échappé aux formules et la situation de la France d’aujourd’hui n’est pas celle de l’immédiat après guerre. Après la reconstruction, la décolonisation et les trente glorieuses, l’éveil de ce qui fut le tiers monde, et la mondialisation, ont changé la dynamique de l’évolution de l’humanité. Les délocalisations et la concurrence ont perturbé notre économie et ouvert des perspectives aux développements des techniques nouvelles. L’exode rural, le développement de l’emploi féminin, les migrations externes, l’évolution des mœurs ont profondément changé la société et les états d’esprit.

Le chômage d’une large part de la population en âge de travailler, la mise en jachère de la formation d’une partie de la jeunesse, la paupérisation accrue des relégués de la société, l’augmentation de l’espérance de vie, l’évolution des mœurs, posent à la société des problèmes que l’outrecuidance et les tergiversations de nos têtes pensantes et de nos bras séculiers rendent insolubles.

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Par Pierre Auguste le 2015-04-07

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Métaphores éprouvées. Le sac, la caverne et la nef des fous

 

Si l’on en croit les discours préélectoraux, rien ne sera plus comme avant.

Si l’on confronte l’avenir promis et le passé tel qu’il est advenu on voit bien que rien n’est bien nouveau sous le soleil de Diogène. L’animal humain a beau se targuer d’évoluer, il semble bien qu’il change peu, tant dans sa nature que dans ses comportements.

Platon, cet illustre contemporain de Diogène, nous éclaire encore de ses allégories.

Ses images ont tant servi que l’on hésite avant d’y recourir. Mais leur force évocatrice et leur pertinence leur promettent encore un bel avenir dans les leçons de philosophie, dans les propos médiato-politiques. Platon gardera ainsi sa place dans les chants de salle de garde et d’amphithéâtre.

Pour Platon l’homme est un sac de peau dans lequel doivent cohabiter une hydre aux cent têtes, un lion et un sage.

En résumant ce qu’en a résumé Alain, l’hydre siège dans le ventre où naissent les peurs, les pauvretés, les désirs. Elle « n’a jamais fini de manger et de boire ; le sage se met à table trois fois par jour ; et si d’autres ne lui apportaient point la nourriture, aussitôt il devrait la chercher, oubliant tout le reste… »

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Par Pierre Auguste le 2015-03-31

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Scrutin binominal. Le rendez-vous du siècle

 

« Je ne crois jamais une statistique à moins de l’avoir moi-même falsifiée » a déclaré Winston Churchill, grand maître de l’humour britannique et de la boutade politique.

Il y a pourtant longtemps que les mathématiciens nous ont donné la loi binomiale.

Ce fleuron de la statistique et du calcul des probabilités se propose d’évaluer la probabilité d’échec ou de succès d’expériences aléatoires identiques indépendamment répétées.

Ce pourrait être un outil utile aux politiciens qui trouvent leur bonheur en nageant dans les aléas et en répétant leurs tentatives pour faire le bonheur de l’humanité souffrante.

Mais le politicien n’aime pas l’idée de l’échec. Il en bannit le mot. Il en refuse toute éventualité.

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Par Pierre Auguste le 2015-03-24

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Propos incendiaires et discours pompiers

 

Nos gouvernants ont peur de se fracasser. Ils le disent à grand fracas. Le citoyen s’en tracasse. Un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout. Les effeuillages font rage sur le front des marguerites partisanes, des broussailles doctrinales, du millefeuille administratif.

Nous vivons en des temps d’interdiction de toute pensée autonome. Seuls auraient droit de cité le politiquement correct, le bien penser, le soft conduit. On est prié d’attendre son tour dans les files d’attente devant les guichets de distribution des idées normalisées.

La pensée collective a ses richesses et ses vertus. Mais elle se transmute vite en bêtise lorsque soufflent et priment l’esprit partisan, l’esprit de clocher, l’esprit de système, l’esprit de doctrine, l’esprit de corps, l’esprit de discipline.

Nous vivons en des temps sombres où, du plus intelligent au plus abruti, tout le monde a voix au chapitre et dispose de puissants moyens de diffusion de tout ce que, bon ou mauvais, peut sécréter l’esprit humain. Jusque dans nos plus doctes assemblées le nombre tient lieu de logique, l’invective tient lieu d’argument, la « standing ovation » tient lieu de preuve, les décibels forcent l’admiration.

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Par Pierre Auguste le 2015-03-17

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De crise en crise, la voilà la jolie crise

 

Les politiciens se suivent et ne se dissemblent pas. Tous promettent de nous sortir de la crise. C’est vouloir arrêter vagues et marées.

Des crises et des promesses, en veux-tu ? En voilà !

Depuis la nuit des temps, l’homme cherche à compenser par les échanges les pénuries que par la cueillette et la production il ne peut éliminer. Le troc ne pouvant pourvoir à tous les besoins, la monnaie apparut sous diverses formes, fut vite traitée comme une marchandise et ne put échapper aux pénuries.

Notre histoire nationale a été marquée par la récurrence de la crise financière. Qu’il fût royal, impérial ou républicain le pouvoir chez-nous n’eut jamais assez d’argent pour financer ses fastes, ses guerres, ses ambitions territoriales, ses bonnes intentions envers le peuple. L’inflation fiscale et la dévaluation de la monnaie furent à la fois les premières conséquences de la boulimie et l’inspiration des mesures palliatives.

Le lycéen moyen lycéen sait que ce fut là l’une des causes majeures de la révolution de 1789. Le lycéen devenu citoyen découvre peu à peu la panacée de sortie de crise par la réforme fiscale. Mais peut-être ignore-t-il cette plaisante phrase d’Edgar Faure. (1908-1988) : « La réforme fiscale, c’est quand vous promettez de réduire les impôts sur les choses qui étaient taxées depuis longtemps et que vous en créez de nouveaux sur celles qui ne l’étaient pas encore. »

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Par Pierre Auguste le 2015-03-10

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Individuel et collectif. Le grand cafouillis

 

L’homme est un animal grégaire. Et un farouche individualiste. De cette dualité résultent les cafouillages dans les actions collectives et les cafouillis dans l’état du monde.

Il ne viendrait à l’idée de personne d’affronter seul une équipe de rugby. Et le sage sait que lorsque des gens s’assemblent il vaut mieux prendre du champ car les mots d’ordre deviennent vite contradictoires et nul ne sait ce qu’il peut en advenir. 

Quiconque a un peu vécu et agi, seul ou en groupe, puis observé les résultats des agitations humaines, sait que l’action collective augmente la puissance mais finit par se développer aux dépens des inorganisés.

Les réalités en fournissent maintes preuves, le collectivisme et l’individualisme sont l’un et l’autre voués à l’échec. Et pourtant ces deux conceptions de l’existence se partagent le champ des idées et ont chacune leurs adeptes qu’opposent d’irréductibles guerres de religions.

Sur le long terme, l’individu est toujours perdant car le collectif est un grand récupérateur, incapable d’avoir une idée et qui finit par tout stériliser.

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Par Pierre Auguste le 2015-03-03

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Énergie et rénovation immobilière

 

L’énergie est une entité physique. C’est aussi une qualité morale. L’énergie physique remonte à la nuit des temps. Elle est en perpétuelle transformation. Ses nombreuses formes changent moins que l’idée que s’en fait l’homme toujours en recherche d’utilisations nouvelles, de puissance, de disponibilité…et désormais de vertu !

La grande vertu aujourd’hui est d’économiser l’énergie physique. Les vertueux verts espèrent y parvenir sans y dépenser trop d’énergie morale. En fronçant les sourcils.

De vaillants irréfléchis ne savent pas que les rénovations immobilières vont traîner en langueur et tarderont à économiser l’énergie, à créer des emplois, à sauver la planète.

Nul ne devrait ignorer que la tâche est immense de mettre au goût d’un futur incertain notre lourd patrimoine immobilier, accumulé au cours des âges. Des constructions médiocres sont imbriquées avec des joyaux d’architecture en un ensemble qui connut les guerres et fut livré aux caprices, à l’inconscience et à l’incapacité de citoyens moyens résignés et désargentés et de pouvoirs publics ambitieux mais toujours impécunieux.

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Par Pierre Auguste le 2015-02-24

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Réforme. Les constituants nouveaux sont arrivés.

 

La politique est un sport comme un autre, plein de rebondissements et de grâce.

La classe politique est atteinte de prurigo récidivant. Elle se gratte anticonstitutionnellement.

Notre constitution a cessé de plaire. Malgré le vieillissement général dû aux progrès de la médecine, le renouvellement des générations appelle au pouvoir et dans ses antichambres des enfants gâtés qui n’ont connu ni la guerre, ni les restrictions ni les joies de l’instabilité gouvernementale. Les troisième et quatrième républiques sont perdues dans les ténèbres de l’histoire telle qu’elle est enseignée aujourd’hui.

Il est vrai que l’instabilité gouvernementale est l’une des voies les plus efficaces pour promouvoir l’égalité des chances des ambitieux. Le « turn over » des astres commande. Comme le soleil, la démocratie des ambitions a des phases éruptives.

La constitution de la cinquième république se proposait de mettre fin au régime des partis. Les partis sont de retour… mais sans laisser d’adresse. Partis et partisans ne savent plus très bien où ils habitent.

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Par Pierre Auguste le 2015-02-17

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Pierre Dac. Nous entrerons dans ta carrière...

 

Les jeunes générations sont acculturées par Internet qui les gave de lait virtuel dont l’origine n’est pas toujours bien garantie. Nous commencerons aujourd’hui par rendre à Pierre Dac deux loufoqueries qui n’appartiennent pas à Coluche.

C’est Pierre Dac, fantaisiste, résistant, Chevalier de la Légion d’Honneur, titulaire des Croix de Guerre 1914-1918 et 1939-1945 et de la Médaille se la Résistance, qui a inventé le « Schmilblick » qui est « un objet rigoureusement intégral qui ne sert absolument à rien et peut donc servir à tout. » * Ainsi en est-il du discours politique qui est devenu l’objet d’une production industrielle prospère et créatrice d’emplois.

C’est aussi Pierre Dac qui a mis en garde ceux qui nous gouvernent contre le citoyen exigeant : « Quand on voit ce qu'on voit, que l'on entend ce qu'on entend et que l'on sait ce que qu'on sait, on a raison de penser ce qu'on pense. » *

Voici donc l’« insouciante jeunesse à tout asservie » appelée à rendre hommage à un bel exemple d’éclairante « bravitude ».

Le citoyen éclairé attend toujours qu’on lui dise tout car il sait que « Ce n’est pas en tournant le dos aux choses qu’on leur fait face. » *

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Par Pierre Auguste le 2015-02-10

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Politique. Confiance et Responsabilité

 

Des voix se font entendre pour regretter que de trop nombreuses actions publiques soient décidées sans préparation suffisante, sans cohérence, sans études d’impacts et finalement exécutées sans validation des résultats. Nous voyons par là poindre quelques grains de lumière dans les ténèbres de notre cosmos politique économique et social. Comme toujours ce sont les réalités qui commandent.

Ce serait un grand bonheur de voir notre pays venir à la raison et effacer la tristesse d’avoir attendu si longtemps que la logique, et la conscience des mécanismes vitaux, s’éveillent dans ces têtes pensantes et dirigeantes qui tâtonnent en voulant « tout essayer ».

Nous vivons dans un ensemble politique et sociétal complexe dont la plupart des éléments sont régis à court terme et soumis aux humeurs de l’opinion.

Comme nous le rappelons souvent ici, nous gagnerions à appliquer à la politique les principes de la théorie des systèmes qui ont fait leurs preuves dans les connaissances scientifiques et dans les réalisations technologiques.

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Par Pierre Auguste le 2015-02-03

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Cacophonies inachevées. (Suite)

 

Les amateurs de sculpture et les mélomanes vous le diront : Les œuvres inachevées sont les plus belles.

Rien n’est plus attachant qu’un être humain qui reste à demi-prisonnier de la pierre ou de la glaise. Rien n’est plus beau qu’une symphonie qui vous laisse en suspens.

L’art politique fait exception à cette règle et le malheur du citoyen a toujours voulu que tout grand œuvre politique restât inachevé.

Les calendriers électoraux imposent leur tempo aux forçats des urnes. Les prétentieux se mettent sur le coltin des programmes séculaires qu’ils promettent de se coltiner en une demi-décennie.

Pauvres de nous, plus d’un siècle et demi après Louis Napoléon Bonaparte, on nous promet l’extinction du paupérisme. Et nous voilà riches d’un ministre de l’économie qui, nous dit-on, était nul en maths, taquinait la muse, rêvait d’être un artiste, se voyait déjà, et pour des siècles, en haut des affiches éditoriales. Le poète a été versé dans l’intendance. Il était fin prêt pour gérer, au ras des marguerites, les contingences qui n’aiment pas attendre.

Ô temps suspends ton vol et vous projets sublimes accélérez votre cours ! Mais Chronos est irréductible.

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Par Pierre Auguste le 2015-01-27

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Immigration. Une vieille histoire sans fin

 

Les migrations humaines sont à l’ordre du jour… depuis des millénaires. Elles le seront sans doute tant que les hommes seront plus nombreux et chercheront des moyens de subsistance plus lointains.

L’histoire se déroulant partout en même temps, les migrations ne sont accessibles ni à , ni à la statistique, ni à l’écriture. Il se trouve pourtant toujours des spécialistes pour en écrire et dire des sottises.

Il y a de quoi s’émerveiller d’entendre quelques doctrinaires déclarer que la France a toujours été un pays d’accueil. Pour déceler la contrevérité il suffit d’imaginer comment les gens en place accueillirent en leur beau pays toutes les peuplades venues, au cours des âges, à la conquête de l’ouest de l’Europe. La nature humaine porte à croire que les Gaulois et les Romains ne sont pas les seuls à avoir rompu quelques lances sur nos terres. Depuis les Celtes jusqu’aux apatrides d’aujourd’hui, en passant par les Huns, les Goths les Wisigoths, les Vandales les Vikings et les Prussiens, il ne semble pas que les « vieilles souches » aient toujours ouvert les bras aux nouveaux arrivants qui étaient plutôt invités à aller voir ailleurs.

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Par Pierre Auguste le 2015-01-20

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Opinion. Éloge du pessimisme

 

En ces temps difficiles, l’optimiste se plaît à constater que le pessimisme a d’indéniables vertus. La première est de forcer les nantis qui nous gouvernent à s’intéresser aux misères du pauvre peuple, qu’après avoir contribué à créer, ils ont promis d’éradiquer.

Le réalisme doit faire le partage entre optimisme et pessimisme et commande de porter un regard critique sur la médiocrité des résultats obtenus. Il appelle aussi les optimistes à considérer que le citoyen heureux n’est guère enclin à se poser les questions dont il redoute la réponse. Le citoyen scrupuleux s’interroge sur l’adéquation des voies et des moyens employés par les heureux pour faire en son nom le bonheur des malheureux.

Alternances après alternances, créatifs et communicants ministériels tentent d’imposer au marché du travail des concepts nouveaux sous des vocables prometteurs mais à peu près vides de principes actifs. Nous continuons ainsi à « tout essayer ». Depuis la boîte à outils jusqu’au pacte de solidarité en passant par le CICE et le contrat de génération…tout y passe et repasse. Mais avec une prédilection pour les effets fiscaux immédiats et pour les mesures de fond à effets différés.

Il faut allier naïveté et ignorance pour croire qu’une accumulation de mesures simples puisse venir à bout de nos difficultés pour réduire nos déficits, notre dette, notre chômage. Comment pourrions-nous, isolément, réguler notre économie, désormais ouverte au monde entier. C’est un système complexe, sans unité, soumis à tant d’intérêts contradictoires, trop vaste pour être gouverné, trop évolutif pour être stable ?

Notre goût national pour les idéologies, et notre esprit de système qui abhorre les systèmes nouveaux, nous privent de nombreuses possibilités d’action pour influencer notre destin. La politique et l’économie gagneraient à s’intéresser aux techniques et méthodes qui ont été définies, et mises au point, grâce aux succès et aux échecs des systèmes développés par les industries aérospatiales.

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Par Pierre Auguste le 2015-01-13

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Profession : Optimiste

 

Les montagnes communicantes se sont mises en travail. Elles ont accouché d’un « souris » qui fut le sourire du poète. Le prince commanditaire est doué d’une grande fluidité verbale. Il a fait siens les éléments de langage à lui soumis comme s’il en était aux balbutiements.

« Souriez camarades, les caméras du monde entier vous regardent. La France est un grand pays où l’on se doit d’être optimiste. »

Les compatriotes de Descartes ont pour habitude de ne pas s’en laisser conter. Ils s’interrogent pour savoir à qui pouvait bien s’adresser ce discours de l’an nouveau.

En 2015, il ne pouvait s’adresser à ceux qui sont en état de légitime désespérance :

• Les chômeurs toujours plus nombreux qui galèrent toujours plus longtemps pour trouver un emploi ;

• Les candidats à un logement convenable non trop loin de leur lieu de travail ;

• Les employeurs effrayés par les risques liés aux investissements, à l’embauche, aux licenciements, à la variabilité des climats économiques et fiscaux… ;

• Les professions mises à l’index des suspects de la rente ; 

• Les étudiants qui ont déjà goûté à l’absentéisme professoral et qui se risquent dans des voies de misère et /ou sans issue ;

• Les patients qui cherchent un cursus de soins qui puisse correspondre à la géographie médicale et répondre aux canons des remboursements de la sécurité sociale ;

• Les malades incurables et les personnes âgées qui aimeraient bien savoir sur quel cocotier on va les encourager à grimper…

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Par Pierre Auguste le 2015-01-06

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Vers l'extinction du réformisme

 

Le réformisme est un sport faussement pacifique parsemé de réels dangers.

La liste est longue des réformateurs dont l’histoire s’est mal terminée. Par la mort physique ou la mort politique.

La politique ignore la morale et ne veut pas distinguer des degrés de responsabilité dans les dysfonctionnements de la société.

Les emportements des peuples sont aveugles et il se trouve toujours des minorités qui se refusent à tout consensus.

Les tyrans ne sont pas les seuls menacés par la disgrâce. Louis XVI n’était pas un méchant homme. Il a été emporté par des réformes, à lui imposées, qu’il n’a pas su imposer à tous.

Il n’est pas question de faire ici le bilan des assassinats politiques. On peut toutefois observer que nul pays, nul régime n’échappe au risque de rébellion de tout ou partie de ses populations.

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Par Pierre Auguste le 2014-12-30

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Les marronniers de la culture

LES MARRONNIERS DE LA CULTURE

Noël est là. Déjà sous les bourgeons remonte la sève. (Alain 1868-1951). Comme tous les ans vont refleurir les marronniers de la culture. On prépare en secret les sujets du bac qui seront les réminiscences de temps heureux où nul espoir culturel n’était interdit.

Cela promet aux jeunes un mauvais moment à passer. Pour leurs parents ce sera l’espoir de meilleurs temps pour leur progéniture. Pour les maîtres c’est la commémoration de temps où tout brillait pour eux. Pour les médias c’est l’occasion de trouver à bon compte des sujets d’articles dans ce qui a déjà été écrit.

On disait autrefois que « la culture est ce qui reste quand on a tout oublié ». On sait aujourd’hui que la culture est ce qui manque quand on a tout appris. Autrefois la pensée et la culture étaient généralistes. On sait aujourd’hui que le savoir est un univers en expansion qui engendre la spécialisation. De l’antiquité jusqu’au siècle des lumières, comme notre polyvalent Voltaire, le savant était un philosophe, un scientifique, un « humanitaire » qui n’hésitait pas à taquiner la muse, à monter sur les planches, à s’engager en politique.

Le philosophe avait les épaules larges. Mais comme nul ne peut tout savoir, la philosophie s’est vu peu à peu déposséder de pans entiers de sa substance. Les philosophes eux-mêmes en sont venus à considérer que la philosophie ne serait plus guère qu’une réflexion sur le savoir. (Cf. Jean François Lyotard ; 1924-1998)

La culture est devenue une constellation dans laquelle chacun ne voit que son étoile. Pour les uns il n’y a de culture que scientifique. Pour d’autres la culture ne peut être que littéraire et même que romanesque. Le politicien n’y voit que politique. L’économiste finit par n’y voir que l’économétrie.

Bref, aujourd’hui tout est devenu « culturel », plus complexe, plus difficile. Le cuisinier n’a plus guère de temps que pour mitonner et goûter sa cuisine.

Le grand défi des temps nouveaux est d’ouvrir les ghettos intellectuels, de mettre en commun les savoirs, de faire coopérer les disciplines pour mettre plus de rationalité dans les discours et dans les actes.

Sans en faire une religion, qui serait un comble, il serait utile de se remémorer la fameuse loi des trois états d’Auguste Comte. (1798-1857). Selon ce pape du positivisme, l’esprit humain passerait par trois états théoriques successifs qui conditionnent la vie de l’espèce et des sociétés humaines. Tout commence par l’état théologique, se poursuit par l’état métaphysique et arrive à maturité par l’état positif, résultat de la science.

Ce qui est le plus positif dans cette théorie c’est la recommandation implicite de jeter aux orties les superstitions, les mythologies, les fausses sciences comme l’astrologie, la mystique des grandes écoles, la croyance en l’infaillibilité administrative, l’outrecuidance des classes dirigeantes.

Les mortels du tout-venant sont fatigués des Dieux du tout-parvenu. Du haut de l’humanité dirigeante jusqu’au marais de l’humanité souffrante tout n’est que, conflits de préjugés, confrontations de jugements fondés sur des données partielles, pataugis dans des cultures fermées. L’expansion et la spécialisation corrélative du savoir aggravent les incompréhensions et imposent à chacun sinon une impossible polyvalence, tout au moins une ouverture d’esprit que seule peut donner une culture générale faisant une large place à la culture scientifique.

Les politiques prient pour que les Dieux leur envoient des capitaux, des emplois, de la croissance, des entreprises. Leurs incantations montrent leur méconnaissance des mécanismes économiques. Les pauvres, ils ne savent pas que tout cela ne vient que par accrétion lente et progressive de fragments de productions humaines. Les activités économiques se forment comme se créent et croissent les planètes, par accumulation de fragments préexistants soumis aux forces de la gravitation universelle.

La science procède par comparaisons et analogies. Les hommes de culture le savent.

« La moitié du temps d’esprit se passe à découvrir que ce qui ne ressemble pas se ressemble et ce qui se ressemble ne se ressemble pas. (Paul Valéry ; 1871-1945) »

Célébrons le solstice. Tant pis si les bourgeons de l’intelligence politique sont archi-secs.

Pierre Auguste
Le 24 12 2014

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Par Pierre Auguste le 2014-12-23

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Énergie. Bonus, malus, Malthus

 

Les publicitaires n’ont pas peur des mots. Nous en avons eu une preuve en entendant les louanges de l’un de ces appareils ménagers, que l’on ne sait jamais où ranger, et qui font plus de monts que de merveilles sur les paillasses de nos cuisines.

Avec ce dernier né de la technologie culinaire nous pouvons déguster non seulement de bonnes frites sans huile mais aussi de « nombreux autres concepts ». (Sic).

Du temps de Molière on vivait « de bonne soupe et non de beau langage ». On ne se nourrit plus « de bons gros bœuf, de bon gros porc, de bon fromage de Hollande » mais de concepts. De jus de cerveau musclé en quelque sorte.

Jadis tout était pensé, réfléchi. Aujourd’hui, le talent commande de tout conceptualiser. La création ne saurait se passer d’un solide concept qui en est la matière première et la quintessence. Que ce soit pour un album musical, un roman, un essai, une biographie, un film, une pièce de théâtre, une série télévisée, un divertissement, une téléréalité, un journal, un magazine… hors d’un concept, il n’y a point de salut.

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Par Pierre Auguste le 2014-12-16

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Politique. Unité plurielle

 

La politique obéit à une logique implacable. Quand l’opinion publique est divisée, les prêcheurs appellent à l’unité mais chacun veut la sienne. Autour de soi.

Comme pour les antibiotiques c’est automatique, les médications doctrinales perdent toute efficacité à force d’être utilisées. Les sciences politiques n’ont pas encore inventé les antibiogrammes. En attendant, nous sommes condamnés à absorber sans broncher toutes sortes de potions, toutes sortes de poudingues comme diraient les géologues, toutes sortes de potingues comme auraient dit nos grands-mères occitanes.

Nul ne sait très bien comment fonctionne la pharmacopée politique.

La société est complexe, multiforme et changeante. Quiconque prétend diriger, instruire, ou informer ses semblables a, du corps social, la vue partielle et kaléidoscopique que lui en donnent ses observatoires, ses instruments, ses préjugés.

Les partis politiques se divisent pour ressembler à l’image qu’ils se font de la société. Les candidats au pouvoir cherchent à donner d’eux-mêmes l’image supposée attendue par le plus grand nombre. Mais la société ne ressemble à aucune des images que l’on cherche à donner d’elle. Faire le beau devant un miroir n’a jamais embelli personne.

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Par Pierre Auguste le 2014-12-09

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Sélection et discrimination

 

Rien n’est plus pratiqué que la sélection relative au travail et à l’emploi. Rien n’est plus relatif et changeant que les opinions sur la discrimination.

En ces domaines, tout varie selon le côté de la barrière dans lequel la vie nous a fait naître, ou plus ou moins volontairement nous nous sommes placés.

« Sélectionneur » et « sélectionné »considèrent chacun à sa manière les critères de compétence en usage sur le marché de l’emploi.

Les entreprises, les administrations, les associations et la classe politique sont soumises à des règles spécifiques à la définition et à la répartition des emplois. Même si l’essentiel n’est pas écrit, des impératifs de présentation, de culture, de langage, de comportement et de circonstance s’imposent à tous.

Chaque recruteur a de bonnes raisons d’estimer légitimes ses exigences vis-à-vis de la personne qu’il se propose d’employer.

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Par Pierre Auguste le 2014-12-02

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Politique. Le cap des bonnes espérances

 

Les géophysiciens nous mettent en garde contre une possible inversion du champ magnétique terrestre. Bah. Il n’y a rien là qui puisse nous émouvoir car depuis longtemps déjà les politiciens nous ont déboussolés. Les tenants du pouvoir nous disent tous les jours que le cap est fixé. Qu’il nous suffit de le suivre. Que nous n’en changerons pas.

Avec les hautes technologies, nos révolutionnaires sont devenus des conservateurs de cap. Où qu’ils aillent et quoi qu’ils fassent nos navigateurs ont le compas dans l’œil et se croient dans la bonne direction.

Les aspirants au pouvoir appellent à changer de cap. Mais le malheur veut que chacun ait le sien. Aussi le citoyen ne sait-il plus ni où il est, ni où on le mène, ni où on voudrait le mener. Il croise toujours au large de quelque inaccessible cap des bonnes espérances.

Certes le cap est fixé, mais continûment, tantôt par petites touches, tantôt par embardées, tantôt par complets revirements. L’équipage semble oublier que le vaisseau gouvernemental est immense et a de l’inertie. Pour les pachas de passerelle, comme pour les esclaves de fond de cale, il y a loin de la poupe au rêve.

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Par Pierre Auguste le 2014-11-25

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Jeunesse. Le grand tourment

 

La question de la jeunesse tracasse le président. Cependant que l’intelligentsia et les médias jacassent et que les oppositions fracassent.

Ce n’est pas tout d’identifier le problème. Encore faut-il le prendre par le bon bout.

Une première série de difficultés se présente à la réflexion de celui qui prétend s’intéresser à ce vaste problème. En ces temps où l’on promet et promeut l’éternelle jeunesse, nul ne sait où commence et où finit la jeunesse. En corolaires nul ne sait très bien qui s’en occupe. Nul n’a les idées claires sur ce qu’il doit faire. La coordination des tâches et la responsabilité des disfonctionnements remontent aux plus hauts niveaux.

La première idée qui pourrait venir à l’esprit serait de tronquer, par les deux bouts, la pyramide des âges. Encore faut-il le faire avec précaution.

Du niveau de la crèche au niveau des universités dites du troisième âge il y aurait sans doute une clarification à faire dans la répartition des missions, des tâches, des moyens, des responsabilités et pour bien maîtriser la circulation de la population entre les différents éléments de la pyramide globale.

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Par Pierre Auguste le 2014-11-18

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Sarabandes fiscales

 

Les Ducs de Bercy vivent leurs très pauvres heures. Ils ne savent plus sur quel pied danser. Dans une Europe sans frontière il n’y a plus Rhin qui vaille et il n’y a plus de Pyrénées. Les vents d’est apportent les échos des danses polovtsiennes. Les vents d’Espagne insufflent à la fiscalité les rythmes vifs et lascifs de la Zarabanda.

L’économie stagne, l’emploi s’alanguit, le quidam vivote, les entrées fiscales se dérobent, les dépenses s’opiniâtrent, la dette s’envole, les capitaux s’éclipsent, les politiciens vasouillent, le législateur légifère délibérément, le contribuable casque… à son cœur défendant. Si l’on en croit les communicants, par leur entregent tout sera bientôt pour le mieux dans le pire des mondes.

La fiscalité est tout un monde. À part, mystérieux. Un citoyen sur deux n’en connaît guère que les prélèvements dits indolores. Un citoyen sur deux connaît la faveur de recevoir en sus les douloureuses feuilles bleues automnales récemment sujettes à des épisodes cévenols ravageurs.

Les « privilégiés moyens » sont mis à sec par des prélèvements spécifiques qui échappent au classement en catastrophe naturelle.

Les « super privilégiés » restent au sec dans des niches étanches.

Chacun peut comprendre qu’une société complexe, disparate, évolutive ne puisse vivre d’une fiscalité qui soit à la fois simple, claire, cohérente, juste, égalitaire et stable. Les faiseurs de lois empilent les « assiettes ». Passés maîtres dans l’art de l’antonymie ils s’ingénient à édifier un système compliqué et simpliste, fragmentaire et monolithique, intriqué et inextricable, changeant et irréversible.

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Par Pierre Auguste le 2014-11-11

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La France vue d'en haut

 

Nul ne peut ignorer aujourd’hui que notre pays est riche de ses espaces. Pour s’en convaincre, il suffit de le survoler ou de contempler des photographies aériennes et spatiales. Les vues nocturnes sont particulièrement « parlantes ».

Les voyages par la troisième dimension nourrissent la méditation, appellent les interrogations, effacent bien des idées reçues sur nos territoires, rappellent que chaque pays fait la politique de sa géographie.

Chaque période de l’histoire est soumise a une logique et à une cohérence instantanées qui la soumettent aux nécessités de la subsistance des populations, aux impératifs de la sécurité, au régime de la propriété foncière, aux besoins du commerce et du transport. Et finalement au bon vouloir des tenanciers de l’organisation politique.

Rien ne saurait durer sans une gestion avisée, prospective, globale, rigoureuse, cohérente. Mais dans la vie courante, l’utilisation des espaces et l’aménagement du territoire sont étroitement liés aux peuplements, par nature opportunistes et aléatoires. Vu de haut le paysage se lit comme un livre écrit à bras d’hommes.

Nul n’est besoin d’être un spécialiste pour voir que nous sommes héritiers d’une accumulation d’équipements et d’un patrimoine immobilier hétérogène qui sont d’heureux acquis mais dont la conservation « verrouille » à tout jamais des espaces et réduit toujours plus la liberté de leur utilisation.

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Par Pierre Auguste le 2014-11-04

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Des robots et des hommes

 

Le primate humain imagine que tout sera mieux ailleurs. Il s’est dressé sur ses pattes de derrière pour élargir son horizon. Il a spécialisé deux de ses quatre mains pour mieux se déplacer. Depuis qu’il n’a plus que deux mains et a perdu sa queue préhensile, il développe des outils pour moins se fatiguer et affermir sa prise sur la nature.

Cet esprit d’invention a fait naître et se développer le machinisme. C’est en quelque sorte par paresse, et pour plaire à son conjoint, que l’homme d’aujourd’hui travaille autant pour tout automatiser.

Des voix s’élèvent pour dénoncer la déshumanisation des contacts, la destruction d’emplois, l’augmentation corrélative du chômage. D’aucuns se prennent à regretter le temps du « Poinçonneur des Lilas ». Et pourtant, comme Gainsbourg, ils préfèreraient se flinguer plutôt que de passer leur vie à percer des petits trous. Encore des petits trous.

Mais rien n’arrête le progrès, pas même le regrès qui au contraire le stimule.

Les tisserands à domicile ont regretté la mécanisation de l’industrie textile. Les mineurs ont regretté la fin de l’extraction manuelle du charbon. Les dockers ont jeté à la mer les apparaux de manutention. Les travailleurs à la chaîne de l’industrie automobile regrettent de se voir remplacer par des robots.

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Par Pierre Auguste le 2014-10-28

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La guerre des mythes

 

Il est douloureux de le constater, il est presque interdit de le dire. En notre cher vieux pays le citoyen est fatigué. Le travail l’ennuie, la rationalité le déçoit, la réalité l’accable. Blasé par la modernité, tantôt réticent et tantôt séduit par les inventions de la post modernité, il est tenté par le retour au passé, comme par régression infantile.

Héritiers de la civilisation grecque, nous en avons accepté les actifs que sont la raison, les mathématiques, la physique, la médecine, la philosophie, le théâtre, la volonté politique et bien d’autres vertus qui fondent les sociétés. Nous avons aussi conservé de la Grèce quelques passifs sociétaux. Nous avons notre façon de cultiver l’esclavage et de réhabiliter certaines mœurs antiques sous couleur de modernité. Et comme les Grecs d’antan nous consultons des pythonisses et nous adonnons à d’autres mythes pour nous distraire, calmer nos inquiétudes, penser sans effort, entretenir les outils sémantiques du « prêt-à-communiquer ».

L’esprit de contradiction national fait des merveilles pour inventer, multiplier et opposer mythes et contre-mythes. Mais le malheur veut que ces entités ne se neutralisent pas comme matière et antimatière. Ainsi se perpétue une guerre des mythes qui fait bien des ravages, inhibe bien des « forces créatrices ».

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Par Pierre Auguste le 2014-10-21

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Politique. Les boîtes à malices

 

Quand je lis un texte qui se réclame d’un « think tank », je branche mon esprit critique en mode « vigilance rouge ». Ce n’est pas « l’anglosaxonité » du terme qui me met en garde. Nonobstant sa musique, la langue de Shakespeare a tant de mots d’origine française et tant de capacités de production d’expressions imagées que le Français moyen pourrait s’y trouver à l’aise et sortir des longues périphrases. Mais courage ! La publicité a pris le parti de lui ouvrir l’esgourde.

Les think tanks se posent en laboratoires, sources et réservoirs d’idées. Ils s’apparentent à une raffinerie de l’information capable de produire et de diffuser une « pensée objective et indépendante du pouvoir politique ». Le raffinage y devient raffinement.

Les intentions sont belles mais les cooptations, les connivences de fait, les concertations la consanguinité et les coopérations altèrent quelque peu la pratique.

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Par Pierre Auguste le 2014-10-14

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Ce que tu peux faire... pour toi

 

Il était une fois un Président des États-Unis réputé pour son sens de la formule propre à galvaniser les foules. Chacun connaît cet appel célèbre lancé à la jeunesse : « Ne demande pas ce que ton pays peut faire pour toi, demande ce que tu peux faire pour ton pays. » (Discours d’investiture de John Fitzgerald Kennedy du 20 janvier 1961.)

Mais les iconoclastes en chasse finissent toujours par montrer que tout colosse a quelque pied d’argile. Sur le tard ils nous ont appris que Kennedy aurait emprunté la plus belle phrase de sa plus belle déclaration à un président d’université méconnu.

Les ardeurs altruistes sont usées par le temps, les réalités, les médisances. Les présomptions, les insuffisances et les turpitudes de quelques-uns des grands qui gouvernent inhibent les meilleures volontés et donnent des prétextes à tous les renoncements. L’atonie économique en est le résultat observé un demi-siècle plus tard.

Après avoir conduit la reconstruction nécessitée par les ravages des deux guerres mondiales et les retards dus à la crise de l’entre-deux-guerres, les pouvoirs publics ont renoncé à l’objectif de donner du travail à tout le monde. Ils se sont résignés à doter aux les exclus du travail d’un revenu minimal de subsistance. Ils se donné bonne conscience en disant qu’ils ont tout essayé.

L’ouverture sans précaution des frontières et les libres échanges ont scellé des alliances de riches et mis en concurrence les pauvres du monde entier.

Certes « la main invisible du marché » a diminué le nombre et la proportion globale des affamés. Mais cela ne console pas ceux qui ont perdu ou craignent de perdre au change.

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Par Pierre Auguste le 2014-10-07

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Politique. Le poids de l'histoire

 

Le Candide d’aujourd’hui sait que tout n’est pas « pour le mieux dans le meilleur des mondes. » Quand on aspire au pouvoir on promet que tout sera mieux demain. Celui qui est au pouvoir trouve que tout est déjà beaucoup mieux. Celui qui en a été évincé annonce que tout va devenir pire.

Quiconque a quelque peu vécu, et cheminé hors des ornières doctrinales, sait que les choses, l’humanité, les idées et la société en sont venues à peu près à ce qu’elles pouvaient être.

Qu’il fût de Neandertal, de Cro-Magnon ou de Montboudif, le sage a toujours su que chaque période hérite de la précédente, que les malheurs ont leurs prémonitions, que les temps heureux ne présagent rien de bon.

Les cent-cinquante dernières années de l’histoire de France et de l’Europe ont été marquées par un enchaînement d’épisodes dont chacun est une suite inéluctable du précédent et en prépare la suite.

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Par Pierre Auguste le 2014-09-30

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Réforme. Discours de la méthode et méthode du discours

 

Au pays des lumières et de l’universalité on aime à se prévaloir de Descartes. Et on prend des libertés avec sa méthode. Par principe, ce brave René révoquait tout en doute et présageait sans doute qu’il ne ferait guère de prosélytes : « Ainsi mon dessein n’est pas d’enseigner ici la méthode que chacun doit suivre pour bien conduire sa raison, mais seulement de faire voir en quelle sorte j’ai tâché de conduire la mienne. »

Le principe de précaution pointait déjà le nez et avec lui une grande méfiance sur la pertinence de la pensée collective : « Ainsi voit-on que les bâtiments qu’un seul architecte a entrepris et achevés ont coutume d’être plus beaux et mieux ordonnés que ceux que plusieurs ont tâché de raccommoder. »

Nous voyons aujourd’hui les blocages, les atermoiements et les aberrations que peuvent produire en politique la manie de la concertation, l’obsession de la démocratie participative, l’allégeance aux doctrines.

« …Pour les mauvaises doctrines, je pensais déjà connaître assez ce qu’elles valaient, pour n’être plus sujet à être trompé ni par les promesses d’un alchimiste, ni par les prédictions d’un astrologue, ni par les impostures d’un magicien, ni par les artifices ou la vanterie d’aucun de ceux qui font profession de savoir plus qu’ils ne savent. »

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Par Pierre Auguste le 2014-09-23

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Régions. Les joueurs de turlurette

 

L’été culturel tire à sa fin. Festivals, fiestas et rencontres folkloriques ont fait des merveilles. Violes, vielles, bombardes, tambourins, binious, cabrettes et turlurettes ont éveillé en nous des délices moyenâgeuses.

Le commerce régional a reçu sa dope annuelle qui ne suffira jamais pour donner un emploi aux relégués, éteindre le paupérisme, soigner tous les mal-portants.

Deux mois sont passés. Il ne reste qu’à boucler l’année économique et budgétaire.

Les fifres et sous-fifres qui nous gouvernent soufflent dans les trompettes de leur renommée qui, comme le chantait Brassens, sont très mal embouchées. Il n’en sort guère que des gargouillis manquant d’harmonie.

Nous allons bientôt revenir à l’opéra bouffe de la réforme régionale dont les épisodes amusent périodiquement la France. En ces dernières séances, le citoyen a l’impression que partitions et livrets lui sont livrés à l’envers. On calibre le contenant avant d’avoir défini le contenu.

Ce n’est pas par hasard, mais par fatalité, que tout tenancier de quelque système finit par imaginer qu’il maîtriserait mieux sa mission par une expansion de son domaine et l’éradication des contraintes externes. Ainsi en est-il des grands barons régionaux, qui aspirent à l’exercice du pouvoir central du royaume républicain. Ils ont abattu le septennat et promu le quinquennat pour augmenter leurs chances par un bon « turn-over ». La pratique les a déboutés de leurs espoirs. Mais elle leur a donné l’idée d’agrandir leurs fiefs même si cela doit en diminuer le nombre.

Depuis quarante ans nous avons vu le « fer de lance de l’économie » subir des mutations qui laissent perplexe le citoyen. Rappelez-vous, il a successivement été appelé à révérer nationalisations et dénationalisations, à applaudir réduction et augmentation du temps de travail, à approuver l’augmentation du pouvoir d’achat par l’offre, puis par la demande, à bénéficier du progrès par l’endettement puis par le désendettement. La déclaration de guerre aux puissances d’argent a vite été accompagnée par des appels aux capitaux. La taxation des entreprises cohabite avec la réduction des charges. L’annonce d’allègement des impôts est en concomitance avec l’alourdissement des feuilles d’automne.

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Par Pierre Auguste le 2014-09-16

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Opinion. Le tout et ses contraires

 

Le jeu politique oscille entre le rêve des principes et les réalités du terrain. La République des textes constitutionnels est une et indivisible. L’opinion est plurielle et divisée.

Les écarts de perception des situations engendrent de dangereux vertiges sociaux. Le ciel économique et les horizons politiques sont lourds de menaces.

« Valse mélancolique et langoureux vertige ! 
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir » (Charles Baudelaire)

Ceux qui prétendent gouverner croient tout savoir et avoir tout vu. Aussi n’accordent-ils de crédit aux visions des poètes que pour enjoliver les discours.

La conjoncture est toujours plus chaotique. Jamais l’état de l’opinion ne fut plus psychotique et sujet à se cristalliser en de plus diverses et changeantes complexions.

On a tout essayé pour pacifier la société. La politique, l’économie, l’histoire, la psychologie, la psychiatrie même, s’y usent ou cassent les dents.

Aux tribus des maniacodépressifs s’opposent désormais des hordes maniaco-répressives.

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Par Pierre Auguste le 2014-09-09

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Branle-bas de combat

 

Les temps maussades suscitent parfois de belles régénérescences. Les membres de notre gouvernement se disaient fatigués et paraissaient quelque peu abattus. Après un bref de repos de proximité ils se sont tous déclarés combatifs.

Dans un premier temps le citoyen s’en est réjoui. Mais très vite il s’est posé la question de savoir qui sera combattu.

Les feuilles d’automne du renouveau fiscal et la communication du mouvement bercynien lui ont donné quelques éléments de réponse :

• La charge de l’impôt sur le revenu s’est accrue ;


• En sa sagacité prévisionnelle l’administration fiscale annonce déjà pour l’an prochain une réplique au séisme fiscal lequel a épouvanté les citoyens qui ont l’honneur de porter la charge ;

• Le nombre d’assujettis va diminuer ;

• Subséquemment le fardeau sera porté par un citoyen sur deux qui trouve que c’est bien trop d’honneur qu’on lui fait car il sent déjà ses jambes flageoler.

• La pause fiscale se prendra debout sans déposer sac ni bougette.

Le contributeur a ainsi acquis la conviction que le combattu sera le combattant. Il s’agace de tant de sagacité déployée pour lui imposer tant de ponctions et de componction.

Mais l’actualité lui a vite montré qu’il ne serait pas la seule victime de la belligérance politique. D’aucuns le soupçonnent même de s’en être sournoisement réjoui.

Le conseil des ministres de rentrée était à peine terminé que fusait déjà la nouvelle. Le grand cyclotron gouvernemental allait éjecter à grande vitesse ses trublions, comme des particules. Dans la mêlée politique, la répulsion était à son comble. Il ne s’agissait plus d’un remaniement mais de la constitution d’une nouvelle équipe qui conserverait les éléments assez conditionnés pour être inconditionnels.

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Par Pierre Auguste le 2014-09-02

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Plumitifs et supplétifs

 

Le langage est source d’émerveillement inépuisable.

Nous vivons sous le règne du politiquement correct. Les allées et venues des mots sont sous haute surveillance. Mais la rigueur s’y laisse aller. Le laisser-aller y est de rigueur.

Le faciès des mots pose des pièges redoutables.

On ne saurait dire aujourd’hui qu’un nègre travaille au noir sans être menacé du bûcher des non-valeurs médiatiques. Alexandre Dumas faisait pourtant écrire des nègres sans se soucier de cette forme de négritude et d’esclavage que n’eussent pas approuvée Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire ces autres perles noires de la littérature française.

Nous voyons publier des ouvrages dont le sujet demanderait un siècle d’écriture. Les procédés d’élaboration de ces publications sont tenus aussi secrets que les plans de fabrication de la dernière console de jeu, du futur avion, de la prochaine automobile. Écrire n’est plus un métier, c’est un secteur économique. Chaque publication devient le fruit du travail d’une structure spécialisée. Des documentalistes, des experts, des chercheurs, des rédacteurs, des correcteurs, des traducteurs, des illustrateurs sont conduits tambour battant par un capitaine d’industrie de haute venue. Délégué du maître d’ouvrage, il assume la maîtrise d’œuvre et l’animation des sous-traitances.

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Par Pierre Auguste le 2014-08-26

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Méthodes et discours à l'épreuve de l'action

 

En notre pays, la raison est mâtinée de passion. L’homo sapiens y a la vieille habitude de conduire ses pensées en partant de soi, (Je pense donc je suis), et d’aller vers Dieu ce qui obscurcit bien des choses. Descartes avançait avec résolution sur le chemin du savoir, avec prudence sur celui de la communication en pensant aux déboires de Galilée face à l'inquisition.

Au plat pays de Hollande, qui vit naître et écrire Spinoza, on préfère partir de Dieu qui éclaire toute chose et donc le chemin qui conduit à l’homme.

En matière politique, nous sommes chez nous plus prescriptifs que descriptifs.

Peut-être avez-vous encore en tête ce déjà lointain souvenir : « Le changement c’est maintenant et rien ne sera plus comme avant. À commencer par la méthode. » Oui, mais laquelle ? Celle de France ou celle de Hollande ?

Nul ne peut répondre à cette question car il semble bien que nos dirigeants soient des adeptes de la société de « consommation des méthodes ».

On nous dit que nous en sommes à la méthode de concertation. Contrairement à ce qu’en disent les jeunes étourdis, la méthode n’est pas nouvelle. Elle eut dans le passé des heurs et malheurs divers. Les agitations et les discours actuels donnent l’impression que nous sommes engagés dans un « remake » de la révolution française. Ses résultats, que chacun veut plus ou moins connaître, paraissent plus ou moins avantageux ou désastreux selon le regard qu’on leur porte.

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Par Pierre Auguste le 2014-08-19

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Barbouzeries. Tablettes, Fiches et Étiquettes

 

Les tablettes d’argile prouvent que les mésopotamiens accumulaient des informations sur les hommes et leurs activités. Nos systèmes informatiques ne font guère mieux que de remplacer le calame par le clavier ou le micro, l’argile molle par le disque dur.

Déjà Sémiramis, la reine de Babylone, affectionnait les barbouzes. Ses bas-reliefs l’attestent. La barbe assyrienne a fait des émules. Taillée rase, au carré, en rond, en pointe ou en fourche, la barbe a pénétré nos grandes écoles et par elles les cabinets ministériels, les prétoires et les médias qui la diffusent en boucles. Partout dans la politique, dans l’administration, dans l’économie, dans la médiation, on se délecte de barbouzeries.

La civilisation est née de l’état civil. Elle se meurt dans l’état d’incivilité. Par réaction, l’incivilité suscite des lois contraignantes et restrictives des libertés. L’état séculier et son bras armé administratif se croient investis du devoir de tout régenter en encadrant la vie et les actions du citoyen. Action et communication sont soumises à une panoplie de verbes omnibus qui mettent le subsidiaire au rang de l’essentiel.

Le décideur peut être saisi par le désir inopiné de savoir avant d’agir. Mais nul ne sait d’avance les informations qui seront nécessaire. C’est ainsi que le scribe ambitionne de tout saisir pour n’être jamais dépourvu.

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Par Pierre Auguste le 2014-08-12

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Habitat. Rêveries des rénovateurs doctrinaires

 

Tout le monde le sait, sauf peut-être les écologistes, Paris ne se refera pas en un jour.

Ni les villes, ni les villages, ni même l’habitat dispersé, ne pourront suivre les rêvasseries de ceux qui voient dans les économies l’une des sources de l’énergie de demain.

Certes, la sobriété énergétique est une « ardente » obligation collective. Un certain totalitarisme voudrait en faire une obligation individuelle pour l’homme, cet inconstant qui se veut libre. Aussi faut-il un réalisme obstiné et un effort soutenu de persuasion pour appréhender sur le long terme, et en bons « thermes », l’urbanisme, la construction immobilière, la rénovation de l’habitat.

Des informations et des ballons d’essais sont jetés chaque jour aux vents de la communication. Leur cadence et leur variabilité sont proportionnelles à la confusion des esprits en quête de prosélytes pour porter un doctrinal ordre nouveau bien mal assis.

Il est long et mal pavé le chemin qui conduit des vagues intentions aux réalisations en passant par la fixation d’objectifs, l’élaboration de programmes, la conduite de projets, le contrôle des résultats. Nous sommes oublieux de quelques menus détails qui contrarient les attentes des électeurs et les promesses des élus : nos cycles budgétaires sont annuels, nos rythmes électoraux nombreux, nos procédures lentes, nos finances étiques, les faits obstinés, la fuite du temps inexorable, le monde physique insensible à nos désirs et à nos prières…

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Par Pierre Auguste le 2014-08-05

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Théories et doctrines financières

 

La vie est une leçon de vocabulaire. L’une des premières leçons que l’on devrait donner aux enfants serait de se méfier des mots en « isme ». Ce suffixe est une espèce de virus qui, par péjoration, finit par corrompre tous les mots qu’il touche.

Tout mot ainsi accouplé implique une prise de position théorique ou pratique. Il traîne avec lui des doctrines, des croyances, des systèmes de pensée ou d’action, des modes de vie, des tendances. (Cf. TILF-Trésor Informatisé de la langue française.)

La cohorte en est très nombreuse de tous ces machins. Chacun a le sien qu’il charge de ses idées comme des wagons et concatène pour en faire des trains.

Ce machinisme d’idées rêve de se passer des hommes. Son compère le philosophisme voudrait tout régenter par des systèmes.

Afin que nul ne divague, les doctrinaires balisent les chemins de leurs systèmes de pensée. Les réalités physiques ne savent pas lire le indicateurs. En définitive les voies recommandées ne servent à rien car elles ne sont suivies que par les affidés qui ont contribué à les établir.

C’est ainsi que peu à peu s’étiolent les grandes doctrines et que, par des mots composés, ou associés, surgissent d’autres appellations, des avatars, des métamorphoses.

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Par Pierre Auguste le 2014-07-29

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Économie. Bouillon d'inculture

 

Longtemps, je me suis levé de bonne heure. Je sais que les jours sont courts. J’ai souvent observé que le temps déjoue les intentions. Le spectacle politique m’a montré que chaque mandat électif en appelle un autre pour renouveler les promesses non tenues. Il faut cent-vingt ans pour accomplir un quinquennat. Il faudrait confier l’élaboration des programmes à des centenaires.

Les jeunes qui nous gouvernent ont hanté les meilleures écoles où l’on cuit les cervelles au court-bouillon. Avant même d’avoir vécu, ils veulent apprendre à vivre à tout ce qui bouge et mettre en mouvement tout ce qui ne bouge pas.

On en voit les résultats dans les statistiques. L’économie est stationnaire, le chômage est en expansion, la dette se creuse, les capitaux fuient. Le pire obscurcit l’horizon.

Le dynamisme de la France est pourtant indubitable. Elle brille de mille éclats. La dérive des continents s’y accélère. Le Puy-de-Dôme est en marche vers les Alpes. Le Seuil du Poitou met le cap au nord…puis le cap au sud. La Champagne et ses vins ont un perdu un débouché sur les eaux de la Manche. Le champ magnétique terrestre en est déboussolé.

Le citoyen s’interroge. Il voudrait bien savoir où le conduisent ceux qui font semblant de savoir où ils vont :

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Par Pierre Auguste le 2014-07-21

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Civilisation des drones

 

Les grands croient pouvoir gouverner toutes choses par le verbe. Ils appellent la croissance comme on prie le ciel pour que tombe la manne. Depuis plus d’un siècle, la créativité et l’innovation ont plutôt suivi le chemin inverse, orienté de bas en haut, pour la conquête de la troisième dimension. L’industrie aérospatiale a changé notre vue de l’univers et l’usage que nous faisons du ciel.

Les progrès sont certes mus par les besoins vitaux, l’aspiration à la sécurité, l’espoir de la rentabilité financière. Mais ils sont surtout entrainés par l’esprit de conquête, la curiosité, le goût de la technique, les élans ludiques.

Un siècle de tentatives pour faire voler des objets de toutes formes et de toutes natures a développé plus de techniques et de savoir-faire que toute autre période de l’histoire.

On peut regretter que l’homme ait créé tant de machines pour détruire ses semblables par delà les monts les océans. Le citoyen peut déplorer qu’avec un drone l’on puisse en son nom, assis dans un fauteuil, détruire sans risque un homme sur un autre continent. Mais l’homme de la rue entend bien profiter de toutes les facilités et automatismes que ce nouveau machinisme a produits pour se déplacer sans risque, explorer, prendre des vacances, communiquer au-delà d’autres monts et d’autres océans.

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Par Pierre Auguste le 2014-07-15

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Politique. Liaisons et corrélations-dangereuses

 

En ces temps de libertinage, les liaisons sont toujours plus dangereuses. Surtout quand elles sont rompues. Plus que tout autre, le désamour politique fait des ravages. Les disgraciés de la politique se cramponnent pour ravaler leur amertume.

Il en est un qui vient d’adresser un superbe sproposito à son substitutionnaire. Des parfums suaves apportés par les vents du désert l’ont empli de la nostalgie de ses temps heureux d’Agadir et de Marrakech. Les réminiscences du vocabulaire étaient du voyage.

Le destinataire fut peiné d’apprendre que son équipe était composée pour moitié par des brêles. Quiconque a traîné sa carcasse un peu partout sait que la brêle est une mule, que son nom est d’origine arabe, qu’il ne faut pas confondre cette monture avec le baudet du Poitou, que la brêle en est venue à désigner un incapable. La saillie du proscrit avait tout pour plaire ! La mule du pape n’eût pas fait mieux.

Les vieux briscards du désert pourront rappeler que jadis l’ensemble des unités muletières marocaines fut joliment appelé « la Royal Brêle Force ».

Les protagonistes connaissent leur Machiavel pour l’avoir étudié au titre de leur longue préparation au principat. L’un et l’autre n’ignorent pas que « La médisance irrite les hommes et ne les corrige pas. » Leurs échanges sont donc à mettre sur le compte des agaceries réciproques.

Le prince titulaire sait que tous les avis méritent considération, que tous les conseils ne sont pas bons à suivre et qu’il ne faut jamais avoir l’air d’obéir fût-ce au plus grand économiste. Il s’interroge en secret pour savoir quelle moitié de son gouvernement est la bonne et comment restaurer l’autre.

Un dramaturge dirait qu’il ne s’agit là que d’un exercice de casting. Un chef d’entreprise y verrait un problème de recrutement et de gestion des ressources humaines. Un recruteur en ferait une longue, délicate et difficile tâche de description des postes à pourvoir et de détermination des compétences requises. Un homme politique qui est payé pour être un peu tout cela est toujours tenté de distribuer les rôles comme des récompenses, d’en faire un processus du choix de ses amis.

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Par Pierre Auguste le 2014-07-08

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Économie. Modes et doctrines

 

Le mérite de l’économie est de produire des économistes. La gloire des économistes est de produire des doctrines. La vertu des doctrines est de produire le « prêt à penser » qui arme la gent politique.

L’économie, qu’es aco ? Demande le naïf.

Tu ne peux pas comprendre dit le vieux renard. L’économie est une « chose » trop compliquée pour toi. Elle est faite de myriades de choses qu’il s’agit de concevoir, de produire, de stocker, de transporter, de vendre, d’acheter, d’échanger, d’entretenir, de recycler, d’éliminer…

Mais l’économie est aussi la science qui traite de la « chose » que personne ne peut appréhender et ne sait expliquer. Tout y est imbriqué, dans la réalité mais surtout dans les arcanes des cerveaux de ceux qui s’en occupent.

Tout n’y est qu’enchevêtrement de systèmes et de sous-systèmes à géométrie variable qui coopèrent ou s’entredévorent selon les humeurs du temps et des hommes. Les sorties pour les uns sont les entrées des autres. Nul agent n’en régule les flux.

L’économiste prétend tout voir. Il échafaude des théories partielles qu’il faudrait toutes pratiquer en même temps pour pouvoir tout appréhender. Chacun, comme on dit, voit midi à sa porte et apprécie tout selon sa sensibilité qui est grande et diversifiée.

Les spécialistes des nomenclatures et des étiquettes distinguent micro économistes, macro économistes, monétaristes, fiscalistes, financiers, quantitativistes, physiocrates, opérationnels, productionnistes, consuméristes, techniciens, logisticiens…

Chacun a son vocabulaire et ses doctrines bardées d’hypothèses simplificatrices plus ou moins implicites, fermées dans des domaines d’application plus ou moins balisés, nourries pas des données de validité douteuse.

C’est ainsi que s’établissent des dialogues hors sujet, se nouent des désaccords irréductibles, sont scellés des accords voués à l’éclatement.

Chacun tient sa légitimité et à ses approches préférentielles inspirées par quelque Dieu spécialisé dont se réclament des sectes inconciliables.

Nos référents nationaux sont très internationaux. Pour ne fâcher aucun vivant il vaut mieux simplifier et ne citer que des morts.

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Par Pierre Auguste le 2014-07-01

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Réforme. L'étape du régional

 

Nous sommes à l’apogée d’une lunaison sportive. Roland Garros a quitté son stade. Une nouvelle fois, comme lui, nous avons franchi l’atlantique. Nous sommes allés au Brésil pour voir s’y jouer la coupe du monde de football.

Nous reviendrons vite en France pour suivre le tour de France qui n’a plus rien d’hexagonal et prend des accents britanniques. Exaltés par le fighting spirit et oubliant le fair play, les partis se lobent, se taclent, se cartonnent, se raffutent. Sans ménagement.

Toute vieille lune en appelle une nouvelle. L’économie est replongée dans sa cyclothymie à la fois aiguë et chronique. Une certaine idée de l’Europe et du nationalisme a retrouvé son élan cyclique.

Le jeu politicien se donne en spectacle. Nos dirigeants déclinent la métaphore de la gloire sportive éphémère pour faire oublier le déclin tout aussi persistant que les feuilles de la forêt administrative. Ils font mine de croire que l’univers a commencé avec eux et que l’éternité leur appartient. Ils réitèrent les promesses non tenues et conjuguent les verbes au futur. Las de focaliser sur tout ce qui bouge, les médias braquent leurs capteurs sur ce qui ne bouge pas. Leurs chroniques sur les victoires possibles cèdent le pas aux défaites probables.

Après le mondial revoici le régional et son impossible réforme.

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Par Pierre Auguste le 2014-06-24

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Offre et demande d'emploi.- 3 À chacun ses lucarnes

 

Depuis un demi-siècle, nous bataillons dans le champ du chômage. Les porte-drapeaux politiques et sociaux s’opposent les uns aux autres en une mêlée générale.

Nous sommes loin de la paix que voudraient établir les bons esprits. Chaque jour s’enrichit de nouveaux belligérants, avive les motifs de belligérance. Comme aurait pu dire Galilée, « dis-moi quel est ton observatoire, je te dirai ce que tu vois. »

Il serait vain et bien difficile de dire comment les protagonistes de l’emploi voient l’activité et le comportement des autres. En l’état de crise permanente, chacun n’écoute que lui-même, ne voit guère que sa situation et ses fonctions statutaires, n’a cure de l’analyse combinatoire des relations et des opinions humaines. Il faudrait d’abord s’en tenir aux échanges relatifs aux offres et aux demandes d’emploi pour les finaliser par un contrat plus ou moins juridique qui, finalement, doit lier deux personnes physiques.

Les entrepreneurs estiment que les commandes commerciales génèrent le travail, lequel appelle l’emploi qui appelle le recrutement et qu’en définitive « ce sont les entreprises qui créent les emplois ». Ils regrettent de ne pas voir reconnaître qu’ils paient de leur personne pour créer les entreprises, les faire croître et prospérer, assurer leur pérennité.

Les motivations et les engagements des dirigeants varient selon les statuts, la taille et surtout selon le régime de la propriété des moyens et des structures de l’entreprise.

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Par Pierre Auguste le 2014-06-17

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Fiasco du marketing politique et calamité de la division

 

La classe politique est perdue. Elle a depuis longtemps perdu ses références que sont les doctrines. Les unes et les autres meurent au champ des réalités.

Les lois de la physique et la nature humaine s’allient pour que la « matière » politique engendre son antimatière. Les forces d’inertie contrarient toutes actions. L’esprit de contradiction anime les pensées. Le principe de l’action et de la réaction régit la communication. Les variations de flux magnétiques induisent des courants qui s’opposent aux variations qui leur ont donné naissance. La résistance au changement bride les ambitieux.

Pour vendre leurs salades les politiciens font appel aux méthodes éprouvées du « marketing ». La segmentation est reine et divise pour espérer régner. Séides partisans et supplétifs communicants présentent leurs « produits politiques » sous un jour favorable. Les candidats au pouvoir naviguent sur les lignes de partage des voix. Ils fourvoient les électeurs en fleuretant avec les vieilles techniques de la publicité mensongère.

Certes, la diversité des opinions est préférable au monolithisme des doctrines. Mais Les lignes de fractures traversent maintenant les partis et les institutions. La démocratie ajoute les segmentations aux fragmentations. Les esprits finissent dans la pulvérisation de la pensée. La société se noie dans la liquéfaction de l’action politique.

Le possible se perd dans les rêves. Les promesses d’aujourd’hui préparent les désenchantements de demain. Et le demain électoral sera un autre tour.

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Par Pierre Auguste le 2014-06-10

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Offre et demande d'emploi.- 2 Une dynamique et une dynamite

 

Le corps politique a la comprenoire un peu lente. Cela fera bientôt un demi-siècle que nous sommes confrontés à une désadaptation croissante de l’offre et de la demande d’emploi. Les représentants du peuple souverain n’ont pas encore bien compris la dynamique qui devrait satisfaire les besoins des citoyens. Ils sont terrorisés par l’idée que le peuple, leur seigneur et maître, puisse avoir des « chaleurs » que nul ne saurait contrôler. Les puissants sont impuissants à contenir les corps sociaux qui tendent à usurper ou à influencer les pouvoirs institutionnels.

Partis et citoyens sont partis de très bas dans la perception de leurs incapacités et de leurs limites. Ils ne sont pas arrivés bien haut dans la prise des mesures compensatoires.

En cherchant à éradiquer le chômage, nos dirigeants ont découvert que le plein emploi n’existe pas.

Les mouvements ou les attentes entre emploi et non emploi s’apparentent à ce que l’on peut observer dans un hall de gare. Il y a toujours des gens qui stationnent aux guichets, sur les quais, dans les salles d’attente. Il y a toujours des gens en transit, en partance, en recherche…Certes ce phénomène a été pris en compte, mais plus pour arranger la présentation des statistiques que pour prendre des mesures correctives. Et la question se pose toujours de savoir quel est le niveau incompressible du chômage.

Plus encore que les idées superficielles, les idées en vogue sont préjudiciables à l’adaptation mutuelle de l’offre et de la demande. Une vieille idée fausse fait encore bien des ravages jusque dans les meilleurs esprits. Une conception implicite fait de l’emploi un simple problème de distribution. La pratique montre qu’il ne s’agit pas d’une partie de billard américain et qu’il n’y suffit pas de pousser des billes dans des trous.

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Par Pierre Auguste le 2014-06-03

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Offre et demande d'emploi. 1- Le besoin de régulation

 

Le monde ne sait pas où il va. Il y va au galop.

Personne n’avait prévu qu’en trente ans l’informatique allait déferler, pénétrer tous les secteurs d’activité, féconder toutes les sciences et techniques, mettre à bas les habitudes, révolutionner le marché de l’emploi.

Nulle régulation spontanée de peut adapter l’offre et la demande. Tout bien considéré, on peut s’étonner que ne soient pas plus grands encore les désordres qui mettent l’humanité à l’épreuve.

Les écarts des trains de vie se sont accrus entre les hommes. Avec l’information, fumeurs de havanes et suceurs de grands crus côtoient les malheureux qui n’ont ni bois à brûler ni eau à boire.

Selon que nous sommes puissants ou misérables nous sommes enclins à penser que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ou que tout est à reconstruire et donc d’abord à déconstruire ou à détruire.

Il serait suicidaire de ne rien changer. Il est vain de vouloir refaire le monde sans ménager les phases transitoires nécessaires pour continuer à vivre tous les jours.

Pourtant, les bonnes âmes et les beaux parleurs nous abreuvent de solutions aussi irréalistes que contradictoires pour « donner » à chacun des moyens d’existence.

C’est une faute contre l’esprit, contre la matière, contre le temps, de partager l’humanité entre ceux qui seraient investis du pouvoir d’octroyer et ceux qui n’auraient d’autre fonction que de recevoir.

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Par Pierre Auguste le 2014-05-27

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Europe. Tropismes politiques

 

Nous avons tous en nous quelque chose de la paramécie. Cet animal asexué de la classe des « oligohymenophorea » a ouvert la voie au désir de l’accouplement pour tous. Heureusement il cohabite avec de nombreux autres animalcules.

L’animal humain peut s’enorgueillir d’être apparenté avec le « Caenorhabditis Elegans » Ce ver minuscule a 959 cellules dont 302 neurones qui lui confèrent la gloire d’avoir le plus petit cerveau du monde. Merveille de la miniaturisation, son cerveau « lui suffit pour accomplir ses fonctions essentielles : se déplacer, manger, dormir, déféquer et bien sûr forniquer. Et même faire preuve d’une certaine forme de comportement social. »

On se demande ce que peuvent bien faire de plus homo sapiens-sapiens et homo politicus avec leurs milliards de neurones surnuméraires.

Les éthologistes travaillent d’arrache-pied mais manquent de bras pour éclaircir ce mystère.

Il est vrai que l’animal humain n’est pas un jeune homme. Dans sa longue histoire à travers les immensités géographiques, il a connu bien des stimuli qui ont laissé des traces en son génome.

Le Gaulois, qui d’un œil sommeille en nous, ne pouvait échapper à sa condition originelle, ni à l’évolution des espèces, ni aux chassés-croisés des peuplements. Mais il a de beaux restes.

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Par Pierre Auguste le 2014-05-20

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Transition énergétique. Entre rêves et réalités. Du vent dans les branches de sassafras

 

Est-il possible de donner une définition scientifique de la transition énergétique ? Le risque est grand de sombrer dans des formulations absconses.

Voici un exemple de ce que pourrait produire l’esprit de rationalité : La transition énergétique est une dynamique, spontanée ou commandée, par laquelle un ensemble évolutif de systèmes matériels interdépendants, consommateurs, producteurs, ou transformateurs d’énergie, change d’états physiques ou de fonctionnement plus ou moins perceptibles et plus ou moins contrôlables.

Ce charabia a le mérite de montrer que les objets, les contraintes, les paramètres, les inconnues, les interactions sont trop nombreux pour que l’on puisse prendre au sérieux promesses et discours péremptoires dont on nous bat les oreilles sur la transition énergétique.

La transition énergétique est une idée de politicien habitué à agir sur les choses par l’intermédiaire des hommes. Il ne suffit pas d’avoir été à bonnes écoles pour en parler. Il faut aussi s’être frotté aux réalités matérielles.

Que les petites mains calleuses et les grosses têtes bien faites lèvent le doigt. Il faut leur donner la parole pour appeler à la raison ceux qui prennent leurs rêves pour des réalités.

Les humanoïdes de savoir et d’expérience ont appris que la physique est présente partout à la fois, toujours égale à elle-même ; que l’énergie change de forme et reste constante dans un système isolé ; que seules changent les pratiques et l’idée que se font les hommes de l’exploitation des richesses de la nature ; que demain sera sans doute autre que prévu.

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Par Pierre Auguste le 2014-05-13

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Énergie. Éternelle transition

 

La transition énergétique est une chronique…du temps qui passe. Les décisions à prendre portent en elles des mutations. Doctrines et faits entrent en collision.

L’Europe énergétique est entrée en divergence. 
La majorité présidentielle qui est aux affaires en France fut en quelque sorte le résultat d’une tentative de fusion nucléaire. Elle est menacée de fission.

L’idée de conduire en douceur une transition énergétique vers la sobriété et vers des énergies douces et renouvelables est louable. Mais elle est soumise aux réalités physiques, économiques, humaines, universelles. La raison commande à nos dirigeants d’être prudents dans la pratique du nucléaire et précautionneux avec l’idée d’en sortir.

Dans un monde dont le moteur est capitalistique notre dirigisme étatique est inhibé par les dettes qui sont des capitaux négatifs. Les capitaux négatifs font de piètres investissements.

La puérilité nous a engagés dans une croisade contre les capitalistes. Maintenant nous appelons les capitaux, sollicitons la confiance des investisseurs, leur promettons la limitation de leurs profits. Tous comptes faits, nous secourons nos pauvres en appauvrissant nos classes moyennes et en enrichissant les riches étrangers.

L’Allemagne officielle a renoncé au nucléaire. Il semble bien qu’il y ait là une distribution des rôles. Les partis qui s’y partagent le pouvoir ne veulent pas mettre à mal leur fragile coalition. Ils laissent monter au créneau l’Allemagne des affaires qui lorgne sur les acquis énergétique de la France.

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Par Pierre Auguste le 2014-05-06

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Peuplades partisanes

 

C’est de notoriété historique, nous autres les Gaulois nous avons toujours été divisés.

La multiplication de nos appellations successives n’y a pas changé pas grand-chose. Après avoir été romanisés, nous sommes devenus Gallo-romains. Après avoir été francisés nous sommes devenus François. Après avoir été modernisés, nous avons été Français. Et voilà que la boucherie du coin de la rue s’affiche comme Franco-musulmane !

Arverne ou Allobroge, Gabale ou Ruthène, nul ne sait plus bien où il en est. Même les Parisis se perdent dans leur Grand Paris sans frontières. Que les autres tribus nous pardonnent nous ne pouvions les citer toutes.

Les dirigeants de tous bords aspirent à tout régenter. Ils ont pourtant souscrit à l’ouverture du monde, contribué à le déstabiliser, à le rendre incontrôlable. La libre circulation des hommes, des capitaux et des marchandises a disséminé les particularismes, multiplié les cohabitations conflictuelles. Toujours en retard sur les mœurs, le droit laisse longtemps libre cours et grands champs à des pratiques de non droit qui lèsent les plus faibles, découragent les plus accueillants, favorisent les moins scrupuleux.

En matière d’autre monde chacun veut le sien ici et maintenant, identique à celui qu’il a connu en d’autres temps et en d’autres lieux, et a quitté pour en trouver un meilleur.

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Par Pierre Auguste le 2014-04-29

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Certitudes politiques et politiques incertaines

 

La patrie de Montaigne, de Pascal et de Descartes avait quelques référents familiers. « Que sais-je », demandait le premier qui savait tout ce qui fut écrit par les anciens. « Parions », disait le second, en raisonnant en termes de probabilités. « Doutons », mais avec méthode, disait le troisième qui savait conduire ses pensées. Nous avons perdu ces repères dans le fouillis culturel d’aujourd’hui. À force de mieux partager le bon sens, la part de chacun s’amenuise. Plus que jamais, l’être humain est tiraillé entre deux démons. L’un le fait douter de tout, l’autre le porte à ne douter de rien.

De bonnes raisons incitent le citoyen à douter de tout. Elles lui sont données par le politicien et ses écarts entre promesses et résultats. Le politicien a de bons prétextes pour ne douter de rien. Il rejette sur d’autres la responsabilité de ce qui ne va pas et tire gloire de ce qui va mieux. Il aurait pourtant maintes occasions de « révoquer » en doute sa méthode de résolution collective des problèmes et les actions qu’elle promeut.

L’histoire apporte assez d’exemples de projets, inadaptés ou exécutés à contretemps, qui devraient appeler les dirigeants à la circonspection et à l’humilité. Mais l’esprit partisan commande d’afficher optimisme, maîtrise de soi, jugement, expertise, attachement aux décisions, dénégation de toute inconséquence, non reconnaissance des erreurs.

Nous voyons aujourd’hui ressurgir la vieille idée de l’interventionnisme étatique. Mondialisation oblige, la nostalgie ne peut plus être ce qu’elle était. Il faut sans doute renoncer à soutenir l’emploi par des mesures héritières des grandes manufactures royales, des ateliers nationaux et du « fer de lance » des nationalisations. Ce sont autant de modèles économiques de temps révolus. Aujourd’hui, le besoin d’innovation n’est pas qu’industriel, il est aussi politique et social. Les réformes les plus nécessaires et les plus difficiles sont à faire dans les esprits individuels et dans la conscience collective.

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Par Pierre Auguste le 2014-04-22

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Déclin. La bébête qui monte

 

Penseurs patentés et orateurs orientés s’ingénient pour nous embarquer, chacun sur ses idées. Tous parlent en même temps et embrouillent tout en donnant aux mots le sens qui les arrange.

Comme l’a dit Alain « Laissez […] les grands mots et essayez de comprendre les choses. » Mais comme il a dit aussi en citant Platon « certains petits mots jetés comme en passant, retentissent au fond de nous-mêmes, et éclairent subitement des recoins mal connus. »

Souvent, les mots disent plus qu’on ne croit. On peut leur faire tout dire. Tout et son contraire. Ceci n’est pas nouveau, mais plus que jamais il faut se méfier des mots et de ceux qui en jouent.

On nous parle tous les jours et du déclin de la France et du déclin du chômage. Tout décline ou croît selon ce qu’il nous plaît ou nous déplaît de voir croître ou décliner. À commencer par le travail. Et avant tout par le travail scolaire.

Si l’on en croit ce qu’on en dit, un bachelier d’aujourd’hui fait dans son cursus huit-cents heures de français de moins que ses parents. Résultat : Le déclin du grand nombre promeut les vendeurs de salades.

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Par Pierre Auguste le 2014-04-15

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La guerre des fumées

 

En ces temps pollués, la guerre des fumées est engagée. En témoignent les dialogues des fumeurs et des non fumeurs, les fureurs des enfumeurs et des enfumés.

L’enfumage politique et économique alourdit l’atmosphère. Tous les ambitieux montent au casse-pipe. L’invective fait des ravages dans les rangs de ceux qui la lancent, comme un boomerang.

Au nom de la réciprocité des attaques et des ripostes, droite et gauche s’accusent mutuellement d’enfumer l’atmosphère politique pour occulter leurs turpitudes. À plus ou moins long terme, les protagonistes en restent quittes. L’écologie en reste coite.

Au temps présent, l’apiculteur admire, le citoyen tousse. Il ne voit plus les parois de la caverne enfumée. Il saisit toute occasion d’enrichir son vocabulaire pour qualifier les combats de titans qu’il ne peut arbitrer que par ses votes et ses persiflages.

L’économie est complexe, ses théories absconses, ses discoureurs fumeux.

Monétaristes et anti-monétaristes s’entrechoquent, libéraux et dirigistes s’entre-déchirent, keynésiens et anti-keynésiens s’entre-haïssent. « Petit-boutistes et gros-boutistes » s’entre-dévorent.

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Par Pierre Auguste le 2014-04-08

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En feuilletant la politique

 

Jour après jour, les politiciens effeuillent leurs programmes et leurs excuses. Cela vous surprendra peut-être, ils font penser aux feuillets de Riemann.

Qu’es aco ? Présentons en quelques mots ces créatures à ceux qui, en leur jeune âge, ont échappé aux enfers mathématiques.

Ce mathématicien Allemand (1826-1866) s’est rendu célèbre par ses travaux sur les fonctions de nombres complexes et les « feuillets » qui portent son nom. On dit qu’en son temps, il ne fut compris que par le fameux Gauss de la courbe.

Riemann projetait son univers intellectuel sur des surfaces superposées et sans épaisseur. Démonstrations et équations y changent de forme en passant de l’un à l’autre de ses feuillets par quelques points communs dits de branchement.

C’est ainsi qu’un escalier en hélice projeté sur un plan permet de descendre ou de monter d’un étage à l’autre sans forcément passer par les étages intermédiaires ! C’est ainsi que les politiciens nous embranchent et nous promènent en leurs arcanes politiques. Et c’est ainsi que nous ne savons pas très bien où nous en sommes ni où nous allons dans l’hyperespace de leurs promesses.

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Par Pierre Auguste le 2014-04-01

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Vers le total-totalitarisme

 

L’animal social qui vit en nous a une propension marquée pour la globalisation des problèmes.

Chaque fois que nous cherchons l’origine d’une difficulté ou d’un blocage nous nous faisons un devoir de remonter au déluge, d’embrasser l’Histoire entière, de récapituler toutes les grandes théories. Nulle solution ne nous paraît possible sans descendre dans les infimes détails de toutes les réalités concrètes que nul ne peut globaliser.

Il est dangereux d’agir sans savoir. À force de vouloir tout savoir avant d’agir on s’accommode de l’inaction. À trop vouloir agir sans savoir, le politicien se laisse emporter par l’arbitraire, le totalitarisme, les abus de pouvoir. Et le sujet se laisse asservir.

Rien n’est nouveau sous le soleil.

Grand maître de l’éloquence, Cicéron (-106 ;-43) dénonça la corruption et les abus de pouvoir. Ses oppositions et ses libertés de langage lui firent perdre la vie, la tête et les mains. Car en ces temps on savait trancher.

Maître à penser du radicalisme, Alain (1868 ; 1951) professait que tout détenteur d’une parcelle de pouvoir en vient toujours à en abuser. Ses critiques des institutions et des gens en place lui valurent de perdre quelques plumes arrachées par les plumitifs du politiquement correct.

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Par Pierre Auguste le 2014-03-25

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Art sublime du discours politique

 

Si l’on en croit le philosophe, l’art atteint le sublime quand il présente l’imprésentable.*

À force d’entendre des discours politiques, le citoyen devient critique d’art.

Les barbouilleurs de discours sont marris de voir périr leurs œuvres dans les urnes. Entre deux élections ils les représentent au salon des refusés. Et comme les heureux élus préparent leur réélection, tous sont toujours en représentation.

Il y a mille et une manières d’entrer dans le concert des discours politiques.

Il est de bon ton de s’engager dans le sublime par la voie littéraire, en publiant un livre.

La plus glorieuse manière est de commencer très jeune une carrière notoire par quelque action personnelle, guerrière, sportive, professionnelle ou, mieux encore, réprimée par la loi. Il suffit que l’aventure soit racontable, directement par l’intéressé même s’il n’a pas de talent, à la rigueur par un nègre discret, au pire en collaboration avec un journaliste sachant écrire. Il faut que percent le courage et l’audace sous le contrôle de l’humilité, qui va si bien aux héros. Mais cette voie n’est guère praticable par le plus grand nombre.

Le candidat ordinaire à la notoriété pourra procéder par captation de prestige en écrivant quelque biographie porteuse de promesses reconductibles.

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Par Pierre Auguste le 2014-03-18

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Miscellanées politiciennes et mélanges détonants

 

En ce début de millénaire, plus que jamais nous vivons sous le signe du mélange.

Le mélange des genres et des choses ne datent pas d’aujourd’hui. Le langage en apporte la preuve. Les langues européennes ont en partage la racine « miscere » qui se retrouve dans bien des mots latins, italiens, français, espagnols, portugais, anglais, allemands…

C’est une preuve du mélange et d’une certaine unité des peuplements européens. 

Les Romains nourrissaient les gladiateurs avec du miscellanëum. C’était un mélange grossier dont on a sauvé la recette patrimoniale dans les mixtures servies par les cantines et les « fast food » d’aujourd’hui. Nul n’est besoin d’aller à Rome ou en Arles pour déguster le mesclum des salades politiques.

Les discours nous arrivent de partout. Des mixages savants les projettent pêle-mêle sur les fonds de caverne que sont nos écrans.

Internet est un don de Dieu a dit le Pape. Les voies du seigneur sont pénétrantes et font entrer chez-nous les images, les chaos, les mystères de la création. Et multiplient, pour nous circonvenir, les apparitions de tous ces hommes de bien que sont les politiciens.

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Par Pierre Auguste le 2014-03-11

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Nœuds gordiens. Le rose et le vert.*

 

Il faut de tout pour faire un monde et la politique politicienne est chose trop peu sérieuse pour être interdite aux plaisantins. Mais n’en déplaise à l’élite qui croit avoir l’exclusivité de la conduite des affaires, rien n’interdit au citoyen ordinaire de faire savoir ce qu’il en pense, autrement que globalement par les urnes et collectivement dans la rue.

Certes le char de l’état métaphorique est un peu tiré par les cheveux. Il brinquebale. Mais Fouette cocher !

La chevalerie d’opposition est tenue en longe attachée derrière le char. Elle renâcle, freine la marche, fait craindre une rupture d’attelage.

L’ensemble est tiré à hue et à dia par des chevaux de toutes couleurs. Tous sont attachés au timon par un nœud que nul ne semble savoir desserrer.

Le cheval rouge est rétif et se met en travers. Il a toujours le mors aux dents. Les électriciens diraient qu’il est trop réactif, a un mauvais cosinus phi, dégage de l’effet Joule, amoindrit l’effet moteur, obère le rendement de l’équipage.

La cavalerie rose est nuancée dans sa palette. Elle est d’humeur changeante selon les circonstances. Tantôt elle rougit de colère sur sa droite, tantôt elle verdit de rage sur sa gauche. Tantôt elle pâlit sous un malaise vagal issu de l’épicentre. Mais il ne faut jurer de rien car tout peut être inversé, ou contrarié, au cœur et au pourtour, selon les alentours.

 Le cheval vert n’est pas un mauvais cheval mais il tire toujours du même côté ce qui est gênant dans les virages. À ses yeux verts, le char consomme trop de pétrole et ne le fait pas payer assez cher. Il croit urgent d’interdire le feu avec effet rétroactif.

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Par Pierre Auguste le 2014-03-04

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Démocratie misérabiliste et totalitaire

 

Gouverner, c’est prévoir. C’est ce que dit la théorie. Mais dans la pratique c’est surtout faire le contraire de ce que l’on a dit et l’inverse de ce que l’on croit faire. Chaque jour en apporte la preuve.

Depuis fort longtemps la république annonce l’extinction du paupérisme. Ce fut déjà promis par celui qui allait devenir notre premier président de la république et notre deuxième empereur. C’est ce qui est repris dans tous les programmes politiques.

Certes la pauvreté n’est plus ce qu’elle fut. Mais le paupérisme est relatif. Il est toujours là, qui frappe et menace sur toute l’échelle de riches terres. Les riches sont toujours plus riches, les plus pauvres sont toujours aussi pauvres même si leur nombre a relativement diminué. Les écarts sont toujours plus grands entre riches et pauvres. Par l’envie, l’égoïsme et l’indifférence, les écarts embrasent les individus, les sociétés, les états.

L’aspiration à la justice et à l’égalité arrachent de haute lutte bien des promesses mais induisent des actions impropres à les tenir.

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Par Pierre Auguste le 2014-02-25

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Souveraine panacée. Le crédit d'impôt

 

Quand on patauge dans mille panades, on se met en quête de panacées. Quand le pouvoir en tient une, il l’accommode à toutes les sauces. C’est ainsi que nous vivons sous le régime des apprentis sauciers. Leur fond de sauce est le crédit d’impôt. L’invention est géniale. Le souverain républicain rêve de l’universaliser.

L’obsession de nos grands maîtres queux est de conserver la vieille ossature du dispositif fiscal. Tant de générations de fiscalistes ont mis tant de temps à le construire. Tant d’informaticiens ont déployé tant d’efforts à l’automatiser. Tant de fonctionnaires ont eu tant de mal à apprendre à le manipuler. Il met si bien le souverain à l’abri du besoin ! Aussi le peuple souverain doit-il imposer quelques sacrifices au peuple sujet !

Le monde change mais la question se pose toujours de savoir ce qu’on fait aujourd’hui. La réponse est toujours la même : Le changement c’est maintenant…on fait comme la dernière fois. Ainsi se perdent tant de guerres coûteuses, tant de guerres économiques.

Le premier trait de génie du crédit d’impôt est de constituer une traite qui permet à l’état de fonctionner à crédit malgré ses dettes contractées par ailleurs.

Sa deuxième trouvaille est de continuer, maintenant, à prélever en aveugle.

Sa plus belle fulgurance est de remettre à plus tard le remboursement du trop perçu, mais sous conditions et les yeux grands ouverts. Les instruments du fisc pour rétro-distribuer la « fortune » sont le microscope, le compte-gouttes et le clapet anti-retour.

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Par Pierre Auguste le 2014-02-18

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Des machines et des hommes

 

Depuis la nuit des temps l’homme utilise des machines. Ses premières machines ont été l’homme lui-même, par l’esclavage ; l’animal, par la domestication.

Les machines vivantes ont leurs limites. Leur emploi a des sujétions.

Pour tuer plus commodément ses semblables, frapper plus fort, mieux vivre en milieu hostile, aller plus vite, plus haut et plus loin, l’homme a toujours inventé des machines. Et les machines de guerre ont souvent précédé et ouvert des voies.

Chaque machine a ses techniques. Ses techniques évoluent pour améliorer ses performances, accroître ses capacités d’emploi, trouver d’autres applications.

La nature humaine évolue peu mais l’homme vit dans un environnement toujours renouvelé. Il se condamne à toujours travailler autrement. Ainsi se creusent les écarts entre ceux qui inventent, ceux qui suivent, ceux qui se laissent reléguer. Il semble donc bien que le progrès technique porte en lui l’accroissement des inégalités C’est pourquoi l’excellence pour tous n’est pas pour demain. Pourquoi débattons-nous encore aujourd’hui sur les causes de l’extinction de l’homme de Neandertal ?

Il semble que, malgré ses périls, le progrès ait quelques avantages. Dans le demi-siècle écoulé, informatique, techniques de communication et cybernétique ont donné de l’élan au machinisme et fait converger bien des savoirs, des savoir-faire, des méthodes, des processus, des modes de fonctionnement et de pilotage. Interopérabilité et interdisciplinarité ont pris force de loi physique que nul n’est censé ignorer.

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Par Pierre Auguste le 2014-02-11

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Enseignement.3/3 Pour un autre couplage avec la société

 

Peut-être ne l’aviez-vous pas perçu, nous vivions sous le régime de la légitimité.

Mais la légitimité est en crise. La crise de la légitimité est la mère de toutes les crises car à force de « trop en faire » la légitimité nuit la légitimité.

La politique, le pouvoir, la société, l’économie…bien des « choses sont en crise ». Ne cherchez pas, tout y passerait. En notre Gaule protestataire, il se trouve toujours quelque malcontent pour contester quelque légitimité. Et quelque législateur pour donner force de loi à quelque ânerie…en toute légitimité. Tout chez-nous finit par être encodé. On en fait des volumes pour emplir des étagères, encombrer les mémoires. L’enseignement ne peut échapper à la contagion. Tour à tour, ou tout à la fois, il accompagne, subit, accélère ou précède le mouvement vers la massification de tout et de son contraire.

Depuis de très nombreuses années notre pays croit pouvoir satisfaire tous les besoins d’enseignement par un « grand service public d’éducation ». Ce trop vaste système ne sait pas percevoir et reconnaître qu’il ne peut faire face à l’expansion des savoirs. Ni à l’infinie diversité des niveaux de départ des populations concernées, des niveaux qui leur sont accessibles, des lieux d’intervention, des besoins de l’économie, des financements, ni à l’immensité des moyens qu’il croit lui être nécessaires.

L’omnibus ne peut passer partout, ne peut embarquer tout le monde, ni l’amener à destination et en temps voulu. Le grand service public de l’enseignement est un mythe. Malgré les alternances politiques, nos dirigeants tentent de le transformer en réalité. La réalité est autre puisque des pans entiers échappent au système.

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Par Pierre Auguste le 2014-02-04

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Enseignement. 2/3 Échec de l'excellence de masse

 

Nous sortons à peine d’un demi-siècle d’interdiction d’interdire. Et voici que s’annonce l’interdiction de critiquer. 

Il est pourtant légitime que le citoyen s’autorise à s’occuper de ce qui le regarde : L’avenir de ses enfants, l’emploi de son argent par les pouvoirs publics. Ces deux menues-préoccupations appellent le peuple souverain a bien connaître les réalités qui s’imposent à ceux qui aspirent à le commander… en son nom.

Mais comme le répétait Alain, « nul n’obéit plus qu’un roi ».Et ce n’est pas d’hier que le roi règne sur les antinomies. Et qu’il promeut le savoir en laissant se perpétuer l’ignorance. Pourtant, en tout domaine, le souverain prône l’excellence.

De tous temps les savants ont défendu cette idée selon laquelle les hauts niveaux de savoir n’ont pas d’autre finalité que de « savoir ». Oui, il serait dangereux d’accréditer l’idée selon laquelle tout savoir et toute recherche se devraient de n’être qu’utilitaires.

En ces domaines l’utilité ne se peut juger à priori ni créditer les savants de confiance et de temps pour apporter leurs preuves. Il faut bien admettre qu’il est bien difficile pour la société d’apprécier la validité des travaux des savants, de décider de leurs financements, d’apprécier les fourvoiements et les abus de situations. On peut le regretter mais le savant est toujours quelque peu juge et partie dans l’appréciation de son excellence.

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Par Pierre Auguste le 2014-01-28

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Enseignement. 1/3 Bonnet d'âne rouge

 

La réforme de l’enseignement a la vie dure. Elle a commencé bien avant les babyloniens. Depuis Thalès et l’école Ionienne, jusqu’à l’école pédagogiste d’aujourdh’ui, bien des philosophes et autres savants s’y sont usé ou cassé les dents. Les disciples de l’école péripatéticienne ont encore à la bouche l’amertume de la cigüe que dût avaler Socrate. Les disciples de l’école Galiléenne n’ont pas oublié les coups tordus de l’inquisition.

Aujourd’hui les jardins d’Académos ont annexé les jardins d’enfants. Il n’est pas étonnant que nos interrogations sur l’enseignement nous hantent encore, tard dans la vie.

Chacun garde en soi le souvenir de quelque admirable professeur qui a illuminé son intellect. Mais aussi sourit des travers que cultivaient certains prétendus maîtres. La pédagogie prenant parfois des chemins inattendus, les redoublants mettent leurs jeunes camarades au parfum des plaisanteries qui refleurissent aussi régulièrement que les marronniers médiatiques. Ainsi se transmet d’année en année ce vieil adage selon lequel « l’enseignement c’est du comique de répétition ».

Nul n’ignore que le savoir est en expansion et que le temps est incompressible. Pour former, il faut donc sans cesse, supprimer, insérer, transformer, réformer. Mais les enseignants sont attachés à leur discipline comme des berniques à leur rocher. Les professeurs n’étant pas des produits consommables, ni des systèmes en tout reprogrammables, les évolutions profondes sont souvent soumises à des réticences qui ne sont levées que par la succession des générations.

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Par Pierre Auguste le 2014-01-21

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Opacités. Où sont passées les lumières républicaines

 

Le peuple souverain ne sait pas où il va. Il attend qu’on le lui dise. Il a oublié que c’est à lui de le dire. Rapport après rapports, demandés en son nom, il apprend que son économie s’enténèbre, que le travail vire au noir, que ses finances ternissent, que son climat social s’obscurcit, que son classement scolaire n’est pas brillant, que son humeur s’embrunit, que ses horizons se couvrent.

Tous les jours il entend regretter le siècle des lumières. À chaque instant il découvre avec effroi que, lui souverain, il devient plus diversement pluriel. Et que ses éclaireurs délégués sombrent dans l’obscurantisme.

Il est temps de rappeler à l’activité l’allumeur de réverbères. Et d’envisager une cure d’amaigrissement de l’état qui, comme jadis Ouvrard, a « les boyaux bien trop gros ».

La machinerie démocratique a fort à faire pour établir et pérenniser une gouvernance démocratique. Elle ne saurait y parvenir sans une lucidité à toute épreuve, sans composer avec les réalités matérielles et l’infinie diversité des subjectivités.

On nous dit qu’il y avait en France en 1990, 28 partis agréés. Il y en aurait aujourd’hui 285. Comment gouverner un pays qui a presque autant de partis que de sortes de fromages ?

Le système des partis obéit à la fatalité qui conduit tout système à croître, à promouvoir son autonomie, à s’optimiser au détriment de ce qui l’entoure. Le financement des partis n’a rien à envier à l’optimisation fiscale des nouveaux seigneurs, ni aux pratiques des nouveaux fiefs que sont les grandes entreprises. On excelle chez nous à multiplier comme petits pains les « centres de profits » que sont devenus les partis.

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Par Pierre Auguste le 2014-01-14

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Politique. Comparaisons dangereuses

 

L’un de nos plus beaux ministres a endossé sa belle marinière pour faire sa cour à la l’illustre chancelière. Avec son authentique tact il l’a comparée à Bismarck, connu pour sa belle moustache. Ce marinier au court cours navigue dans le sillage de son amiral qui voulait faire chanceler la chancelière. On sait ce qu’il en advint. Angela est plus solide qu’on ne croit. Certes le Bismarck fut coulé. Mais ce fut en 1941, par la Royal Navy.

Quand on en est aux analogies politiques, il vaut mieux ne pas le faire sans prendre des précautions contre les retours de références. Jadis, les élèves de terminale apprenaient dans leur « Mallet et Isaac » cette phrase que nos jeunes étourdis feraient bien de méditer : « L’Autriche de François-Joseph est toujours en retard d’une armée, d’une année et d’une idée. »

Les contempteurs de nos voisins germaniques pourraient se voir infliger une analogie entre l’Autriche de François-Joseph et la France de François-Gérard.

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Par Pierre Auguste le 2014-01-07

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Économie. Le grand reposoir

 

La France et son économie ne savent plus sur quel pied danser.

« Valse mélancolique et langoureux vertige ». Les « déclinistes » déclinent, sur tous les modes et tous les tons, les mille raisons de désespérer. « Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige ».

Les progressistes es-qualité escaladent …les sentiers de la stagnation. Ils font tout pour éviter la disparition des entreprises et des emplois. Mais « Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ». Ils gouvernent pour le progrès…par la vigueur des injonctions fiscales. Pour l’économie, « Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir. »

Ce n’est pas sans raison, ni sans précaution, que nos partenaires européens les plus laborieux nous classent dans « le club méditerranée ». Au risque de choquer, en forçant le trait et nonobstant quelques réussites, on peut dire que depuis plusieurs décennies notre pays s’est doucement transformé en reposoir. C’est une prouesse d’avoir su nous organiser une petite vie de tout repos...qui hélas ne pouvait être éternelle.

Nous les occidentaux croyons avoir, par la conquête, appris au monde entier à travailler. Nous autres Français avons dû nous replier en nos terres. Au nom du progressisme, nous nous sommes ingéniés à déconsidérer et à éradiquer le travail. Trop d’actions à contretemps nuisent à la cohérence de notre vie politique. Nous avons fixé l’âge de la retraite comme si tout le monde avait coltiné des fardeaux, respiré le poussier des mines, fait cuire son corps devant des hauts-fourneaux. Nous avons fixé le temps de travail comme si toutes les productions économiques étaient le fruit de chaînes synchrones. Nous avons ainsi réduit le temps global de travail au moment où la démographie et l’ouverture au monde appelaient à travailler d’avantage pour endiguer les concurrences. Nous subissons aujourd’hui le résultat d’un mélange hétérogène et délétère d’inexpérience, d’indigence intellectuelle, de laisser-aller, de totalitarisme.

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Par Pierre Auguste le 2013-12-31

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Empire du spectacle et spectacle des empires

 

Les empires sont créés par des empereurs potentiels. Les candidats sont nombreux, souvent inavoués. Tous les régimes, même les républiques, en sécrètent comme les organismes vivants sécrètent des humeurs.

Tout détenteur de quelque parcelle de pouvoir estime que tout irait mieux s’il élargissait ses emprises. L’empire est un cumul de pouvoirs que personne n’a su endiguer.

Pour bâtir un empire, il faut de l'ambition, de l’initiative, de l’opportunisme, de la chance, de la volonté, du talent de persuasion, de l’esprit de décision, quelque peu d’amoralité. L’impérialisme faisant des émules et sécrétant des adversaires, il faut aussi des complaisances, des allégeances, des concurrents modérés. 

Si pour vivre heureux il faut vivre caché, l’empereur établi ou en devenir doit être bien malheureux. Peut-t-on devenir et rester empereur sans se donner en spectacle ?

La vaillance commande de se faire voir des troupes, de se jucher sur des tribunes pour haranguer ses pairs qui s’accrochent à leur parité, présider des cérémonies pour se faire acclamer par les foules, ne prendre de repos que bien en vue sur un trône.

Il faut parcourir de grands espaces comme le fit Alexandre, franchir des Rubicon mais ne pas se laisser assassiner comme le fit César, galoper plus vite que son cheval comme le fit Napoléon, tirer et sabrer plus vite que l’ ennemi. Ne pas trop compter sur des plumitifs patentés ni sur des énarques pour écrire et diffuser ses discours.

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Par Pierre Auguste le 2013-12-24

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Fiscalité. La mise à plat qui fait pschitt

 

La gouvernance économique est chaotique. Les alternances en changent le style, le vocabulaire, les champs de prospection, les filons à exploiter. Mais pas le fond des choses. Tous comptes faits et refaits le char de l’état est poussé quand il faudrait le tirer et tiré quand il faudrait le pousser. Tantôt on encourage la production des richesses, tantôt on privilégie leur répartition.

Le résultat global consterne tout le monde. Les classes pauvres, sont toujours plus pauvres, plus nombreuses, plus lourdes à soutenir. Les riches sont toujours plus riches et prennent le large pour le rester. Les classes moyennes sont toujours plus moyennes, plus envieuses, plus renâcleuses à l’idée de devoir enrichir les riches et « supporter » les pauvres. Au fil des siècles s’affrontent le rêve et la réalité Ainsi se perpétue l’objectif d’extinction du paupérisme et s’accroissent les disparités. 

Il y a bien longtemps que la fiscalité a été inventée pour mûrir les grands desseins et bien nourrir ceux qui les portent.

Une ardeur créatrice et une fureur pointilliste animent toujours les dirigeants de tous bords qui se succèdent aux commandes de la machine à ponctionner. La frénésie a atteint le mouvement « bercynien » dont les argentiers comptent et recomptent les pauvres deniers dans le fond des poches qu’ils percent à force de gratter.

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Par Pierre Auguste le 2013-12-17

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Choc de complexité

 

C’est une fatalité. Les hommes politiques font souvent le contraire de ce qu’ils croient faire. Leurs résultats sont toujours différents de ceux qu’ils avaient annoncés.

On nous a promis un choc de simplification. Nous voilà donc sous les coups d’un choc de complication.

Chez-nous la complication est congénitale et consubstantielle à l’intelligence que le monde entier nous envie.

Les intelligents qui nous gouvernent veulent traiter des situations et des objets à hauteur de leurs talents qui sont immenses. Pour se mettre en valeur, ils s’ingénient à tout compliquer comme en témoignent l’obésité et les boiteries de nos institutions.

Le code civil a pris du poids. Il s’est essoufflé à suivre les évolutions sociétales. Le code du travail a été mis en surcharge pondérale par la pression syndicale. Les normes ont été engraissées par leurs mille bouches gavées par mille mamelles nationales, européennes et mondiales.

Les gouvernements sont repus, saturés par les tâches induites par leurs promesses. Les législateurs se perdent dans les arcanes de leurs productions. Malgré sa boulimie de moyens, l’administration n’arrive pas à absorber le haut débit réglementaire imposé par l’évolution de la société. Les tuyauteries d’exécution et de contrôle régurgitent. Finalement, par un étrange paradoxe, la République est devenue anorexique.

Il lui faudrait pourtant une cure d’amaigrissement de ses institutions. Le syndrome de la mesure prise est si inquiétant qu’on vient de nous promettre un choc de simplification.

On en voit les premiers résultats dans la politique fiscale !

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Par Pierre Auguste le 2013-12-10

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Mirage pour tous

 

Cet enfant promet. C’est ce que dit toujours l’une des bonnes fées qui se penchent sur le berceau des futurs présidents de la République. Cela fait sourire à tout jamais le plus atrabilaire des candidats. L’optimiste es qualité ralliera « Ces masques déguisés, dont la troupe folâtre/S'amuse à caresser je ne sais quels donneurs/ De fumées de Cour… »*

Au royaume républicain, la promesse est le moteur des courtisans, l’appât des électeurs, la source des espoirs déçus.

Individuelle ou de groupe, l’opinion est évolutive, fugace, versatile, à topologie variable. Les campagnes électorales tiennent de la chasse aux papillons, de la chasse au miroir, de la chasse à courre toujours prisée par les grands seigneurs.

Les micros, les caméras, les plumes ne sont plus comme autrefois cantonnées sous des préaux d’écoles, sur des estrades d’occasion, dans les seules colonnes des journaux. En bons commerçants, les professionnels de la quête des voix tentent de fragmenter, localiser, spécifier la chalandise. Ils disent des grand-messes devant des affidés triés sur le volet.

L’épuisant porte-à-porte fait place au mailing informatique à la fois de masse et individualisé. Les réseaux sociaux spécialisés détrônent les tréteaux d’occasion.

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Par Pierre Auguste le 2013-12-03

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Syndromes de la polypolarité politique

 

L’homme est un animal politique. C’est aussi un animal grégaire et lunatique. Il a des idées fixes dont il change comme de téléphone. Souvent, il ne répond pas au numéro demandé.

Ne le cherchez pas. L’homme est toujours quelque part, perdu dans les symptômes de toutes les maladies qui affectent l’humanité.

Les médicastres politiques y perdent leur latin et cherchent des éléments de langage. Les psys enrichissent la nomenclature des maux de tête qui nous menacent. Mais le pathos est toujours en avance d’un syndrome. La bipolarité est à la mode alors que règnent la multipolarité et le nomadisme politiques.

Faute de ne pouvoir satisfaire tout le monde, le démocrate-en-chef tente de ne mécontenter personne. Il erre comme une mouche dans un bocal infesté de mouches.

Enserré par l’Europe et ouvert au monde, notre pays souffre de mille maux que notre administration, « la meilleures de l’univers », ne parvient pas à soulager.

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Par Pierre Auguste le 2013-11-26

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Imbéciles et imbécillités

 

Un instituteur de la vieille école appelait les cancres à la raison, et les agités au calme, en leur disant qu’imbécile prend un seul L et qu’imbécillité en prend deux.

Des cancres et des agités prétendent organiser votre vie. Leurs écrits et leurs discours font penser qu’ils ont été à plus jeune école.

Il n’est pas nécessaire d’être un imbécile pour proférer des imbécillités. Il y a même des gens intelligents qui y réussissent sans grand effort. Mais nul ne pense à soi-même quand on évoque l’imbécillité.

Un philosophe s’interrogeait jadis sur une plage pour savoir combien il faut de grains de sable pour faire un tas de sable. A l’ère du haut débit, le psy qui lui a succédé s’interroge pour savoir combien il faut commettre d’imbécillités pour être un imbécile. À celui qui pourrait prendre ombrage de telles apostrophes, le vieux maître aurait ajouté: « Va, tout n’est pas perdu car pathologiquement il vaut mieux être traité d’imbécile que d’idiot ! »

Des imbécillités on en entend de mille sortes. La fameuse écotaxe vient de nous en envoyer une belle vague.

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Par Pierre Auguste le 2013-11-19

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Structures et création d'emploi. 4-Les petites et moyennes entreprises

 

Nul ne sait où commencent et où finissent l’infiniment grand et l’infiniment petit. Entre l’entreprise corpusculaire et les gigantesques systèmes économiques tout un univers s’offre aux spéculations intellectuelles, financières et politiques. La macroéconomie et la microéconomie n’y retrouvent pas leurs petits. Libérée de tout sauf de l’irrationnel, la société aime discuter de la pointure des anges et des entreprises.

Les petites structures sont nombreuses et d’une extrême diversité. La nomenclature les classe en fonction de finalités administratives et fiscales, selon leurs statuts, leurs effectifs, leur chiffre d’affaires, leurs secteurs d’activité ou géographique. Plus que les autres, les petites entreprises sont portées par l’initiative individuelle. Autant que toute autre, elles sont soumises aux aléas de l’économie, exposées à la compétitivité, condamnées à la réactivité.

Les petites et moyennes structures ont un poids économique global considérable. En termes de production et en termes d’emploi, elles assument l’essentiel des activités liées à la vie courante des populations. De la micro-entreprise à la société anonyme industrielle en passant par la « taille intermédiaire » il existe des ensembles quasi vides. Les entreprises se différencient plus par leur statut juridique que par leur nature opérationnelle et leurs fonctions. Malgré leur classification différente, les exploitations agricoles, les ateliers d’art, les cabinets médicaux ou de conseil, les artisans… ont la contrainte commune de devoir assurer leur équilibre économique vital. De bons esprits « décisionnaires » n’y voient que trivialité et sources de prélèvements obligatoires.

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Par Pierre Auguste le 2013-11-12

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Structures et création d'emploi. 3- Les grandes entreprises

 

Structures publiques et très grandes entreprises comptent par milliers leurs « stocks » de salariés. Les flux de recrutement y sont plus induits par la relève des anciens que par le renouvellement des techniques. La crise, l’endettement, la défiance financière interdisent d’espérer d’elles beaucoup de créations d’emplois.

Il en va différemment pour les structures de moindre taille. Mais nul ne sait très bien le nombre de salariés qu’il faut pour devenir une grande entreprise. Selon la granulométrie de référence, le seuil serait tantôt de 250, tantôt de 500. La science économique n’est pas très regardante.

La grande entreprise se situe entre la très grande entreprise et la PME ce qui en fait une grosse entreprise…de taille intermédiaire (ETI), dont on déplore le trop faible nombre. La place dans la nomenclature et la vie de ces entreprises sont soumises à une incertitude auprès de laquelle le principe d’indétermination de Heisenberg est d’un grand déterminisme. Leur développement est complexe et soumis à trop de conditions pour ne pas être coûteux et de longue durée.

 Les grandes entreprises marchandes sont le fruit d’une longue gestation, d’une lente croissance tributaire des aléas de l’évolution de la société. Chacune est soumise aux humeurs et aux brusques variations des clientèles qui les font vivre.

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Par Pierre Auguste le 2013-11-05

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Structures et création d'emploi. 2- Les très grandes entreprises

 

Qui ne connaît la célèbre question que posa Staline en 1935 au moment de la montée du péril Nazi : « Le Pape, combien de divisions ? » Chacun sait que la force mit fin à la barbarie hitlérienne. Le bolchevisme n’a pu se maintenir par la puissance militaire et doit sa chute aux forces combinées de l’esprit et de la matérialité.

Le monde est encore dangereux. Il est soumis à ces mêmes forces et à des formes de menaces, diverses, indissociables, coûteuses, géographiquement dispersées, rendues plus mouvantes par la démographie. Plus que jamais s’impose à chaque pays la nécessité d’adapter le nombre, le contenu et le contour de ses structures de sécurité. Chaque péril doit trouver sa parade, ses moyens, ses prélèvements sur l’économie générale.

La guerre économique dans laquelle nous sommes engagés aujourd’hui appelle des ripostes appropriées. Des questions éternelles subsistent. Les analogies guerrières abondent pour les poser. Combien d’hommes à nourrir et à protéger ? Combien d’entreprises sur « pied de guerre » ? Combien de travailleurs disponibles ? Combien de citoyens mobilisables ? Quelles sont leurs missions ? Quelles affectations leur donner ?

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Par Pierre Auguste le 2013-10-29

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Structures et création d'emploi. 1- Les grandes structures publiques

 

La France est un pays plein de promesses, capable de prouesses.

Les campagnes électorales annoncent à haut débit des dotations à nos multiples structures publiques, des soutiens à l’économie marchande. En vagues successives, elles induisent des surcroîts de dépenses, de déficits, de dettes, d’effectifs et autres « ressources » plus aisément cumulables que les capitaux. Les fruits de nos investissements et de nos productions sont dévorés par les intérêts des emprunts qui glacent notre économie comme par des embruns polaires.

Les prouesses pour alléger le navire sont plus chaotiques. Il en est une qui se perpétue à travers les âges : Notre République se paie le luxe d’être tantôt socialiste, tantôt antisocialiste et cependant fortement socialisée. Comment le nier quand plus de la moitié de la richesse nationale alimente la dépense publique ? Il est risqué d’en préciser le chiffre car en notre pays on aime à chipoter sur les décimales. Surtout quand on n’est pas sûr du nombre des dizaines.

On sait que le nombre de fonctionnaires, a augmenté depuis un tiers de siècle. La décentralisation a accru le nombre des strates de nos structures sans pour autant réduire le nombre et les moyens des structures existantes. Nous avons peuplé, doté, équipé et nourri ce nouvel univers administratif en expansion, et cédé à son élan vital autonome. Les plans de réduction arrivent à cadence boiteuse de vieille horloge. Les délais de leur mise en œuvre sont supérieurs à l’espérance de vie de dirigeants soumis aux calendes et aléas électoraux. Un consensus s’est établi entre les intermittents du pouvoir pour ne pas trop bousculer les structures, ceux qui s’en servent et surtout pas ceux qui les servent.

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Par Pierre Auguste le 2013-10-22

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Le temps qu'il fait. Le temps qui passe

 

L’homme est obnubilé par le temps qu’il fait.

Le temps qu’il fera le préoccupe. La météo en parle avant, pendant et après le journal télévisé. C’est un grand bien pour le moral de la multitude car le temps est moins changeant, plus encourageant et plus prévisible que la politique.

L’homme est obsédé par le temps qui passe.

Poètes et philosophes, scientifiques et médecins, religieux et gourous, politiques et patrons, bref tous ceux qui veulent le  bien de l’homme, se liguent pour lui rappeler que ses temps sont comptés. Chacun les compte à sa manière. Tous s’accommodent du temps subjectif en le manipulant selon les lieux et les circonstances. Soit par compression, soit par expansion.

Pour ne pas vous faire perdre votre temps, nous nous limiterons à quelques exemples.

À l’ère du TGV, l’informatique et le haut débit donnent à nos bavards la palme du flot de la parlerie médiatique et politique. L’aptitude à débiter des phonèmes à grande cadence est devenue un critère majeur de sélection des bas et hauts parleurs de métier.

Le langage articulé, qui fut le propre et l’orgueil de l’homme, est pour eux tombé en désuétude. Pour « passer à la télé », il faut désormais avoir appris à parler avec un crayon dans la bouche. On gagne du temps par une sorte de butée limitant l’amplitude des débattements maxillaires afin d’augmenter le débit d’expression orale. On regrettait jadis que certains parlassent dans leur barbe. Il est aujourd’hui de bon aloi de parler dans ses dents.

Les tribunes sont ouvertes aux locuteurs qui parlent comme des magnétophones sans prendre le temps de réfléchir. Ils tiennent la cadence par la répétition en apprenant par cœur leurs discours. Les plus performants émettent tant d’âneries que nul n’a le temps de détecter et de dénoncer.

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Par Pierre Auguste le 2013-10-15

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Pédagogie et propagande

 

« Quand un politicien me parle de pédagogie, je prends mon pistolet et je me tiens prêt à tirer sur la propagande. »

Ainsi parle le citoyen, las d’entendre les discours infantiles par lesquels on voudrait le mettre en tutelle. Les jeunes beaux parleurs semblent oublier qu’ils sont écoutés par des sages. Certains ont dépassé le stade du bac plus six décennies de leurs études. Ils ont beaucoup appris de leurs vieux maîtres. Et plus encore de la vie qu’ils traversent avec un optimisme féroce qui les pousse à pulvériser tous motifs de pessimisme. Ils tirent sur les âneries des discours et des commentaires, à grande cadence, comme au balltrap sur des pigeons d’argile. La critique est pour eux un sport, une hygiène mentale, une stimulation, une jouissance. En ces temps de communication débridée, ils ont fort à faire et il leur est facile d’y trouver bonheur et longévité.

Les discoureurs s’écoutent parler. Ils semblent ne pas s’entendre. Le citoyen baigne dans les réalités. Il attend de l’information et des actes. On le gave de communication, de virtualités, de contorsions sémantiques.

On voudrait lui faire accroire qu’est révolu le temps de la manipulation. « Vous ne tenez pas vos journalistes » reprochait jadis le Président au Ministre de l’Information. Certes, nous ne sommes plus sous la coupe d’un unique journal télévisé, téléguidé par l’Élysée.

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Par Pierre Auguste le 2013-10-08

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Communication. Mocassins, escarpins, gros sabots, godillots

 

Nos dirigeants sont dans leurs petits souliers. 

Ils ont du mal à expliquer un monde plus compliqué et boiteux qu’ils ne croyaient, qu’ils ne comprennent pas et qu’ils ont promis de rendre meilleur.

Pour rappeler les actions abouties, ils les magnifient. Pour se faire pardonner les promesses non tenues ils les réitèrent. Pour sauver les apparences et les précédents discours, ils communiquent.

Comme dans une guerre totale, les communicants tirent tous azimuts, sur tous objets, vers toutes catégories de cibles. Sans se soucier des dommages collatéraux.

Mais de nos jours, alors que s’activent tant d’émetteurs et tant de récepteurs, nul ne peut s’adresser à quiconque sans que son message soit reçu par des destinataires indésirables. Ceux qui se croient exclus, comme on dit « grimpent au rideau », surtout s’il occulte quelque information « sensible ». La sensibilité de l’informé fortuit s’ajoute à celle de l’information.

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Par Pierre Auguste le 2013-10-01

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Politique. Littérairement vôtre

 

Le génie national voudrait que nos dirigeants soient de grands faiseurs et des combattants rompus aux charges de l’écrivaillerie lourde. Mais ils sont un peu légers les petits nègres qui préparent écrits et discours. Leur inspiration cache mal leur aspiration à la réputation de grands diseurs, de grands « signeurs »et de futurs grands seigneurs.

C’est ainsi que, jour après jour, ceux qui prétendent régenter notre vie nous abreuvent de discours, de programmes, de communication, de législation, de réglementation où la pompe supplante l’œuvre. Ils y expriment leurs meilleurs sentiments. Le bon sens populaire vous le dira : « Tout ça c’est de la littérature. »

Mais cela n’empêche pas le bon peuple d’aimer la bonne littérature qui, lui dit-on, n’est pourtant pas faite de bons sentiments.

Chacun répond à sa manière à la question de savoir à quoi sert la littérature. On passe pour un sauvage si l’on ne reconnaît quelque utilité à cette manie humaine de vouloir laisser des traces écrites de ses actes et de ses pensées.

La littérature instruit l’ignorant mais ennuie celui qui a lu tous les livres. Elle fait réfléchir avant d’agir ceux qui aspirent à ne rien laisser au hasard. Elle fait rêver les insatisfaits. C’est une culture de l’immodestie par laquelle les plus habiles acquièrent le droit de parler, développent le talent de bien dire…et produisent des droits d’auteur.

Finalement, faute de ce que les ingénieurs nomment « retour d’expérience », personne ne sait très bien à quoi sert la littérature si ce ne sont les revenus qu’elle apporte et le plaisir que donne l’affection qu’on lui porte.

Mais l’intérêt de la lecture doit souvent céder le pas à l’austérité « culturelle » et à la vanité des actions humaines.

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Par Pierre Auguste le 2013-09-24

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Conjugaisons partisanes

 

L’homme est un animalcule progressiste et conservateur. Il a soif de renouveau. Il est aussi tenaillé par la nostalgie du temps où il était protozoaire.

C’est ainsi qu’au cours des âges lui est venu un cerveau et que des pattes lui sont poussées. Et c’est pourquoi aujourd’hui, malgré sa grosse tête, il pense toujours comme un serpent et se perd dans les méandres de la politique. Il ne sait plus à quel temps il doit conjuguer les verbes.

L’impératif est le temps politique par excellence. Le conditionnel est le temps des promesses électorales. Le subjonctif est le temps de l’éventuel. L’infinitif est le temps de l’action durable. Le passé composé est le temps des décompositions. Le passé surcomposé est le temps des regrets. Le présent n’existe pas. Le futur se fait attendre.
La grammaire de nos ancêtres ne suffit pas pour convaincre les électeurs. Homo-politicus se prend à inventer des temps nouveaux que nul Grévisse ne sait expliquer faute d’une orthographe appropriée.

En voici les prémisses jetées comme un pont par les ingénieurs et non rejetées par l’ingénierie politique. Les intentions les distinguent. Les uns vivent et conjuguent les verbes dans les temps tels qu’ils les vivent au travail. Les autres travaillent les temps de leurs discours pour faire rêver l’électeur.

En qualité de technophile vous êtes invité à quelque présentation de quelque produit en cours de gestation. Vous vous rendez sur le lieu de la prestation nanti des moyens de transport, de navigation et de communication qui ont fait votre bonheur récent. Ainsi vous est donnée l’occasion de constater qu’en la vie chacun vit en son temps.

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Par Pierre Auguste le 2013-09-17

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Petite analyse des grandes manœuvres politiques

 

Les Gaulois se sont multipliés. Ils sont toujours aussi divisés. Chacun a pu cet été observer ce paradoxe selon lequel la division ne prend jamais de vacances et fait pourtant des rentrées fracassantes.

Depuis la disparition de notre gaullien Gaulois qui fut naguère « le premier des Français puis le premier en France », nous nous disputons pour savoir combien notre « cher vieux pays » compte de fromages et combien il lui en faudrait pour être gouvernable.

La mondialisation et la construction européenne ont élargi un marché toujours plus erratique.

Des consensus partiels et éphémères marient la carpe et le lapin. Les divorces sont toujours de la faute de l’autre. En politique comme en amour et en affaires tout serait à renégocier pour éviter les ruptures.

Bien qu’en politique ils soient difficiles à échafauder, les accords finissent par prendre corps quand il s’agit de se faire élire. On transige plus aisément sur les additions des rêves et des promesses que sur la multiplication des réalités ou des efforts. Chacun est intraitable sur la soustraction des avantages.

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Par Pierre Auguste le 2013-09-10

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Des mondes et des empires

 

Les savants se tuent à le dire. La terre est menacée de disparition. Elle sera absorbée par le soleil. Dans quatre milliards d’années.

Les astronomes scrutent le ciel pour chercher une exo-planète propre à reloger l’humanité. Tous les jours ils en trouvent, mais trop inconfortables pour satisfaire nos habitudes, et en trop lointaines banlieues pour pouvoir y accéder maintenant.

Un voyage à des milliers d’années lumières ça se prépare. Il sera difficile d’y aller sans ménager quelques étapes, sans interrompre le vieillissement des migrants, sans procéder à une sévère sélection.

On frémit en pensant à l’angoisse de ceux qui, à leur réveil au terme du voyage et d’une longue congélation, devront découvrir et aménager un monde nouveau où tout est à faire pour en assurer la viabilité. Cette petite anticipation devrait mettre à leur juste place dans nos esprits les difficultés qui nous attendent pour vivre dans le monde d’ici dans lequel nous nous réveillerons demain.

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Par Pierre Auguste le 2013-09-03

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Démocratie et pouvoirs diffus

 

La démocratie est une substance dangereuse à manipuler avec précaution. Il ne faut pas la mettre entre toutes les mains. Elle porte en soi d’irréductibles contradictions.

« La démocratie est la pire forme de gouvernement excepté toutes autres formes qui ont été essayées de temps à autre. » *

La célèbre boutade fut prononcée entre ses deux mandats de premier ministre, par un Winston Churchill quelque peu désabusé d’avoir perdu les élections de 1945, après avoir été l’un des glorieux artisans de la victoire. Cette forte phrase, n’est pas celle d’un résigné. Elle est pourtant citée, souvent à contremploi, par ceux qui veulent s’accommoder des infortunes de la démocratie et s’exonérer des errements des peuples.

La démocratie a quelques menus-défauts. Celle de la Grèce antique s’est nourrie de l’esclavage. Celle de la République de Weimar a élu Hitler. Les démocraties populaires ont opprimé les peuples. Celles d’Orient et d’Afrique embrasent les peuples. La nôtre s’aigrit et laisse à désirer.

Notre pays a longtemps vécu sous le régime du droit divin. Le pouvoir s’y exerçait de haut en bas et s’y déléguait aussi de bas en haut. Sous ses atours démocratiques la république n’a guère changé les pratiques féodales. Le dialogue entre Hugues Capet et son vassal Adalbert de Périgord se perpétue sans grand changement depuis l’an 987. Qui t’a fait comte ? Qui t’a fait roi ?

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Par Pierre Auguste le 2013-08-27

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Têtes-à-têtes des hydres politiciennes

 

L’homme est un animal grégaire. Et un animal politique. Tout étant devenu politique, l’individu se meurt. Chacun est avalé par quelque groupe organisé qui prétend promouvoir le bonheur de l’humanité…et défend les intérêts de ses mandants.

Partis, coteries, corps constitués, corporations, sectes, syndicats, organisations non gouvernementales, bref toutes sortes d’associations de « bienfaiteurs » s’attachent à augmenter le nombre de leurs obédients pour affermir leurs obédiences.

Ces hydres, plus ou moins politiciennes, s’entre-dévorent, se taillent des croupières, tranchent des têtes qui repoussent, toujours plus nombreuses, plus voraces, plus agressives.

Dans son ouvrage sur « La troisième révolution industrielle », Jeremy Rifkin décrit les processus de lobbying et de développement par lesquels fut érigé le système économique aujourd’hui en difficulté.

« Il n’avait guère fallu de temps aux jeunes compagnies du pétrole, de l’automobile, du téléphone, de l’électricité, du bâtiment et de l’immobilier de la deuxième révolution industrielle pour constater que chacune d’elles élargissaient l’horizon commercial des autres, et qu’elles n’arriveraient jamais à créer les économies d’échelle et de temps qui leur permettraient d’optimiser pleinement leur potentiel économique si elle pratiquaient le « chacun pour soi ». Raffiner le pétrole, produire les automobiles, construire les routes, installer les lignes téléphoniques et le réseau électrique, bâtir les nouvelles banlieues et institutionnaliser les pratiques d’affaires modernes n’étaient pas des activités économiques séparées mais les composantes d’une seule et unique entreprise : une deuxième révolution industrielle. »

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Par Pierre Auguste le 2013-08-20

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Le monde au fond des yeux

 

On naît toujours trop tôt, surtout quand on veut être un précurseur visionnaire.

Un Président déclara jadis qu’il voulait regarder la France au fond des yeux. Depuis, Internet et la mondialisation ont étendu et approfondi le champ visuel de l’homme.

C’est très tendance aujourd’hui de regarder partout pour voir le fond des yeux, des êtres des choses, des cyclones. Les religieux ont montré la voie en sondant le fond des âmes par la confession.

Les médecins examinaient le fond de l’œil pour voir l’état de la vue et l’état général. Ils vous percent l’aine pour vous explorer le fond du cœur. Ils fouillent le fond des intestins pour en inventorier la flore. Ils explorent le mou jusqu’au fond des alvéoles. Ils vous scannent et magnétisent à fond sous toutes coutures et sutures. Ils analysent les rêves et les actes manqués pour révéler le fond de vos pensées.

Toutes les professions explorent hommes, femmes et enfants de fond en comble. Le commerçant et le publicitaire examinent le fond des paniers et caddies, le banquier apprécie le tréfonds des patrimoines, l’administration surveille et lèche le fond des assiettes fiscales. Le politicien et le politologue dépistent l’électeur en scrutant le fond des urnes et des sondages. Le fisc grattait déjà le fond des poches. Il met gracieusement un logiciel à la disposition du quidam pour évaluer son patrimoine. Il note soigneusement ses sources en jurant ses grands Dieux, Hermès et Mercure, que c’est pour n’en rien faire. Les faux-derrières lorgnent le fond crevé de nos culottes. Bref chacun s’occupe à regarder ce qui nous regarde. Et montre à chacun ce qui ne le regarde pas. Honte et malheur sont promis à quiconque n’a pu, ou pu, se faire voir à la télé.

Les progrès de l’optique et de l’optroniques ont multiplié les objectifs. Les écrans se sont nichés partout. Souvent où il n’y rien à voir et pourtant tout à montrer. Partout on se presse pour se faire voir, offrir ses yeux et soi tout entier aux regards du monde. Et il se trouve toujours quelqu’un pour presser des boutons pour aller nous faire voir ailleurs.

Tout, jusqu’au journal intime, est jeté sur la toile comme bouteilles à la mer.

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Par Pierre Auguste le 2013-08-13

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Énergie électrique. Gare au capharnaüm

 

L’énergie électrique est un instrument majeur de la libération de l’homme. Sa maîtrise fut le résultat d’un effort scientifique et technique fait de continuité et de succès.

De graves erreurs humaines en ont entaché les résultats par des accidents nucléaires qui auraient pu être évités par plus de vigilance, de connaissance, de jugement. Tchernobyl et Fukushima ont confirmé ce que les gens avisés savaient. Il vaut mieux :
• Interdire aux apprentis sorciers de « bidouiller » dans leur coin et sans contrôle ;

• S’abstenir de construire des centrales n’importe où, et surtout pas au raz de l’eau dans une zone menacée par une forte sismicité ;

• Examiner les questions énergétiques avec sérieux, ordre et méthode, dans toutes leurs implications, hors de toute passion.

Hélas ! Nous percevons tous les jours des indices faisant craindre que nous sommes entrés dans une ère de réformes irréfléchies, hâtives, brouillonnes.

Des majorités, s’accordent pour prendre le pouvoir. Elles sont moins habiles pour s’accorder sur l’essentiel de ce qu’il faudrait en faire.

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Par Pierre Auguste le 2013-08-06

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Énergie. Les adeptes de la transition ferme...et définitive

 

On nous bat et rebat les oreilles avec cette fichue transition énergétique. Nul ne sait quand elle a commencé. Nul ne sait quand elle finira. Nul ne sait ce qu’elle sera.

Par l’opération de l’esprit politique, ces questions physiques et philosophiques sont devenues des phénomènes acoustiques. Nul ne peut espérer se faire entendre même en élevant la voix. Sauf, peut-être, quand le tumulte et les tumultueux se calment un peu.

Depuis toujours l’homme vit entre deux machines nucléaires. Le soleil sur sa tête est une chaudière à fusion qui lui a donné le confort du chauffage par rayonnement. Sous ses pas, la géothermie lui a donné le goût de l’eau chaude et l’addiction aux douceurs proposées par l’industrie des soins corporels.

L’homme avisé sait que ses deux sources primaires d’énergie sont sans danger pour peu qu’on passe à l’ombre, se tienne à bonne distance, prête attention à la machinerie.

Ces deux calorifères ne lui suffisant pas l’homme a continûment développé les techniques de la transformation. En faisant feu de tout bois, et mouvement de tout ce qui bouge. Nul principe de précaution n’a pu dissuader l’homo sapiens de rechercher la diversité des sources et transformations d’énergie, de les maîtriser, de les perfectionner pas à pas. L’humanité s’est toujours ingéniée à améliorer ses moyens d’existence et à transmettre en héritage des possibilités accrues de construire, de mouvoir et de maîtriser des machines.

Mais ça, c’était avant l’avènement de l’écologisme doctrinaire et totalitaire dont les adeptes provoqueraient volontiers des catastrophes pour en démontrer la possibilité.

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Par Pierre Auguste le 2013-07-30

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Frinche bachingue

 

En notre doux pays, nul ne veut être critiqué. Et tout un monde hargneux s’adonne à la critique. En nos temps bénis, le démon de l’ostentation est roi. C’est à qui se montrera le plus, criera le plus fort, épatera la galerie.

La publicité et la communication font rage. Internet a centuplé les occasions et les moyens de se vanter, d’agonir autrui, autant ses semblables que ses dissemblables.

Nous pratiquons depuis fort longtemps la médisance, ce sport national dont le nouveau nom nous vient de cette Amérique que nous nous plaisons à honnir…et à imiter. Le « bashing » apporté par les vents d’ouest a un air de famille avec notre verbe bassiner. En vieux langage normand le bassinage désignait l’action du harcèlement fait par les amis des jeunes mariés en tapant à grand bruit sur des bassines. Il semble que le mot ait traversé le « chenel » avec Guillaume le conquérant et nous soit revenu travesti après avoir traversé deux fois l’Atlantique. C’est ainsi qu’en la patrie du paradoxe, nous aimons être « in » tout en nous défendant, à cors et à cris, de la culture anglo-saxonne.

Les victimes du bashing ne sont pas les obscurs, les sans grade. Ceux qui s’en plaignent le plus se pressent aux premiers rangs de la renommée. Ce sont les « accros » des louanges entre soi qui voudraient interdire la parole à quiconque ne se répandrait pas « en effusions laudatives ».

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Par Pierre Auguste le 2013-07-23

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Économie et culture

 

Patrick Besson vous a donné, cf. « Le Point », la liste des livres à relire durant vos vacances. Vous ne les avez sans doute jamais lus. Il faudrait à chacun quatre ou cinq vies pour rattraper les retards de sa culture. Et la vie nous apprend que la culture c’est ce qui manque quand on croit avoir tout appris.

Chacun a sa culture et son inculture. Les uns estiment qu’il n’y a de culture que scientifique. D’autres croient qu’il n’y a de culture que musicale, ou littéraire, ou professionnelle. Nous n’avons que l’embarras du choix de nos ignorances. On dit que les hommes politiques ont choisi l’inculture économique. Ils ont tant d’autres choses à faire !

La première question qui donc se pose à l’honnête homme est de savoir ce qu’est la culture. Tout ministre de la culture qui se respecte, voudrait que tout soit culturel et rêve de tout régenter, tout absorber. À la manière d’un trou noir.

C’est ainsi que la culture est devenue un vaste ensemble aux contours flous qui va de la cuisine à l’intermittence du spectacle en passant par la littérature, le théâtre de rue, la production audiovisuelle, la communication, la conservation du patrimoine, l’immobilier, le tourisme, l’enseignement et bien d’autres produits de première ou de seconde nécessité. De proche en proche, la culture confine à tout, confine tout. Elle devient le fait économique majeur qui interfère dans toutes les actions, s’ingère dans tous les budgets. La deuxième question qui se pose donc à tout responsable est de savoir où s’arrêter. Faute d’y répondre, la culture du couac prend le dessus. Quoi qu’on fasse.

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Par Pierre Auguste le 2013-07-16

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Les métamorphoses des vampires

 

Les temps changent mais l’homme reste accroché à lui-même et à ses phantasmes. Les lycéens d’aujourd’hui sont appelés à disserter sur des textes jadis maudits. On les régale de ces procès en immoralité qui furent intentés à Flaubert et à sa « Bovary », à Baudelaire et à ses « Fleurs du mal ». Au sortir du romantisme, le poète, la femme, l’amour et la mort s’endiablaient dans une sorte de quadrille.

On est moins regardant aujourd’hui sur la morale. On l’est tout autant sur les « choses »sulfureuses. Avec La multiplication des médias et l’ouverture générale aux réseaux, et au réseau des réseaux, chacun peut entrer dans la danse qui tient tout à la fois du branle, de la gigue, de la mazurka, de la sarabande, de la danse du cheval coréen…

À l’inverse de l’économie, la ronde des vampires est en croissance. Et les métamorphoses se multiplient. Si Baudelaire reprenait vie, il constaterait que le busc a disparu et que le décolleté a muté. Après avoir été « en coup de poignard », puis « en hublot », le voilà désormais panoramique. Le musc est toujours là mais pas toujours où on le voudrait. Comme nous il s’appauvrit. On lui cherche des substituts. La parthénogénèse nous promet les plus belles métamorphoses. Nous marierons enfin la carpe et le lapin.

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Par Pierre Auguste le 2013-07-09

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La guerre des mythes

 

Il est douloureux de le constater, il est presque interdit de le dire. En notre cher vieux pays le citoyen est fatigué. Le travail l’ennuie, la rationalité le déçoit, la réalité l’accable. Blasé par la modernité, tantôt réticent et tantôt séduit par les inventions de la post modernité, il est tenté par le retour au passé, comme par régression infantile.

Héritiers de la civilisation grecque, nous en avons accepté les actifs que sont la raison, les mathématiques la physique, la médecine, la philosophie, le théâtre, la volonté politique et bien d’autres vertus qui fondent les sociétés. Nous avons aussi conservé de la Grèce quelques passifs sociétaux. Nous avons notre façon de cultiver l’esclavage et, sous couleur de modernité, nous réhabilitons certaines mœurs antiques. Comme les Grecs d’antan nous consultons des pythonisses et nous adonnons à bien d’autres mythes pour nous distraire, calmer nos inquiétudes, penser sans effort, entretenir les outils sémantiques du « prêt-à-communiquer ».

L’esprit de contradiction national fait des merveilles pour inventer, multiplier et opposer mythes et contre-mythes. Mais le malheur veut que ces entités ne se neutralisent pas comme matière et antimatière. Ainsi se perpétue une guerre des mythes qui fait des ravages, inhibe des « forces créatrices ».

Il est hors de question, et de possibilité, d’énumérer et d’opposer deux à deux tous les mythes qui nous habitent, nous animent ou nous consternent.
Nous examinerons toutefois les quatre grands mythes qui selon, Raoul Girardet, font la trame de l’histoire des idées politiques : la conspiration, le sauveur, l’âge d’or, l’unité.*

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Par Pierre Auguste le 2013-07-02

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Quadrature des cercles européens

 

L’Europe existe. Mais elle piétine. Elle est menacée de relégation. L’expansion démographique, l’ouverture des frontières, la mondialisation de l’économie, l’aspiration universelle au développement, le rejet des inégalités, bousculent ses habitudes. Notre président lui propose de faire le grand pas annoncé jadis par les initiateurs.

Nul groupement, nul grand ensemble ne sauraient vivre, se développer, se maintenir en déniant les contraintes et en ignorant les lois, structurelles et fonctionnelles, qui s’imposent à tout système.

Née de la réconciliation de peuples qui se sont entredéchirés au cours des siècles, l’Europe s’est construite par accrétions successives du nombre de ses constituants, des espaces couverts, des fonctions qui leur sont dévolues, des structures et des règles qui régissent son fonctionnement. Cet agglomérat résulte d’actions conjoncturelles obéissant à des idées directrices évolutives et non ordonnées par un plan d’exécution.

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Par Pierre Auguste le 2013-06-25

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Habitat. Rêveries des rénovateurs doctrinaires

 

Tout le monde le sait, sauf peut-être les écologistes, Paris ne se refera pas en un jour.

Ni les villes, ni les villages, ni même l’habitat dispersé, ne pourront suivre les rêvasseries de ceux qui voient dans les économies la meilleure des sources de l’énergie de demain.

Certes, la sobriété énergétique est une « ardente » obligation collective. Un certain totalitarisme voudrait en faire une obligation individuelle pour l’homme inconstant qui se veut libre. Aussi faut-il un réalisme obstiné et un effort soutenu de persuasion pour appréhender sur le long terme, et en bons « thermes », l’urbanisme, la construction immobilière, la rénovation de l’habitat.

Des informations et des ballons d’essais sont jetés chaque jour aux vents de la communication. Leur cadence et leur variabilité sont proportionnelles à la confusion des esprits en quête de prosélytes pour porter un doctrinal ordre nouveau bien mal assis.

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Par Pierre Auguste le 2013-06-18

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Prémonitions

 

« La fête des pères a fait merveille. Le vin mousseux a rempli les verres. « Jamais je n’avais été si saoule depuis ma première communion » m’a assuré une enfant charmante. Elle a bien une douzaine d’années .

 On voit par là que l’éducation fait rage. L’instruction également : la passion de l’instruction se répand à tel point qu’on manque de salles de classe et même de professeurs ; on enseigne dit-on, jusque sur l’escalier ; il faut aller chercher de modestes bacheliers pour préparer aux grands concours, dans les couloirs des facultés, ou les salles de café voisines ; des licenciés qui aspirent à toujours plus de savoir. Les enfants qui auront été reçus dans un bon rang à leur certificat d’études seront bientôt tenus, par l’urgence des besoins, de former sur les toits de l’école des magistrats et des médecins. Car les Français se multiplient à tel point qu’on ne saurait plus ou les loger. Tout au moins si j’en crois la presse. Bref, d’ici peu, il y aura tant de Français, et si savants, qu’on ne saura où les mettre, ni à quoi employer leur montagne de science. On les regroupera sur des radeaux, qu’on lâchera par gros temps sur une mer déchaînée, on leur fera inventer des machines à se détruire, on emploiera les agrégés à désherber les allées des jardins ; ou le fond des océans ; dont l’algue est nourrissante. »

Notre titre et la référence au certificat d’études vous auront mis la puce à l’oreille. Ce texte n’a pas été écrit hier mais le 11 juin 1963. Il y a juste un demi-siècle. Il est d’Alexandre Vialatte (1901-1971) que nous citons souvent pour sa pertinence et son impertinence, au risque de déplaire aux beaux esprits qui aiment à faire croire qu’ils pensent toujours par eux-mêmes et oublient volontiers de citer leurs sources.

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Par Pierre Auguste le 2013-06-11

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Entreprises. Mise en position de sécurité

 

Des alarmes sonnent un peu partout : Frère Jacques, ton moulin ne va pas très fort. Mais Frère Jacques a le sommeil profond. Il commence toutefois à émerger, à s’inquiéter, à s’agiter. Après avoir déclaré la guerre aux riches qui tiennent les vannes de l’eau et du vent, il fait la tournée des Olympes pour supplier les Dieux d’alimenter ses béals et de mouvoir ses moulins.

À bas les capitalistes autochtones ! Vivent les capitaux exotiques !

En attendant la manne et le retour spontané à meilleure fortune, le pouvoir entre en ponction. Ceux qui portent le fardeau sont entrés en componction. Les entreprises tentent de surseoir à leur extrême onction. Ceux qui vivent de l’art de persuader prônent l’optimisme, l’esprit d’initiative, la confiance. Ceux qui vivent de leur industrie en gérant des PME sont inhibés par les prétentions du fisc, pressurés par les exigences des clients.

Pour tous, l’horizon économique est obscurci par la fugacité de la conjoncture, la pusillanimité des « décideurs », le flou et le remaniement des mesures, la circonspection des investisseurs, la retenue des nantis, la précarité du travail, l’expansion du chômage et du paupérisme.

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Par Pierre Auguste le 2013-06-04

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Voyage dans les îles partisanes

 

Les malheurs de l’humanité sont universels et reconductibles. Les médicastres politiques ne sont ni omniscients ni éternels. La nomenclature de leurs médications s’élargit avec des effets inégaux, souvent indésirables. L’archipel politicien est agité par la riche diversité des intelligences individuelles. Il est appauvri par la bêtise collective.

Il n’ya rien de nouveau sous les ciels obscurs de la gouvernance où s’inscrivent, en style d’époque, les indéfectibles travers de l’homme. « En ce pays tous les hommes avaient de l’esprit, mais ils n’en faisaient aucun bon usage. Ils faisaient venir des esclaves des pays étrangers et les faisaient penser pour eux ; car ils ne croyaient pas qu’il fût digne d’eux de prendre jamais la peine de penser eux-mêmes. Chacun voulait avoir des penseurs à gages, comme on a ici des porteurs de chaise pour s’épargner la peine de marcher. » Ainsi parlait le penseur subversif Fénelon (1651-1715) en son « Voyage de l’Île Inconnue » (Fables et opuscules pédagogiques.)

La cour des conseillers du prince n’est jamais à court de conseils. Mais chacun voit midi à sa porte et les avis changent vite en nos temps et espaces tout relatifs. Le prince déclare savoir où il va. Ses références étant en mouvement, il préfère y aller sans le dire. Et s’il fixe le cap, c’est dans une géométrie variable et approximative qui désorienterait Euclide.

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Par Pierre Auguste le 2013-05-28

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Réformes. Du rêve à la réalité

RÉFORMES. DU RÊVE À LA RÉALITÉ

Les vétérans qui ont dépassé le cap du bac plus soixante dans leurs études, regardent l’actualité d’un œil mi-consterné, mi-effrayé. Et mi-détaché des méfaits de l’homme mais attentif aux merveilles de l’univers. Ce qui fait beaucoup pour un seul œil qui ne sait plus de quel côté se tourner. Le strabisme voile et floute l’image de la politique et de ceux qui s’en servent en réactivant assidûment le rêve de l’extinction du paupérisme.

Aux vieux mauvais esprits embrumés revient pourtant avec netteté une image de notre premier président de la république élu sur la foi de ce lumineux et inextinguible programme. Une caricature montrait Napoléon III portant d’une main un « ordre », de l’autre un « contrordre » et sur le front une affichette annonçant le « désordre ».

L’ordre « démocratique » affiché aujourd’hui dans la diversité des discours paraît un peu pagailleux à ceux qui se souviennent de leur « rhétorique » qui était jadis le joli nom de la classe de première. Le désarroi collectif inhibant les qualités individuelles, il faut reconnaître que le lointain successeur de « Badinguet » est un formidable rhéteur. Plus il entend ses discours, plus le citoyen prend connaissance de notre riche patrimoine de figures de rhétorique.

Dans sa dernière livraison, notre président a confirmé sa maîtrise de l’anaphore, montré son goût de l’hyperbole, affirmé sa prédilection pour la litote, fait entrevoir ses dispositions pour l’antanaclase Il ne s’agit là que de quelques exemples. Nous laisserons à chacun le soin d’explorer, et aux experts d’exposer, toute la nomenclature des procédés littéraires et oratoires utiles pour convaincre jusqu’aux esprits les plus rétifs. Notre grand orateur les connaît toutes et les met au service de sa religion politique que nul ne saurait situer sur le spectre des idéologies. On s’émerveille de voir la rhétorique élevée au rang des beaux arts qui concrétisent les rêves et transcendent les réalités.

Mais l’esprit public reste sur sa faim. « J’aurais aimé un discours qui eût plus de corps et moins d’esprit », aurait dit notre grand expert en l’art de persuader. (Fénelon ; 1651-1715 ; Dialogue sur l’éloquence.)

Là ne s’arrêtent pas les ressources de la dialectique. Si les réalités dérangent il est toujours loisible de les dénier. Les vieilles pratiques autorisent l’esprit d’invention. Le changement appelle le déni du changement et même le déni du déni des réalités. Le déni devient le garant de la continuité. On sauve la face en s’en tenant à son programme ou en le changeant sans le dire. On garde la foi en tournant le dos à la volte face.

Pour en revenir au corps et à l’essence du discours disons que nous avons surtout entendu proroger la promesse d’un monde meilleur digne d’un archevêque. Mais en attendant le paradis lointain, le citoyen est appelé à subir sur terre l’enfer de l’impôt. Le désir démocratique de ne fâcher personne commande la concertation ou la consultation de partis, courants, catégories, lobbies, coteries qui ne sont d’accord sur rien.

L’histoire ayant montré les dangers de réunir des états généraux on sectorise les études, les rapports, les concertations. Les absents ayant toujours tort, le jeu fiscal consiste à faire payer l’autre. Les tenanciers des pouvoirs, politique, administratif, économique, sont autant d’éminences « mistigrises » qui excellent à ce gigantesque jeu de mistigris.

À force de tourner en rond ils finiront par faire payer la culture par les incultes, la retraite par les retraités, la compensation de la dépendance par les dépendants, le dédommagement des esclaves du temps jadis par les esclaves d’aujourd’hui, comme on asservit les petites entreprises aux grandes structures…

Faute d’avoir su convertir l’Europe entière à sa religion sociale, le pouvoir tente maintenant d’en prendre le « leadership » par l’adjonction d’une nouvelle structure économique. Il reste à préciser comment seront préparés le greffon et le receveur. Cela nous vaudra bien des rappels historiques des tentatives d’ingérence et d’unification avec ou sans consensus.

En ce domaine, comme en bien d’autres, Fénelon pourrait donner d’utiles avis :

« Surtout évitons l’esprit de dispute, examinons cette matière paisiblement, en gens qui ne craignent que l’erreur, et mettons tout l’honneur à nous dédire dès que nous nous apercevrons que nous nous serons trompés. »

Mais les courtisans ménageront le Prince. Ils se souviennent que l’archevêque de Cambrai tomba en disgrâce pour avoir fait la bêtise de léser Sa Majesté.

 

Pierre Augute

Le 22 mai 2O13

 

 

 

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Par Pierre Auguste le 2013-05-21

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Emploi et recrutement. Fonctions et structures

 

La démographie confronte l’humanité au grand défi du millénaire : donner à chacun une occupation et les moyens de vivre. C’est sans doute la seule voie pour éviter les affrontements dont nous goûtons déjà les prémices.

La fin de l’effort de reconstruction d’après guerre, la décolonisation, les exigences vitales des pays émergents, les chocs pétroliers, la relative saturation des besoins des pays développés, ont déséquilibré l’économie mondiale et engendré l’endémie du chômage. La mondialisation a globalisé les problèmes sans globaliser les solutions.

Notre république oscille entre deux formes doctrinales qui opposent l’individuel et le collectif. À travers nos révolutions, nos alternances et nos cohabitations notre paradoxal et « cher vieux pays » a hérité de la monarchie un jacobinisme tenace qui encadre nos velléités. Tantôt à dominante libérale, tantôt à dominante sociale notre république oublie parfois l’arbre et parfois la forêt.

Dans les domaines du travail et de l’emploi notre système est héritier d’un « grand service public » qui était censé avoir le monopole du placement. Mais les faits commandent et les pratiques évoluent hors des cadres de principe. En voulant tout embrasser et tout étreindre, les bonnes intentions ont « asséché » le secteur marchand national du placement. Ainsi fut ouvert « un boulevard » aux grands groupes internationaux. Non seulement le service public leur a donné en sous-traitance des tâches dépassant ses capacités opérationnelles et quantitatives mais aussi des fonctions de direction. C’est ainsi que des groupements de sociétés privées à capitaux étrangers bien établies furent chargées de « donner » et donc de refuser des agréments à des nouvelles petites structures autochtones. On a atteint là le comble de l’absurdité, de l’injustice et de la contre-compétitivité nationale !

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Par Pierre Auguste le 2013-05-14

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Le mur des contradictions

 

Depuis l’aube des temps philosophiques l’homme s’interroge sur les contradictions de l’homme.

La patrie de Kant, de Hegel et de Nietzsche est bien préparée pour passer au crible de la logique nos contradictions politiques et les arguties par lesquelles nous tentons de les justifier.

« Toute chose est en soi-même contradictoire » disait Hegel. « Contradictio est régula veri, non contradictio, falsi. » (Contradiction est règle vraie, non- contradiction, fausse.) Ces axiomes sont tempérés ou contredits par la philosophie d’inspiration allemande qui couple le principe de contradiction et le principe de non-contradiction dans une dialectique rigoureuse. L’actuel et difficile dialogue franco-allemand pourrait être éclairé par ce message lancé par Hegel à travers les siècles :

« Les systèmes qui commencent par accepter la contradiction, en se réservant d’ajouter qu’ils seront capables de la surmonter ou de la « vivre », ceux-là logent leur ennemi avec eux. »

Cette forte phrase porte en elle bien des questions sur la compatibilité des systèmes et sous-systèmes de toutes natures. (Systèmes technologiques, systèmes productifs, systèmes d’organisation sociale, systèmes de pensée, systèmes administratifs, systèmes politiques…)

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Par Pierre Auguste le 2013-05-07

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Despotisme

 

Les connaisseurs de l’âme humaine le disent : « Quand la chose n’y est pas on y met le mot ». Les fins manœuvriers le pratiquent sans le dire.

La vie nous met à bonne école. Elle nous apprend vite que plus on nous parle de démocratie, plus nous sommes menacés par le despotisme. Aussi faut-il, encore mieux que Jean le Bon et Philippe le Hardi à Poitiers, se garder à dextre et à senestre.

De nos jours le droit divin sort des urnes. Le politicien averti l’y fait entrer par un programme électoral qui veut se faire passer pour un programme politique. Car un programme électoral est plus prometteur et plus porteur de rêve que de réalité.

Le candidat expérimenté sait qu’un programme ne peut jamais être appliqué. Il est toujours bousculé par la conjoncture, les oppositions, les faits-divers. Le candidat habile est un peseur d’or. Équipé d’un trébuchet, il cherche une bonne ligne de partage des voix, assez floue pour « ratisser large » et ne pas offenser l’avenir.

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Par Pierre Auguste le 2013-04-30

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Être ou ne pas être riche

 

Les Français moyens regrettent de ne pas être riches. Aucun ne regrette d’être sorti de la pauvreté. Toute considération morale mise à part, la richesse est un droit de tirage sur le travail d’autrui qui explique le conservatisme. La pauvreté est une dépendance qui explique l’esprit de conquête. Si l’on veut mêler la morale aux affaires, il faut que ce soit en posant la triple question de savoir comment sont acquises, conservées et utilisées les richesses.

Deux « légitimités » s’affrontent pour asseoir la fiscalité. D’un côté murmure la voix de ceux qui détiennent le fruit du travail, de l’autre tonitruent les porte-voix de ceux qui le convoitent. Pour les uns, c’est toujours trop, pour les autre ce n’est jamais assez. Et pour intéresser la partie, l’arbitre est juge et partie.

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Par Pierre Auguste le 2013-04-23

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Anormalité des normes et choc du simplisme

Les normes sont sur la table. Énormes. Le gouvernement est assailli de requêtes. Les pouvoirs locaux voudraient conduire leurs affaires à plus franches coudées. Une réunion inaugurale d’un grand œuvre de simplification a été organisée à son de trompe. Autour d’une table grande comme un court de tennis se sont pressés cinq douzaines de bons apôtres prêts à évangéliser la République.

Dès le lendemain, le vent de la conjoncture politico-judiciaire emporta le choc du simplisme. On nous annonça une nouvelle grêle de mesures normalisatrices. Cela nous promet une nouvelle enflure de notre riche corpus législatif, réglementaire et normatif. Cette hydre est née de la fougue politique, de l’ingéniosité des juristes, du zèle administratif, des infortunes citoyennes.

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Par Pierre Auguste le 2013-04-16

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Boulimie politique et prolifération juridique

Si l’on en croit Montaigne, l’homme marche pour éveiller ses pensées. Si l’on en croit Pascal, les malheurs de l’homme viennent de ne pas savoir se tenir tranquille en sa « chambre ».

Ainsi donc, lorsque ses besoins vitaux sont satisfaits, l’homme penserait et agirait surtout pour se distraire. Il sait être bienfaisant, mais il peut aussi se divertir des malheurs qu’il inflige à l’homme. C’est un maniaque multipolaire.

La mégalomanie frappe ceux pour qui rien n’est jamais trop grand, ni trop beau, ni hors d’atteinte. Ce péché mignon ayant des degrés, il suffit de quelques mégalomanes, grands ou petits, pour mortifier le plus grand nombre de ceux qui se contentent de « normalité ordinaire ». Ceux qui rêvent de « normalité extraordinaire » s’appliquent à rompre les équilibres pour instaurer un ordre nouveau et un monde meilleur. Rien ni personne ne doit rester hors de leur pouvoir. Les plus sages veulent « découdre sans déchirer. »* Les plus expéditifs déchirent sans recoudre.

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Par Pierre Auguste le 2013-04-09

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Redressement. Les outils sont là.

La France doute. Ses dirigeants affichent des certitudes. Mais leur communication n’est pas très communicative. La politique et l’économie ne sont pas des sciences exactes et flirtent parfois avec l’occultisme. Leurs religionnaires ont chacun leurs vertus théologales. Ils se soumettent à des idées fixes, se laissent aller à des spéculations, intellectuelles ou financières. Ils ne doutent de rien, sauf de ce qui ne procède pas de leurs intentions. Au pays de Descartes, la discussion n’est guère possible qu’avec ceux qui fondent encore quelque espoir dans le doute méthodique.

Sous l’affrontement des opinions perce aujourd’hui une belle unanimité : tout le monde veut un redressement qui passe par les entreprises. De gré ou de force.

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Par Pierre Auguste le 2013-04-02

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Aéronautique et emploi. De la mesure en toute chose.

Cette vente par centaines des avions Airbus est une excellente nouvelle.
Dans la morosité ambiante, elle montre que les grands programmes collectifs ont des vertus que l’on aurait tort de sous-estimer. Car ils sont exemplaires.

Il est normal que le pouvoir s’en empare pour remonter le moral des désespérés. Mais est-il bien adroit d’organiser en cérémonie la signature d’un contrat, déjà signé, pour la ravaler en instrument de promotion d’une politique partisane et nationale « renouvelée » ? N’est-ce pas tirer à soi la couverture et indisposer les autres contributeurs d’un projet international échelonné dans le temps ?

Les voix des communicateurs sont insaisissables !

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Par Pierre Auguste le 2013-03-26

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Economie. Guerre du peu et hussards de la décadence

Ce n’est pas par hasard si l’économie stagne. Il y a longtemps que nous nous employons à faire la « guerre du peu ». Imitant en cela ce pays que nous ne nommerons pas où « beaucoup de gens ne songeaient qu’à gagner le plus possible en travaillant tout juste assez pour ne pas encourir de blâme. » Déjà en 1962, Alexandre Vialatte (encore lui), s’interrogeait : « le fond de la nature humaine serait-il la paresse ? […] Depuis tant d’années qu’il existe, l’homme rêverait-il de se reposer ? »

Principe de précaution oblige. Un demi-siècle d’angélisme a rendu impossible de tenir de tels propos sans recourir à d’habiles précautions oratoires.

 Les mœurs ont bien changé depuis le début des années soixante. Miroir de la société, la publicité a préparé les esprits et montré les chemins du farniente. Messagère des attentes du citoyen, la communication politique a promis des lois de tout repos. Bras séculier du peuple, la législation a couru derrière les mœurs pour accomplir son œuvre normalisatice. Les temps de travail et l’âge de la retraite ont été revus à la baisse et donné leur plein effet au moment où il eût fallu les augmenter. Initiée par un éphémère « ministre du temps libre », la « politique du peu »,  a donné un essor au tourisme, à l’industrie du loisir et de l’amusement, aux chaînes de télévision. Elle a empli les esprits, les avions, les plages, les stations de ski, les parcs de loisirs, les terrasses.

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Par Pierre Auguste le 2013-03-19

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Economie. Au delà des interstices

Ceux qui avaient l’ambition de conduire nos vies ont cru devoir faire de l’emploi et du chômage un problème de répartition. Ils se sont épuisés à caser ceux que la vie économique laissait sur le carreau, allant jusqu’à distribuer des prébendes plutôt que de favoriser la création d’emploi. Tous n’ont pas encore compris qu’on crée des emplois en stimulant l’économie marchande et non en l’entravant par les prélèvements fiscaux d’une lourde structure de redistribution.

 

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Par Pierre Auguste le 2013-03-12

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Politique polyticienne

 

La République a ses rites. C’est un régal d’observer les barons d’aujourd’hui rendre hommage lige à leur suzerain.

 Dans son exorde à une question au gouvernement, une sénatrice inspirée lança cette phrase à tous vents et micros de son « hémi cyclotron » : « Le président a décidé de prendre les mesures imposées par la situation. »

 Ô logique captieuse ! Ô louanges cruelles ! On aurait pu trouver mieux pour se féliciter d’avoir un président qui s’impose et une situation qui obéit.

 Nul n’obéit plus qu’un roi disait le philosophe. La politique a ses raisons que même l’amour ne connaît pas dira l’esprit mauvais qui falsifie tout.

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Par Pierre Auguste le 2013-03-05

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Réformes. Vertigo

 

Le philosophe de jadis était un intellectuel sans frontières qui se mêlait de tout. Nul n’aurait pu dire si c’était un scientifique ou un littéraire. Voltaire était historien, dramaturge, essayiste. Il militait pour la vaccine et les droits de l’homme. Il taquinait et conseillait les politiques. C’était un drôle d’épistolier qui asticotait la terre entière, mieux que les blogueurs d’aujourd’hui.

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Par Pierre Auguste le 2013-02-26

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Cour des comptes et mécomptes

 

Baudelaire avait le vertige langoureux. Verlaine avait la langueur monotone. Le vertige et la langueur sont toujours là mais ne sont plus ce qu’ils furent. Ils sont de nos jours moins doucereux, moins poétiques, quelque peu plus cliniques.

Le vertige résulte d’un désaccord entre les informations qui parviennent au cerveau. Petits et grands écarts nous donnent le tournis. En reprenant nos esprits, nous y voyons les conséquences de la crise et l’inconséquence des hommes. Nous y percevons les soubresauts de la société. Nous entendons autrement les discours qui nous les décrivent. L’humanité baigne dans le paradoxe. Comment gouverner quand chaque individu entend se faire une opinion sur chaque chose ? Les groupes, les partis et les coteries, épurent les faits et les pensées, les unifient, les formatent, les normalisent, les maternisent, pour les servir sans danger au citoyen afin de l’engerber en quelque esprit de système.

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Par Pierre Auguste le 2013-02-18

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Formation et Information. Le grand défi.

 

Le monde des hommes est en évolution plus rapide que jamais. Chacun s’y sent à l’étroit et incommodé par ses voisins.

L’homme est un grand enfant. Il est insatiable, tyrannique, toujours plus envahissant. Il faut l’éveiller et le réveiller avec précaution.

L’éveil doit mettre en œuvre tout ce qui touche à sa formation. Le réveil doit être le produit de son information.
Jadis, la formation était l’acquisition des savoirs permanents concernant l’univers, la nature, les créatures, les choses. Le philosophe ne se préoccupait pas de délimiter les domaines de ses observations, de ses réflexions, de ses recherches. Au temps de la scolastique universitaire, le clergé régentait les intellects en appelant chacun au respect des canons et à la contention des idées. La mésaventure de Galilée et la prudence de Descartes en portent témoignages.

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Par Pierre Auguste le 2013-02-12

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Société. Manifeste de la néo-modernité

 

Charles Baudelaire, a cultivé les fleurs du mal. Et chanté les fleurs des arts : « La modernité, c'est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l'art, dont l'autre moitié est l'éterneelet l'immuable. Il y a eu une moderniété pour chaque peintre ancien. »

La modernité a laissé ses premières traces dans les cavernes. Les arts rupestres l’y mettent encore en lumière. Il est pourtant de bon ton aujourd’hui de glorifier la post modernité sans dire ce qu’elle devient ni même ce quelle est.

La querelle des anciens et des modernes est un pur produit de la confrontation de subjectivités. Elle envahit tout. Même les domaines qui devraient rester sous l’empire de la rationalité comme l’économie, la science, la politique.

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Par Pierre Auguste le 2013-02-05

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Temps de travail. Ces étourdis que l'on écoute

TEMPS DE TRAVAIL. Ces étourdis que l’on écoute.

 

Il était une fois une longue file d’attente dans un petit bureau de poste. C’était avant l’ère du téléphone portable, au cœur de la belle saison. Le receveur, qui savait recevoir, a pris la parole pour faire patienter ceux qui étaient venus là pour quelque urgence. « J’ai bien demandé l’installation d’une deuxième cabine mais j’appartiens à une administration qui fait des statistiques et des moyennes. Elle m’a fait observer qu’une cabine était bien suffisante pour écouler le trafic annuel de mon établissement. Vous voyez le ruisseau ici dessous qui se jette dans le lac. Son débit estival est trompeur. Mon directeur, qui croyait savoir compter, est venu inspecter mes finances à l’automne. Il s’est noyé en tentant de le traverser à gué. »

La véracité historique commande de préciser que c’était en Auvergne où l’on respire le bon air des puys mais où on déteste rendre à César ce qui appartient à Vercingétorix.

 

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Par Pierre Auguste le 2013-01-29

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Economie. Qu'elle était verte ma destinée

ÉCONOMIE. QU’ELLE ÉTAIT VERTE MA DESTINÉE

 

 

 

La révolution industrielle a noirci le visage et les bronches des mineurs. Mines, fonderies et aciéries ont empoussiéré de charbon de vertes vallées.

La nostalgie étant à peu près ce qu’elle a toujours été, les industries disparues laissent aux hommes d’heureux souvenirs qui estompent les souffrances. L’être humain s’accoutume à toutes sortes de métiers, pénibles, rebutants ou dangereux. En les pratiquant avec la foi du charbonnier, il les élève au niveau du sacerdoce, refuse de les voir disparaître. C'est ainsi que les vallées mosellanes d'aujourd'hui ont le même spleen que les vallées galloises d'hier.

 

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Par Pierre Auguste le 2013-01-22

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Nouveaux clercs et passions politiques

NOUVEAUX CLERCS ET PASSIONS POLITIQUES.

 

 

L’actualité nous appelle à (re ?)lire Julien Benda (1867-1956). Cet oublié de la pensée politique commit, en 1927, un ouvrage incisif titré « La trahison des clercs ». Le méga-microcosme intellectuel de notre « cher vieux pays » en fut meurtri.

Benda récidiva en 1946 en publiant une deuxième édition « enrichie » par l’expérience. La drôle de guerre, l’épouvantable débâcle et la sinistre occupation nous avaient rendu notre pays plus trahi, plus vieux, plus cher encore. Les intellectuels préférant lire leurs propres ouvrages, et les grands clercs politiques écouter leurs propres discours, tous se sont accordés pour oublier ce brûlot dans les congélateurs de l’histoire où se conserve l’orgueil de notre exception culturelle.

 

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Par Pierre Auguste le 2013-01-15

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Travail, emploi, chômage. Mettre de l'ordre dans les idées

TRAVAIL, EMPLOI, CHÔMAGE. Mettre de l’ordre dans les idées.

 

 

 

De fortes voix appellent à l’optimisme. De fidèles échos appellent au courage. Le temps passe, les difficultés restent. « C’est ainsi », disait Hegel en contemplant les montagnes.

La société d’aujourd’hui n’attend pas de nouveaux « sermons sur la montagne ». Elle a besoin d’actions concrètes, conduites en temps utile, adaptées à des objectifs réalistes, distinctes de tout rêve, étrangères à toute doctrine.

 

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Par Pierre Auguste le 2013-01-08

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Alternance du travail et de la formation

ALTERNANCE DU TRAVAIL ET DE LA FORMATION

 

 

Les alternances du travail et de la formation ont un droit de primogéniture sur les alternances politiques.
Il y a bien longtemps que le singe a eu l’idée de se lever sur ses pattes arrières pour cueillir plus haut, voir plus loin, mieux chasser, déguerpir plus tôt devant ses prédateurs. Il lui était difficile de courir la bouche pleine et, quand il cessait de courir pour souffler, il en profitait pour réfléchir.

La formation par alternance est donc une vieille pratique. Elle a l’avantage de stimuler la formation par la graduation et la fécondation mutuelle des savoirs et des savoir-faire.

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Par Pierre Auguste le 2013-01-01

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Stages. Diversités et disparités

STAGES. DIVERSITÉ ET DISPARITÉS.

 

 

 

Si l’on en croit les lexiques, le stage a commencé sa carrière dans les professions ecclésiastiques. Les professions de foi. Le stage fut d’abord la résidence obligatoire de six mois que devaient faire dans leur église les nouveaux chanoines, avant de jouir des honneurs et des revenus attachés à la prébende. Le stage est donc une affaire sérieuse.

Le stage a poursuivi son chemin chez les robes noires en passant du clergé à la Sorbonne et au barreau qui en a fait une période probatoire à l’exercice de la profession d’avocat.

La tenue s’est diversifiée et démocratisée. On rencontre maintenant des stagiaires en costume noir trois pièces, en bleu, en boubou, en « blou-blou » (bluejean-blouson),... Les austères robes noires ont fait place à la polychromie. La diversité vestimentaire accompagne la multiplicité des finalités, des contenus, des statuts.

Chaque profession a maintenant ses stages quelle organise avec plus ou moins d’efficacité.  Comme une bille tombe toujours au fond d’un bol, chacun retombe en ses habitudes.

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Par Pierre Auguste le 2012-12-25

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Énergie. Transition ou évolution?

ÉNERGIE. TRANSITION OU ÉVOLUTION ?

 

 

Les hommes politiques parlent de l’univers comme s’il avait commencé avec eux. Chacun se réfère à un système d’axes multidimensionnel centré sur son nombril. Des partisans imaginent qu’il suffit de changer de mots pour changer les choses et le monde.

Le grand œuvre du microcosme politicien d’aujourd’hui est de « conduire la transition énergétique ». Comme aurait pu le dire Alexandre Vialatte, la transition énergétique remonte à la plus haute antiquité. Mais comme nul journaliste ne fit en direct le reportage du Big Bang, personne ne sait très bien quand ni comment elle a commencé.

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Par Pierre Auguste le 2012-12-18

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Fracturations politiques

FRACTURATIONS POLITIQUES

 

 

 

Bien des choses peuvent arrêter le progrès. Et le regrès est facile. Les frustrations, les pulsions destructrices et la belligérance humaines trouvent toujours de nouveaux champs d’expansion. Il faut des exutoires à l’élan vital de l’animal politique dont l’objectif, toujours renouvelé, est de faire le bonheur de l’homme, au besoin malgré lui. Le résultat en est de nous faire vivre dans une ambiance à tout casser.

Notre économie a trop longtemps sauvé son sommeil tranquille. Au nom du principe de précaution, elle s’est interdit toute perspective d’exploitation du gaz de schiste.

Le fleuve de la fracturation hydraulique s’est engouffré dans les fractures politiques.

Le substrat de la vie politique est soumis à des champs de forces, superficielles ou profondes, dont les effets rappellent ceux qui fracturent l’écorce terrestre. Les accumulations de contraintes y produisent des fissures, des fractures, des séismes, des éruptions, des glissements de terrain, des tsunamis, tout aussi ravageurs que ceux de la géo-tectonique.

Politologues, tectoniciens, météorologistes et économistes excellent à décrire les risques des cataclysmes. Ils sont imprécis pour prédire les temps et les lieux de leur survenue, mais diserts sur leur explication. Les partis politiques sont d’une matière fissile. Il s’en trouve toujours un pour exploser. L’effet de super novae est plus fréquent dans le microcosme politique que dans le macro-cosmos des Dieux. L’un et l’autre sont d’une luminosité qui laisse croire à la naissance d’une étoile alors qu’il signe sa disparition.

La vie et la mort des partis nous en font voir de toutes les couleurs, du rouge au rose, du rose au vert, du vert au bleu, du bleu au noir et dans une grande diversité de mélanges en demi-tons, quarts de tons, nano-tons. Elles rayonnent aussi hors du spectre visible. Nul n’échappe désormais à la diffraction de l’information, à la musique et aux images fractales. De l’approche des marchés, à celle de l’électorat, tout est désormais atteint de cette « fractalité » dont le père fut Benoît Mandelbrot. Né à Varsovie et mort dans le Massachussetts, ce mathématicien franco-américain étudia au Lycée de Tulle où ses mânes hantent encore les rues, l’Hôtel de Ville et les hauteurs du Palais Marbot.

La politique limousine en fut fécondée et, par syncrétisme, tous les partis et les aspirants au pouvoir en furent frappés. Dans le chaos de la tectonique politique, tous sont condamnés à perpétuité à la prospection de soutiens internes ou externes, à la recherche des lignes de partage des voix, au repositionnement optimal des réceptacles électoraux. Et nous, pauvres citoyens avons la tête fracassée par les discours incohérents et les « éléments de langage » qui visent la moindre parcelle de notre société éclatée. Était-il possible, au pays de l’égalité, que ne se multipliassent, crûssent et opposassent les égos ?

L’esprit humain est habile à échafauder des théories. Comme jadis les thèses des universités théologiques, pour être recevables les programmes politiques doivent « être cohérents, sauver les apparences, être conformes à la lettre des écritures. » Mais le malheur veut que thèses, théories et programmes, même les plus séduisants, aient un même défaut : Ils se développent et prospèrent hors des réalités.

La cohérence est mise à mal quand on prétend promettre une chose et son contraire, exiger le beurre et l’argent du beurre, concilier l’eau et le feu, faire cohabiter pacifiquement l’oxygène et l’hydrogène, marier la carpe et le lapin…

Sauver les apparences consiste à présenter le monde à chacun comme il le voit, à lui promettre de ne rien changer de ce qui l’agrée, de changer ce qui le gêne, d’annoncer à tous l’harmonie universelle et un monde meilleur.

Les écritures ne sont plus ce qu’elles étaient. Marx, Freud, Keynes, et bien d’autres, ne sont plus des enfants du siècle.

 

L’enfant du siècle se garde de l’engloutissement dans les fractures politiques, qu’elles soient verticales, horizontales ou obliques. Il n’écoute pas le chant des Sirènes. Il ne se laisse pas trop alarmer par les sirènes. Il ne compte pas sur les hauts et beaux parleurs pour construire son avenir. Il sait que l’avenir des autres dépend de lui.

 

 

Pierre Auguste

Le 12 décembre 2012

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Par Pierre Auguste le 2012-12-11

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Certitudes politiques et politiques incertaines

CERTITUDES POLITIQUES ET POLITIQUES INCERTAINES.

 

 

La patrie de Montaigne, de Pascal et de Descartes avait quelques référents familiers. Que sais-je, demandait le premier qui savait tout ce qui fut écrit par les anciens. Parions, disait le second, en raisonnant en termes de probabilités. Doutons, mais avec méthode, disait le troisième qui savait conduire ses pensées.

Nous avons perdu quelques-uns de ces repères dans le fouillis culturel d’aujourd’hui. Tout Mais nous n’en sommes pas sûrs car, à force de mieux partager le bon sens, la part de chacun s’amenuise. Plus que jamais, l’être humain est tiraillé entre deux démons. L’un qui le fait douter de tout, l’autre qui le porte à ne douter de rien.

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Par Pierre Auguste le 2012-12-04

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Certitudes politiques et politiques incertaines

CERTITUDES POLITIQUES ET POLITIQUES INCERTAINES.

 

 

La patrie de Montaigne, de Pascal et de Descartes avait quelques référents familiers. Que sais-je, demandait le premier qui savait tout ce qui fut écrit par les anciens. Parions, disait le second, en raisonnant en termes de probabilités. Doutons, mais avec méthode, disait le troisième qui savait conduire ses pensées.

Nous avons perdu quelques-uns de ces repères dans le fouillis culturel d’aujourd’hui. Tout Mais nous n’en sommes pas sûrs car, à force de mieux partager le bon sens, la part de chacun s’amenuise. Plus que jamais, l’être humain est tiraillé entre deux démons. L’un qui le fait douter de tout, l’autre qui le porte à ne douter de rien.

De bonnes raisons incitent le citoyen à douter de tout. Elles lui sont données par le politicien et ses écarts entre promesses et résultats. Le politicien a de bonnes excuses pour ne douter de rien. Il rejette sur d’autres la responsabilité de ce qui ne va pas. Il tire gloire de ce qui va mieux. Il aurait pourtant maintes occasions de « révoquer » en doute sa méthode de résolution collective des problèmes et les actions qu’elle promeut.

L’histoire apporte assez d’exemples de projets, inadaptés ou exécutés à contretemps, qui devraient appeler les dirigeants à la circonspection et à l’humilité. Mais l’esprit partisan commande d’afficher optimisme, maîtrise de soi, jugement, expertise, attachement aux décisions, dénégation de toute inconséquence, non reconnaissance des erreurs.

Nous voyons aujourd’hui ressurgir la vieille idée de l’interventionnisme étatique. Mondialisation oblige, la nostalgie ne peut plus être ce qu’elle était. Il faut sans doute renoncer à soutenir l’emploi par des nationalisations héritières des grandes manufactures royales, des éphémères ateliers nationaux et du « fer de lance » émoussé des nationalisations. Ce sont autant de modèles économiques de temps révolus. Aujourd’hui, le besoin d’innovation est industriel. Il est aussi politique et social. Les principales et les plus difficiles réformes sont à faire dans les états d’esprit, individuels et collectifs.

L’histoire montre qu’il faut apporter la plus grande attention au choix et à la conduite des grands projets. Il y en eut certes qui furent des réussites comme le secteur aérospatial. Il y eut de cuisants échecs comme celui des abattoirs de la Villette. Il n’est peut-être pas inutile de résumer ici, à l’intention des jeunes générations, ce « cas » exemplaire des carences de l’action collective.

En 1949, il fut décidé de reconstruire les abattoirs de la Villette devenus nonagénaires et valétudinaires. Le projet fut conduit selon la normalité de nos us, coutumes et lois. Un très beau projet vit le jour. Les animaux seraient abattus conformément aux règles d’hygiène et « d’humanité » et selon les contraintes imposées par les « ventres de Paris ». En attendant la fin des travaux, les progrès des transports frigorifiques allaient permettre l’abattage des animaux près de leur « source » et leur acheminement sous forme de carcasses. Les professionnels, la municipalité, l’état et tous ceux qui avaient leur mot à dire et/ou leur écot à apporter y furent associés. Retards et problèmes financiers ont entraîné l’abandon du projet et pérennisé la solution intérimaire qui donnait satisfaction aux professionnels. Ainsi naquit le « scandale de la Villette ». Exit le vulgaire « hôtel à vaches » reconverti en noble «Cité des sciences. »

Ainsi vont l’homme, les corporations, le progrès et la science politique. Par des chemins inattendus ! C’est un beau sujet de réflexion pour la nouvelle génération politicienne.

À Nantes, on sait qu’il ne faut pas s’embarquer sans biscuits. Aussi y a-t-on lancé la construction d’un nouvel aéroport. Cette intention louable n’est pas louée par tous. Sur le terrain défoncé de la contestation se mêlent aux enracinés locaux une foule de gens venus d’ailleurs qui ne prennent jamais l’avion, ne logent pas sous les trajectoires aériennes nantaises, sont ennemis de l’énergie cinétique et de tout ce qui bouge.

Il y a là comme un « problème de pédagogie » mais aussi des questions sous-jacentes auxquelles il faudrait apporter des réponses sérieuses, même si le point de non retour est atteint. Comment faire pour que chacun puisse trouver son compte dans la transition énergétique qu’on nous prépare. Que deviendront à terme : L’économie générale ? L’économie du pétrole ? Le trafic aérien ? Les mœurs et les attentes des populations ? Les parcours des transhumances moutonnières ? Les frets à transporter ?

Top chrono ! Montaigne, Pascal, Descartes… et Mélenchon, attendent les réponses.

 

Pierre Auguste

Le 5 décembre 2012


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Par Pierre Auguste le 2012-12-04

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Réformes en trompe-l’œil. Travail et emploi

RÉFORMES EN TROMPE-L’ŒIL. Travail et emploi.

 

L’art du trompe-l’œil est sorti du cadre pictural pour coloniser le cinéma, la simulation, les animations. Et aussi la politique, cet art suprême de la synthèse et du faux-semblant.

Les techniques du trompe-l’œil sont malignes. Il est utile de se les rappeler.

Pour faire vrai, le décor est planté par des figures simples. On positionne ces références, les déforme et les dimensionne selon les lois de la perspective. On rapproche l’objet en forçant le trait et la taille des premiers plans. On l’éloigne par la réduction, par le flou des lointains, par la diminution des contrastes, par la dilution et l’extinction des couleurs.

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Par Pierre Auguste le 2012-11-27

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Réformes en trompe-l’œil. Entreprises et fiscalité

RÉFORMES EN TROMPE-L’ŒIL. Entreprises et fiscalité

 

Notre République a connu la fureur de vivre. Elle aspire à la douceur. Par principe, elle désapprouve la violence. Elle la tolère dans la pratique. Elle travaille tout juste assez pour vivre, trop peu pour rembourser ses dettes. Elle devrait travailler plus pour pouvoir se réformer, et plus encore pour satisfaire son ambition d’universalité.

L’universalité peut attendre car nous ne sommes pas seuls à nous en occuper. Notre grand œuvre est de nous réformer. Sans faux-semblants. Il est presque devenu politiquement correct de le dire. Mais nous ne sommes pas au bout des résistances.

La société est en crise permanente d’adaptation. L’inertie des organisations génère des régimes routiniers. Des vagues erratiques viennent secouer comme coquilles de noix les vaisseaux des pouvoirs publics et toute la flotte de l’économie marchande. (Chocs pétroliers, guerres, épidémies, attentats, crises financières.) Tous ceux qui ont en charge quelque parcelle de gouvernance n’y voient d’abord que phénomène cyclique ou passager. En attendant des jours meilleurs, ils serrent tout ce qui peut l’être !

Faute de prévision, de préparation, de réflexes, d’action, de persévérance, de jugement, les faibles sont menacés de naufrage. Mais surtout, faute de provisions toute organisation est menacée de ruine.

Depuis la nuit des temps l’homme s’ingénie à faire des stocks et à conserver des aliments pour faire face aux crises. En témoignent les silos mis au jour par les archéologues dans l’habitat antique. Le démontrent encore les ménagères de tous sexes qui, à la moindre alerte, se pressent dans les magasins et en épuisent les stocks.

Les individus, les familles, les entreprises, les états et toutes organisations bien conduites ne se départissent jamais de réserves stratégiques. Qu’il s’agisse de finances, de nourritures, d’énergie, d’eau, de stocks nécessaires à la production manufacturée, rien ne justifie de passer outre le devoir de se ménager des réserves.

La dette est un « stock négatif » de moyens financiers qui accroît les vulnérabilités et les dépendances, diminue les moyens d’action par la charge des intérêts, obère la solvabilité du débiteur. Les A tombent-ils comme feuilles mortes ? Dans le temps même où, pour satisfaire les attentes du peuple souverain, nos dirigeants constitutionalisaient le principe de précaution, ils se sont risqués à creuser la dette publique !

Au-delà d’un certain seuil de simple logique, mais résultant aussi des accords européens, le débiteur perd toute possibilité d’action autonome, se trouve pris en tenaille entre les impatiences des citoyens et les craintes des créanciers. Le peuple souverain fait lui-même ses propres malheurs, dont le pire est l’esclavage. Les surendettés se condamnent à inventer de fâcheux expédients. Nos dirigeants sont inventifs. Chaque citoyen garde le souvenir des prouesses intellectuelles et oratoires qui l’émerveillent durant les épisodes budgétaires et à l’occasion des études des mesures propres à endiguer les déficits, réduire la dette, augmenter la compétitivité nationale. N’est-elle pas géniale cette idée de collecter l’impôt auprès des entreprises comme d’habitude et d’en rendre une partie sous condition, l’année suivante, sous forme de crédit d’impôt ?

Les entrepreneurs ont connu les cadeaux fiscaux qui consistaient à renoncer à certains prélèvements. Voici maintenant le crédit d’impôt qui permute le rôle du créancier et du débiteur. Les entreprises étaient déjà des collecteurs d’impôts. Les voilà promues au rôle de banquier. Elles seront sommées de prêter à l’état et à taux zéro un argent qui leur sera peut-être rendu après due justification administrative.

« Le point » a comparé l’État au sapeur Camember qui creusait des trous pour en boucher d’autres. On pourrait aussi le comparer à ce frais émoulu d’une très grande école chargé de rédiger la recette du café. Il s’en acquitta avec précision. On lui demanda d’envisager aussi l’hypothèse selon laquelle on disposerait déjà d’une casserole d’eau chaude. Le plan B fut promptement fait : 1 Vider la casserole dans l’évier. 2 Se reporter au cas précédent. Telles sont les vertus des institutions, elles en reviennent toujours à ce qu’elles savent faire. Chassez le primate, il revient au galop. Les allègements de charge sont un jeu d’enfant pour les bercycoteurs, ces dignes héritiers de Philippe le Bel.

Saluons l’artiste car son art du trompe-l’œil est sublime. Mais rappelons à la République comment s’est terminée l’histoire financière et fiscale, pour le citoyen Capet.

 

Pierre Auguste

Le 21 novembre 2012


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Par Pierre Auguste le 2012-11-20

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Réformes en trompe-l'œil. Éducation et enseignement

RÉFORMES EN TROMPE-L’ŒIL. Éducation et enseignement

 

 

C’est une noble idée de placer l’éducation, l’enseignement et la recherche, au rang de l’essentiel. Mais ce serait offenser la pédagogie de déclarer n’avoir pas compris toutes les intentions des Dieux. Le cancre qui lève le doigt est toujours soupçonné de vouloir donner des leçons. Le maître l’appelle à l’humilité en lui disant que nulle discipline ne l’attend pour faire des progrès.

L’enseignement est un « art tout d’exécution »moins exaltant que la haute direction. C’est pourquoi, le ministre des professeurs est souvent issu de ce sérail. Les rites y sont tenaces et les obscurités n’épargnent ni le bas ni le haut de la hiérarchie du savoir.

Même les enfants des classes primaires pourraient pourtant comprendre qu’il faut vingt ans pour former une génération. Tout lycéen peut concevoir qu’il sera long et difficile de sortir de l’indigence dans laquelle, en quarante ans, nous nous sommes embourbés.

La gestion du temps s’accommode mal du flou artistique et du vocabulaire abstrait qui sourdent des projets de réforme. Les savoirs sont en expansion, toujours plus complexes et plus interdépendants. Les élèves ont des aptitudes diverses et leurs temps sont comptés. Aucun ne peut tout apprendre et tout comprendre. Pourquoi, sous couvert d’égalité, faudrait-il cultiver un monolithisme doctrinal assuré de l’égalité des talents et des potentiels, pratiquant le découplage de la sélection et de l’orientation ?

Il faut certes s’occuper de l’avenir sans tarder mais il ne faut pas confondre les effets à attendre à long, à moyen et à court terme. Chacun peut concevoir que si l’on commence aujourd’hui à enseigner l’anglais à l’école maternelle, il faudra bien du temps avant d’en mesurer les effets sur la compétitivité de nos entreprises !

Il est louable de vouloir donner plus de chances aux enfants des milieux défavorisés par le soutien scolaire et la surveillance des devoirs au sein des établissements. Mais de quel droit et comment pourrait-on empêcher les enfants des milieux favorisés de bénéficier des acquis culturels de leur famille ? Nul ministre ne pourra interdire au mathématicien, au physicien, à l’ingénieur, à l’enseignant, à l’artiste, au musicien, de surveiller du coin de l’œil ou de l’oreille les premiers pas et les vocalises de leur progéniture.

Va-t-on, au nom de l’égalité des chances, consigner les bons élèves dans des salles de permanence avec interdiction de travailler ? Quelle institution omnibus pourrait-elle obtenir, de chaque jeune, les efforts à faire pour « tirer le maximum de ce qu’il a dans son sac » ? Voudrait-on oublier que « Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d'éducation à donner à leurs enfants. » (Article 26 de la déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen 1948. Alinéa 3)

A-t-on bien mesuré les conséquences matérielles de la multiplication des activités et de l’allongement du temps de présence des élèves dans les établissements ? (Augmentation du personnel d’enseignement et d’encadrement, multiplication des infrastructures spécialisées, des équipements sportifs, des surfaces disponibles, gratuité des prestations sportives et de loisir, limites du bénévolat, limites de l’amateurisme.)

Quels emplois du temps assureront-ils la rencontre ponctuelle des temps, des lieux, des équipements, des élèves, des professeurs, de la diversité des savoirs ? Quel encadrement bienveillant mais sans permissivité pourra-il promouvoir la volonté de travailler ensemble dans des disciplines nécessairement obligatoires pour être enseignées avec efficacité ?

Il y a une quarantaine d’années notre pays s’est honoré et félicité d’avoir lancé le fameux « programme des mille piscines ». C’est la nécessité d’un programme d’une tout autre ampleur que l’on voit poindre sous les intentions annoncées.

Personne ne peut nier l’intérêt de constituer de véritables campus. Mais a-t-on mesuré le chemin à parcourir, évalué le temps nécessaire, « budgété » les dépenses à engager, pour qu’à l’enchantement du rêve ne succède pas le désenchantement des réalités ? Est-ce de bonne logique de compter sur une réforme pour sortir de la crise en proposant un programme qui impliquerait que la crise soit révolue ?

 

Il faudra sans doute renouveler l’argumentation pour expliquer la réforme à ceux qui n’ont pas tout compris. L’Histoire dira ce qui aura été possible.

 

 

Pierre Auguste

Le 14 novembre 2012

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Par Pierre Auguste le 2012-11-13

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Le temps du travail

LE TEMPS DU TRAVAIL

 

 

L’objet de ce billet hebdomadaire est d’observer ce qui pourrait aller mieux. C’est une garantie d’avoir toujours quelque chose à dire. Ou à redire. C’est aussi une ruse pour tenter d’être lu par ceux qui ont l’ambition de changer le monde et qui savent qu’ « Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. »

Comme chacun voit midi à sa porte, et a toujours mieux à faire, nous devons assumer le double risque de n’être pas lu et de produire une chronique… anachronique.

Deux grandes interrogations du siècle ont été de savoir quand et en quel temps travailler. Chaque instant est compté. Et aussi chaque jour, chaque semaine, chaque année, chaque vie. Cela nous prend avant l’école maternelle, continue dans les cursus scolaires et universitaires, nous ressaisit dans la vie active, ne nous quitte pas jusqu’à la retraite, nous reprend même sur nos vieux jours.

Chaque rentrée démontre que notre emploi du temps est un problème interministériel qui préoccupe tous les niveaux de la société. Le dirigisme rêve de donner la cadence et la longueur de chaque pas du mille-pattes intergénérationnel. Le conservatisme fait le malheur de quiconque s’avise de changer quoi que ce soit à l’ordonnance du dispositif.

L’humanité a toujours été dans un processus d’organisation sociale croissante. Les purs esprits sont tentés de reléguer l’organisation de l’économie matérielle. Les temps familiaux, les temps de repos, les temps de loisir, les temps de vacances, prennent le pas sur les temps du menu-travail scolaire et de la vile production de biens et de services.

L’économie et la société étaient jadis plutôt rurales. Les enfants y avaient un rôle productif, le calendrier du travail et des vacances scolaires étaient calés sur les travaux agricoles saisonniers. Plus d’un siècle après, les enfants et les enseignants ont conservé ce même rythme. Devenus consommateurs, les enfants voient leur calendrier régenté par l’économie des loisirs et du tourisme. Par petites touches, leur tempo journalier, trimestriel et annuel s’étend à toute la société.

Le primat du sociétal a pénétré toute l’économie et uniformisé les temps de travail et de repos. La société y a trouvé son compte à court terme. Mais l’économie s’accommode mal des fameuses trente-cinq heures et des réductions du temps de travail.

L’industrie a été bousculée par la mondialisation. Comme d’un vase fêlé, «  Son eau fraîche a fui goutte à goutte. » Ses longs cycles appellent de grands efforts pour reconstituer son potentiel productif. Mais la politique manque de rationalité. Elle est dominée par l’esprit doctrinaire, dévoyée par les aveuglements partisans, paralysée par l’obsession de ne pas se dédire, discréditée par le refus de reconnaître ses fautes.

La politique politicienne est disqualifiée par les formules de la langue de bois. Ses séides nomment joliment « pédagogie » leurs tentatives de manipulation de l’opinion.

Les contraintes et les processus de production attirent auprès des élus une nuée d’experts de toutes choses. La politique économique est ainsi tiraillée entre les avis de spécialistes de la synthèse macroéconomique, plus théoriciens que praticiens.

La pléthore des strates administratives et le cumul des mandats, inhibent l’esprit de décision, diluent les responsabilités, multiplient le nombre de ceux qui sont juge et partie dans les choix budgétaires, accroissent les coûts de fonctionnement, compliquent les tâches de gouvernance, étouffent les appels à la compétitivité, à la lisibilité, à la visibilité.

Ces démons prennent une nouvelle vigueur et un nouveau langage lors des échéances électorales. Ils survivent aux alternances et aux alliances. Ce constat peut paraître sévère. Mais les indicateurs du tableau de bord de l’économie nationale sont sans pitié. Tout choc, tout impact, toute trajectoire, tout pacte, de compétitivité ou de confiance, appelle un choc de lucidité et des actes adaptés à l’urgence de la situation.

L’éconocrate et le sociocrate sont engagés dans une guerre séculaire. Devinez qui a pris le dessus ! Ils font penser à la colombe qui, sentant la résistance de l’air, « pourrait s’imaginer qu’elle réussirait bien mieux encore dans le vide ». La crise montre qu’ils ont besoin de s’accorder pour éviter la glaciation économique et la surchauffe sociale.

 

Ô peuple souverain lève la tête. Extirpe-la du « mol oreiller du doute » et de la facilité. C’est l’heure pour toi de te mettre au travail. Et d’y aller gaiement.

 

 

Pierre Auguste

Le 7 novembre 2012

 

Avec la participation posthume de

Guillaume d’Orange-Nassau (1533-1584)

René Sully-Prudhomme (1839-1907)

Emmanuel Kant (1724-1804)

Michel Eyquem de Montaigne (1533-1592)

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Par Pierre Auguste le 2012-11-06

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Conjoncture. Chaque chose en son temps

CONJONCTURE. CHAQUE CHOSE EN SON TEMPS

 

 

Nous sommes spectateurs et acteurs d’une course continue dans laquelle chacun s’engage quand il veut, et chronomètre comme il peut. Nul ne donne la cadence du temps de l’économie, du temps social, du temps de la politique, du temps médiatique.

Ceux qui prétendent nous gouverner, nous et toutes choses, semblent l’ignorer : « Nous ne nous tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l’avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours ; ou nous rappelons le passé, pour l’arrêter comme trop prompt »… « Et pensons disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance pour un temps où nous n’avons aucune chance d’arriver. » Blaise Pascal ; Pensées.

Partout l’impatience est telle que l’on voudrait connaître les conclusions des enquêtes avant que les enquêteurs soient désignés. Pour savoir les résultats des votes avant les scrutins les sondages d’opinion ont été inventés.

À droite comme à gauche, on appelle à l’union nationale, et on serre les rangs, entre soi mais à la face du monde médiatique, en tenant des propos insultants pour l’autre moitié de l’électorat. Les alternances n’y changent rien car les tracas et fracas de l’actualité mélangent le temps des promesses, le temps de l’action, le temps des résultats.

La gens politique précédente a vu la plupart de ses mesures frappées d’obsolescence par le tempo de la crise. Le pouvoir nouveau nous insuffle des litanies de mesures d’urgence et de velléités de réformes à long terme. À l’image des novices et immodestes qui les concoctent, les programmes politiques sont « ondoyants divers et contradictoires ».

Le passé étant révolu, nous nous en tiendrons ici à l’actualité qui prépare notre futur.

On nous annonce une réduction de la production d’énergie nucléaire applicable… en une demi-douzaine de quinquennats. La communication institutionnelle fait énergie de toute langue de bois. :  « Que les abonnés soient sans crainte. La transition énergétique prendra la relève du nucléaire pour satisfaire les besoins en temps et heures et pour accroître la productivité par de l’énergie à bon marché. Les augmentations de tarifs rationneront en douceur et pourvoiront à la dépense. Il ne faut pas laisser à nos enfants l’embarras du choix de leur avenir. »

Lance-t-on une étude préparatoire de mesures de nature à améliorer la compétitivité ? On nous livre le contenu du rapport avant même qu’il soit rédigé. Un jour on laisse entendre que les propositions n’engagent que le rédacteur. Le lendemain nous apprenons que ce rapport sera le guide de la réflexion gouvernementale.

Pendant des mois on nous dit que la compétitivité sera examinée « hors coût du travail ». Volte face. On nous promet une trajectoire de réduction du coût du travail par de « douces mesures d’urgence » échelonnées sur le quinquennat…« et peut-être plus. »

Une loi est-elle soumise au Conseil Constitutionnel ? Foin de la routine et de la séparation des pouvoirs ! L’exécutif annonce la décision avant même qu’elle soit prise.

Ils n'ont pas tort ceux qui disent qu'on sortira de la crise par la formation, la créativité et l'innovation. Mais il faut le temps de faire les choses ! Il faut mettre bout à bout le temps de maturation des structures, des hommes, de leurs œuvres. Et y additionner les temps de conception et d’exécution.

Pour produire et innover il vaut mieux compter sur les individus que sur les superstructures politico-administratives. Même en Saintonge, où vécut et travailla Bernard Palissy (~1510~1590), on n’a jamais vu des énarques et des banquiers brûler leurs meubles pour retrouver les techniques perdues de la céramique !

Actuels ou potentiels, nos dirigeants sont bardés de bonnes intentions. Aucun rêve par eux n’est oublié. Mais leurs projets sont périssables et parfois périlleux. Les esprits changent si vite et le monde est si dangereux !

Le citoyen doit compter d’abord sur lui-même pour produire et assurer son avenir. Pour ne pas être déçu, il se gardera de s’émerveiller de toute promesse.

Le contribuable doit payer son écot de bonne grâce mais dénoncer les méfaits majuscules des guerres minuscules et ridicules qu’affectionnent les éconolâtres et les éconoclastes. Comme dirait Pascal, le temps prend tout leur temps, et leur présent n’a pas d’avenir.

 

Pierre Auguste

Le 31 octobre 2012

...

Par Pierre Auguste le 2012-10-30

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Conjoncture. Chaque chose en son temps

CONJONCTURE. CHAQUE CHOSE EN SON TEMPS

 

 

Nous sommes spectateurs et acteurs d’une course continue dans laquelle chacun s’engage quand il veut, et chronomètre comme il peut. Nul ne donne la cadence du temps de l’économie, du temps social, du temps de la politique, du temps médiatique.

Ceux qui prétendent nous gouverner, nous et toutes choses, semblent l’ignorer : « Nous ne nous tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l’avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours ; ou nous rappelons le passé, pour l’arrêter comme trop prompt »… « Et pensons disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance pour un temps où nous n’avons aucune chance d’arriver. » Blaise Pascal ; Pensées.

Partout l’impatience est telle que l’on voudrait connaître les conclusions des enquêtes avant que les enquêteurs soient désignés. Pour savoir les résultats des votes avant les scrutins les sondages d’opinion ont été inventés.

À droite comme à gauche, on appelle à l’union nationale, et on serre les rangs, entre soi mais à la face du monde médiatique, en tenant des propos insultants pour l’autre moitié de l’électorat. Les alternances n’y changent rien car les tracas et fracas de l’actualité mélangent le temps des promesses, le temps de l’action, le temps des résultats.

La gens politique précédente a vu la plupart de ses mesures frappées d’obsolescence par le tempo de la crise. Le pouvoir nouveau nous insuffle des litanies de mesures d’urgence et de velléités de réformes à long terme. À l’image des novices et immodestes qui les concoctent, les programmes politiques sont « ondoyants divers et contradictoires ».

Le passé étant révolu, nous nous en tiendrons ici à l’actualité qui prépare notre futur.

On nous annonce une réduction de la production d’énergie nucléaire applicable… en une demi-douzaine de quinquennats. La communication institutionnelle fait énergie de toute langue de bois. :  « Que les abonnés soient sans crainte. La transition énergétique prendra la relève du nucléaire pour satisfaire les besoins en temps et heures et pour accroître la productivité par de l’énergie à bon marché. Les augmentations de tarifs rationneront en douceur et pourvoiront à la dépense. Il ne faut pas laisser à nos enfants l’embarras du choix de leur avenir. »

Lance-t-on une étude préparatoire de mesures de nature à améliorer la compétitivité ? On nous livre le contenu du rapport avant même qu’il soit rédigé. Un jour on laisse entendre que les propositions n’engagent que le rédacteur. Le lendemain nous apprenons que ce rapport sera le guide de la réflexion gouvernementale.

Pendant des mois on nous dit que la compétitivité sera examinée « hors coût du travail ». Volte face. On nous promet une trajectoire de réduction du coût du travail par de « douces mesures d’urgence » échelonnées sur le quinquennat…« et peut-être plus. »

Une loi est-elle soumise au Conseil Constitutionnel ? Foin de la routine et de la séparation des pouvoirs ! L’exécutif annonce la décision avant même qu’elle soit prise.

Ils n'ont pas tort ceux qui disent qu'on sortira de la crise par la formation, la créativité et l'innovation. Mais il faut le temps de faire les choses ! Il faut mettre bout à bout le temps de maturation des structures, des hommes, de leurs œuvres. Et y additionner les temps de conception et d’exécution.

Pour produire et innover il vaut mieux compter sur les individus que sur les superstructures politico-administratives. Même en Saintonge, où vécut et travailla Bernard Palissy (~1510~1590), on n’a jamais vu des énarques et des banquiers brûler leurs meubles pour retrouver les techniques perdues de la céramique !

Actuels ou potentiels, nos dirigeants sont bardés de bonnes intentions. Aucun rêve par eux n’est oublié. Mais leurs projets sont périssables et parfois périlleux. Les esprits changent si vite et le monde est si dangereux !

Le citoyen doit compter d’abord sur lui-même pour produire et assurer son avenir. Pour ne pas être déçu, il se gardera de s’émerveiller de toute promesse.

Le contribuable doit payer son écot de bonne grâce mais dénoncer les méfaits majuscules des guerres minuscules et ridicules qu’affectionnent les éconolâtres et les éconoclastes. Comme dirait Pascal, le temps prend tout leur temps, et leur présent n’a pas d’avenir.

 

Pierre Auguste

Le 31 octobre 2012

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Par Pierre Auguste le 2012-10-30

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Nobel. Une dynamique pour l'Europe

NOBEL DE LA PAIX. UNE DYNAMIQUE POUR L’EUROPE

 

 

L’Europe est couronnée par le prix Nobel de la paix. Elle s’est tant battue qu’il peut paraître incongru de l’en récompenser. En mettant bout à bout toutes ses guerres nul ne peut compter ni les morts ni les misères que les peuples européens se sont les uns aux autres infligées.

Aussi batailleurs qu’ils fussent, nos ancêtres les gaulois n’avaient rien à envier aux Grecs, aux Latins, aux Germains, aux Vikings, aux Saxons, aux Ibères.

De la guerre du Péloponnèse aux deux guerres mondiales en passant par la bataille de Marathon, la Guerre des Gaules, la Guerre de cent ans, les Guerres Florentines, les Guerres d’Italie, la Guerre de trente ans, les Guerres de religion, la Guerre de succession d’Espagne, la Guerre de succession d’Autriche, la Guerre de sept ans, les Guerres révolutionnaire et contrerévolutionnaires, les Guerres Napoléoniennes…, elle est si longue la litanie de nos querelles de famille.

Isolément et tous ensemble, nous autres les Européens avons bien mérité d’avoir enfin, entre nous, mis une sourdine à nos instruments guerriers. Certes, il nous reste ici ou là des seminateurs et des germinateurs de zizanie auxquels ne suffisent pas les violences verbales. Mais nous sommes plutôt en progrès car les horreurs ne sont plus ce qu’elles furent, notamment au siècle dernier.

Nos conflits de masse étaient loin des combats singuliers et des affrontements délégués des Horace et des Curiace. Mais la paix générale Européenne a encore récemment été mise à mal dans les Balkans, depuis bien longtemps sources de conflits. Comme Albe et Rome nous avons encore nos combats « de proximité. » La quiétude des pays européens est encore troublée par des factions en mal d’identité qui entretiennent des fièvres autonomistes ou indépendantistes. Une immigration mal digérée superpose à l’esprit de clocher un certain esprit de communauté qui fournit des prétextes à des divisions nouvelles, à des contestations de l’ordre établi.

Dans ce contexte, le prix Nobel de la paix est devenu une récompense… pour le travail qu’il reste à faire. Ce message venu du nord est clair : L’Europe est en progrès et doit persévérer. Nobel lui insuffle une dynamique pour la paix en appelant les jeunes Européens à ne pas renouveler nos grands déchirements.

L’une des difficultés qui se présentent à l’Europe est de bien définir ses contours. Une trop grande extension de son emprise géographique l’expose à admettre en son sein des pays susceptibles d’accroître son hétérogénéité, de lui imposer de lourdes charges de mise à niveau, d’importer des tensions qui compliqueraient toute recherche de retour à l’équilibre économique et retarderaient la longue marche vers l’unité.

Il est bien normal que toute admission nouvelle soit précédée d’une évaluation précise des implications des inégalités de niveau de vie, de la diversité des pratiques professionnelles, des disparités du marché du travail, des différences législatives, des écarts de développement des infrastructures.

Fort heureusement, la plupart des pays européens disposent de riches patrimoines, culturel et immobilier, qui sont l’ossature de base de l’édifice. Les infrastructures industrielles et de transport des derniers admis sont en fort développement. Mais nombreux sont les pays dont l’histoire freine encore le développement.

Il paraît donc inéluctable, non seulement de ménager une pause dans l’extension du périmètre Européen, mais également d’amender les contours politiques, économiques et sociaux pour les adapter, « à la carte », aux différents pays qui y ont déjà été admis. Les nouveaux tracés doivent être fondés sur un strict et double principe de complémentarité des apports et de réciprocité des rapports.

La fiscalité en apporte la preuve par l’absurde. La France préfère voir partir à l’étranger ses entreprises plutôt que ses œuvres d’art. Dans le même temps en certains pays on accepte de travailler à bas prix pour attirer des entreprises. L’exception culturelle fait la fortune des musées privés et voue notre patrimoine industriel à la dynamite.

Ça branle dans les superstructures. Mais courage ! On-va-ga-gner !

 

Pierre Auguste

Le 24 octobre 2012


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Par Pierre Auguste le 2012-10-23

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A quoi sert une entreprise ?

À QUOI SERT UNE ENTREPRISE ?

 

 

L’entreprise est l’épicentre de fracas et de clameurs qui ébranlent la société. Pour s’en convaincre nul n’est besoin d’une échelle de Richter. Il suffit d’écouter ce qui se dit, de lire ce qui s’écrit, de regarder ce qui se montre, de subodorer ce qui se cache

Les médias nous rapportent les dialogues de sourds entre des gens qui se connaissent trop et dont certains dénient, ou feignent d’ignorer, ce que tout le monde sait : L’entreprise est malaimée. Ou se sent malaimée, ce qui n’est pas mieux. Sans doute pour pacifier les échanges, faciliter la compréhension et arranger les affaires, les débats sont arbitrés par des généralistes qui savent tout sans avoir tout appris !*

Si l’on demandait aux partenaires sociaux d’établir la liste des missions d’une entreprise, on constaterait de bien compréhensibles différences. Les choses se compliqueraient encore si l’on cherchait à classer les missions selon leur importance et leur priorité. Et si l’on s’avisait d’en faire préciser le contenu, apparaîtraient d’irréductibles oppositions.

Si l’on demandait à chacun des partenaires de portraiturer les autres, les pouvoirs publics se verraient reprocher de considérer l’entreprise comme une pupille, source de ponctions fiscales. Les financiers seraient réduits au rôle de grands profiteurs. Les syndicalistes dénonceraient cette structure esclavagiste. Certains employés y seraient présentés comme de petits profiteurs plus soucieux de leur statut que de leurs résultats.

Bref, on pourrait ouvrir une belle galerie de caricatures de tous ceux qui comptent sur l’entreprise pour vivre. Il est dommageable à tous d’ainsi considérer l’entreprise comme un champ clos où s’affrontent les doctrines, les classes, les cupidités, les ego.

Nul n’a le monopole de nommer, énumérer, décrire, citer, enseigner, ni à fortiori régenter tout ce qui touche à la raison d’être des entreprises. Nos outrecuidantes institutions politiques, et nos plus ou moins dociles administrations, semblent parfois oublier les règles de bon sens que rappellent parfois des voix inattendues.

L’entreprise est d’abord un centre de production de choses utiles qui s’achètent et se vendent. « L’entreprise est élue tous les jours par ses clients. » (François Michelin)

Elle est aussi un lieu de rencontre, un champ d’action, une œuvre pour laquelle on sacrifie son temps, sa famille, ses intérêts. Comme toute organisation, l’entreprise vaut ce que valent les hommes et les femmes qui la servent« Les deux choses les plus importantes n’apparaissent pas au bilan de l’entreprise : sa réputation et ses hommes. » (Henry Ford)

Quelle que soit la valeur de ses personnels, une entreprise vaut aussi ce qu’ont valu ses créateurs. Elle vaudra ce que valent ses dirigeants et ses actionnaires. Trop souvent, « On considère le chef d’entreprise comme un homme à abattre, ou une vache à traire. Peu voient en lui le cheval qui tire le char. » (Winston Churchill)

Et surtout, peut-être, l’entreprise vaut ce que valent les représentants du personnel. « Un syndicaliste doit être capable de connaître aussi bien le point des salariés que le dossier de l’entreprise. » (Nicole Notat)

Sans vouloir enlever son bienfondé à cette forte parole, on peut observer que l’emploi du mot « dossier » donne une connotation quelque peu administrative et technocratique à ce que des commerciaux et des financiers appelleraient plutôt des « affaires ».

« Le redressement fiscal est ainsi nommé par ironie pour désigner l’opération dont un particulier ou une entreprise ne se relèveront jamais. » (Philippe Bouvard)

C’est pourquoi, dans sa grande sagesse, notre République d’âge canonique a fait appel à un praticien de la chirurgie esthétique pour faire un lifting à la fiscalité.

Chez-nous il faut donner du temps aux esprits pour concevoir certaines choses. « Les Français commencent à comprendre que c’est l’entreprise qui crée la richesse, qui détermine notre niveau de vie et notre place dans la hiérarchie mondiale. (François Mitterrand)

Le premier citoyen de France parlait sans doute là d’abord de lui-même. Ses successeurs semblent avoir perdu de vue son sillage.

Bien des erreurs seraient évitées en reconnaissant à chacun sa légitimité et son droit de trouver son compte dans la mise en valeur du jardin commun.

« Le vrai jardinier n’est pas celui qui a besoin des chicorées, c’est celui qui sent que sa chicorée a besoin de lui. (Henri Pourrat).

Ces quelques glanes* de ce qui fut dit ou écrit sur l’entreprise montrent qu’il faut se garder d’empoisonner les rapports, de brouiller les débats, de dévoyer les actions par des préventions, du simplisme et des opprobres. Place doit donc être faite à la bonne foi et aux bonnes volontés. Mais comment les reconnaître ?

L’une et l’autre sont des enfers… et « l’enfer, c’est les autres. »

 

Pierre Auguste

Le 17 octobre 2012

 

*Gloire à internet !


 

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Par Pierre Auguste le 2012-10-16

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Pointillisme politique et transitions économiques

POINTILLISME POLITIQUE ET TRANSITIONS ÉCONOMIQUES

 

 

Les parlementaires et leurs travaux budgétaires pourraient faire penser à ces aïeules qui excellaient dans le tri des lentilles et dans les ouvrages au petit point de Tulle. Mais la minutie affectueuse, avec laquelle est examinée l’assiette de chaque impôt, rappelle plutôt celle de nos cousins primates épouillant leur progéniture.

Les pouvoirs publics sont moins regardants sur leurs dépenses. Oubliant le pointillisme, ils travaillent à gros points en finançant des agences qu’ils créent pour se simplifier la vie. Leurs actions sont conjoncturelles, multiples, redondantes, désunies, intangibles, pérennisées par des routines. Les incohérences ont fini par sauter aux yeux des experts. Les Ducs de Bercy y voient… l’absence de vue systémique et un manque de visibilité !

Nous avons bien vu croquer quelques aplats empruntés à la bande dessinée. Mais en regardant les artistes hausser la fiscalité au rang des beaux arts, nous attendons le vernissage avec inquiétude. Nos réformateurs ont des intentions si globales, si nombreuses, si ambitieuses, qu’ils ne savent ni par où commencer ni comment continuer. Ils nous abreuvent d’annonces et de programmes à géométrie variable.

Le partage des responsabilités, notamment ministérielles, appelle une coordination sans faille. Mais les annonces prématurées, les communications contradictoires, les revirements, le flou artistique des projets, la pixellisation des mesures, paralysent les entrepreneurs, brouillent l’image de la politique, discréditent ceux qui la conduisent.

Nous avons ici donné un modeste avis selon lequel il faudrait commencer par découpler les contraintes qui lient l’emploi et le logement et coupler les solutions offertes. Mais bien d’autres sous-systèmes entravent le grand système sociétal par une filasse bourrée de nœuds fiscaux, juridiques, administratifs, psychologiques. Dans un monde et une vie toujours transitoires, tout est condamné à l’échec par des transitions sans cohérence.

Rapporteurs et orateurs appellent de leurs vœux des « études systémiques ». Mais la pratique n’en fait qu’un instrument de communication car la démarche scientifique désignée par cette expression est pour eux trop longue, trop complexe, trop difficile.

La règle de l’art voudrait que chaque système ou sous-système soit circonscrit dans sa mission, distingué de son environnement, confronté à chacun des systèmes et sous-systèmes avec lesquels il est en interaction, intégré dans une validation globale. Contraintes, paramètres fonctionnels et interactions devraient être définis et optimisés en application du déjà vieux théorème de Bellman selon lequel, « sauf exception, l’assemblage de sous-systèmes optimaux ne constitue pas un système optimal ». L’action politique méconnaît ces rudiments qui ne sont guère mis en œuvre.

D’éphémères réformateurs prétendent engager une sorte de révolution générale plus durable que leurs coalitions. Ils dissimulent leur totalitarisme sous des bonhommies, révèlent leur indécision dans des jacasseries. L’incertitude des intentions, les renoncements, les pratiques évolutives, les effets de seuils, la législation pléthorique et retardataire, détruisent toute prévisibilité économique, inhibent l’esprit d’entreprise, freinent les investissements, diffèrent les recrutements. Des brouteurs de blé en herbe tondent les start-up. Les économies structurelles sont ajournées…aux prochains budgets.

On ne saurait attirer les investisseurs, donner confiance aux entrepreneurs et rasséréner les citoyens sans trancher le nœud gordien de la fiscalité auquel s’accrochent tous les éléments de la régie du grand chaudron budgétaire. Le vénérable principe de non affectation des recettes aux dépenses est battu en brèche par la communication institutionnelle qui veut faire accroire au contribuable que toute dépense nouvelle doit être accompagnée d’un impôt nouveau.

Toutes réformes et actions économiques devraient être inscrites dans une perspective à long terme sur la fiscalité et l’énergie. En effet, la succion fiscale est largement assise sur le pétrole dont le déclin est certain et la fin redoutable. Il faut se garder de reporter sur l’énergie cette fiscalité, asphyxiante pour l’économie. Méfions-nous de l’écologisme totalitaire qui rêve de restrictions et de rationnements de triste mémoire.

Arrière citoyen ! Place aux doctrinaires, aux blancs-becs, aux becs verts, aux béjaunes ! Il en est de toutes nuances, de tous niveaux, de toutes obédiences.

 

 

Pierre Auguste

Le 3 octobre 2012


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Par Pierre Auguste le 2012-10-02

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Pointillisme politique et transitions économiques

POINTILLISME POLITIQUE ET TRANSITIONS ÉCONOMIQUES

 

 

Les parlementaires et leurs travaux budgétaires pourraient faire penser à ces aïeules qui excellaient dans le tri des lentilles et dans les ouvrages au petit point de Tulle. Mais la minutie affectueuse, avec laquelle est examinée l’assiette de chaque impôt, rappelle plutôt celle de nos cousins primates épouillant leur progéniture.

Les pouvoirs publics sont moins regardants sur leurs dépenses. Oubliant le pointillisme, ils travaillent à gros points en finançant des agences qu’ils créent pour se simplifier la vie. Leurs actions sont conjoncturelles, multiples, redondantes, désunies, intangibles, pérennisées par des routines. Les incohérences ont fini par sauter aux yeux des experts. Les Ducs de Bercy y voient… l’absence de vue systémique et un manque de visibilité !

Nous avons bien vu croquer quelques aplats empruntés à la bande dessinée. Mais en regardant les artistes hausser la fiscalité au rang des beaux arts, nous attendons le vernissage avec inquiétude. Nos réformateurs ont des intentions si globales, si nombreuses, si ambitieuses, qu’ils ne savent ni par où commencer ni comment continuer. Ils nous abreuvent d’annonces et de programmes à géométrie variable.

Le partage des responsabilités, notamment ministérielles, appelle une coordination sans faille. Mais les annonces prématurées, les communications contradictoires, les revirements, le flou artistique des projets, la pixellisation des mesures, paralysent les entrepreneurs, brouillent l’image de la politique, discréditent ceux qui la conduisent.

Nous avons ici donné un modeste avis selon lequel il faudrait commencer par découpler les contraintes qui lient l’emploi et le logement et coupler les solutions offertes. Mais bien d’autres sous-systèmes entravent le grand système sociétal par une filasse bourrée de nœuds fiscaux, juridiques, administratifs, psychologiques. Dans un monde et une vie toujours transitoires, tout est condamné à l’échec par des transitions sans cohérence.

Rapporteurs et orateurs appellent de leurs vœux des « études systémiques ». Mais la pratique n’en fait qu’un instrument de communication car la démarche scientifique désignée par cette expression est pour eux trop longue, trop complexe, trop difficile.

La règle de l’art voudrait que chaque système ou sous-système soit circonscrit dans sa mission, distingué de son environnement, confronté à chacun des systèmes et sous-systèmes avec lesquels il est en interaction, intégré dans une validation globale. Contraintes, paramètres fonctionnels et interactions devraient être définis et optimisés en application du déjà vieux théorème de Bellman selon lequel, « sauf exception, l’assemblage de sous-systèmes optimaux ne constitue pas un système optimal ». L’action politique méconnaît ces rudiments qui ne sont guère mis en œuvre.

D’éphémères réformateurs prétendent engager une sorte de révolution générale plus durable que leurs coalitions. Ils dissimulent leur totalitarisme sous des bonhommies, révèlent leur indécision dans des jacasseries. L’incertitude des intentions, les renoncements, les pratiques évolutives, les effets de seuils, la législation pléthorique et retardataire, détruisent toute prévisibilité économique, inhibent l’esprit d’entreprise, freinent les investissements, diffèrent les recrutements. Des brouteurs de blé en herbe tondent les start-up. Les économies structurelles sont ajournées…aux prochains budgets.

On ne saurait attirer les investisseurs, donner confiance aux entrepreneurs et rasséréner les citoyens sans trancher le nœud gordien de la fiscalité auquel s’accrochent tous les éléments de la régie du grand chaudron budgétaire. Le vénérable principe de non affectation des recettes aux dépenses est battu en brèche par la communication institutionnelle qui veut faire accroire au contribuable que toute dépense nouvelle doit être accompagnée d’un impôt nouveau.

Toutes réformes et actions économiques devraient être inscrites dans une perspective à long terme sur la fiscalité et l’énergie. En effet, la succion fiscale est largement assise sur le pétrole dont le déclin est certain et la fin redoutable. Il faut se garder de reporter sur l’énergie cette fiscalité, asphyxiante pour l’économie. Méfions-nous de l’écologisme totalitaire qui rêve de restrictions et de rationnements de triste mémoire.

Arrière citoyen ! Place aux doctrinaires, aux blancs-becs, aux becs verts, aux béjaunes ! Il en est de toutes nuances, de tous niveaux, de toutes obédiences.

 

 

Pierre Auguste

Le 3 octobre 2012


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Par Pierre Auguste le 2012-10-02

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Economie. Et maintenant que faut-il faire ?

ÉCONOMIE. ET MAINTENANT, QUE FAUT-IL FAIRE ?

 

 

 

Nous en sommes au temps des adjectifs. Si l’on en croit ces prothèses sémantiques, la crise actuelle est d’une exceptionnelle gravité. Elle appelle un redressement productif, une morale laïque, une présidence normale. Les ambitions généreuses et légitimes imposent de prendre d’extrême urgence des mesures énergiques ayant fait l’objet d’un tri sélectif. Les contrats de génération et les emplois d’avenir produiront une économie positive et responsable

Camarade citoyen, et toi ami politicien, il ne s’agit plus de répondre aux défis par adjonction de mots. Après le déni de la crise, il faut maintenant en sortir par des actes.

Pour que le fond reprenne le pas sur la forme, il faut organiser la réflexion et agir en fonction des problèmes, et non selon des objectifs doctrinaux omnibus.

Le chômage et la crise du logement sont en suspens. Ils sont liés entre eux pour chaque individu, et donc pour la collectivité. Les difficultés y sont tellement imbriquées que nul ne sait par où commencer.

La promotion professionnelle et la promotion sociale sont deux volets d’un même problème de mobilité et de fluidité. La double aspiration à un emploi et à un logement devrait être un moteur du renouveau qui s’accommode mal de mesures dispersées.

Certes, toute solution passe par là formation dont les effets sont différés par nature. Il faut donc s’y atteler sans tarder. Mais pour endiguer les impatiences il importe, en tout premier lieu, de résorber les blocages du recrutement et des projets, de réduire la viscosité qui freine la circulation, du bas vers le haut, dans l’emploi et dans l’immobilier.

Là devrait s’arrêter le discours, commencer l’action, s’orienter une politique.

En ces temps où personne ne veut recevoir de leçons et où la viscosité paralyse bien des cerveaux, il n’est pas inutile d’enfoncer le clou. Il ne s’agit pas ici de prétendre pourvoir à tout mais d’interpeler ceux qui ont des certitudes. En commençant par l’immobilier.

Qu’est-ce un logement social ? On peut avoir de cette appellation une idée différente selon que la classification est établie sur la base des régimes de la propriété, des modes locatifs, ou des catégories de locataires. Taxer comme un produit de luxe ce qui concourt à la satisfaction d’un besoin essentiel est contraire à toute logique. C’est une pratique de gribouille de faire payer l’impôt au moins fortuné en bout de chaîne, de dissuader l’investissement privé dans le logement locatif, de contribuer ainsi à augmenter le prix des loyers en insérant un goulet d’étranglement dans la production de l’offre.

Qu’il s’agisse de construction, de rénovation, d’entretien, de mutation ou de succession, le bon sens devrait conduire à penser tout autrement la politique fiscale. Cela peut paraître paradoxal, et révulser les bonnes âmes, mais la satisfaction des besoins des plus pauvres, suppose un mouvement d’ensemble vers plus de richesse !

Cette politique d’augmentation des stocks, des flux et de la qualité de l’habitat nécessite la neutralisation des freins fiscaux, notamment sur les travaux. dans une large mesure, une telle approche est extensible au marché de l’emploi. Et d’abord parce que le secteur immobilier est générateur d’emplois, non seulement dans la construction mais aussi dans la production des fournitures, des produits, des outillages, des apparaux, des savoir-faire, des services qui lui sont nécessaires.

Pour réduire les risques de leurs blocages mutuels, les« flux » du recrutement et les « flux » du logement doivent reposer sur des « stocks » suffisants et adaptés aux conjonctures sectorielles, sociales et géographiques.

Tout ce qui tend à désadapter ces situations, déséquilibre deux systèmes qu’il faut découpler dans toute la mesure du possible. Le marché immobilier et le marché du travail ne sauraient toutefois être organisés et vivre séparément.

Et voilà que, pour ligoter le tout, s’annoncent les contrats dits « de génération » qui risquent de rigidifier encore l’embauche par le couplage de l’emploi des jeunes et celui des anciens. C’est une vision passéiste de l’économie qui fait présupposer l’existence de liens, opérationnels et pérennes, entre emplois d’hier et emplois de demain.

Et si nous commencions par regarder en face, et les hommes et les choses de la vie !

 

 

 

Pierre Auguste

Le 26 septembre 2012

 

 

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Par Pierre Auguste le 2012-09-25

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Zoom arrière sur Marseille

ZOOM ARRIÈRE SUR MARSEILLE

 

 

L’histoire est tragique. Elle est aussi rancunière. De nos jours bien des groupes humains se perçoivent comme héritiers de ceux qui ont été maltraités par l’histoire. Ils exigent des repentances. Oui, dans l’intérêt de l’humanité il faut apprendre l’histoire à la jeunesse. À condition que ce ne soit pas pour perpétuer des rancœurs. Très tôt, chacun doit savoir qu’il peut avoir à répondre des effets lointains de ses actes, de ses propos, de ses engagements. Et, en conscience, de ses votes.

Mais il faut reconnaître à chaque nouveau né un droit de virginité qui interdit de lui reprocher les événements passés et de le tenir pour responsable de méfaits antérieurs, même commis par son ascendance. Ce droit a pour contrepartie ultérieure l’obligation de reconnaître ses propres fautes et erreurs. Comme savent si bien faire les politiciens ! Il importe donc pour la société d’avoir les idées claires sur les âges et les circonstances de l’accession aux responsabilités personnelles et d’être sans complaisance pour ceux qui voudraient les faire oublier.

Les péripéties politico-médiatiques récentes appellent à faire un zoom arrière sur la cité phocéenne. Le point zéro géographique serait proche du vieux port, le temps zéro historique serait proche du milieu du XXème siècle. Le foisonnement nous impose de limiter l’observation aux deux éminents personnages marseillais qui encadrent la période.

Issu de la résistance, le premier présida longtemps à la vie de cette ville. Loin d’être hostile au cumul des mandats et à l’incrustation politique, il fut successivement, et même simultanément, patron de presse, cacique partisan, député, sénateur, maire, ministre des quatrième et cinquième républiques. Il fut Secrétaire d'État chargé de l'Information, Ministre de la France d'Outre-mer, Ministre de la Marine marchande, Ministre d'État de l'Intérieur et de la Décentralisation, Ministre d'État chargé du Plan et de l'Aménagement du territoire. Des fièvres ressurgissent aujourd’hui dans ces domaines qui, de diverses manières, préoccupent les responsables en exercice. Ô virginité infantile !

Même s’ils n’atteignent pas les mêmes sommets, l’éclectisme et la longévité politique de son actuel successeur ne sont pas mal non plus. (Cacique politique quelque peu nomade dans ses obédiences ; Maire ; Député ; Président de Région ; Président de communauté urbaine ; Ministre de l’Aménagement du territoire, de la Ville et de l’Intégration ; Sénateur.)

Nul n’est besoin d’être historien ni pythonisse pour prévoir que resteront dans l’histoire les faits sociaux et sociétaux marseillais qui, en cette rentrée de septembre, ont suscité visites sur place, déclarations et annonces des plus hautes autorités de l’état.

Les vertus du cumul et de la régionalisation n’ont guère eu d’efficacité pour prévenir les difficultés nouvelles et guérir les maux récurrents d’une ville adossée au continent. Quand ils sont aux responsabilités gouvernementales, les responsables locaux semblent soucieux d’organiser leur arrière-pays national de manière à renforcer l’autonomie locale.

Les médias sont assez prolixes pour qu’il soit nécessaire d’énumérer ce qui va bien, ce qui pourrait aller mieux, ce qui va mal dans cette ville qui a toujours été dynamique et cosmopolite, vivante et sympathique. Et, comme l’a écrit Marcel Pagnol,« Si on criait sur la place publique les fautes de tout le monde, on ne pourrait plus fréquenter personne ! »

Mais il ne faut pas s’interdire de voir là-bas à la fois un cas et un prototype de ce qui attend et nos villes et la France littorale, dans lesquelles s’agglutine une population toujours plus nombreuse et polluante, exigeante et intolérante, impatiente et irascible

N’est-il pas significatif de voir notre Royaume Républicain dépêcher un Duc de Bretagne pour prêter main-forte à un Comte de Provence, afin de l’aider à apaiser, contenir et contenter ses peuples ?!

Ce rapide survol, de nos temps et de nos espaces, nous rappelle que sommeillent dans des cartons une multitude de projets d’évolution de nos institutions politiques et administratives. Il y faudrait plus de clarté dans la répartition des responsabilités, plus d’efficacité dans les résultats, plus d’économie dans les moyens.

Il est maintenant plus que temps de passer aux actes.

 

Pierre Auguste

Le 19 septembre 2012

 

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Par Pierre Auguste le 2012-09-18

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Le faux-projet des grands projets européens

LE FAUX-PROJET DES GRANDS PROJETS EUROPÉENS

 

 

L’Europe est composée de pays souverains obstinés à dépenser eux-mêmes leur argent. Et à lorgner celui des autres. Ainsi naissent et prospèrent les dettes pour consommer aujourd’hui ce qui sera peut-être produit demain.

Le prêteur est une hydre dont les cent bouches sont insatiables, les mille bras préhensiles. Consommateurs et prêteurs s’opposent, appétit contre appétit. Le prêteur aime gagner. Il se laisse pourtant gagner par la défiance qui enfle les intérêts et ferme les robinets. Le discrédit gagne. Les emprunteurs prodigues sont en quête de prêteurs non regardants. Les prêteurs potentiels exigent des cautions solidaires que personne ne veut signer. On ouvre des voies de contournement. On se risque même à emprunter des emprunteurs et à se prêter des prêteurs ! Bref, on se creuse la tête pour creuser les déficits. Les euro-bons et les euro-projets sont autant de tentatives des états endettés de continuer à « faire la manche », mais sous caution solidaire.

La « vertu » refusant de sponsoriser le vice, les euro-bons ont été envoyés aux calendes européennes. Les euro-projets gagnent en incertitude. On cherche à en démontrer l’opportunité, à en définir les contenus, à en évaluer les coûts et répartir les contributions financières, à en fixer les délais d’exécution et les échéances, à les inscrire dans des politiques européennes et nationales consensuelles et compatibles. Le tunnel est sans fin.

On cherche d’autres voies pour obtenir des résultats à court terme. Nos débats pré-électoraux et les pourparlers internationaux postélectoraux ont laissé dans l’ombre des questions qui ne pourront longtemps être éludées.

Tout projet sera sans doute sans ampleur et de faible portée car tous sont contestés. Qui se souvient des obsèques écologiques du projet de canal qui devait permettre la navigation entre Rhin et Rhône ? Trouverons-nous aujourd’hui un projet plus européen ? Plus fédérateur ? Plus porteur d’attractivité économique ? Plus créateur d’emploi ? Plus propice à la ré-industrialisation de l’Est de la France et à l’essor du « Grand Marseille » ?!

Les politiques énergétiques européennes ayant divergé, il ne faut pas compter sur les pays en avance dans les énergies de substitution pour financer des projets de rattrapage qui concurrenceraient leur propre industrie.

La force des choses, l’intérêt ou les passions finissent toujours par l’emporter. Ayant depuis longtemps misé sur l’énergie nucléaire, la France ne peut démanteler cet acquis et continuera à y asseoir sa politique énergétique. Elle devra se conformer aux recommandations scientifiques pour sécuriser et perfectionner toute la filière, accroître le rendement des matières fissiles, rendre recyclables les déchets pour leur faire produire plus d’énergie, assurer ainsi les approvisionnements futurs.

Il ne faut pas compter sur le revirement des pays qui ont résolument banni le nucléaire, ni espérer leur coopération technique dans ce qui fut le plus grand projet français des cinquante dernières années. Il est prudent pour la France de ne compter que sur ses propres forces pour développer les énergies de complément.

N’en déplaise aux néo-nihilistes, le post-modernisme inhibiteur doit faire place à un néo-modernisme résolu.

Plus que sur des grands projets internationaux il faut miser sur la libération de la multitude des initiatives nationales possibles dans la multitude des voies potentielles d’innovation telles que les nanotechnologies et l’ingénierie médicale.

Outre la politique énergétique, le défi de l’immigration, la fiscalité, l’harmonie sociale, la défense, posent à l’Europe et à chacun des pays qui la composent des problèmes irrésolus, indissociables, qui sous-tendent tous les autres.

Si les fonctions administratives et de sécurité créent des emplois, elles ne sont guère productives qu’indirectement et à long terme. Il en est tout autrement pour la défense dont les retombées scientifiques, économiques, industrielles sont considérables.

Entre deux douleurs, nous oublions vite que nous vivons dans un monde ouvert et dangereux. Il est dommageable à l’Europe de ne pas disposer de moyens suffisants pour protéger et contrôler ses frontières, pour porter en tout lieu tout secours utile à ses ressortissants, pour prendre toutes mesures conservatoires de ses intérêts vitaux.

Des voix se font entendre pour réclamer des économies en mettant fin aux capacités de dissuasion nucléaire. Ce serait une imprudence de rogner par le haut la possibilité de tenir en respect des pays aux intentions hégémoniques plus ou moins affichées.

La plupart des pays européens aspirent à conserver le bénéfice d’une assurance sans avoir à en payer la prime. Il ya là une marge de négociation pour obtenir des compensations financières, ouvrir le champ des coopérations.

Ne perdons pas une seule occasion de partir à la recherche du temps perdu.

 

 

Pierre Auguste

Le 12 septembre 2012

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Par Pierre Auguste le 2012-09-11

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Fiscalité. Les très riches heures des ducs de Bercy

FISCALITÉ. LES TRÈS RICHES HEURES DES DUCS DE BERCY

 

 

 

Rien n’est nouveau sous le soleil. Le monde continue de tourner anormalement.

Le gouvernement est rentré de ses vacances « attentives ». Il n’a pu lui échapper que notre civilisation est retombée en enfance et que le citoyen attend la tétée.

Armé de sa logique implacable, l’homme continue sa marche prodigieuse dans le temps et dans l’espace. Il croyait descendre du singe mais il a appris cet été qu’il est un singe comme un autre. Il va devoir désormais regarder d’un autre œil son voisin, ses proches et son miroir. Cela l’occupera, le temps de dénombrer ses cousins et d’attendre l’exhumation de la prochaine antique mandibule.

Un autre scoop de l’actualité estivale aura été l’accès des gauchers à la gloire sportive. La grand-messe des jeux olympiques a hissé au pinacle les plus beaux échantillons de la triomphante descendance de Lucie, et autres aïeules de l’humanité. Ce fut l’occasion de rappeler au monde l’excellence des Britanniques qui émerveillent l’univers en réussissant à faire rouler à gauche tous leurs visiteurs.

Chez-nous, le nouvel équipage du vaisseau national barre plus ou moins résolument à gauche pour changer le sens et le rayon de nos ronds dans l’eau. Tous comptes faits, notre longue tradition fiscale est sortie saine et sauve de ce qui ressemble à un naufrage.

Les chanceliers de nos chéquiers sont toujours inventifs. En dignes héritiers de Vespasien et de Philippe le Bel, ils manifestent leur créativité dans les appellations plus que dans la nature des impôts. En ce domaine on a tout essayé et presque tout conservé.

Grosso modo : L’impôt sur les latrines est devenu taxe d’assainissement. La taille est devenue impôt sur le revenu. Les fouages et l’impôt sur les portes et fenêtres sont appelés taxe d’habitation. Les droits seigneuriaux sont devenus impôts locaux. La gabelle et les octrois préfiguraient la T.V.A. Le droit de pulvérage, qui compensait les nuisances de la poussière soulevée par les troupeaux, s’est transmuté en taxe carbone selon le bon vieux principe du « pollueur payeur » …

Bref ! Il existe tout une généalogie des prélèvements qui régale et occupe les spécialistes. « L’état-civil  fiscal » français est riche de quelque 214 « taxes et impôts citoyens » qu’il faut nommer, recenser, classer, asseoir, recouvrer…Directs ou indirects, des activités agricoles aux alcools, en passant par l’assurance et le secteur médical, les impôts étendent leur empire sur tous les secteurs de la vie économique, sociale et individuelle.

Pour le contribuable, la fiscalité est une infortune quelque peu aveugle. Dans sa grande sagesse, et pour financer les petites folies, le législateur a inventé les niches fiscales. C’est ainsi que naissent et prospèrent les usines à gaz censées tempérer l’arbitraire normatif qui accompagne la recherche de l’égalité et de la simplification.

Mais quoi qu’on fasse, la fatalité historique commande. Les pouvoirs et services publics sont à la fois prodigues et « pauvreteux ». Ils n’ont jamais assez d’argent pour tenir les promesses faites pour accéder à la gouvernance.

Tous ceux qui comptent ou espèrent compter, côté cours ou côté jardins de notre république, sont inventifs pour créer, renommer, déplacer, asseoir, charges et taxes.

Nous avons entendu ces jours derniers une jeune étourdie diplômée proposer de faire payer un « loyer fictif » aux heureux « propriétaires-épargnants-emprunteurs » parvenus …à se libérer des charges de leur dette ! Voilà une singulière manière d’encourager la construction par l’accession à la propriété. C’est révéler une curieuse conception de l’économie de proclamer que cette mesure serait économiquement neutre, alors que se développe la dépendance et se pose le problème du financement des retraites. Cette idée d’impôt sur la vieillesse appelle à créer un impôt sur la bêtise !

Hier, le changement c’était maintenant. Maintenant il est pour demain. Les discours conjuguent les verbes au futur. La communication et la pédagogie sont devenues les substituts de l’action. La concertation en est le préalable.

Revoici donc le temps des états généraux, remède récurrent des crises financières. Les grands ducs n’ont qu’à bien se tenir. Et à se méfier des effets indésirables !

 

Pierre Auguste

Le 5 septembre 2012

 

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Par Pierre Auguste le 2012-09-04

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Irréductibles antinomies

IRRÉDUCTIBLES ANTINOMIES

 

 

 

L’humanité est bousculée par ses diversités, accablée par ses incohérences.

Toute difficulté devient l’affaire de tous. Tout conflit se propage partout.

Des réalités inconciliables nous écartèlent. Des images antagoniques nous assaillent. Des discours contradictoires nous harcèlent. Ne sachant ni où ni comment donner de la tête, les dirigeants donnent de la voix.

La mondialisation devait universaliser le progrès. Elle a engendré le patriotisme économique.

L’ouverture des frontières devait éteindre le paupérisme par la libre circulation des marchandises et des capitaux. Les inégalités internes et les disparités entre les pays se sont accrues. Elles sautent aux yeux des démunis par les moyens de communication de masse.

Les nantis ne mesurent pas l’ampleur des frustrations, des envies, des rancœurs que suscitent à la fois l’étalage et la dissimulation des richesses.

Les malheureux s’engouffrent dans les brèches frontalières, heurtent les habitudes des pays « d’accueil », remettent en cause les acquis des ressortissants installés.

Où qu’il naisse, tout conflit est propagé par les interdépendances de familles éclatées, par les entrelacs des intérêts économiques, par les interventionnismes plus ou moins bien intentionnés.

Des bonnes âmes se mêlent d’éteindre les foyers d’agitation qui échappent à tout contrôle. Leurs extincteurs se transforment en lance-flammes.

La société bouillonnante de contradictions est figée dans ses conservatismes, les intentions y sont angéliques mais le diabolique sauve-qui-peut fait loi.

La compassion verbale s’est substituée à la charité qui sentait trop le bénitier. L’œil rivé sur les cours de bourse, opulents et démunis prient les dieux politiques d’apporter des solutions à des problèmes insolubles supposés résolus dès lors qu’on en a parlé.

C’est ainsi que la crise du logement n’existe guère que pour les mal logés.

Les bonnes intentions ont pesé sur le système bancaire. Pour tenter de satisfaire besoins essentiels et attentes légitimes, on a fait crédit à des personnes en limite de solvabilité. Mais le système bancaire ne plaisante pas avec les intérêts. Il s’est ingénié à diluer les risques dans des produits dérivés frelatés qu’il a revendus à des gobe-mouches toujours prompts à miser sur des perspectives fuyantes et sur des pilules dorées.

La spéculation déplace les capitaux de manière qui n’est aléatoire qu’en apparence de court terme. Sur le long terme s’établit un courant moyen ascendant qui concentre les richesses entre les mains des plus intelligents, des plus retors, des moins scrupuleux. Le citoyen moyen fait les frais de toute aide apportée aux pauvres.

Les tenants du pouvoir politique ne sont ni très pauvres, ni très riches, ni très moyens. Plus ou moins sciemment ils sont entraînés par cette dérive vers le haut des continents financiers organisée par les plus riches. Chacun se défend de s’enrichir personnellement mais s’applique à asseoir sa position par celle de son parti. Comme si l’accès à l’assiette des obédiences n’était pas un enrichissement personnel. Comme si l’ascenseur politique n’était pas convoité pour sa « vertu » d’ascenseur social ! Et l’on s’étonne que le peuple moyen ne soit obédient que sous le flot de promesses que nul ne saurait tenir.

En année électorale, la marée des promesses antinomiques obscurcit l’horizon. On veut réduire les déficits et alléger l’impôt, éradiquer le chômage et taxer les entreprises, lutter contre le capitalisme et attirer des capitaux, éteindre le paupérisme et lutter contre la richesse. Bref ! En tous domaines on veut« Faire bonne chère avec peu d’argent. »

Les candidats malheureux à la prélature politique se consolent par cette sage remarque faite à un jeune cardinal espérant un archevêché : « Je vous tiens heureux de n’être plus dans un poste où l’on ne peut empêcher les malheurs et où l’on répond au public de tous les désastres ».

Le démon de l’ambition l’emporte toujours en se prévalant de l’inspiration divine.

Il y a peu de vacances dans les archevêchés politiques. Et pour nos divins Cicéron.

 

 

 

Pierre Auguste

Le 29 août 2012

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Par Pierre Auguste le 2012-08-27

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Médecine et ingénierie

MÉDECINE ET INGÉNIERIE.

 

 

 

Le corps humain est une merveilleuse machine. Le spectacle du cirque et le sport en sont de saisissantes démonstrations. On est confondu d’admiration devant ce que peuvent produire l’audace, l’imagination, le travail sur soi.

Humaines ou matérielles, les machines sont à la fois fragiles et solides. Cela rapproche les médecins et les ingénieurs par les méthodes, les moyens et l’exercice de leur art.

Au risque de choquer les amis de l’homme, il faut bien admettre que la médecine des machines s’apparente à la maintenance des humains.

Des analogies dans la nature des « choses » induisent d’indéniables ressemblances dans les tournures d’esprit et le vocabulaire.

De part et d’autre on parle de systèmes et de sous-systèmes, de fonctions, d’organes, d’actions préventives et curatives, de troubles de fonctionnement, de pannes, de diagnostics, de remèdes, de mise en observation, d’interventions, d’opérations, de suivi, de dossiers, de retour d’expérience, de recueil statistique…

D’éminents médecins le reconnaissent et s’instruisent par l’étude des similitudes et des différences.

« La médecine est une science des pannes, celles de l'organisme humain... Mais si le médecin est un dépanneur - rien de plus, rien de moins - il est le dépanneur d'une machine dont il ne possède pas les plans. » Lucien Israël

Là se trouve une explication de l’ardeur déployée à travers les âges par la recherche médicale pour reconstituer les plans de la machine.

À l’inverse, les ingénieurs développent des robots anthropomorphiques. C’est à la fois un hommage à la création et offense au créateur, s’il existe. Si bien que l’on ne sait plus qui est le créateur et qui la créature.

En attendant une réponse à ce problème métaphysique sans solution, il est bon de tirer un maximum d’enseignement et d’utilité de cet aller et retour perpétuel entre l’homme et la machine. L’imagerie médicale en est une…illustration.

« Les tentatives de création de machines pensantes nous seront d’une grande aide pour découvrir comment nous pensons nous-mêmes. » Alan Turing 1951

De même, grâce aux progrès techniques, les machines deviennent toujours plus performantes. Leur structure et leurs modes de fonctionnement s’approchent toujours plus de la complexité biologique.

Il est parfois difficile de déterminer qui de l’ingénieur ou du médecin a devancé l’autre dans le développement de moyens et de procédés qui leur sont communs.

Le stéthoscope, la radiographie, l’échographie, l’analyse des fluides sont autant d’instruments de « contrôle non destructif » et de diagnostic devenus indispensables.

L’accouplement d’organes atteints de « maladies contagieuses » génère des campagnes de prévention et des recherches épidémiologiques quelque peu semblables.

Les analogies de principe ne doivent toutefois pas occulter les différences fondamentales des objets purement mécaniques et de la « matière vivante ».

Certes l’homme fait « souffrir » les machines. Mais la souffrance des hommes est de toute autre nature. Elle donne au patient un rôle actif qui lui est bien spécifique. Elle change fondamentalement les pratiques et le « dialogue » entre le traitant et le traité.

Enfin, la pratique des greffes médicale n’est pas sans rappeler celles des prélèvements d’organes et de la gestion des pièces de rechange.

Les prothèses, toujours plus nombreuses et perfectionnées, nécessitent une coopération étroite entre médecins ingénieurs et techniciens. Les développements en ces domaines n’ont pas fini de nous surprendre, de nous émerveiller, parfois-même de nous inquiéter.

Permettre aux sourds d’entendre, aux aveugles de voir, aux cardiaques de courir, aux diabétiques de vivre normalement, aux paralytiques de marcher, sont autant de progrès qui tiennent du miracle.

La médecine et l’ingénierie sont promises à un très bel avenir commun. Des métiers et emplois nouveaux « d’interface » sont à inventer et seront à pourvoir.

 

 

 

Pierre Auguste

Le 22 Août 2012

 

 

 

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Par Pierre Auguste le 2012-08-20

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Exemple de l'automobile. 3-Gérer l'inéluctable

EXEMPLE DE L’AUTOMOBILE. 3-Gérer l’inéluctable.

 

 

L’automobile est un produit mythique qui ne peut satisfaire toutes les attentes. Complexe et long à définir, difficile et coûteux à produire, son existence précède et présuppose sa vente. Dans la société d’aujourd’hui, chacun se croit champion dans le métier des autres. Nul ne peut échapper aux remarques sur ces sujets universels qui créent tant d’agitation politico-médiatique. En ces fins de vacances, autant en emportera le vent d’autan qui, dit-on, peut rendre fou !

Il est difficile de vendre des véhicules à l’exacte cadence des prévisions et des souhaits. Sans une stratégie de« gamme » un constructeur ne saurait pérenniser sa marque, amortir ses investissements, satisfaire la diversité des demandes.

La qualité des produits et la rentabilité des investissements ne s’accommodent pas d’éclipses, ni d’approximations. Il est exclu de réunir et de disperser des équipes, notamment les bureaux d’étude, au fil de la vie d’un seul modèle. Il en est de même pour les services généraux et pour tout le dispositif commercial.

Il est vital, pour tout producteur, d’échelonner dans le temps la vie de tous les éléments de sa gamme. On ne saurait impunément imposer de l’extérieur des contraintes autres que celles du système, notamment dans la recherche, le recrutement, la formation, le renouvellement du personnel spécialisé, y compris les commerciaux.

Anciens et nouveaux venus aux responsabilités feignent d’oublier une crise que chacun prétend maintenant avoir prédite. Les pires critiques viennent de ceux qui ont contribué à la préparer et aggraver. Des mesures anciennes continuent d’affaiblir les entreprises par des surcharges fiscales. Plus que tout autre, le secteur automobile a été déstabilisé par l’effondrement des ventes et menace d’amplifier la désindustrialisation.

Les attitudes des divers intervenants sont compréhensibles et légitimes. Les personnels menacés de perdre leur emploi s’organisent pour exiger le statu quo. Les dirigeants des entreprises veulent garder la maîtrise d’un système dans lequel ils se sont longtemps investis. Ils sont fondés à être réticents sur toute mesure qui n’allègerait pas leurs charges. Les pouvoirs publics ne veulent pas perdre des ressources fiscales depuis longtemps « institutionnalisées ». Ils ont été bien lents à s’inquiéter de voir se creuser déficits et dettes et se surajouter des problèmes sectoriels d’emploi à l’inexpugnable question du chômage. Mais plus ils s’efforcent d’endiguer la vague des conséquences dépressives de la crise, plus nombreuses et vigoureuses sont les oppositions des bénéficiaires du système, dont les services de l’état ne sont pas les moindres.

Des mesures contradictoires se superposent. Les sanctions commerciales pour raisons politiques ont des effets pervers tels que la perte de clients et les ripostes dans d’autres secteurs d’activité. Les mesures d’urgence et d’incitation sont éphémères. L’atermoiement ou la précipitation de décisions pressantes génère des incohérences notamment dans les questions énergétiques. Agitations sociales, déclarations autoritaristes, mesures inadéquates, commentaires malencontreux des économistes et de la presse, tout concourt à compliquer la situation, à décrédibiliser les entreprises visées, à dévaluer leurs cotations boursières, à effaroucher les investisseurs.

Même une entreprise centenaire, à capitaux majoritairement familiaux, peut disparaître quand concurrents et clients profitent des indécisions des grands clercs qui ont entrepris de lui apprendre à fabriquer et à vendre des voitures.

L’idéologie qui prétend faire payer les riches et enserrer l’économie dans un carcan administratif trouve vite ses limites quand l’argent est vagabond.

Enfin, on ne saurait aujourd’hui produire quoi que ce soit loin de la clientèle et sans partager avec elle quelques segments de la genèse et de la fabrication des produits.

Le mieux que puisse faire le grand timonier dans certaines situations est de lâcher le timon, de donner plus de liberté aux pratiques professionnelles, de gérer l’inéluctable.

Certes il faut miser sur les transports en commun. Mais ils ne sont pas toujours le meilleur moyen de relier deux points qui ne sont pas sur une (même) ligne !

À force de tirer sur la bagnole, on accélère…la fuite de l’automobile.

 

 

Pierre Auguste

Le 15 août 2012

 

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Par Pierre Auguste le 2012-08-13

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Exemple de l'automobile. 2-Genèse d'un produit mythique

EXEMPLE DE L’AUTOMOBILE. 2-Genèse d’un produit mythique

 

 

Un véhicule automobile est fait pour un certain usage. Il doit être construit, vendu et donc acheté. Mais ces truismes sont un peu courts pour définir la chose. Georges Pompidou, qui aurait aujourd’hui 101 ans, avait très tôt ressenti que la voiture est un objet mythique. Il mit en déroute les précurseurs de la mystique anti-bagnole qui s’opposaient à la voie…Georges Pompidou.: « Cessez d’emmerder les Français, les Français aiment la bagnole. »

L’automobile a été chargée plus que nul baudet n’a pu l’être. Ce moyen de transport est instrument de travail, bureau ou logement nomades, marchandise utilitaire ou produit de luxe, « centre de profit fiscal », générateur d’emploi, engin meurtrier, source de pollution, gouffre à pétrole et à budgets, générateur d’encombrement des voies publiques et des sous-sols. Elle est devenue objet d’adoration ou de haine de ceux qui voudraient avoir le monopole de son usage. Arrière manants, laissez passer mon éminence !

La bagnole a une position centrale dans notre société. Urbains, ruraux, rurbains, nul ne veut s’en passer. Ils ont l’embarras du choix entre la polyvalence et la spécialisation des véhicules, entre l’importance et la souplesse d’utilisation d’un parc familial diversifié. C’est ainsi qu’on massacre la voiture familiale dans des chemins rocailleux ou boueux, et que roulent en ville des « quatre-quatre » suréquipés

Pour satisfaire tant d’attentes, la créature a pris du poids, de la puissance, de la polyvalence, de la complexité, du prix…

Le temps de la « deux chevaux Citroën » est révolu : « L’increvable deuche » avait les ambitions de son époque : Quatre sièges sous un parapluie, quatre roues, un moteur, un volant. Et une jauge à tringle souple, consultable à l’arrêt.

L’électronique et l’informatique ont été embarquées pour réguler et surveiller le fonctionnement du moteur, de la climatisation, du freinage ; pour piloter, naviguer, communiquer…

La voiture est désormais un système complexe. Durant les études, les essais, les mises au point, il faut intégrer des ensembles et sous-ensembles qui y ajoutent les contraintes spécifiques de leur technologie et de leur production.

Conçu à neuf ou «  pris sur étagère », chaque élément doit arriver juste à temps au point voulu de la chaîne de montage. Chacun a son propre cycle de conception, de fabrication de contrôle, d’essai isolé, d’intégration et d’essai dans le sous-système dans lequel il est intégré. À titre d’exemple, un moteur peut avoir un délai de mise au point du même ordre de grandeur que celui de la voiture, la mise au point de la fabrication d’un pare-brise peut requérir dix-huit mois.

Il faut une planification et une organisation sans faille pour désigner fournisseurs, sous-traitants et équipementiers, donner à chacun les spécifications de sa fourniture afin de constituer un ensemble homogène dans ses techniques et ses performances.

Les matériels informatiques et les logiciels n’ayant pas encore été normalisés, comme ont pu l’être la visserie et la boulonnerie, leur compatibilité et les protocoles d’échange de données et la présentation des informations au conducteur nécessitent beaucoup de temps et d’attention. Dans ces domaines, l’automobile profite des avancées de l’aéronautique mais ne peut se dispenser d’en adopter aussi la rigueur, cette mal-aimée !

De même, l’accessibilité et la maintenance de chaque élément doivent être définies le plus en amont possible. La définition de la maintenance et des moyens qui lui sont nécessaires est désormais partie intégrante de la définition du matériel.

Cela peut paraître paradoxal mais l’après vente commence avant la production !

Objet de rêve, l’automobile est souvent choisie selon des critères qui défient toute rationalité et sont soumis à des modes comme la couleur et l’allure de la robe. Et voilà qu’il faudra, une nouvelle fois, préparer le cheval-vapeur à s’affourrager autrement !

Les Phaéton qui nous dirigent critiquent étourdiment l’automobile et son industrie, qui pourtant les nourrissent. Ils seraient mieux inspirés d’en pratiquer les méthodes pour améliorer la compétitivité de notre économie…et la sobriété du char de l’état !

 

 

Pierre Auguste

Le 8 août 2012

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Par Pierre Auguste le 2012-08-07

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Exemple de l'automobile. 1-Production et productivité

EXEMPLE DE L’AUTOMOBILE. 1-Production et productivité

 

 

« Il n’y a point de hasard » a écrit Voltaire qui avait une bonne culture de la production et de la productivité, littéraires et horticoles. Mais il a pressenti l’avènement de l’automobile et de la production industrielle en faisant un projet…de char  de combat.

Ce n’est pas par hasard qu’automobile, production et productivité se rencontrent et occupent tant de place dans notre actualité. Les citoyens se savent embarqués dans le véhicule national menacé de sortie de route. Ceux qui se flattent d’avoir des idées, agitent leurs neurones. Ceux qui se piquent de tout diriger s’affairent d’intendance.

Ils devraient s’interdire de parler de ces sujets sans avoir un minimum de culture de ce que sont la production et ses contraintes. Cela peut paraître illogique mais il est bon de réfléchir en commençant par la chaîne de montage. C’est un lieu et un moment où se matérialise le processus de genèse d’une automobile, où s’affirment contraintes et imperfections de l’amont technique et de l’aval commercial.

Depuis son origine l’automobile est dans une course de réduction des délais et d’augmentation des capacités de production. L’automatisation s’est surajoutée à la division et à la rationalisation du travail pratiquées par les pionniers de l’industrialisation que furent Ford et Taylor.

Les ambitions de l’automobiliste d’aujourd’hui conduisent vers la complexité ce qui est désormais un système. Même la chaîne de montage est devenue un système complexe et coûteux qui ne tolère aucune défaillance.

On peut le regretter, mais aussi s’en réjouir, la cybernétique a profondément changé les processus, le contenu des tâches, la qualification et la formation des personnels.

La machine a ses défauts mais l’erreur est humaine. Les tâches dangereuses, fractionnables, répétitives, à forte cadence, ou délicates sont confiées à des machines et épargnées aux hommes. Le travail a changé ses quartiers de noblesse. Les hommes se voient confier des tâches de conception des matériels, d’élaboration de logiciels, de mise au point des outillages, de surveillance des processus.

On demande au temps tout ce qu’il peut donner. Il faut quelques heures pour construire une automobile. Une chaîne « débite »aujourd’hui trois voitures en quatre minutes. Mais le temps prend son dû. Il faut un an et demi pour définir une chaîne de montage et mettre en place son processus.

Le système est optimisé pour un certain niveau de production autour duquel il peut certes y avoir quelques variations. Mais toute modification ou perturbation des flux et des stocks, en son amont ou en son aval, notamment la réduction du temps de travail, obère ses coûts et sa compétitivité. Les artifices statistiques, mis en avant par des doctrinaires pour prouver le contraire, ne changent pas les réalités du terrain.

Même s’ils ne doivent rien au hasard, les soubresauts de la crise économique, les troubles sociaux, la chute des ventes, les incidents techniques ou logistiques ne sont guère prévisibles. Leurs conséquences opérationnelles, commerciales et financières ne sont pas toujours maîtrisables.

Adéquates ou fautives, les actions directrices des grands systèmes n’ont souvent d’effet qu’à long terme. Il est injuste, et inintelligent, de reprocher à un dirigeant de ne pas avoir su, en trois ans, sortir d’une crise cataleptique une entreprise engagée dans un processus décennal.

On ne saurait mettre un système productif à l’abri de tout risque sans coûteuse redondance des moyens et des ressources humaines. Et donc sans nuire à sa compétitivité.

Rien n’est plus nuisible à une entreprise qu’une guerre secrète et permanente entre le personnel et son encadrement.

Rien n’est plus néfaste à l’économie que la guerre ouverte entre le capital et le travail dans laquelle se complaît « notre cher vieux pays ».

La meilleure assurance vie de l’économie repose sur la fiabilité des moyens, sur l’adhésion du personnel à la mission des entreprises, sur l’intéressement aux résultats.

Pierre Auguste

Le 1er août 2012

 

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Par Pierre Auguste le 2012-07-31

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Industrialisation-désindustrialisation-réindustrialisation

 

INDUSTRIALISATION-DÉSINDUSTRIALISATION-RÉINDUSTRIALISATION

 

L’industrialisation est un processus centenaire, la désindustrialisation est décennale. La ré-industrialisation est de durée indéterminée car rien en ce bas monde n’est parfaitement reproductible. Et les historiens manquent d’archives mûries en cave sur ce dernier tiers d’un grand cycle ternaire et ouvert. Mais cela ne saurait tarder car rien n’arrête l’histoire, ni la production de papiers, domaine dans lequel notre pays est industrieux !

L’industrialisation commença chez nous au XVIIIème siècle, à l’exemple de la Grande Bretagne et en concurrence avec l’Allemagne mieux pourvues en minerais de fer et en réserves de charbon. La préparation des guerres développa d’abord et surtout l’industrie lourde dans le nord et l’est de la France.

Malgré l’essor de la métallurgie, de l’industrie textile et du transport ferroviaire, la France conserva jusqu’au milieu du XXème siècle une économie rurale dominante.

La naissance et le développement de l’automobile et de l’aviation provoquèrent la multiplication d’entreprises innovantes qui, par regroupements successifs contribuèrent à créer deux de nos plus beaux fleurons industriels.

L’industrialisation est toujours plus facile dans les activités naissantes car la concurrence n’a pas encore pris toute la place. Mais il est encore plus facile et plus rapide de désindustrialiser quand croît la concurrence et décroit la motivation.

L’industrialisation et la désindustrialisation commencent dans les esprits. Chez-nous la dématérialisation de l’économie a été précédée par une incubation de trois décennies

L’épidémie a pénétré par les têtes. Les universités se sont longtemps opposées à un enseignement utilitaire. Les étudiants dénonçaient l’université des patrons. Les patrons se sont pris à rêver d’entreprises sans usines. Les écoles d’ingénieur ont réduit leurs enseignements de sciences et techniques au profit du management et de la gestion financière. Les jeunes cadres se sont intéressés au conseil et à la prestation de service. Les « viles » tâches manuelles ont été dédaignées par ceux là-même pour lesquels cela aurait pu être la seule voie de promotion. L’enseignement de masse, primaire et secondaire, a laissé sur le bord de la route de nombreux jeunes qui sont restés bien au dessous des qualifications requises par les nouvelles technologies.

Bref, sans plan concerté, et la mondialisation aidant, la société a laissé s’établir un consensus pour « laisser filer l’industrie » vers les pays en voie de développement.

On en voit aujourd’hui les conséquences sur le chômage, sur la production intérieure, sur la balance commerciale. Les secteurs industriels submergés, se trouvent en concurrence avec ceux des pays émergents !

Il ne faut pas se dissimuler que la ré-industrialisation en terrain occupé est bien plus difficile que l’industrialisation. Il ne s’agit plus de trouver sa place en terre vierge dans laquelle la croissance était progressive. Il s’agit maintenant de nous réinsérer dans un macro-système qui a pris l’habitude de se passer de nous.

Nos dirigeants successifs nous ont enfermés comme des mouches dans un bocal.

En s’endettant, les pouvoirs publics se sont privés de moyens d’action. En caressant les riches à contrepoil, ils ne les disposent pas à prendre des risques, ni à jouer les mécènes.

En proposant des projets européens, ils tentent une sortie vers des financements de complaisance. En misant sur l’action administrative, ils imaginent pouvoir relancer les initiatives productrices et marchandes. Ce n’est pas dans les cabinets ministériels, régionaux, départementaux que naîtront les revitalisations.

Rien ne pourra sortir restauré, reconstruit, redressé de la guerre engagée contre ceux qui disposent de nos seuls moyens d’investir. Tout renouveau matériel sortira des mains de ceux qui ne comptent que sur eux-mêmes pour vivre. C’est en saisissant toutes occasions ouvertes par l’évolution des techniques et de la société que se refonderont les anciennes activités, se fonderont les activités nouvelles. C’est avec les éventuels surplus économiques seront créés des emplois en secteurs marchands.

Rien de bien efficace n’est à attendre de prélèvements fiscaux destinés à abonder le grand chaudron nourricier du personnel de cabinet et autres clercs de la République

 

Pierre Auguste
Le 25 juillet 2012

 

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Par Pierre Auguste le 2012-07-24

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Economie. Combien de pieds dans le même sabot ?

 

ÉCONOMIE. COMBIEN DE PIEDS DANS LE MÊME SABOT ?


Les événements sportifs et les avènements politiques ont des calendriers différents. Il y a pourtant des conjonctions entre les rencontres qui emplissent leurs tribunes. Toutes sont propices à l’entrecroisement des métaphores.


Les vieux aficionados du rugby se souviennent de Pierre Albaladejo qui fut un joueur intelligent et reste commentateur musclé. Quand tournait le vent du jeu ou le vent du stade, il l’annonçait par une métaphore animalière au parfum de terroir : «Les mouches ont changé d’âne ! »


Ce n’est pas une première de rapprocher « le sport des gentlemen’s » et la politique. Ni de comparer l’ordre des diptères et le personnel politique. Jean-Paul Sartre s’y essaya jadis en écrivant sa fameuse pièce de théâtre intitulée : « Les Mouches ». Il est vrai que, pour ne vexer personne, il avait pris la précaution de situer son drame en d’autres temps et en d’autres lieux en mettant en scène Oreste dans la Grèce antique.


De nos jours, l’auteur d’une telle comparaison serait sommé de désigner les mouches et les ânes. Respectueux du droit humain de disposer de soi, nous laisserons à chacun la liberté de se reconnaître ou d’identifier ses semblables.
Des ânes et des mouches, il en est de toutes sortes. Certaines mouches sont attachées à leurs ânes. Certains ânes sont même attachés à leurs mouches.


Les alternances tantôt agrègent, tantôt ségrègent des créatures d’ordres politiciens fort différents. Notre société est toujours quelque peu héritière de tous ces socialismes et libéralismes qui se sont unis, ou combattus, depuis cent-cinquante ans.
C’est dans le droit-fil tordu de cette longue pratique que naissent ou disparaissent, se transforment ou se perpétuent, les écoles de pensée, les partis, les courants, les groupes de pression. Tous cherchent le relais et l’appui des médias dits d’opinion qui opinent, des médias d’opposition qui contestent. La déconstruction fait rage, la reconstruction insiste.


Après avoir tant promis pour se faire introniser, il est bien difficile de tenir ses engagements. Choisie pour ses connexions et son entregent, la gent ministérielle est tiraillée, interpelée, rappelée à la diversité des réalités contradictoires. La gent lobbyiste, syndicale, communicante, votante s’y emploie. Chacune a son idée sur ce qu’il faudrait faire. Les guides intellectuels regardent ailleurs.


« La gent lettrée et artistique, à part d'honorables exceptions, est peu vertueuse, peu amie du droit, peu exemplaire dans ses mœurs »  disait Proudhon (Pornocratie ; 1865.)
Mais c’était avant…


Des groupes de réflexion tentent de suppléer les clercs déserteurs. Ils affichent un bel humanisme en se donnant des noms empruntés à la littérature, à la mythologie, à l’histoire, grecque, latine ou moderne. Sartre et les Érinyes ne sont jamais très loin.
Que choisir dans la floraison des propositions qui contrarient les promesses ? Comment s’exonérer des contrariétés à retardement que l’on contribua à semer quand jadis on fut aux affaires ? Le monde évolue plus vite que les idées de ceux qui se flattent d’en avoir. L’observateur persifle et se signe. Et s’interroge : Greli grelot combien de pieds dans le même sabot ?

La savane est en feu. Il faut agir et changer maintenant. Le roi du village en son conseil a déjà décidé de changer de case des fêtes et d’arbre aux palabres. La première question qu’on y débat est métaphysique. Elle a longtemps tenu en huit lettres : C.S.G. ou T.V.A. ? Exit la TVA. On attend son substitut. Pour la réduction des dépenses publiques et l’allègement des charges des entreprises on verra plus tard. On prend son temps pour prendre des mesures d’urgence…qui n’auront d’effet qu’à long terme !


Pour sortir de la crise, les plus opportunistes comptent sur un sursaut, les plus libéraux sur un rebond, les plus interventionnistes sur la relance.


Plus on lui parle de démocratie, plus le roi est tenté par le despotisme éclairé. Il finit par  n’en faire qu’à sa tête. Ou à laisser du temps au temps, qui n’en a nul besoin.


C’est ainsi que, même après avoir tout appris à bonne école, il faut encore apprendre à faire travailler, ensemble, son cerveau gauche et son cerveau droit.


Pierre Auguste

Le 18 juillet 2012




 

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Par Pierre Auguste le 2012-07-17

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Economie. Entre inculture et superstition

ÉCONOMIE. ENTRE INCULTURE ET SUPERSTITION

Chaque année les sujets de philosophie du bac nous arrivent par la presse, fidèles comme fleurs de marronniers. Les journalistes versent une larme sur eux-mêmes et sur le temps de leur jeunesse folle.

Certains se sont émerveillés de l’audace de ce candidat qui commença ainsi sa dissertation : [Voltaire disait : « L'art de la citation est l'art de ceux qui ne savent pas réfléchir par eux-mêmes ». Par conséquent, je n'utiliserai aucune citation].

On lui opposa les « Essais »  de Montaigne truffés de citations. On aurait pu citer Alain pour qui la meilleure manière de penser est de lire les penseurs. L’imprudent révèle ainsi quelque ignorance car la correspondance de Voltaire est constellée de citations.
On ne saurait trop recommander aux futurs candidats de lire ces maîtres à penser en ne leur disant surtout pas où chercher. Et en citant La Fontaine : « Je ne sais pas l’endroit mais un peu de courage vous le fera trouver ».

Après une telle introduction, immodeste et faussement improvisée, il vaut mieux ne pas trop asséner d’idées reçues, ne pas écrire trop de sottises. Quiconque se flatte de penser seul, hors du temps et des réalités, risque de faire tourner son cerveau dans le vide et d’enrichir le thésaurus des erreurs de jeunesse qui ne sont pas moins coupables que les erreurs de la maturité ou de la vieillesse.

De nos jours le divorce des cultures fait le malheur de la société. Chacun est porté à croire qu’il n’y a de culture que celle de son métier. (Littéraire, historique, politique, scientifique, technique, financière, économique, sociologique…).Toutes sont nécessaires. Au citoyen pour se commander lui-même, et au dirigeant pour commander les événements.

Selon de Gaulle « La véritable école du commandement est la culture générale ». Il n’est pas exagéré de dire que c’est aussi l’école de la vie.

Nous vivons en ce pays où naquirent Descartes et Pascal. L’un voulut nous faire penser avec méthode pour sortir des brumes de l’irrationalité. Il se plongea dans des méditations tourbillonnaires. L’autre sortit des mystères de la foi et des frayeurs de l’infini pour jeter les bases du calcul des probabilités, construire la première machine à calculer, créer le premier réseau de transport urbain. Saurons-nous un jour choisir entre croyance et rationalité ? Entre spéculations intellectuelles et réalisations pratiques ?

Nous tentons de construire une Europe tiraillée entre Adam Smith, Karl Marx et John Maynard Keynes. Saurons-nous trouver un équilibre entre socialisme et libéralisme ? Entre nécessités de la vie de l’homme d’aujourd’hui et viabilité du monde de demain ?

L’économie occupe désormais une importance qui devrait lui donner une meilleure place dans l’enseignement général et la préparation des dirigeants à l’exercice de leurs responsabilités. L’économie dépasse même les capacités de ses savants qui, faute de bien appréhender la complexité et les interdépendances microéconomiques, se perdent un peu dans la globalité macroéconomique.

Les effectifs et les budgets de la fonction publique sont trop largement dimensionnés par rapport à ceux de l’économie marchande. Et pourtant, l’organisation et les déclarations ministérielles annoncent le renforcement de l’interventionnisme étatique trop souvent contreproductif.

La quintessence de la culture administrative sourd au plus haut niveau du ministère de la fonction publique. Les déclarations révèlent l’intention d’intervenir en tous domaines et à tous niveaux de notre organisation administrative multicouches et pléthorique.

Le vocabulaire employé révèle une conception quasi religieuse des interventions: Je crois que… Je crois en…Je crois à… moi j’y crois…croyez-moi… Comme si l’économie était une question de croyance ! C’est ainsi que la politique s’éloigne de l’esprit scientifique et de l’esprit d’entreprise. Et s’approche des superstitions sclérosantes qui fondent les espoirs sur des interventions surnaturelles.

Les dieux ont mieux à faire que d’entraver et de régenter la vie des entreprises.

Halte au harcèlement textuel ! Législatif et administratif.

Pierre Auguste 
Le 11 juiller 2012

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Par Pierre Auguste le 2012-07-10

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La tribulation des clercs

 

LA TRIBULATION DES CLERCS

Il faut avoir le poil blanc ou avoir longtemps bâillé dans les amphithéâtres pour se souvenir d’un retentissant pamphlet paru en 1927 sous la signature de Julien Benda. (1867-1956) ; La trahison des clercs, réédité en 1946 à la lueur des trahisons d’époque.

Rien n’est nouveau sous le soleil. En nos temps où s’affrontent libéralisme et socialisme, nationalisme et mondialisme, convictions et faux-semblants, il est apaisant de (re)lire celui qui fut qualifié de réactionnaire de gauche, de clerc anticlérical, de juif antisémite, de plus grand emmerdeur du siècle…

Il partage avec Charles Péguy la noblesse des idées et l’oubli volontaire par les partisans… de quelque chose.
On pourrait être tenté d’écrire une suite à « La trahison des clercs ». Mais n’est pas Benda qui veut et il est immodeste de vouloir faire parler les morts. Cette entrée en matière était nécessaire pour justifier le titre de cette page. Elle consolera peut-être ceux que mécontentent la suffisance et les insuffisances des élites. Elle ne consolera pas les éconduits du suffrage universel. Religieuse à son origine, la tribulation était un tourment envoyé par Dieu.

De même, la cléricature fut d’abord religieuse. Le droit divin et la féodalité ont entremêlé le spirituel et le temporel, les ont étendus à tous les corps de la société. Le droit divin, les féodalités, la collusion des églises et de l’état sont tenaces. Expulsez-les par la porte de la citadelle, la mondialisation vous les renvoie par les meurtrières.
De religieuse et politique, la cléricature devint partisane, intellectuelle, administrative, économique. Les abus, l’inquisition, les guerres de religion, les luttes pour le pouvoir, le totalitarisme sont toujours au bout du chemin de la confusion des genres.
Le chemin le plus sûr pour accéder à la cléricature politique passe toujours par quelque autre cléricature, administrative ou syndicale. Le clerc trahit sa mission pour ne pas trahir son corps d’origine. Ou inversement.
L’administration est une pépinière. L’enseignement clone les élites. Les féodalités sont tantôt latentes, tantôt renaissantes, tantôt alternantes. Les clercs pénètrent les fortifications en passant par des ponts levis bien gardés.
Les débats qui dérangent sont éludés ou tronqués.
Les partis se partagent circonscriptions, sièges et crédits, par des accords plus ou moins tacites, plus ou moins secrets, plus ou moins cohérents, plus ou moins contradictoires, plus ou moins amicaux.
Benda ne connut pas la constitution de 1958 par laquelle la cinquième République tenta de mettre fin au régime des partis qui épanouit surtout les clercs, et fait périr surtout les enfants du peuple.

ARTICLE 4.
Les partis et groupements politiques concourent à l'expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie.Ils contribuent à la mise en œuvre du principe énoncé au second alinéa de l'article 1er dans les conditions déterminées par la loi.

La loi garantit les expressions pluralistes des opinions et la participation équitable des partis et groupements politiques à la vie démocratique de la Nation.

Nul parti ne peut se prévaloir de ce texte pour s’arroger le pouvoir de définir et conduire seul la politique de la nation sans avoirl’unanimité des suffrages. Certes les investitures électorales partisanes sont implicitement légitimes. Elles ne sauraient être exclusives Toute pression pour les imposer, fût-ce au sein d’un même parti, aurait un caractère anticonstitutionnel manifeste.

Il faut être obstiné, comme une bernique accrochée à son rocher, pour ne pas être emporté par les vagues électorales envoyées par les océans politiques surchauffés.

Comme la santé, la carrière politique est un état précaire qui ne présage rien de bon.

Comme le chômage, elle est souvent une errance baignée de tourments.

Pierre Auguste
Le 4 juillet 2012

 

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Par Pierre Auguste le 2012-07-03

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Emploi et société

EMPLOI ET SOCIÉTÉ.

L’adaptation mutuelle de l’offre et de la demande d’emploi est un processus lent qui devient toujours plus compliqué et soumis à une sorte d’autorégulation de long terme.

La confrontation des aptitudes et des attentes est dominée par l’employeur. L’évolution des techniques, les mutations de la société, les bouleversements du tissu économique, la facilité des communications et des transports, la discordance des besoins et des ressources sont autant de facteurs qui modifient la dynamique du marché du travail.

S’il est une « donnée » que l’on gagnerait à mieux prendre en compte, c’est bien celle de la géographie. La ruralité permettait à chacun de trouver un « emploi de proximité ».

L’industrialisation de l’économie, l’urbanisation corrélative de la société, les exigences de la modernité, ont progressivement donné au logement une place prépondérante dans les préoccupations des individus et des familles.

Le territoire français porte encore des traces de ce que firent le socialisme utopique et le paternalisme pour satisfaire les besoins humains. C’est ainsi que le village de Villeneuvette (Hérault), crée par Colbert, fut associé à une manufacture de drap, qui fonctionna trois siècles en organisant la vie de ses ouvriers et de ses cadres.

Les tentatives se sont multipliées au dix-neuvième siècle et dans la première moitié du XXème siècle pour résoudre conjointement le problème du logement et de l’emploi.

Les mines avec leurs corons, les chemins de fer avec leurs cités, les grandes sociétés privées ont suivi le mouvement. La société Michelin en France et la société Krupp en Allemagne sont deux exemples de ce qu’a pu produire le mouvement « paternaliste ». Avec les logements, les écoles, les équipements sportifs, les réalisations culturelles, rien de positif ou de négatif ne pouvait échapper à l’emprise patronale.Exit le paternalisme. Place fut faite à l’étatisme et aux grands services publics censés pourvoir à tout. L’encasernement prit d’autres formes qui ne furent pas toutes des succès, ni des modèles d’équité. Médiocrité de l’habitat de masse, crise du logement, « pétardage » des ensembles invivables, abus d’attribution des bonnes places aux grands dignitaires, sont des illustrations de ce qui aurait pu aller mieux.

L’augmentation du « stock » de logements contribuerait à lever des freins à la mobilité des travailleurs. Elle donnerait de la fluidité aux marchés du travail et de l’immobilier.

Guizot (1787-1874), père putatif du fameux « enrichissez-vous » et le futur Napoléon III, auteur oublié de « L’extinction du paupérisme » ont cherché des voies pour le progrès social. Ils sont devenus des mal-aimés du politiquement correct. On pourrait pourtant les considérer comme des précurseurs de notre illustre FMI dont le rôle est de « promouvoir la coopération monétaire internationale, de garantir la stabilité financière, de faciliter les échanges internationaux, de contribuer à un niveau élevé d’emploi, à la stabilité économique et de faire reculer la pauvreté. »

Selon un truisme provocateur, l’enrichissement de masse serait le meilleur moyen d’éteindre le paupérisme !

Certains grands nomades privilégiés ont le sentiment de travailler où qu’ils soient et quoi qu’ils fassent. Mais ce n’est pas demain que le citoyen moyen pourra disposer d’un pied à terre en chaque lieu où il pourrait être appelé à travailler ou être attiré pour se distraire. En attendant l’heureux avènement de la sérénité par la saturation des besoins, il faut s’organiser pour vivre.

Les entreprises ne peuvent prospérer et durer sans obtenir adhésion et disponibilité de leurs personnels. Cela requiert une attention constante à leurs contraintes, une juste satisfaction de leurs attentes familiales et géographiques.

Le réalisme appelle les demandeurs à ne pas attendre un impossible emploi qui serait acquis à vie, dans une seule qualification, en une seule localisation.

L’information mutuelle sur la « géo localisation » des emplois devient nécessaire dès le dépôt des offres et des demandes. Elle doit être poursuivie durant toutes les phases des négociations préalables à l’embauche. Le problème d’envoyer ailleurs quiconque veut vivre et travailler ici peut souvent se résoudre par des considérations de prix. Et de durée.

Il faut savoir trouver les seuils qui effacent ou créent toute pénurie.

Il existe toujours quelque moyen de rendre les gens sociables.

Pierre Auguste
Le 27 juin 2012

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Par Pierre Auguste le 2012-06-25

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Génétique politique

GÉNÉTIQUE POLITIQUE

Au pays de Newton et de Darwin on a toujours cogité. Il était dans la nature des choses et de l’esprit que des britanniques nous le révèlent : Être de gauche ou de droite serait déterminé par la structure du cerveau.

Il faut prendre cette nouvelle avec précaution. Il ne serait pas étonnant qu’un échantillon de population « outremanchienne » ait conservé quelque trace cervicale d’une si longue habitude de rouler à gauche.

Il est primaire de ne croire qu’en deux attitudes possibles pour tout considérer.

D’un côté seraient les optimistes, les chaleureux, les entreprenants, les progressistes, les courageux, les généreux, qui considèrent que le monde est fait pour être changé.

De l’autre seraient les pessimistes, les attentistes, les conservateurs, les timorés, les égoïstes qui pensent que le monde ne peut que se dégrader si l’on s’avise de le modifier.

Les prétendants au pouvoir ignorent ou feignent d’ignorer les contingences de l’action.

Les faits ne transigent pas, la complexité et la diversité ne s’accommodent guère de l’uniformité. La confrontation des jugements est stérile si elle n’est précédée par la confrontation des observations. Il est dangereux de confondre la réalité et l’idée qu’on s’en fait. La vie et les choses sont insensibles aux regards impérieux et aux discours.

Chacun, en quelque point, est au-dessous de sa tâche. Il n’y a guère que des inconscients pour croire et promettre qu’en tout ils feront mieux que les autres.

Tous les psys vous le diront, la normalité n’existe pas. À gauche et à droite chacun est anormal à sa manière et voudrait imposer des normes aux idées et à la vie des autres.

L’engagement politique se présente souvent comme une maladie mentale. En observant les filiations, on en vient même à penser qu’il s’agit d’une maladie génétique. Mais le nombre de politologues au chevet des patients n’en fait pas une maladie orpheline.

Une manie courante est d’appliquer un même logiciel à tout objet de la pensée et de proposer une réponse omnibus à toute question qui se pose au monde et à ceux qui y sont embarqués.

Bien avant que Marx ait de la barbe on savait déjà que riches et pauvres avaient une conception quelque peu différente de la vie et des questions d’argent.

Mais depuis ces temps lointains, comme le port de la barbe, tout s’est diversifié. Nous connaissons aujourd’hui des travailleurs qui capitalisent et des capitalistes qui travaillent.

Certes il ya toujours des pauvres dont le dénuement devrait être une honte pour les riches. Mais il y a aussi des riches qui font de louables efforts pour réduire la misère.

Les ramas politiques sont plus incertains et éphémères que les clivages sociaux qui les sous-tendent. Les idées reçues sont plus nombreuses et plus durables que les héritages.

Les riches ont des problèmes de riches qui leur imposent de bien connaître les questions d’argent. Ils savent distinguer les « stocks » qui constituent le patrimoine dont ils sont les conservateurs. Ils sont attentifs aux « flux », ces revenus du patrimoine qui permettent de bien vivre et d’arrondir la pelote, comme autrefois le pré. Ils attendent de leurs dirigeants la liberté d’entreprendre, d’investir, de posséder au moindre coût.


Les pauvres ont des problèmes de pauvres qui leur imposent de tirer mille diables par la queue. Ils ne connaissent l’argent que par des flux en perpétuel étiage. Ils attendent de leurs dirigeants qu’ils prennent l’argent où il est c'est-à-dire dans les « stocks » supposés inépuisables. Des aspirants au pouvoir ont promis de « faire les poches » des nantis.

Entre ces deux extrêmes naviguent et rament ceux qui tremblent à l’idée de s’appauvrir et rêvent d’accéder à plus de richesse. Dans le magma sociétal, les « z’aizés » font la loi. Ils attendent de leurs dirigeants la paix sociale, par la modération des revendications des pauvres et l’endiguement des appétits des riches.

L’argent n’est ni un bien ni un mal en soi. Il est vil ou noble selon la manière de l’acquérir et de l’employer.

Le déterminisme politique existe. Il creuse, dans les cerveaux, des ornières omnidirectionnelles. L’honneur du citoyen serait de ne pas s’y laisser embourber par des promesses intenables.

L’honneur du politique serait de les tenir.

Pierre Auguste
Le 20 juin 2012

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Par Pierre Auguste le 2012-06-19

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L'emploi est une dynamique

L’EMPLOI EST UNE DYNAMIQUE

Il y a près de quarante ans que citoyens et gouvernants implorent le ciel pour que vienne l’emploi. Comme pain bénit

Chacun peut le constater, les faits et les mots le prouvent, ce rituel fait la part belle aux statuts, aux statistiques, aux actions étatiques. Il fonde des politiques engluées dans une conception statique de l’économie. C’est ainsi que l’on finit par se contenter d’une économie stationnaire ou en régression relative.

Qu’elles viennent de gauche ou de droite, les promesses de progrès donnent les mêmes médiocres résultats qui s’enchaînent dans des processus irréversibles, voire antagoniques. On intervertit les causes et les effets. On appelle la croissance pour créer l’emploi. On oublie que c’est la somme du travail accompli, dans les emplois passés ou présents, qui détermine la croissance. Et donc que la croissance n’est qu’un constat.

En fait la réalité est plus complexe car dans la vie, comme dans un train d’engrenages, toutes choses sont à la fois menantes et menées.

Nous assistons à un défilé permanent de mesures annoncées, essayées, dévoyées, avortées, retirées ou maintenues, sans résultats tangibles.

Le partage et la réduction du travail, les incitations fiscales, les mesures statutaires, les aides aux entreprises et aux individus, les discours, « rien n’y fait », comme auraient dit les grand-mères attachées aux réalités concrètes.

La dernière trouvaille est de saisir les deux bouts de la chaîne en associant jeunes et anciens dans un grand élan de solidarité. Accélérer les entrées des uns, freiner la sortie des autres, transmettre expérience et savoir-faire par un travail en commun, tel serait le viatique qui doperait les entreprises et relancerait l’économie.

On ne saurait trouver mieux pour promouvoir l’innovation !

Il faut être aveugle pour ne pas voir que le monde, les sciences et les techniques évoluent à grande vitesse et que de nombreux emplois, souvent même les plus pérennes, ne seront plus jamais ce qu’ils ont été. Demandez à Google, et à tout autre géant des technologies nouvelles, ce que leur succès doit à l’expérience !

Miser sur une partition du rôle des anciens et des jeunes est une insulte aux uns et aux autres. La plupart des activités et des emplois d’aujourd’hui n’existaient pas hier, bien des anciens sont capables d’innovation, bien des jeunes peuvent se passer d’expérience pour entreprendre, l’expérience peut être un facteur d’inhibition.

Même s’ils sont susceptibles de donner ici ou là des résultats positifs, les contrats de génération ne sauraient être une panacée fondatrice d’une politique généralisable.

L’unique exemple résumé ci-dessus suffit pour entrevoir que les solutions au problème de la croissance et de l’emploi gagneraient en pertinence et en clarté par des approches moins idéologiques et moins procédurales.

Certes, des grands projets décidés, définis, financés et conduits par les pouvoirs publics peuvent être de puissants moteurs de l’économie. Mais cette démarche dirigiste ne saurait pourvoir à tout. Toujours menacé de se fourvoyer dans des projets sans enthousiasme, ruineux et/ou sans grande utilité, l’esprit bureaucratique est capable du meilleur et du pire.

Quelles que soient leur taille et la nature de leurs activités les entreprises sont charnelles. Elles doivent saisir toutes opportunités correspondant à leurs moyens potentiels. (Existence d’un marché, savoir-faire du personnel, moyens techniques, moyens financiers en fonds propres ou en capacité d’emprunt.)

Les entreprises naissent à l’initiative de gens qui ne doivent rien à la normalité et préfèrent l’action à la réflexion. Ce sont des fragments de civilisation. À ce titre elles sont mortelles. Par un étrange paradoxe elles sont placées sous la curatelle d’un corps administratif et politique éthéré qui se nourrit d’elles et prétend savoir mieux qu’elles comment produire et vendre, qui et quand recruter, comment et quand disparaître.

L’emploi échappe à tout ministère. C‘est un fragment du mystère de la création.

Pierre Auguste
Le 13 juin 2012

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Par Pierre Auguste le 2012-06-12

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Gouvernance et management. Entre subsidiarité et universalité

 

GOUVERNANCE ET MANAGEMENT.
ENTRE SUBSIDIARITÉ ET UNIVERSALITÉ

« L’homme est un animal social » disait Aristote. (384-322 av. JC). Son maître Platon (428-348) lui avait déjà enseigné quelques vérités qui n’ont pas vieilli :

  • "Ce qui donne naissance à la société, c'est l'impuissance où chaque homme se trouve de se suffire à lui-même, et le besoin qu'il éprouve de beaucoup de choses. La multiplicité de ses besoins a réuni dans une même habitation plusieurs hommes en vue de s'entraider: et nous avons donné à cette société le nom d'état.
  • « L'excès de liberté ne peut tourner qu'en excès de servitude pour un particulier aussi bien que pour un état.  »

Comme les Grecs, qui nous ont tant appris, nous avons oublié ces sages avis.

Nous excellons à donner des noms à ce qui déjà fondait leur antique république. L’autonomie, l’autarcie, l’indépendance ont été progressivement érigées en « subsidiarité ». Ces mots reviennent à tout propos quand il est question de l’Europe et des organisations supranationales mises à mal par l’absence d’autorité.

Les us et costumes, les techniques et les objets de notre industrie, nous différencient de nos prédécesseurs. Résumons. Nous avons adopté l’alphabet grec pour faire des mathématiques. Hormis quelques déphasés, nous avons abandonné l’himation grecque devenue toge romaine. Nous préférons les braies gauloises et les justaucorps plus adaptés à la vie active sous nos latitudes que des vêtements plus amples ou plus légers.

La mondialisation a ouvert portes et fenêtres. Plus que jamais l’individu et la « société des nations » cohabitent dans la pluralité et l’universalisation des structures. Familles, tribus, communautés, régions, pays, fédérations, confédérations, alliances, entremêlent des liens plus ou moins apparents, plus ou moins permanents, plus ou moins assumés.

Issue de la politique, la subsidiarité pénètre maintenant la gestion des entreprises.

La prendre à ce niveau permet d’ailleurs de donner un contenu concret à ce concept, de l’élever du particulier au général pour que la partie éclaire le tout.

Face à la concurrence universelle, les entreprises ne peuvent se cantonner dans les seuls impératifs quantitatifs. Pour subsister elles doivent élargir leur clientèle, satisfaire la diversité des attentes, des goûts, des exigences de qualité. La multitude des besoins, des produits et des techniques, la dispersion géographique des clients, imposent plus de variété des qualifications du personnel, plus de mixité des organisations.

Cette évolution ne saurait être sans conséquence sur la conception et la pratique du management et l’exercice des responsabilités à tous les niveaux des structures.

Le chef ne doit plus se contenter d’être omniscient et omniprésent. Il doit être capable de s’appuyer sur le savoir-faire, l’élan, les initiatives, les talents de tous les individus qui concourent au fonctionnement de l’entreprise. Non seulement pour l’exécution mais aussi pour la préparation des décisions stratégiques et la détermination des objectifs.

En vertu du principe de subsidiarité les autorités hiérarchiques doivent s’interdire toutes interventions et toutes ingérences non nécessaires.

Il s’agit d’habituer et d’habiliter chacun à prendre, dans son domaine, toute initiative. À condition qu’elle soit bonne ! Et n’empiète pas sur les domaines voisins, reste dans le cadre des objectifs, n’obère pas l’image et la responsabilité juridique de l’entreprise ni le volume, la qualité, les coûts et les délais de production. C’est par l’exemple et le jugement de chacun que se dirige aujourd’hui l’entreprise et se conduit la politique.

Depuis la nuit des temps l’homme politique est partagé entre le soin de son pré carré et la tentation de maîtriser le destin des autres. Il na jamais su trouver un juste milieu.

Il est désormais essentiel de choisir le niveau le mieux placé pour résoudre chaque problème. Subsidiarité et universalité sont deux lampions qui devraient guider la vertu nécessaire pour fonder une République Universelle. Dans un nouveau siècle des lumières.

Mais hélas…

« Une république n'est point fondée sur la vertu ; elle l'est sur l'ambition de chaque citoyen, qui contient l'ambition des autres. »Voltaire. (1694-1778)

Pierre Auguste
Le 6 juin 2012

 

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Par Pierre Auguste le 2012-06-05

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Croissance et emploi

CROISSANCE ET EMPLOI

Chacun aspire à trouver un travail à sa mesure. Pour vivre et de se rendre utile. Partis, écoles de pensée et coteries dénient ou distordent les réalités simples, embrouillent les idées par des doctrines simplificatrices, ou au contraire globalisantes. Avec la même irréductible conviction, les uns prônent la croissance, d’autres la décroissance.

L’économiste américain Robert Solow a« décrit comment l'interaction d'un accroissement du stock de capital, de la quantité de travail et du progrès technique influence le niveau de l'activité. »(Cf. notre texte du 23 mai 20012 ; La croissance avec les dents.) Il a aussi fait observer qu’à long terme la croissance est surtout liée à la démographie. Certes, il peut y avoir des inversions de tendance en certains lieux, en certains temps, en certains secteurs d’activité. Mais la population humaine, globalement croissante, induit une croissance économique mondiale.

En raison de sa démographie et de sa géographie, la France devrait être promise à un bel avenir. Le défi pour elle est donc moins de créer la croissance que de ne pas s’en exclure en la laissant filer ailleurs, d’en maîtriser la dynamique, de bien la coupler avec l’emploi.

L’économie obéit à la logique des systèmes. Tout système ou sous-système cherche à durer, à étendre son emprise, à s’optimiser isolément.

Les sous-systèmes prépondérants que sont le capital, le travail et le progrès technique n’échappent pas à la règle. Leurs « tenanciers » appliquent, mais à leur profit, le principe de Bellman selon lequel, sauf exception, l’assemblage de sous-systèmes optimaux ne constitue pas un système optimal.

Le capital peut s’accroître au détriment de l’emploi. Il mise, tour à tour, sur l’innovation ou sur la conservation de techniques obsolètes financièrement rentables. Des pratiques managériales tendent à remplacer l’homme par des machines, à chercher ailleurs les moyens de leur rentabilité, à déplacer la production vers les consommateurs.

À long terme, les progrès techniques modifient les processus productifs et créent des emplois nouveaux comme l’ont montré l’informatique et la cybernétique appliquée à la construction automobile. La conception, la production, la mise en œuvre et l’entretien des outillages nouveaux multiplient les emplois de haute qualification, accroissent les besoins en formation. Souvent le travail change dans sa productivité et ses aspects qualitatifs.

La productivité permet soit d’accroître les profits, soit de diminuer les prix, soit d’augmenter les salaires et par là d’accroître la consommation, soit encore de diminuer la pénibilité du travail.

Dans les années cinquante on vit les dockers du port du Havre jeter à la mer les moyens de manutention nouveaux qui « leur enlevaient le pain de la bouche ». Et lancer l’éternel débat sur la destruction des emplois par les progrès techniques. À l’inverse, on a pu voir plus récemment les dockers de Marseille juger leurs moyens de manutention insuffisants, bloquer le trafic maritime et mettre ainsi en péril leur port nourricier.

L’économie est trop complexe pour être appréhendée par les économistes eux-mêmes. Elle est chose trop sérieuse pour être maîtrisée par les politiciens qui oublie leur métier d’éclairer les chemins de l’harmonie et de l’équité. La logique politique a des effets inhibiteurs sur l’économie. L’assiette et le montant des prélèvements sont fixés par ceux-là mêmes qui y trouvent les moyens de leurs actions d’ailleurs plus ou moins judicieuses, mais aussi les éléments de leur train de vie. La fiscalité est dans les mains d’une classe qui est à la fois juge et partie et tend à considérer comme croissance économique ce qui n’est croissance que fiscale. Cette « autodétermination » est favorisée par le cumul des mandats. Ses méfaits sautent aux yeux. Les liens et interactions entre croissance et emploi sont erratiques, diffus, à élasticité variable.

Les médias sont entraînés dans la tornade qui met à mal leurs modèles économiques. Ils s’accrochent aux branches politiciennes. Sous couvert de journalisme d’opinion, ils versent et déversent dans le militantisme ce qui, au fond, est un problème scientifique.

Dans le magma de l’information, paraissent quelques faits dominants qui n’ont pas encore percé la carapace des idéologies. La macroéconomie est morte au combat. Le libéralisme s’étiole et se crispe. Le dirigisme renaît et se durcit. Au secours, les totalitarismes reviennent ! De gauche à droite et de droite à gauche, ils pénètrent par les fissures des digues partisanes. Des accords ou des luttes plus ou moins occultes entre sous-systèmes établissent ou rompent des synergies au détriment des individus hors d’état de se faire admettre en quelque système organisé, grand ou petit.

Œdipe-roi danse une valse hésitation entre un social-maternalisme et un paternalisme social. C’est ainsi que l’emploi et la croissance sont à la traîne et que les résultats ne sont pas à la hauteur des objectifs. Au bout du compte, ce sont les faits de société et les comportements individuels qui commandent. Le peuple souverain ne peut s’exonérer de ses responsabilités, notamment de la responsabilité essentielle de choisir ses dirigeants.

La foire des trônes continue. Tournez manège ! Encore deux tours de scrutin.

Pierre Auguste
Le 30 mai 2012

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Par Pierre Auguste le 2012-05-29

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La croissance avec les dents

 

LA CROISSANCE AVEC LES DENTS

On a parlé d’aller chercher la croissance avec les dents. Avec des prières, nous la cherchons Outre-Rhin et outre-Atlantique où l’on veut relancer les exportations vers l’Europe. Nous ferions mieux de la chercher ici avec les mains. Et avec les neurones.

Nos financiers, nos économistes, nos sociologues et nos politiques sont si savants qu’ils ne daignent pas prendre connaissance des travaux de ces puérils américains qui raflent tous les honneurs.

Robert Solow, prix Nobel d’économie 1987 pour ses travaux sur la théorie de la croissance, devrait pourtant attirer quelque attention. D’abord, ce citoyen mérite un salut des Européens. Né en 1924, entré à Harvard à l’âge de seize ans, il a commencé par interrompre ses études pour servir l’armée de terre américaine en Afrique du Nord et en Italie entre 1942 et 1945 : battre le nazisme lui avait alors semblé la chose la plus importante à faire. Ensuite, ce chercheur a notamment « décrit comment l'interaction d'un accroissement du stock de capital, de la quantité de travail et du progrès technique influence le niveau de l'activité. »

On sait comment cette remarque fut observée par ceux qui présidèrent à nos destinées économiques. Une longue pratique des déficits et de l’endettement a amenuisé notre « stock de capital » collectif, devenu si dangereusement négatif que nous voilà privés de toute capacité d’investissement.

Certes les riches se sont enrichis. Mais leur faible nombre et la modération de leur enthousiasme coopératif ne sont pas d’un grand recours collectif.

Il ne nous reste guère en stock que les économies des particuliers qui, au titre du principe de précaution, s’abritent dans des placements sans risque et sans grande productivité. Le pouvoir lorgne sur cette manne résiduaire.

Chacun connaît les résultats. Notre pays est en mal de capitaux et ce pied du tripode de Solow n’est pas très coopératif.

La quantité de travail est un deuxième pied qui ne vaut guère mieux. Certains de nos dirigeants ont longtemps cru, et croient encore, que l’économie est une pure arithmétique. Persuadés de lutter ainsi contre le chômage, ils ont partagé le travail comme s’il s’agissait d’une constante universelle et ont diminué le temps de travail dû par tout citoyen, quels que soient son activité, son statut, et ceux de son employeur.

Les individus ont espéré y trouver durablement leur compte. Malgré les alternances, nul parti ne voulut ou n’osa revenir sur cette amputation de nos capacités productrices.

Afin que le tripode ne fût pas boiteux, il fallut bien accourcir le troisième pied et grever le progrès technique. Point ne fut besoin d’idée directrice, ni de programmation, ni de concertation pour produire cet ajustement ravageur. Les automatismes, le conformisme, le laisser-faire et le temps y pourvurent. Les capitaines d’industrie inventèrent les entreprises sans usines et les délocalisations. Les écoles d’ingénieurs réduisirent leurs enseignements spécifiques, développèrent leurs programmes managériaux, s’adonnèrent aux sciences et techniques financières. Le vil travail manuel et son enseignement poursuivirent leur éternelle chute dans les enfers de la relégation.

Partout, du haut en bas des hiérarchies, on ne songeait qu’à la finance, mendiait les capitaux, condamnait le chômage, appelait l’innovation. Ce programme invisible d’interaction fut une merveille de cohérence ! Partout, sous couvert d’humanité, on s’ingéniait à affaiblir capital, emploi et capacités techniques comme, dans un feu roulant alternatif, apériodique, aléatoire, chaotique. En contrariant les riches, l’enrichissement et les entreprises, on a transformé le tripode économique en triangle des Bermudes.

On voit par là confirmée l’idée selon laquelle la croissance est dans nos mains et doit être cherchée en nos têtes.

On ne saurait jamais trop se méfier des idées fixes. Humoriste à ses heures, Robert Solow aurait ainsi brocardé un confrère : «Tout rappelle la masse monétaire à Milton Friedman, tout me rappelle le sexe, mais j’essaie de ne pas en parler dans mes articles.»

Vive l’économie ! Gloire à la vitalité des économistes !

Pierre Auguste

Le 23 mai 2012

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Par Pierre Auguste le 2012-05-22

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La République telle qu'on la fragmente

 

LA RÉPUBLIQUE TELLE QU’ON LA FRAGMENTE.

La république est une éternelle adolescente. Depuis Platon, elle se questionne sur son identité. Celle de notre enfance était une et indivisible. Elle est aujourd’hui multiple et divisée par les coups de boutoirs qui lui sont portés de toute part.

Pays, régions, partis, groupes de pression, gens de lettres, individus, chacun appelle sa république. La république européenne est en chantier. La république mondiale est dans les « limbes de l’indéterminé ». Son appel au citoyen du monde n’est pas entendu.

L’état chez nous a connu bien des avatars. La nation a été lentement agrégée par nos rois contre les oppositions féodales.

Si l’on excepte la parenthèse coloniale, nos frontières sont acquises depuis cent-cinquante ans, ce qui est bref sur le front de l’histoire. Ce fut sous le règne de Napoléon III, notre dernier monarque qui cumula les titres d’empereur et de premier président de la république élu au suffrage universel.

En notre pays qui aime écrire, les grandes crises appellent les constitutions à se succéder et à recevoir un numéro. Comme jadis les rois.

Les petites crises appellent des révisions constitutionnelles plus ou moins subreptices, connues des seuls spécialistes. On relie et scelle en grande pompe une multitude de textes imbriqués, censés « constituer » un ensemble.

Les accords internationaux, soumettent les états à des contraintes externes qui trouvent leur origine ou leur justification dans l’espoir d’échapper à des contraintes internes.

Le bouclage en retour des réalités vers nos textes constitutionnels est lent. Il laisse s’instaurer des contradictions qui entachent la crédibilité des gouvernants.

La décentralisation et la régionalisation ont dessaisi le pouvoir central de nombreuses prérogatives. Ce ne serait pas un mal en soi si le jeu politicien ne venait mettre à bas la cohérence d’ensemble. Les féodalités ne demandent qu’à se réveiller. N’a-ton pas vu et entendu des présidents de conseils régionaux s’ériger en contrepouvoirs ? (Sic.). Mais Les doctrines partisanes sont à logique variable. Elles inversent ces postures à la moindre alternance. Comme tout change, le changement c’est toujours maintenant !

Les couches d’une administration supranationale anarchique se surajoutent aux sédiments inhibiteurs d’une administration interne atteinte de sclérose en strates.

L’administration européenne se veut autonome. Elle s’est déjà enkystée dans la bureaucratie. Les épisodes récurrents sur l’immigration et la garde à vue sont des illustrations des luttes de pouvoir : Europe contre états sous couvert de non subsidiarité, états contre « états dans l’état » sous couvert de séparation des pouvoirs.

L’administration mondiale est embryonnaire et parcellaire. Les responsabilités y sont éclatées en une constellation d’institutions spécialisées, jalouses de leur indépendance et mal coordonnées par des structures épisodiques «  à géométrie et à arithmétique variables. » Leur nombre varie de deux à près de deux cent états, reconnus par L’O.N.U.

Les grandes entreprises internationales se jouent des nationalités. Elles lèvent des capitaux comme on lève l’impôt, recrutent et gère du personnel comme on mobilise et démobilise une armée.

À l’étroit dans leur métier d’informateur, des médias s’attribuent tour à tour et tous ensemble les rôles de juge-arbitre, d’instrument partisan, de fauteur de troubles.

Les vieilles structures sont affaiblies ou détruites par l’individualisme. Elles perdent et abandonnent l’individu dans l’immensité politique. Les aspirants aux pouvoirs promettent des soins et une prospérité que les tenants du pouvoir ne sauront dispenser. Chacun se raccroche aux proximités de son quartier, de son clocher, de sa culture originelle. Le régionalisme commande de parler les langues arrière-grand-maternelles. Il les prononce de manière telle que les aïeux n’en eussent pas compris un mot. Parlarem lou globish !

Incapables de surmonter nos divisions et contradictions, nous sommes tentés de nous enfermer ou de nous laisser enfermer en des réserves indiennes. Nous nous complaisons dans une république ramollie et désarticulée comme poupée de cire et poupée de son.

Il est temps pour la république, et pour le citoyen, de se muscler et de regarder devant.

Pierre Auguste

LE 16 mai 2012

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Par Pierre Auguste le 2012-05-15

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L'expiation

L’EXPIATION. *

Plus nombreux sont les fous, plus on parle de normalité. La France et les Français sont pourtant affectés de Troubles Obsessionnels Compulsifs. (TOC !)

Cette symptomatologie couvre des réalités diverses, occulte bien des sottises.

L’anormalité est une nouvelle peste qui vaut bien l’ancienne dont notre bon La Fontaine disait : « Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés. »

Les choreutes politiques ne se supportent pas car, trop souvent, ils sont insupportables.

De tous temps les factions et les partis se sont opposés, se sont maudits, se sont entretués. L’harmonie ne règne toujours pas dans le monde politique qui vocifère plus que tout autre. Ce qui est nouveau c’est que le poignard, le poison, le pal, la corde, la hache, la guillotine ont été mis au placard des vieux accessoires. La Bastille a été détruite mais on rêve en secret de faire embastiller ou expulser les adversaires. Les moyens employés ne sont pas toujours avouables. Les sumos politiques sont les grands maîtres des allusions, des insinuations, de la déconsidération, de la calomnie. Un venin médiatique diffus agrémente les joutes publiques, distord les réalités.

Ce sport entre équipes adverses agace par son déterminisme. On le corse, on en accroît le suspens, on en varie les combinaisons, souvent sans même désigner l’adversaire.

« Père gardez-vous à droite. Père gardez-vous à gauche ». disait Philippe le Hardi à son père Jean le Bon pour l’aider à parer les coups d’estoc et de taille dont le menaçaient les perfides Anglois. C’était là-bas, du côté de Poitiers où s’organisent les belles résistances.

De nos jours les luttes sont plus intestines. Avec énergie, les partis fissionnent ou fusionnent leurs centrales. Dans la houle des gros temps, sous la vaine houlette des informateurs et des réformateurs, chaque partisan veut diriger la manœuvre. Pendant que l’un met la vapeur, l’autre veut jeter l’ancre. D’autres appellent à carguer les voiles.

Syndicats et partis sont obsédés par leur représentativité, sortie ou à sortir de leurs «  urnes trop pleines ». Ils tiennent des postures qui donnent à leurs interlocuteurs le sentiment de l’inutilité de leurs avis. Leurs mots d’ordre n’ont d’autre objet que de les différencier de la concurrence. Leur service d’ordre veille à l’ordonnance de leurs défilés. Leurs dirigeants serrent les rangs, donnent le sens des marches et démarches, veillent à faire le plein des grands métinges, au besoin avec des supplétifs.

Les grands capitaines d’industrie ne font plus de l’industrie mais de la finance. Les commandeurs de la finance ne font pas dans la « fiance » et font de la « remballe ». Les irrégularités de leurs régulations font hoqueter et tousser la machinerie économique.

Premier ou dernier maillon de la chaîne de la solidarité et de la sécurité sociale, les familles volent en éclats. Il en résulte une croissance exponentielle des besoins en logements, en moyens de transport, en gardes d’enfants. Comment satisfaire tant de besoins pressants, tant de gens pressés, tant de consommateurs insatiables ? La réponse explicite dans la revendication. Elle est implicite par la réhabilitation de fait des coups de poing, de pied, de couteaux, de ciseaux, de pistolets ! Partout se pressent des processions qui sont autant de tentatives d’attribuer à d’autres la responsabilité des malheurs de chacun et la charge d’y porter remède. La société promet sans promouvoir. Les précarités sont au bout de tous les chemins. C’est à toi, camarade, de tenir les promesses faites à d’autres en ton nom. Qui osera te le dire ?

Derrière un comptoir administratif une préposée apposait le sceau officiel sur une série de documents. Sans un regard pour le public, et sans trouble, elle ponctuait de la voix chaque coup de tampon d’un sonore et compulsif : Et toc…Et toc ! C’est ainsi que, malgré les meilleures intentions politiques, durent les habitudes, la dette, les hypothèques, la routine d’administration, les ressauts de la République. Et que traînaille dans les couloirs de ministère le bénéficiaire de quelque legs Quibolle**. Comme disaient si bien les enfants d’autrefois, tout le monde est un peu « toc-toc ». Mais il ne faut pas le dire ! Tout étant normal, le vaisseau gîte et coule normalement. Par bâbord, si ce n’est par tribord.

Notre rituel et commode Bouc Émissaire vient d’être immolé. Qui portera désormais nos péchés ?

Soignons nos névroses collectives pour que la joie des uns fasse le bonheur de tous !

Pierre Auguste

Le 9 mai 2012

 

*Titre emprunté à Victor Hugo (1802-1885); Les châtiments.

**Messieurs les ronds de cuir ; Georges Courteline (1858-1929)

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Par Pierre Auguste le 2012-05-08

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Economie. Remonter la pente

 

ÉCONOMIE. REMONTER LA PENTE

Nous baignons dans le marigot électoral. Tous les candidats du premier tour voulaient rétablir la confiance, ce carburant de l’économie. Selon une formule journalistique, chacun voulait « réunir l’unanimité la plus large possible » (Sic). Tous nous promettaient un monde et des jours meilleurs. Nous pouvions dormir tranquilles.

Nous voici partis pour le deuxième tour qui nous invite à choisir entre deux candidats.

Nous devons donc passer aux choses sérieuses et sortir de notre rêveuse léthargie.

À chaque cerveau ses ornières ! À chacun ses appétences. De chacun ses métaphores.

L’économiste canadien John Kenneth Galbraith (1908-2006) prétendait naguère que « La politique consiste à choisir entre le désastreux et le désagréable.  » (Chroniques d’un libéral impénitent.) Il estimait que« Le socialisme à notre époque est le résultat d'un goût maladif pour les sports d'équipe. »

L’économiste britannique John Maynard Keynes (1883-1946) était plus interventionniste. Il comptait plus sur le système que sur les individus. Ses idées sont revigorées par cette crise de 2008 qui est sans fin prévisible.

Il s’agit cette semaine, pour chaque individu, de choisir une destination collective.

Pour détendre l’électeur et les lecteurs nous recommandons la lecture d’une plaisante chronique sur le sens de l’histoire dans laquelle l’auteur constate « l’impossibilité de remonter le Rhône en allant dans le sens du fleuve. » Alexandre Vialatte ; 22 avril 1958.

La voici résumée par quelques extraits :

« Un bateau remontait le Rhône. Il se rendait à Lyon. Des passagers furieux firent remarquer au capitaine qu’il allait à contre-courant. C’étaient des gens extrêmement distingués, des cérébraux, des esprits à la page. Ils en savaient pour faire des bibliothèques. Le capitaine en était malade. Ils lui citaient pêle-mêle Darwin et Aristote, Karl Marx, que sais-je ! Minou Drouet !...

-Je n’ai rien à faire à Marseille, leur répondit le capitaine. Pourquoi serais-je allé à Marseille ?

-Parce que, expliquèrent les mutins, c’est là que nous voulions aller ! Nous aimons mieux Marseille.

Pourquoi donc, dans ce cas, preniez-vous le bateau de Lyon ?

-C’était le plus beau, dirent les idéalistes…

Cette aventure prouve que l’histoire coule dans le sens où l’on veut aller.

Mais le batelier ne s’inquiète pas du sens du fleuve. Il transporte sa cargaison. Tantôt dans le sens du fleuve, tantôt contre le fleuve…

L’homme n’a pas à s’occuper de l’endroit où veut aller le fleuve, mais de l’endroit où doit aller l’homme. »

Tout est dit. Ou presque. À chacun de mettre la métaphore à son goût politique.

Remarquons toutefois qu’il y manque de savoir où l’homme doit aller. Nous ne nous risquerons pas à le lui dire. Même la larme à l’œil, allons-y gaiement avec lui.

Saisissons toutefois cette occasion pour rappeler au peuple souverain que la vallée du Rhône est jalonnée de centrales nucléaires, le siège de vents vigoureux mais alternatifs, le fleuve animé de courants capricieux et toujours descendants. On y danse en rond sur le Pont d’Avignon. On y a trouvé à Arles la tête de Jules César ce qui porte à croire que les hommes d’autorité sont insolubles dans l’eau douce.

Bien des écueils menacent le vaisseau national. Bien des soucis attendent son capitaine, son équipage et ses passagers qui ne sont d’accord ni sur la destination, ni sur la cargaison, ni sur le cap à suivre, ni sur l’itinéraire, ni sur les escales, ni sur la manœuvre.

En quelques années, nous avons désarmé la salle des machines. La question se pose aujourd’hui de savoir qui commandera sur la passerelle, qui ramera dans la chiourme, qui se prélassera au soleil sur le pont

Pour affronter la haute-mer de la mondialisation, notre galère doit naviguer de conserve avec les flottes européennes, passer le détroit de Gibraltar et le canal de Suez. Aller bien au-delà des horizons des dockers marseillais et du capitaine Escartefigue.

Il faut prendre notre lunette par le bon bout et l’ajuster dans la bonne direction.

Pierre Auguste

Le 18 avril 2012

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Par Pierre Auguste le 2012-05-01

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Promesses d'or et d'argent

 

PROMESSES D’OR ET D’ARGENT

Nous vivons des jours merveilleux. Tout le monde veut faire notre bonheur.

La publicité nous gâte. La politique nous cajole.

En ces temps bénis, des cyber-entreprises vous débarrassent des objets d’or qui ont cessé de vous plaire. Il suffit de les mettre dans une enveloppe. On vous les renvoie transformés en argent. Les alchimistes n’auraient pas fait mieux. Aujourd’hui la pierre philosophale est à double effet. Mais les transmutations possibles ne sont pas celles que l’on cherchait. L’écologie y a gagné en bannissant le vil plomb qui donna tant de coliques aux typographes. On n’arrête pas le progrès. La presse en est muette d’émotion car tout a été dit sur l’or et l’argent. Aussi serait-il vain de tenter de le résumer en une page.

Les politiques ne parlent d’or que pour regretter les temps révolus de l’étalon du même métal. Mais on parle encore beaucoup d’argent au temps de la monnaie papier et de la monnaie électronique dématérialisée. « Cliquante » et fulgurante, elle se substitue aux espèces sonnantes et trébuchantes.

Les promesses politiques que l’on nous sert dans des programmes allégés ne valent guère plus que leur pesant d’électrons.

Déjà au temps de Vespasien (9-79), l’argent n’avait pas d’odeur. Mais comme disait Tristan Bernard (1866-1947), à partir d’un million il commence à se faire sentir. Aujourd’hui on promet aux riches qu’ils vont le sentir passer.

Philippe Bouvard a, comme chacun sait, une grosse tête et des frais corrélatifs de chapellerie. Il n’aime pas que le fisc étrécisse les revenus de sa cérébralité. « J’ai peur, dit-il, que l’état dépense moins bien mon argent que je ne le ferais.»

Cette remarque ne manque pas de légitimité comme le montrent les faits divers financiers dont nous régale la presse. Les prétendants au trône républicain l’ont confirmé par leur insistance à annoncer que de justes prélèvements seraient ordonnés. Les survivants électoraux sont plus discrets sur la justesse des dépenses ordonnancées.

La sagesse et les folies dépensières coexistent et s’opposent de toute éternité. Le sage a toujours su que la richesse n’a d’autre légitimité que celle des moyens de l’acquérir et d’autre valeur que celle de l’usage qu’on en fait.

Il n’est de l’intérêt de personne d’entraver l’esprit d’entreprise, de niveler vers le bas toute production sans en considérer les fins et les moyens. Il est dangereux, de globaliser tout processus de répartition, de concentrer tous les pouvoirs de décision.

Le jeu démocratique voudrait que chacun puisse conduire sa vie et contribuer au fonctionnement de la société. Avec ses certitudes et sa propension à l’autoritarisme, l’esprit partisan en décide autrement. Sous prétexte que certains ne jouent pas le jeu, des « associations de bienfaiteurs » déploient d’immenses efforts pour devenir majoritaires et tout régenter.

C’est ainsi que l’argent devient le levier qui meut tous les leviers, la vanne qui contrôle tous les robinets, le mètre étalon qui mesure toutes choses.

Il est puéril de vouloir se substituer à tous ceux qui ont quelque argent pour décider de l’emploi qu’ils en feront. Il est contreproductif de confisquer leurs moyens d’action.

C’est ainsi qu’en notre pays qui vénère la logique cartésienne nous abhorrons les capitalistes et adorons les capitaux. Nous déclarons la guerre à nos riches et importons des investisseurs pour développer nos entreprises, des mécènes pour restaurer notre patrimoine. Le summum de l’art politique est d’éradiquer le capitalisme sans tarir les capitaux. De dénoncer les mécènes sans tarir le mécénat.

En notre pays, les partis, sans le dire, révèrent le Machiavel des basses œuvres. La démocratie y devient vite le faux-nez d’un authentique totalitarisme.

Mais Machiavel (1469-1527) est beaucoup plus actuel, moins cynique et machiavélique qu’on ne croit. Ses conseils au « Prince » mettent en garde « le Sujet » :

« Les promesses que la nécessité arrache, la nécessité seule les fait observer. »

Dopé par les promesses, le Peuple Souverain transmute l’or en carbone, le carbone en fumée.

Pierre Auguste

Le 25 avril 2012

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Par Pierre Auguste le 2012-04-24

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Dialectiques partisanes

 

DIALECTIQUES PARTISANES

Par les temps qui courent, si vite, le citoyen ne doit jamais rater une occasion de sourire. Le droit de désopilation est un acquis social.

Les politiciens sont utiles. Leurs discours nous désopilent la rate qui, chacun le sait, devient siège de mélancolie lorsqu’elle se bouche.

Avec ses innombrables substantifs, ses adjectifs trop nuancés, ses adverbes encombrants, la langue classique est frappée d’obsolescence. La prose traîne la patte, la poésie ne peut tenir rythme ni rime.

Pour toucher son lectorat et sortir de sa dette, Honoré de Balzac devrait aujourd’hui écrire « La Comédie Humaine » en volumes de moins de cent-quarante caractères.

Les programmes politiques doivent tenir en deux mots. Des armées de sémiologues, de sémanticiens, de lexicologues, de grammairiens, de linguistes, de syntacticiens, de conseillers de tout poil, d’idéologues de toutes obédiences, contribuent à les choisir. Ratures, surcharges et excision sont les maîtres procédés de la dialectique partisane.

Il n’est nul besoin d’être philologue pour voir que la pauvreté des discours est cachée par des superlatifs et des commentaires compensatoires.

La production de doublets est devenue une industrie à part entière, créatrice d’emplois à forte valeur ajoutée. Le genre aime allier la carpe et le lapin, concilier les inconciliables. L’un des précurseurs en fut sans conteste l’inventif Edgar Faure qui, au moment de la décolonisation, nous régala de « l’indépendance dans l’interdépendance ».

Nombreux sont ses émules qui nous alimentent en slogans à double effet pour constater et stigmatiser le mauvais état du pays, déconsidérer l’adversaire, mettre en relief les éminentes qualités de l’émetteur.

De « la force tranquille » à « la France forte », du « vote utile » au « vote juste », du « Pays uni » à « La France libre, nous n’avons d’autre embarras que celui du choix.

Le doublet se diversifie. Il devient restrictif par le ni-ni, sélectif par le « oui à la solidarité et non à l’austérité. » Il devient extensif par en utilisant des mots à sens multiple. Le double doublet tente une percée par « la voix du peuple, l’esprit de la France. »

Le nombre des mots multiplie le nombre des conjonctions et des conjectures.

Pour maîtriser leur vocabulaire, les partis politiques munissent leurs intervenants de glossaires qu’ils appellent joliment « éléments de langage ». Il en sort des discours élémentaires et stéréotypés que le quidam peut réciter avant même qu’on les lui assène.

La palme pourrait revenir à cette expression qui, à tout bout de champ et de chant, veut nous persuader que la France a toujours été une « terre d’accueil ». Les enfants de la patrie sont si nuls en histoire que nul ne songe à rappeler l’accueil qui fut réservé à César et à ses armées, aux Goths, à Attila et à ses Huns, aux Vikings, aux Barbaresques, aux Anglais, aux Prussiens et autres « visiteurs » toujours aussi « bienvenus ! »

Que la France ait toujours été une terre de mélange, d’assimilation, et maintenant d’intégration, n’en fait pas pour autant une éternelle terre d’accueil.

Il est urgent pour les partis de réécrire leurs « éléments de langage », de demander aux partisans de coiffer le bonnet d’âne, de réviser les leçons d’histoire et de vocabulaire de leurs instituteurs. Elles leur ont laissé si peu de souvenirs !

Un président de région haut en couleur et fort en verbe, professeur de droit Romain, avait eu l’idée de rebaptiser « son » territoire du doux nom de Septimanie. Si Vercingétorix avait eu une tombe, il s’y serait retourné. C’était bien singulier de vouloir glorifier ainsi une armée d’occupation en se montrant accueillant avec effet rétroactif. On sait que suite ne fut pas donnée à cette foucade. Le ridicule ne tue pas et n’abrège même pas la vie politique. Paix aux âmes tortes et à leurs idées follettes ou folâtres.

Il est interdit de comparer les civilisations. La nôtre est incomparable et le monde entier nous l’envie. On nous promet de la rendre meilleure en allant « jusqu’au bout ». On nous dit même que nous sommes devant « un choix de civilisation ». Il faudra bien, pour choisir, utiliser quelque méthode comparative. Ô dialectique ! Que nous chantes-tu là ?

Rions mes frères. La civilisation a besoin de sérénité et de lucidité pour guider nos pas.

Pierre Auguste

Le 18 avril 2012

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Par Pierre Auguste le 2012-04-17

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En cent jours...En cent ans

 

EN CENT JOURS…EN CENT ANS

Les aspirants au pouvoir n’ont rien à envier au coq Chanteclerc d’Edmond Rostand (1868-1918). Ils parlent d’or les volatiles littéraires et politiques de la basse-cour de celui qui fut le fils d’un maire de Marseille. Comme il a été dit des politiciens : « À les en croire, c’est grâce à eux que les machines tournent, que le blé pousse, que le soleil brille et que la pluie tombe… » Charles de Gaulle (1890-1970)

Dans un monde où tout change, il est sans risque de promettre le changement.

C’est ainsi que le changement est le thème omnibus des programmes politiques. Rien ne change plus que les programmes. Au moins dans le vocabulaire. Rien n’est plus volatil que les propositions et les échéances annoncées.

Depuis longtemps déjà, la philosophie made in Germany avait prévenu les apprentis de l’action : « Le temps est la condition formelle à priori de tous les phénomènes en général. Emmanuel Kant (1724-1804) ; Critique de la raison pure. Peu coutumiers de l’humour philosophique, les politiciens ne perçoivent pas que leurs programmes sont empreints de cet « idéalisme transcendantal » qui se perpétue dans le piétisme post moderne, libéralisant et /ou socialisant, et nourrit les querelles religionnaires !

Même s’il porte des jugements plus sommaires et met volontiers tous les politiques « dans le même sac », le citoyen moyen a eu des professeurs au-dessus de la moyenne. Il sait qu’il faut du temps au temps pour faire des changements perceptibles. Il reste dubitatif quand il entend déclarer qu’un quinquennat ne dure guère que cent jours et que ce qui n’a pu être fait durant l’état de grâce ne le sera jamais. Il y voit une ingénieuse manière de réduire le temps de travail.

Les réformes hâtives de début de mandat ne peuvent guère être que symboliques, sans grande difficulté, sans grande portée pratique. Au risque de heurter les bons esprits prenons pour exemple l’abolition de la peine de mort. Il ne s’agit nullement de la remettre en question mais de lui donner sa juste place dans l’échelle des faits et peut-être même dans celle des principes.

La peine de mort était pratiquement tombée en désuétude. Il ne tenait qu’au président de la République de l’annuler, de fait et sans bruit, par l’exercice du pouvoir de grâce. La comparaison du nombre de vies ainsi sacrifiées et du nombre de décès par accident de la route montre qu’il eût été préférable de donner la priorité à la politique de sécurité routière qui fut conduite par la suite.

Au pays de la logique, et au temps de la communication, nous préférons les actions flamboyantes instantanées aux obscures besognes assidues.

Marc Aurèle (121-180) savait ce que gouverner veut dire. Il a laissé ce petit conseil que, du haut en bas de la citoyenneté, nous gagnerions à suivre : « Contente-toi des plus petits progrès, et crois bien que le résultat final n’est pas une petite chose. »

Plus près de nous Charles Péguy (1873-1914) nous le dit un peu autrement :

« Rien n’est petit dans l’ordre de la fondation. » La logique suggère de considérer qu’à l’inverse tout est grand dans le désordre de la destruction !

C’est ainsi que l’on s’émerveille de l’œuvre collective de ceux qui nous ont gouvernés avec tant de sagesse depuis une centaine d’année. On admire ceux qui, en cent ans, ont « réussi » à produire deux guerres mondiales, une demi-douzaine de crises économiques et financières, la mise sur étouffoir de l’influence française, le remplacement d’une société rurale archaïque par les modernes empilements de la médiocrité urbaine et solidaire, l’enchaînement de trente glorieuses et de trente piteuses, les prémices de trente précautionneuses.

La raison commande de s’en tenir aux rythmes constitutionnels, de se méfier de l’angélisme politique et de se souvenir de l’avertissement de Blaise Pascal (623-1662) :

« L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête »

Tous les illustres témoins le confirment : Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Voilà pourquoi, sans doute, on nous dit tous les jours que le changement c’est maintenant !

Hier c’était trop tôt. Maintenant est déjà passé. Et demain il sera trop tard.

Pierre Auguste

Le 11 avril 2012

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Par Pierre Auguste le 2012-04-10

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Débats écourtés

 

DÉBATS ÉCOURTÉS

Les intermittents du spectacle politico-médiatique ont inventé les débats à distance.

Ils parlent en tous lieux, en même temps, de toutes choses.

Dans une ambiance déclarée « délétère et nauséabonde » par les protagonistes eux-mêmes, nul ne peut distinguer les sources de leurs échos, l’original des perroquets, les gens sérieux des simulateurs. C’est la mêlée des ambitions et le choc des égos. Dans le brouhaha, on n’entend guère la voix de la sagesse dans des débat qui souvent ne sont ni corrects ni physiquement possibles.

Trois intellectuels d’un autre temps nous interpellent par quelques phrases fortes. De sensibilités politiques différentes, ils ne sont pas suspects d’ambitions présentes. Nous vous soumettons ces extraits, classés dans l’ordre croissant de la longévité de leurs auteurs. Honneur aux plus jeunes disparus.

Charles Péguy (1873-1914) Source Internet.

« La crise de l'enseignement n'est pas une crise de l'enseignement ; il n'y a pas de crise de l'enseignement ; il n'y a jamais eu de crise de l'enseignement ; les crises de l'enseignement ne sont pas des crises de l'enseignement ; elles sont des crises de vie ; elles dénoncent, elles représentent des crises de vie et sont des crises de vie elles-mêmes ; elles sont des crises de vie partielles, éminentes, qui annoncent et accusent des crises de la vie générales ; ou si l’on veut les crises de vie générales, les crises de vie sociales s'aggravent, se ramassent, culminent en crises de l'enseignement, qui semblent particulières ou partielles, mais qui en réalité sont totales, parce qu'elles représentent le tout de la vie sociale ; c’est en effet à l’enseignement que les épreuves éternelles attendent, pour ainsi dire, les changeantes humanités ; le reste d’une société peut passer, truqué, maquillé ; l’enseignement ne passe point ; quand une société ne peut pas enseigner, ce n’est point qu’elle manque accidentellement d’un appareil ou d’une industrie ; quand une société ne peut pas enseigner, c'est que cette société ne peut pas s'enseigner ; c'est qu'elle a honte, c'est qu'elle a peur de s'enseigner elle-même ; pour toute humanité, enseigner, au fond, c'est s'enseigner ; une société qui n'enseigne pas est une société qui ne s'aime pas ; qui ne s'estime pas ; et tel est précisément le cas de la société moderne. »

Paul Valéry (1971-1945). La Pléiade ; Gallimard ; Œuvres ; tome 1 ; P.1014

….Partout où l’Esprit européen domine, on voit apparaître le maximum de besoins, le maximum de travail, le maximum de capital, le maximum de rendement, le maximum d’ambition, le maximum de puissance, le maximum de modification de la nature extérieure, le maximum de relations et d’échanges. »

Alain (Émile Chartier 1868-951). La Pléiade ; Gallimard ; les Arts et les Dieux, p.955.

« Ce qu’on voulait faire , c’est en faisant qu’on le découvre .  »

A travers le temps ces trois intellectuels nous posent une multitude de questions d’une brûlante actualité. En voici quelques-unes :

Qui doit avoir honte de quoi ?

La France est-elle Européenne ? L’Europe est-elle européenne ?

Un programme politique peut-il mentir avec précision ?

Égalité républicaine, où es-tu ?

Politicien, que l’esprit partisan éborgne, quel destin nous prépares-tu ?

Et toi, citoyen -souverain, peux-tu t’exonérer de tes erreurs ?

 

Pierre Auguste

Le 21 03 2012

BRÈVES NOTES BIOGRAPHIQUES

Charles Péguy (1873-1914)

Orphelin de père à l’âge de deux ans. Élevé par sa mère rempailleuse de chaises. Boursier entré à l’École normale Supérieure puis écrivain. Dreyfusard militant. Déçu du socialisme. Engagé volontaire dès la déclaration de la première guerre mondiale. Mort pour la France dès les premiers combats.À lire à petites doses car son pessimisme est communicatif et démoralisant.

Paul Valéry (1971-1945)

Né dans une famille bourgeoise. Pour lui, « La Politique est le produit le plus ignoble et le plus néfaste de l’existence des sociétés humaines… C’est une triste nécessité.» Il« Soutint le camp antidreyfusard, se mêlant aux antisémites dont il n’était pas. » Il n’a pas été mobilisé en 1914 en raison de son âge. À l’Académie Française, en I941 il a osé, « es qualité », faire l’éloge funèbre du juif Henri Bergson après avoir été l’un des rares assistants aux obsèques du philosophe lequel avait, dès 1936, dénoncé la politique antisémite nazie. Déposé à cause de ce discours de son poste de Directeur du centre universitaire méditerranéen. Grand officier de la légion d’honneur. Il a reçu des funérailles nationales à la demande du Général de Gaulle.

Alain (Émile Chartier 1868-1951)

Fils de vétérinaire. Normalien. Peu intéressé par l’affaire Dreyfus en son début. Elle lui semblait être celle d’un « espion qui s’était pincé les doigts dans son tiroir ». Il est devenu Dreyfusard dès qu’il eut la certitude de la machination des autorités militaires pour confirmer la condamnation d’un innocent.

Bien qu’il ait dépassé l’âge d’être appelé, Alain s’est engagé pour la durée de la guerre. Il a été démobilisé en 1917 pour un pied broyé

Hormis cette interruption, il eut une double et longue carrière d’enseignant et d’écrivain, maître à penser du radicalisme. Il a toujours refusé tout honneur et toute décoration.

Il a laissé de remarquables souvenirs de guerre dans lesquels souffle un pacifisme résolu. Cela lui valut de devoir s’expliquer à la libération avant d’être innocenté de toute collaboration.

On est frappé par la différence de destin de ces trois auteurs-citoyens, incontournables par les curieux, impénétrables par les paresseux.

P.A

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Par Pierre Auguste le 2012-03-27

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Maintenance d'un parc éolien

 

MAINTENANCE D’UN PARC ÉOLIEN

La politique c’est un peu comme l’amour :

On n'exécute pas tout ce qui se propose,
Et le chemin est long du projet à la chose.

(Molière ; L’imposteur ; Acte III Scène 1)

Nous avons aimé le pétrole On nous prépare à adorer l’éolien. D’aucuns nous recommandent le divorce nucléaire.

La transition énergétique est un chemin semé d’embûches et nul ne sait très bien où il nous conduira.

Quoi qu’il en puisse être, l’énergie éolienne sera le long du chemin. Et puisque nous y voilà engagés, mieux vaut jeter un coup d’œil sur l’itinéraire.

Certes l’énergie éolienne est une antique connaissance des hommes comme en témoignent la marine à voile, les moulins à vent, les éoliennes grinçantes des vieux westerns. Mais les caractéristiques majeures de la production d’électricité d’origine éolienne en devenir résident dans la variété des modèles, la dispersion des implantations, l’échelle des dispositifs, la nouveauté des techniques.

Comme pour l’automobile et l’aviation en leurs débuts, les fabricants et opérateurs sont nombreux. On assiste déjà à la diminution de leur nombre par fusion, acquisition, disparition. Il ne s’agit sans doute là que d’un début de concentration nécessaire pour amortir les investissements, se garder de l’amateurisme, promouvoir la qualité.

La disparité et l’évolutivité des matériels ne manqueront pas de poser les éternels problèmes de leur adaptation à l’emploi, de leur fiabilité, de leur disponibilité, de leur maintenance, de leur standardisation, de la gestion des stocks de pièces de rechange, d’une logistique générale encore embryonnaire. Bref, de ce que l’on appelle, pour leurs industries devancières, les coûts globaux de possession.

L’éolien devra s’intégrer dans un vaste système déjà complexe en le compliquant encore

Les techniques se cherchent et l’ensemble du « secteur » est loin de la maturité. Ainsi en est-il tant dans les aspects commerciaux que dans ceux de l’exploitation opérationnelle et technique, notamment pour la régulation et le couplage de chaque ensemble au réseau.

Comme pour tout système, la disponibilité opérationnelle et l’équilibre économique reposent sur une maîtrise de la fiabilité et de la longévité de chacun des sous-systèmes et de ses composants. Il faut pour cela inventorier et décrire tous les modes de défaillances, trouver pour chacun une parade, par l’amélioration des éléments ou la définition de tâches préventives ou curatives.

Une maintenance sur sites dispersés nécessite des équipes de spécialités multiples, prêtes à intervenir avec des moyens lourds, pré-positionnés et/ou mobiles. Les chasseurs de perles rares que sont les D.R.H devront trouver des techniciens alliant leurs connaissances spécialisées à des talents acrobatiques. Il va falloir payer la rançon de la diversité des techniques et de la nouveauté de leur intégration.

La stabilité des ancrages impose la résistance aux vibrations et à la corrosion des mâts.

Les pales et les nacelles ont des défaillances spécifiques d’une extrême gravité.

Selon leur implantation et la grandeur de leurs pales, les éoliennes sont vulnérables aux atteintes des éléments naturels, notamment aux bourrasques et aux « effets de pointe » qui attirent la foudre.

En tout automatisme, la perceptibilité des altérations est primordiale. La détection et la prévention des avaries mécaniques, hydrauliques, électriques, imposent des systèmes de surveillance, de télémesure, de transmission qui ont leurs propres défaillances.

Il faut bien sûr faire confiance en la science et en l’ingénierie et aux hommes qui les servent. Mais il serait préjudiciable à toute cette filière qui suscite tant d’espoirs de ne pas regarder en face les réalités. Des images, qui circulent sur Internet, montrent, mais avec pudeur, que les modes de défaillance des éoliennes sont d’une variété et d’une gravité qui annoncent bien des aléas et de nombreuses mises au point.

« Cachez ce sein que je ne saurais voir ». (Molière ; L’imposteur ; Acte III Scène 2)

Pierre Auguste

Le 21 mars 2012

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Par Pierre Auguste le 2012-03-20

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Air du temps fiscal

 

AIR DU TEMPS FISCAL

Les frimas économiques sont toujours là en ce mois de « mars qui rit malgré les averses et prépare en secret le printemps ».

Le FMI annonce le redoux. La Grèce est autorisée à reprendre ses habitudes et sans doute ses aises. C’est une longue tradition patronnée par Périclès, dont l’un des proches fut accusé du détournement de l'or destiné à la statue d'Athéna.

Chez-nous, les avalanches de promesses font rage sous les auspices du père Noël qui, en sous-main, tient toujours les rênes du traîneau de l’état.

Les meetinges tournants métropolitains et circonvoisins nous donnent le tournis. Ce sont un cinéma permanent, des sagas audiovisuelles, des téléréalités, qui dépassent en suspens et en confusion tout ce que l’entertainment hollywoodien sait produire.

La nuée des candidats en campagne nourrit l’électeur de l’infinie diversité des dithyrambes ou critiques, des vœux pieux ou inavouables, des propositions ou intentions plus ou moins lointaines, plus ou moins dissimulées, plus ou moins explicites

En matière d’économie, de finances, de budget et de fiscalité, nous avions déjà bien du mal à appréhender l’existant. Les experts y perdaient leur latin…et leur grec. Les prévisionnistes s’appliquaient à décrire ce qu’ils voyaient dans leur rétroviseur. Les politiques n’avaient pas assez de mots pour expliquer leur amblyopie, justifier leurs imprévisions, reporter sur autrui leurs responsabilités par un intense travail de réflexion.

Pendant la campagne, l’action politique continue. La réalité et la fiction s’y interpénètrent. Le citoyen doit accepter tout en bloc ou tenter de démêler l’entrelacs du faux et du vrai, de l’existant et du futur, de l’éventuel et du conditionnel, du proche et du lointain, des annonces et des dissimulations.

Avec le nouveau quinquennat, comme toujours rien ne sera plus comme avant.

En démocratie, dettes et déficits sont en quelque sorte le solde des promesses et des espérances. Faire des économies et réduire les impôts c’est se priver de moyens d’action et d’éléments de confort. Ne pas faire de promesses c’est se fermer l’accès au pouvoir.

Va donc pour les promesses ! L’avenir dira celles qui auront été tenues. Les esprits chagrins les pleureront toutes. Le paradis ne peut contenter tout le monde. Et comme disait un chroniqueur, « rien ne saurait contenter à la fois le chasseur et le canard sauvage. » (Alexandre Vialatte 1901-1971 ; Chroniques de La Montagne ; Chronique de l’impossible contentement ; Robert Laffont, tome 1 Page 535.)

Les économies envisageables se dérobent et s’évanouissent. Les impôts s’imposent et s’épanouissent. Leur nomenclature devrait être stable pour ne pas désorienter le chasseur et effrayer le volatile. Mais tout bouge sur les lignes de mire.

Déclarer qu’on va supprimer des impôts et qu’il n’y en aura pas de nouveaux n’interdit pas de changer d’assiette, de modifier des appellations, de faire des regroupements, de baisser des seuils, d’augmenter des taux. L’entropie fiscale ne peut qu’augmenter.

C’est d’une singulière logique de dénier que la suppression de niches soit une augmentation d’impôts. C’est oublier qu’il s’agissait, pour la plupart d’entre elles, de corriger d’injustes barèmes, de relancer l’économie et l’emploi par des mesures incitatives. Nul ne peut prévoir ce qui subsistera de l’ancien « status » ni ce qu’il adviendra de nouveau. Malgré notre « désir si vif et si inutile de connaître l'avenir qui donna naissance aux oracles des païens. » Jean le Rond d'Alembert. (1717-783)
L’intercession avec les puissances célestes et zodiacales d’aujourd’hui ne vaut guère mieux que celle des pythonisses. La médiumnité va devenir un critère de sélection…

Le grand éclaireur national vient de découvrir que les très grandes entreprises ne paient pas d’impôts dans le pays des lumières. Depuis longtemps, les petites entreprises le criaient sur tous les tons et sur tous les toits. Elles sont éblouies par cette révélation. Les voilà éclairées sur un fait scientifique majeur: certains messages des lampistes, que sont les experts et les membres des cabinets, se propagent moins vite que la lumière.

De quelque bord politique qu’ils soient, les cerbères se gardent de médire des grandes sinécures dans l’une desquelles ils espèrent trouver un jour… pantoufle à leur pied.

Pierre Auguste

Le 14 mars 2012

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Par Pierre Auguste le 2012-03-13

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Métiers de la rénovation immobilière

 

MÉTIERS DE LA RÉNOVATION IMMOBILIÈRE

Nos villes et nos villages sont en évolution continue.

Si diligents que soient les dirigeants, et si impérieux que soient les besoins, cette évolution est toujours plus lente que celle de la société. L’organisation de la vie collective est toujours plus difficile que ne croient les organisateurs. Le droit est toujours en retard sur les mœurs. L’existence précède toujours l’essence. Les promesses et les rêves de progrès sont toujours en avance sur les réalisations.

La rénovation immobilière est une nécessité. L’un des grands défis est de l’organiser, la conduire et d’abord de choisir ce qu’il faut détruire, reconstruire, conserver.

Il y a mille et une manières de choisir. La mille et unième est de laisser le temps en décider. Mais l’usure du temps ignore les calendriers et les programmes.

Il faut commencer par les rénovations rendues obligatoires par les lois, les règlements la bêtise que nous apportent au coup par coup la conjoncture et les faits divers.

Contraintes et normes nouvelles s’accumulent. Elles sont rendues diversement rattrapables par les impératifs législatifs, par les sujétions techniques, par les cas concrets à résoudre, par les disponibilités financières.

Toutes ces contraintes génèrent et révèlent l’évolution des métiers du bâtiment. Le secteur va toujours vers plus de complexité, de diversité, de technicité. Les nouveautés professionnelles ont de fortes répercussions sur les formations spécifiques, sur les pratiques de chaque métier, sur l’aptitude à concevoir et conduire des projets multidisciplinaires d’ampleur toujours plus grande. Ou plus réduite.

Divers axes d’évolution se dessinent.

Les grandes entreprises du bâtiment ne se cantonnent pas dans les seuls travaux neufs et développent des équipes spécialisées dans la rénovation.

Comme l’a déjà montré le domaine des huisseries, des entreprises de fournitures très techniques et relativement autonomes s’insèrent dans les chantiers, depuis la production jusqu’à la pose et la mise au point.

Les petites entreprises artisanales devront s’étoffer, gagner en technicité et en capacité de production pour éviter d’être évincées d’un nombre croissant de chantiers de rénovation.

De nombreux artisans travaillent seuls faute de vouloir se risquer dans les problèmes de plan de charge, de gestion administrative, de gestion de personnel. Cela ne les empêche pas de prendre en charge des chantiers débordant leurs domaines de spécialité. Ils s’attachent des concours, au coup par coup et avec des succès divers, en faisant appel à des réseaux informels sans garanties techniques ou juridiques.

L’évolution des produits et des techniques de pose, l’intégration d’éléments toujours plus divers et plus spécialisés, dans l’habitat individuel et collectif comme dans les infrastructures, changent la pratique des métiers artisanaux tant dans le gros œuvre, la couverture, le conditionnement, l’isolation thermique et acoustique, le chauffage, l’assainissement. Et finalement dans l’après vente et la maintenance.

La diversification des sources d’énergie, la pénétration de la domotique, la généralisation des équipements de sécurité, le développement de la régulation thermique, la floraison des moyens de communication et de l’informatique appellent des qualifications nouvelles, une organisation et une coordination sans faille.

C’est ainsi que se dessine la nécessité d’une adaptation de l’artisanat aux besoins de la rénovation immobilière. L’augmentation de la taille et de l’assise technique des entreprises, la limitation du nombre d’intermédiaires et des niveaux de sous-traitance, la garantie de la qualité d’exécution, le respect des délais, la maîtrise des coûts et des financements devront présider à toutes les évolutions.

Les programmes politiques nous promettent une transition énergétique fondée sur les économies d’énergie, donc sur la rénovation de l’habitat. Tout doit donc commencer par un énergique plan de formation du personnel et de restructuration des entreprises.

En attendant, il ne faut pas tirer de plans régressifs sur la comète énergétique.

Pierre Auguste

Le 7 mars 2012

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Par Pierre Auguste le 2012-03-06

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Âme et destin des objets

ÂME ET DESTIN DES OBJETS


« Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles.
… Et nous voyons maintenant que l’abîme de l’histoire est assez grand pour tout le monde »
Ces bribes de pensée de Paul Valéry reprennent unité, sens et vigueur quand on les replace dans leur contexte, historique et littéraire, du lendemain de la première guerre mondiale, au cœur de la crise morale qui s’ensuivit en Europe. Nos débats d’aujourd’hui ne sont plus nourris par la culture générale et l’expérience des horreurs de la guerre.
Dans l’actuelle crise, mondiale, européenne et nationale, la pensée pourrait s’enrichir de nos pauvretés et de nos échecs. Nous autres civilisations, nous savons maintenant qu’il devient difficile de parler de nous-mêmes. Et nous savons qu’il faut se méfier des civilisateurs qui ne s’embarrassent pas de civilités. (NDLR)
Tant qu’une civilisation n’est pas morte elle entretient et rénove les coquilles matérielles ou immatérielles qu’elle s’est construites. Cela autorise le citoyen, et même l’oblige, à se préoccuper des infrastructures sans lesquelles nulle civilisation de saurait survivre.
Les discours politiques promettent tout. Et le contraire de tout. Ceux qui veulent tout reconstruire annoncent des tables rases et des merveilles de remplacement. Ceux qui s’émerveillent de l’existant veulent tout conserver de ce qui peut encore servir. Chacun à sa manière semble vouloir instituer l’humanité en « parfaite et définitive fourmilière ».
Notre civilisation n’est pas née hier. Il lui est difficile de vivre aujourd’hui en rêvant de demain. Son contenu d’humanité doit, au jour le jour, s’accommoder de l’existant qui est le résultat, bon ou mauvais, des réalisations des générations précédentes.
Le patrimoine est multiforme. Il va des acquis intellectuels, culturels et sociaux jusqu’à l’immobilier en passant par les grands équipements dévolus à la production d’énergie et aux transports.
Professionnels ou non, ceux qui ont en charge l’entretien, la conservation et la rénovation du patrimoine ne peuvent s’affranchir des intentions premières, des contraintes, des erreurs, des succès accumulés.
L’urbanisme répartit les espaces en fonction de leur usage individuel ou collectif.
Par des matières pondérales, l’architecture en massifie et pérennise les limites pour protéger les volumes des agressions des hommes et de la nature.
Le paysagisme fait en sorte « qu’un peu de nature vierge se montre unie à la forme, et la confirme. » (Alain ; Vingt leçons sur les beaux-arts). Encore faut-il définir ce qu’est cette virginité en un pays où partout la nature a été façonnée par l’homme.
L’architecture d’intérieur partage aménage, équipe et décore les espaces fonctionnels dévolus à la vie, aux loisirs, au travail, à l’enseignement, à la culture… Les aménagements intérieurs font corps avec l’infrastructure mais en sont techniquement séparables. L’évolution des techniques permet des remplacements respectant l’architecture générale des bâtiments. Les ornements et la décoration accompagnent le tout par des éléments à forte valeur surajoutée que sont les finitions, les fournitures, les fioritures, les fanfreluches, en abrégé les 4 F, que se plaisent à produire les artistes.
Les modes passent, les goûts changent. Les objets sont soumis à des tris successifs, qui les déplacent, les relèguent dans ces purgatoires que son les caves et greniers. Des renaissances inattendues les recyclent. La plupart finissent dans les déchets ou aux encombrants. Plus rares sont les objets admis, au titre d’œuvres d’art, à la gloire des musées officiels ou privés.
Nos débats préélectoraux nous rappellent tous les jours qu’en presque tout domaine se pose la question de décider ce qu’il faut conserver, remplacer, rénover, éliminer.
Comme dit le bon sens populaire, Paris et notre civilisation ne sont pas l’œuvre d’un jour. Nul ne pourra les remplacer ni les rénover en un siècle. Elles sont condamnées à une évolution continue, parcellaire, progressive, circonspecte.
Faute de réalisme, les meilleures intentions finissent aux oubliettes. Les ennemis de la civilisation sont l’ignorance, l’excès de confiance, l’étourderie, la puérilité. Bref, la bêtise.

Pierre Auguste

Le 29 février 2012

 

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Par Pierre Auguste le 2012-02-28

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Société de consumation et culte du feu

SOCIÉTÉ DE CONSUMATION ET CULTE DU FEU

 

Le feu n’est pas tombé du ciel avec la dernière gelée.

Et il y a bien longtemps que furent frottés deux morceaux de bois pour en faire la première allumette.

Le premier écologiste eût été là, le feu eût été interdit au nom du principe de précaution. Prométhée eût été enchaîné à titre préventif pour nous épargner la taxe carbone, les nanotechnologies, les allergies bronchiques, le déchaînement des éléments.

Le feu est aujourd’hui menacé d’inconstitutionnalité au titre de la repentance.

Au cours des âges, l’homme s’est souvent gratté la tête pour chercher ce qu’il pourrait brûler. Et il a toujours trouvé.

Il ne s’est pas privé de la cuisine, du chauffage, des hauts-fourneaux, de la locomotion et autres menus agréments de la technologie dont le jeu valait bien la chandelle. Tous les aigles vous le diront, le foie gras est meilleur quand il n’est pas cru.

C’est ainsi que la société de consommation fut toujours quelque peu une société de consumation. C’est pourquoi, du plus riche au plus pauvre, tout le monde aspire à consumer plus pour consommer mieux.

Pour plus de confort, l’homme a d’abord brûlé du bois à feu ouvert, puis dans des cheminées. Des combustibles nouveaux ont été ajoutés aux anciens sans jamais totalement les remplacer. Pour toujours plus d’autonomie, de mobilité, de puissance, on a brûlé du charbon dans des poêles, dans des hauts-fourneaux, dans des machines à vapeur. Du gaz et du pétrole ont alimenté les moteurs et les chaudières. Des matières fissiles ont été chargées dans les centrales électriques.

Le feu s’est taillé un empire. Le langage s’est toujours enrichi pour désigner les accessoires, les combustibles, les ravages matériels ou humains, les pratiques de brûlage et de brûlement. La guerre et l’art militaire y ont pris une large part.

Par extension, le feu est devenu une mine de métaphores cuisinées à toutes les sauces.

L’homme finit par ne plus bien distinguer l’événement de l’image, la réalité de la fiction

Même ce brave Racine mélange un peu les genres quand il fait dire au guerrier Pyrrhus, amoureux transi d’Andromaque : « Brûlé de plus de feux que je n’en allumai ». Il est brûlé par métaphore mais les feux qu’il alluma sont des actes de guerre bien réels.

Les industries du spectacle ont annexé les embrasements pour distraire les foules.

La combustion est une réaction en chaîne connue des médias et de la télévision d’exception culturelle. La première chaîne allume « Les feux de l’amour ». Pour que, sur la troisième, s’éternise et soit « Meilleure la vie » en un feuilleton dont chaque épisode consume quelque drame. Quand un dragon de spectacle embrase les foules en chantant à l’infinitif « Allumer le feu », des allumés risquent d’y entendre un impératif qui leur commande d’aller brûler quelque chose ou quelqu’un, quelque part. L’incendie-catastrophe et l’incendie-spectacle se mélangent dans les têtes en mal d’amusement.

Le ludique feu d’artifice a des prolongements dans les forêts que des pyromanes se plaisent à contempler quand souffle le vent et s’échauffe la nature.

Le feu est un outil efficace de revendication et de protestation. Quand le chaud-biz fait relâche, nous avons droit sur les voies publiques aux feux roulants des voitures que l’on ne compte plus, des pneus, des palettes, des récoltes. Çà et là un incendie plus ou moins accidentel nous donne l’amer plaisir de restaurer un château à l’identique.

Animal métaphysique, l’homme aime les feux rituels, pour manifester sa joie, fêter le retour du printemps, célébrer la Saint-Jean, chanter en chœur au bivouac dans la nuit.

C’est un enfant qui ne sait pas toujours modérer ses ardeurs et aime trop jouer avec les allumettes. Les pompiers veillent. Les écologistes surveillent l’eau. Mais qu’on se rassure, le consumérisme n’est pas en voie d’extinction.

Si elle ne l’est déjà, notre civilisation ne tardera à être la meilleure car on nous promet de l’améliorer tous les jours.

Écoutez les candidats à l’élection du grand tisonnier des fourneaux de la grande cuisine nationale. Chaud devant ! Demain, on gavera gratis.


Pierre Auguste

Le 21 février 2012

Pierre Auguste

Le 21 février 2012

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Par Pierre Auguste le 2012-02-21

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Le roseau pensif

LE ROSEAU PENSIF

 

Georges Brassens avait raison, il ne faut jamais laisser passer une occasion de saluer les Auvergnats. Blaise Pascal, le plus sagace d’entre eux, nous a appris que l’homme est un roseau. Le monde serait donc une roselière où vivent aussi ces drôles d’oiseaux paludicoles qu’on appelle les hommes.

L’un et l’autre se plaisent dans les marécages et dans les marigots.

Le roseau est pensant. Le drôle d’oiseau serait plutôt pensif, dans l’embarras du choix du roseau sur lequel se poser. Il ya toujours un calcul de probabilité et un pari à faire.

Quiconque fait le tour du penseur de Rodin reste dubitatif. Par sympathie, il se pose la question de savoir à quoi pense cette merveille sculpturale. Toute l’humanité semble être là en cet instant d’éternité. Chacun en a sa part, tous y sont tout entiers, dans l’angoisse de devoir penser à tout. Il faut que cet homme soit accablé par bien des soucis pour ainsi, toutes affaires cessantes, s’asseoir nu et se ronger les ongles jusqu’au métacarpe.

Toute énergie vitale semble avoir été extirpée de ce corps musculeux pour permettre au cerveau de développer sa pleine puissance. Tout laisse penser qu’il s’agit là d’un penseur à temps partiel. Comme l’a dit Alain, « la pensée se perd dans l’action comme l’eau se perd dans le sable. » Il fallait donc que le penseur soit immobile et tienne la pose. Car l’antidote de la pensée, c’est l’action.

François-Auguste-René Rodin aime le muscle, son marcheur le montre. À l’inverse Alberto Giacometti a sublimé l’homme qui marche. Il voulait qu’il ait moins d’efforts à faire pour s’extraire d’un corps réduit à sa plus simple expression.

L’intellect et le muscle seraient-ils concurrents ? Telle est la question qui taraude les présidents de clubs de supporters sportifs.

L’homme de Rodin est un penseur solitaire. On verrait mal les penseurs collectifs prendre cette pose en conseil des ministres, en conseil de défense, en conseil d’administration. La pensée collective est certes plus puissante. Elle est aussi plus superficielle, plus lente et ses erreurs sont plus dévastatrices.

À quelques pas de là, les bourgeois de Calais de Rodin expriment les humiliations provoquées par les revirements de pensée qui préparent ou accompagnent les alternances politiques. Nous avons toujours en réserve quelque Eustache de Saint-Pierre prêt à prendre la tête d’une délégation et la présenter en chemise et la corde au cou pour faire acte d’allégeance face à l’adversité. Le penseur collectif se trouve alors vite à court d’idées.

Rodin n’a pas encore tout dit. L’important est peut-être dans ce qu’il ne dit pas. Son penseur est un homme. Et le mot qui le désigne n’a pas de féminin ce qui est une offense à la féminité.

Pourtant, chacun le sait, il y a des femmes qui sont de grands penseurs ou de grands orateurs. En y regardant de près, chacun(e) peut se convaincre que féminiser ces mots serait quelque peu réducteur en divisant par deux la base de la sélection !

Les fleurs du roseau sont hermaphrodites. Selon toute vraisemblance, quel que soit son sexe, le roseau pensant est le siège d’une activité neuronale.

Giacometti a sculpté une femme qui marche dont le corps et les jambes sont bien fuselées. Mais la pauvrette a été privée de bras ce qui n’est pas très commode pour marcher bras dessus bras dessous avec son compagnon de toujours. Elle a aussi a été privée de sa tête, ce qui fait injure à ses capacités cérébrales.

Féminiser le penseur poserait un épineux problème de casting et de costume. Prendre pour modèle la Vénus de Milo laisserait sans réponse la question de savoir ce qu’il faut faire de ses bras et de ses mains quand on pense. La plastique culturiste n’aurait pas un look assez culturel pour évoquer l’acte pensant. En nos temps de discorde, aucun style ne pourrait recueillir tous les suffrages.

L’humanité en reste sur sa faim d’universelle parité.

Les sages vous le diront, la pensée peut naître ou ne pas naître selon que le roseau pensif apporte de bonnes ou de mauvaises réponses à de bonnes questions.

 

Pierre Auguste

Le 15 février 2012

 

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Par Pierre Auguste le 2012-02-14

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Renouveau de la pilosité

RENOUVEAU DE LA PILOSITÉ.

La moustache revient. On nous dit qu’il faut « l’oser ». On nous la recommande. L’homme a toujours été une plante pilifère. La femme aussi, dans une moindre mesure.

Les jeunes gens d’aujourd’hui redécouvrent les temps de la moustache obligatoire. Leurs grands-pères, quand ils étaient enfants, ont connu la pressante obligation d’embrasser de vieilles moustaches onctueuses. Cela leur déclenchait d’irrépressibles, répréhensibles et purificateurs revers de main, amples jusqu’à l’épaule en passant par le coude.

Les glorieux poilus étaient très attachés à leur moustache. Ils la défendaient avec leur légendaire acharnement.

« -Dis grand-père, veux-tu que je te rase aussi la moustache ? », demanda un jour un effronté, néanmoins affectueux qui le rasait avec un grand instrument d’époque.

-Bougrrre non, celle-là elle est allée à Verrdun ! »

Chaque poil était pour lui un titre de gloire.

La moustache a toujours rendu d’utiles services. On en a fait un instrument de séduction qui a laissé des souvenirs émus aux lectrices de Guy de Maupassant, aux admiratrices de Clark Gable, aux fans de Jean Dujardin, cet Artiste nouveau, muet, enjôleur, rétrospectif.

La moustache est artistique, littéraire, philosophique, scientifique et politique. Elle nous a donné une riche galerie de portraits bien brossés de ces chers disparus emblématiques que furent, chacun à sa manière, Salvador Dali, Groucho Marx, Georges Brassens, Friedrich Nietzsche, Georges Clémenceau, Léon Blum… L’écologie politique a enrichi la palette des moustaches d’une couleur, d’une texture et d’une forme qui rappellent la barbe de maïs et le porche de la cathédrale de Beauvais.

Notons que la moustache est un sous-ensemble de la barbe qui, en son ensemble, fut une arme guerrière. Comme le masque et le cri de combat elle était censée épouvanter l’ennemi. Le jeu de rugby en perpétue le souvenir. Elle est en passe d’y devenir un critère de sélection ayant la primauté sur la vitesse, l’adresse sur la balle, l’intelligence du jeu. Promue au rang de produit dérivé, la barbe est promise à un bel avenir publicitaire et commercial. Pour le renouveau économique et le bonheur des barbus.

La barbe est aussi une bannière sous laquelle se groupent les religions politiques et les religions religieuses. On reconnait les obédiences à la forme, carrée ou ronde, pointue ou fourchue, longue ou semi-rase, extensive ou étriquée…

La mouvance hygiéniste soumet la maintenance de la barbe à des « checks-lists » d’une rigueur tout aéronautique. À titre d’exemple on ne saurait impunément déroger à la chronologie matutinale qui gagne à faire succéder, dans l’ordre, l’ingestion du miel du petit déjeuner, le brossage des dents, le shampoing de tout le système pileux supérieur.

La barbe et la moustache sont des instruments sensuels que n’ignorent aucun de nos cinq sens. L’ère écologique promet les plus grands succès aux saveurs et aux parfums de la moustache Dujardin. Mais en notre bas monde le paradis n’est jamais loin de l’enfer.

L’idéologie écologique considère la barbe comme un biotope de forêt primaire dont la flore et la faune sont à protéger de toute intervention humaine.

Nul ne saura jamais qui de l’homme ou de la femme décide si l’homme doit ou non porter barbe et moustache.

Les canons du look masculin sont mystérieux et soumis à des conjonctions astrales que nulle science n’a su discerner

« Vraiment, un homme sans moustache n’est plus un homme. Je n’aime pas beaucoup la barbe ; elle donne presque toujours l’air négligé, mais la moustache, ô la moustache est indispensable à une physionomie virile.

« Oh ! ma chère Lucie, ne te laisse jamais embrasser par un homme sans moustaches ; ses baisers n’ont aucun goût, aucun, aucun ! Cela n’a plus ce charme, ce moelleux et ce… poivre, oui, ce poivre du vrai baiser. La moustache en est le piment. »

Ce témoignage est faussement féminin. Il fut, si l’on peut dire, mis dans la bouche d’une femme par Maupassant qui portait la moustache et la mouche. (1850-1873)

L’éternel macho n’a guère changé que d’un poil. Il est toujours à la recherche du temps perdu…Et à la recherche du temps à perdre.

 

Pierre Auguste

Le 8 février 2012

 

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Par Pierre Auguste le 2012-02-07

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Métiers de l'énergie

MÉTIERS DE L’ÉNERGIE

 

Le futur est déjà présent. Il l’est depuis longtemps. L’énergie dépensée pour en parler aujourd’hui démontre qu’on en reparlera. Oui, il faut parler de l’énergie aux jeunes générations. Il faut la leur présenter sous ses diverses formes et dans ses transformations de l’une en l’autre. Il faut leur faire comprendre que chacune de ces formes n’a d’autre noblesse ni d’autre indignité que celle de l’usage qu’on en fait. Aucune  ne doit être négligée ou condamnée au seul regard des savoir-faire d’aujourd’hui.

Même ceux qui affectent de mépriser la matérialité des choses doivent savoir qu’il est dans la nature de l’énergie d’évoluer spontanément vers sa forme d’énergie thermique qui n’est guère qu’une agitation mécanique « dé-coordonnée ». Nul ne doit ignorer que, même avec ses ordinateurs, le roseau pensant est un grand dé-coordonateur d’énergie.

La question énergétique se niche partout. Tous les grands systèmes construits par l’homme en sont tributaires, comme le montrent l’habitat, l’urbanisme, les transports, les établissements hospitaliers, la production d’objets matériels, la transmission et le traitement d’information, les loisirs.

L’énergie est une confluence de toutes les réalisations humaines.

Toutes ses sources méritent attention, appellent des recherches appropriées. Pour chacune, il faut déployer et maîtriser une grande diversité de sciences, de techniques et de métiers afin de produire, transformer, stocker, distribuer, utiliser, gérer, vendre, acheter, financer, répartir les ressources et les moyens de sa mise en œuvre.

Chacune de ces interventions nécessite de développer, de diffuser des savoirs et des savoir-faire spécifiques, de distinguer les spécialités professionnelles, de répartir les tâches, de coordonner et d’organiser les métiers.

Chaque source d’énergie, chaque processus de transformation a ses caractéristiques, ses domaines d’emploi, ses immensités, ses limites, ses nuisances, ses risques.

Géographie, biologie, physique, chimie, thermodynamique, aérodynamique, mécanique des sols, des solides et des fluides, ingénierie générale et spécialisée, informatique, économie, la liste est longue de toutes les disciplines qu’il faut maîtriser ou dont il faut avoir au moins un minimum de culture à tous niveaux professionnels. C’est tout autre chose de faire de la prospection géologique pour trouver et exploiter du pétrole, du gaz, des matières fissiles, des sites propices à la géothermie.

Ce sont des techniques très différentes qui permettent de capter l’énergie hydraulique selon qu’il s’agit d’un lac de barrage ou de courants sous-marins.

Certes il existe des parentés entre les différents domaines à commencer par les unités de mesure, la notion de rendement, la conduite des grands sites de production et de leurs systèmes de commande, de contrôle et de sécurité. Cette remarque vaut pour tous les types de centrales, nucléaires ou autres. Elle vaudra pour les installations agricoles qui, au titre de l’autonomie énergétique, tendent à se transformer en authentiques usines à gaz. Le développement des « usines » de bio gaz et des « fermes »éoliennes, bizarrement nommées, appellent acquisition et large diffusion de nouveaux savoir-faire pour concevoir, mettre en œuvre et assurer la maintenance d’équipements dispersés.

À tous les niveaux d’organisation des entreprises, l’encadrement et les opérateurs humains doivent être préparés à leurs tâches spécifiques. On mesure mal la difficulté de dispenser la culture générale et les connaissances spéciales nécessaires pour suivre l’évolution des techniques et s’adapter aux nouveaux générateurs. Nul tronc commun ne saurait assumer tous les enseignements et recyclages nécessaires à chacun des secteurs spécialisés qui doivent toujours coopérer, parfois cohabiter.

C’est un défi d’organiser l’enseignement et l’orientation de manière telle qu’on puisse entrer dans la vie active à différents niveaux. Comment pourrait-on, avec des cursus omnibus, faire en sorte qu’un parcours, qui doit être un tout pour les uns, soit un début pour d’autres ?

La seule question énergétique montre l’impérieuse nécessité de remettre... sur le métier, l’ouvrage de tout notre système d’enseignement, de formation et d’orientation.

Aurons-nous la volonté et l’énergie nécessaires pour entreprendre et conduire à bien la «longue et lourde tâche» qui pourrait nous extraire de la routine ?

Les embarras et les querelles du présent nous en font douter. L’avenir le dira.

 

Pierre Auguste

Le 1er février 2012

 

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Par Pierre Auguste le 2012-01-31

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Macro gestion des ressources humaines

MACRO GESTION DES RESSOURCES HUMAINES

 

Chaque entreprise puise dans les ressources humaines globales censées pourvoir à tout.

Ce supposé grand réservoir ne peut satisfaire toutes les attentes qualitatives et quantitatives. Comme tout autre système, le marché de l’emploi est un assemblage de sous-systèmes qui, même optimaux, ne sauraient constituer un système optimal.

Les ressources humaines sont gérées par des organismes interdépendants dont les dirigeants revendiquent l’indépendance.

Sous le contrôle de diverses autorités ministérielles, les structures d’enseignement accueillent à tous niveaux des élèves de toutes provenances.

Depuis l’école maternelle jusqu’à l’enseignement supérieur, une infinité d’établissements  se partagent enseignements, enseignants et enseignés qu’elles écoulent dans des cursus entrecroisés non toujours coordonnés ni complémentaires.

Les programmes sont définis par des organismes catégoriels et sectoriels d’une grande diversité. (Commission des titres d’ingénieur, Commission de la certification professionnelle, Commission d’équivalence des diplômes, Conseils de perfectionnement des établissements, Conférence des grandes écoles…)

Des cursus séquencés et fractionnés facilitent des ajustements mutuels entre les goûts et les résultats des élèves. Les capacités d’accueil des établissements et les besoins de l’aval utilisateur sont plus ou moins bien perçus, anticipés, exprimés.

Malgré les « numérus clausus», les ajustements sont plutôt qualitatifs. Ils ne sont pas toujours pratiqués en collaboration avec les entreprises dont le nombre et la diversité alourdissent toute concertation. Le choix des programmes est souvent réalisé en circuit fermé par les enseignants en fonction de l’idée que, de l’extérieur, ils se font de l’économie et de ses besoins.

Une macro gestion des ressources humaines appelle un volet quantitatif. Elle doit servir une multitude de décideurs, collectifs ou individuels, jaloux de leur autonomie.

Malgré tous ses efforts, la collectivité ne peut maîtriser la démographie générale, les migrations, la définition des enseignements, l’orientation professionnelle et son corollaire de la sélection. La somme des décisions individuelles prime sur les intentions politiques.

Les pouvoirs publics étudient, légifèrent et agissent dans le cadre qui leur est dévolu par les institutions. L’art politique en charge de la globalité des offres et demandes ne peut espérer contenter tout le monde car chaque partie-prenante voit midi à sa porte.

L’observateur de nos tâtonnements nationaux se prend à regretter qu’il manque une sorte de macro gestion des ressources humaine qui coordonnerait les efforts. Mais notre république jacobine est habile à créer des usines à gaz bureaucratiques et à compliquer, obscurcir et retarder le traitement des problèmes en les érigeant en problématiques.

Des progrès pourraient être obtenus en développant dans la plus grande université de chaque région une unité ayant pour vocation de devenir un observatoire des flux et des cursus, un institut de recherche, d’enseignement, d’orientation et de concertation.

La description des contenus, la modélisation des cursus et des liens entre les disciplines, la qualification et la quantification des flux et des présences dans les cycles, l’inventaire des diplômes et des débouchés permettraient d’éclairer les responsables et les parties prenantes d’une gestion globale prospective et concertée des ressources humaines.

On objectera qu’il est peu réaliste de prétendre maîtriser à brefs délais des phénomènes aussi complexes et imbriqués. C’est une raison de s’y engager sans tarder. On pourrait commencer par une expérimentation régionale. Cette structure serait ensuite « clonée », généralisée et mise en réseau par la diffusion des acquis, notamment dans les bases de données, la synthèse et l’échange d’informations, les logiciels, les modèles de simulation

La mécanique des fluides, la météorologie, les « méthodes des éléments finis » pourraient fournir une panoplie d’analogies constructives. Ainsi pourrait naître et progressivement se développer un sous-système de contrôle et de commande d’un vaste système de gestion qui manque de capteurs, d’indicateurs…et de cohérence.

L’homme a toujours été inventif pour forger des outils de prévision de l’imprévisible. Cartes du ciel, cartes à jouer, entrailles des oiseaux, boules de cristal, marc de café…Quoi d’autre ? ( What else ? Dirait-on en bon français publicitaire.)

Les prévisionnistes politiques ne voient rien venir. Les financiers adorent les embrumer.

C’est ainsi que nous vivons dans un système tatillon, qui avance à tâtons.

 

Pierre Auguste

Le 25 janvier 2012

 

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Par Pierre Auguste le 2012-01-24

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Tectonique des plaques professionnelles. - 3 Mise en oeuvre

TECTONIQUE DES PLAQUES PROFESSIONNELLES.

3 Mise en œuvre.


La division du travail et la spécialisation sont les moteurs de la prospérité et la source de malheurs. Personne ne peut en revendiquer la paternité. Chacun en est responsable.
Les métiers, et le marché du travail sont le résultat d’un long processus spontané de création. Leur évolution semble hors de portée de toute action politique. Ce ne sont pas les maigres résultats des efforts successifs pour soutenir l’économie et réduire le chômage qui peuvent démontrer le contraire.
Quand on a tout essayé…il faut faire autre chose. En commençant par observer les réalités. La mise en œuvre d’une autre politique de l’emploi suppose prise de conscience et abjuration des doctrines.
Les génies tutélaires de l’économie n’obtiennent rien d’efficace par des actions autonomes, des guerres partisanes ou intestines, des oppositions systématiques.
Une insatiable hydre à cinq têtes vit sous perfusion, avitaillée par l’élixir économique.
L’administration est le bras séculier et le vivier du corps politique. L’une et l’autre sont les antichambres de la haute direction des grandes entreprises et des grands services publics dont dépend la multitude des petites et moyennes entreprises.
Conduits par des professionnels de la représentation, les syndicats finissent par se lover dans les positions acquises, les postures de routine, les alliances tacites.
L’économie est finalement sous l’emprise directe ou indirecte d’une aristocratie administrative qui fait ce qu’elle sait faire : établir des budgets, gérer du personnel, créer des taxes et des statuts, saisir les opportunités pour asseoir son influence.
Certes l’élite excelle à conduire des grandes réalisations notamment dans l’aérospatial, les transports, la production d’énergie, l’aménagement du territoire. Mais les menues besognes des petits projets l’intéressent peu car elles ne lui permettent pas de donner toute sa mesure, ne leur offrent pas des débouchés personnels.
C’est pourtant l’économie courante et les petites structures qui génèrent la grande masse des offres de travail, ouvrent les plus grandes perspectives globales de création d’activité et d’emplois, d’innovation, de croissance.
La mise en œuvre de vastes programmes est nécessaire pour mettre de la cohérence dans le chaos des métiers et du dynamisme dans l’économie. Et permettre à chacun de se rendre utile, de trouver place en la société, de se procurer des moyens d’existence.
Il y a fort à faire pour observer les évolutions des techniques et des métiers, détecter les secteurs d’avenir, accompagner les changements, soutenir l’adaptation du personnel, établir des règles équitables de division du travail, tenir à jour un cadre juridique d’exercice des professions et des spécialités, bannir les rigidités corporatistes, sclérosantes, inhibitrices.
Voilà coiffées les trois premières têtes de l’hydre que sont le corps politique, le corps administratif et le corps syndical.
Mais l’économie ne se limite pas aux actes de direction institutionnelle. C’est aussi un « art tout d’exécution » dont les acteurs sont plus nombreux que les autorités régnantes.
Personne ne l’ignore maintenant, le système bancaire exerce de fait un droit de vie ou de mort sur l’économie marchande, en définitive la seule qui vaille.
La résorption du chômage ne se limite pas à une fonction de répartition des emplois existants. Elle consiste surtout à créer et à soutenir des activités capables de satisfaire tous les besoins, de permettre à tout individu de se donner les moyens d’exister et de s’épanouir, de prendre en charge les plus faibles dans l’incapacité de pourvoir à leurs besoins. Force est de constater que tels ne sont pas les objectifs et les obligations impartis par les têtes dirigeantes aux gastéropodes financiers.
Nous avons gardé, pour la bonne bouche, la tête enseignante de l’hydre. Elle a jusqu’à présent voulu vivre hors de toute indépendance. Nul ne sait encore ce qu’elle va faire de l’autonomie proclamée de l’université. Chercher, assembler, conserver, diffuser les savoirs sans sacrifier à l’utilitarisme doivent rester les objectifs premiers de l’enseignement. Mais les médiocres résultats constatés dans la préparation de la jeunesse à la vie citoyenne, à l’exercice des métiers et à l’évolution des techniques, appellent de vigoureuses remises en cause des intentions, des pratiques pédagogiques, de l’orientation professionnelle, des besoins de l’économie.
Une réforme des modes de financement de l’enseignement est inéluctable. Elle devrait commencer par la révision de l’assiette et de la répartition de la taxe professionnelle qui frappe les petites structures et ne leur permet pas d’en bénéficier. Elle devrait ensuite associer les grandes entreprises à la définition, au financement et à l’exécution des enseignements qui les concernent.
L’esprit bureaucratique a imaginé que le chômage pourrait être éradiqué par le partage des emplois et la réduction du temps de travail. C’était en quelque sorte croire que la réduction de l’épaisseur des plaques tectoniques en diminuerait la fragilité et la turbulence.
Le fabuliste avait pourtant prévenu les apprentis tectoniciens qui prétendent diriger l’économie. Quand les montagnes se mettent en travail, elles accouchent d’une souris.
Ce sont les hommes qu’il faut mettre au travail. Et ne pas laisser la jeunesse s’aliéner dans cette religion du loisir qui ne sait guère que mendier du pain et réclamer des jeux.

Pierre Auguste

Le 18 janvier 2012

 

Pour mémoire :


LA MONTAGNE QUI ACCOUCHE

Une Montagne en mal d'enfant
Jetait une clameur si haute,
Que chacun, au bruit accourant,
Crut qu'elle accoucherait, sans faute,
D'une cité plus grosse que Paris ;
Elle accoucha d'une souris.
Quand je songe à cette fable,
Dont le récit est menteur
Et le sens est véritable,
Je me figure un auteur
Qui dit : Je chanterai la guerre
Que firent les Titans au Maître du tonnerre.»
C'est promettre beaucoup : mais qu'en sort-il souvent ?
Du vent.

Jean de La Fontaine (1621-1695)

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Par Pierre Auguste le 2012-01-17

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Tectonique des plaques professionnelles. 2-Mise en perspective

TECTONIQUE DES PLAQUES PROFESSIONNELLES.

2 Mise en perspective.


L’humanité est confrontée à des problèmes toujours plus nombreux, toujours plus complexes, toujours plus pressants. La croissance démographique, l’insatiabilité des hommes, la globalisation des besoins individuels, exacerbent les concurrences et les tensions ; augmentent les risques, la gravité et la durée des conflits.
Toute société est menacée de troubles tant que tous les individus n’ont pas la possibilité d’y assurer leur subsistance et de s’y rendre utile. Aucune ne peut satisfaire toutes les attentes si elle est inapte à employer tous les talents.
La vie se moque des doctrines. Et l’économie se construit un peu comme un cristal, en obéissant aux lois physiques.
Les praticiens savent qu’en la vie tout commence et tout finit par la pratique. Les philosophes disent plus joliment que l’existence précède l’essence.
La division du travail, la spécialisation et l’organisation des échanges résultent d’une multitude d’initiatives individuelles qui n’obéissent à nul plan d’ensemble
La division du travail est une dynamique qui a existé bien avant d’être mise en théorie. Selon l’obédience idéologique héritée d’Adam (Smith) ou de Karl (Marx), les uns y voient une source libérale de progrès pour l’humanité, les autres veulent y voir un processus capitaliste d’aliénation de l’homme
Il est bien difficile de fabriquer une automobile d’une main en cultivant son jardin de l’autre. Même les plus industrieux doivent accepter la division technique du travail qui est un sous-produit des exigences des consommateurs. (Prix, délais, qualité).
Le goût de l’exotisme découple production et consommation. Et pour manger toute l’année des fruits et légumes, il faut bien admettre une division internationale du travail.
La division du travail et la spécialisation sont des réalités qui commandent l’organisation de la société.
Aux plaques professionnelles se superposent les strates et les fibres d’une infinité de systèmes et sous systèmes nés par génération plus ou moins spontanée.
Les partis politiques, les organisations syndicales et patronales, les administrations plus ou moins institutionnelles, les secteurs professionnels, les zones géographiques, les bassins d’emploi, sont autant de plaques qui se chevauchent, s’entremêlent, interfèrent, coopèrent ou se combattent, concassent les structures, diluent les responsabilités.
Comme les rapports personnels, les relations des collectivités deviennent vite infernales. Et « l’enfer c’est les autres. »
Dans nos démocraties représentatives, la plupart des logiciels sont structurés par la volonté de croissance de l’assise des systèmes, le désir de pérennité des statuts, l’obsession de la réélection.
Inféodés à des partis divisés, les hommes politiques font des promesses qu’ils ne peuvent tenir. Les mesures générales qu’ils proposent supposent des accords nationaux et internationaux sur lesquels ils ont peu de prise. Leurs incitations ponctuelles sont sans grand effet car elles sont soumises au bon vouloir de leurs destinataires.
Les organisations patronales sont des groupements d’intérêt économiques qui privilégient les grandes structures, paralysent et phagocytent les petites.
Les organisations syndicales sont trop nombreuses pour être représentatives et attractives. Par la fatalité, qui affecte tout système, elles guerroient pour leur représentativité, leur primauté, leur pérennité. Elles s’enferment dans la spirale revendicatrice qui finit par décevoir les attentes de leurs mandants actifs trop peu nombreux et par nuire aux intérêts de la multitude qu’elles prétendent défendre.
Le système d’enseignement, de formation et d’orientation professionnelle vit dans son univers. Il s’organise en fonction de l’idée qu’il se fait de sa mission et selon ses propres besoins.
C’est ainsi que chacune des parties prenantes, et finalement les aspirants à une profession et à un emploi, s’agitent si souvent à côté de la plaque.

Pierre Auguste

Le 11 janvier 2012

 

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Par Pierre Auguste le 2012-01-10

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Tectonique des plaques professionnelles. 1-Mise en relief

TECTONIQUE DES PLAQUES PROFESSIONNELLES. 1-Mise en relief.


Les débats politiques ont une utilité. Ils montrent les causes, la multiplicité et l’imbrication de nos difficultés. Ils laissent entrevoir, leurs conséquences à court, moyen et long termes, que nul ne saura maîtriser, et surtout pas les prétentieux.
Les débats et les guerres des religions politiques ont pour effet immédiat de mettre les entrepreneurs dans l’expectative, l’économie en état d’expectance, les partis dans l’expectantisme, les expectants de quelque sinécure, en insatiable appétit.
Il est certes bien difficile de faire une campagne électorale en se taisant. Mais ceux qui promettent monts et merveilles semblent ignorer que toute communication sur la crise, toute mise en cause des mesures prises ou envisagées, figent le recrutement qui est l’une des formes essentielles de l’investissement. Il manque aux « grands » d’avoir à payer, sur leurs deniers, la facture de l’effet inhibiteur de leurs propos. Leur inaction et leurs agitations obèrent les résultats de long terme.
Ceux qui font profession de mettre en rapport offreurs et demandeurs d’emploi s’intéressent à ce qui, en leur amont et en leur aval, conditionne leur activité. Donc à l’économie et à la politique. Ils savent que le marché de l’emploi n’est pas un simple jeu de billard américain qui consisterait à pousser des boules dans des trous.
Réalités et pratiques sont tout autres. Les activités et la division du travail sont en perpétuel remaniement. La lenteur de certaines évolutions professionnelles masque les changements et favorise les assoupissements. Que les endormissements soient lents, ou rapides comme ceux de Gaston Lagaffe qui s’endormait en sursaut au bureau, les réveils sont brutaux et douloureux.
Le monde est rarement tel qu’on l’a laissé la veille. Le soleil ne se couche jamais sur l’économie mondialisée.
Certains secteurs de l’économie sont stables. Ainsi en est-il de « l’ingénierie » de la coiffure. Une coupe de cheveux reste à peu près ce qu’elle fut toujours. Bien qu’elle s’assaisonne de produits et de services nouveaux et de connaissances nouvelles, elle requiert à peu près la même quantité de main d’œuvre et le même savoir faire de base.
Autour de quelques môles économiques inamovibles, liés aux besoins essentiels de la vie, s’entrechoquent ou interfèrent la multitude des professions en évolution interne mais aussi en perpétuel mouvement relatif.
L’économie obéit aux règles et contraintes d’une sorte de tectonique de plaques professionnelles en perpétuel travail d’enfantement. En voici quelques exemples.
La médecine humaine, la médecine vétérinaire, la pharmaceutique, l’odontologie, l’imagerie et l’appareillage d’investigation, la prothèse, le thermalisme, les soins corporels, coopèrent, s’allient ou s’opposent selon les circonstances, selon les objets, selon les intérêts.
Les plaques technologiques éclatent sous les effets de la mondialisation, de la sous-traitance, du durcissement des plaques financières métamorphiques.
Les plaques managériales tantôt suivent les mouvements, tantôt entrent en subduction, sont laminées, cisaillées, fracturées.
À la jonction des plaques surgissent des éruptions, des séismes, des reliefs nouveaux.
À la lumière des réalités, le billard américain apparaît quelque peu tourmenté. Tout y bouge. Rien n’y est plan. Des trous changent de forme, de dimension, se bouchent ou se créent. Les boules à caser ne sont pas passives. Elles ont leur idée, parfois fausse, de ce que devrait ou pourrait être leur parcours.
Bref, tout est toujours plus compliqué que ne croient ceux qui prétendent mettre de l’ordre dans le chaos. Des questions essentielles appellent des réponses toujours renouvelées. Que faut-il produire ? Que faut-il enseigner ? Que faut-t-il apprendre ?
Nulle bureaucratie ne peut répondre. Nul dirigisme ne peut prétendre baliser tous les chemins. Nulle autorité ne peut imposer des choix et réguler les circulations moutonnières. Une redistribution des rôles doit commencer par les sommets.
Nous y reviendrons.

Pierre Auguste

Le 4 janvier 2012

 

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Par Pierre Auguste le 2012-01-03

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Vices et vertus des métaphores

 

VICES ET VERTUS DES MÉTAPHORES.

 

Il n’y pas d’âge pour le radotage.

Ceux qui font métier de communication en sont les plus menacés. Et les plus menaçants. Les hommes politiques, les chroniqueurs, les enseignants sont souvent multimédias et cumulent l’exercice de diverses disciplines.

Chaque métier a sa culture, ses cursus, ses doctrines, ses mœurs, ses rites, ses ornières mentales, son vocabulaire. Sans même nous en apercevoir nous sommes tous disciples de quelque éminent professionnel. Nous en assimilons les savoirs, les expressions, les intonations, les tics, pour en faire notre miel. « La métaphore n’a l’air de rien mais on lit dans la métaphore comme dans les lignes de la main. » (Alexandre Vialatte).

Par œcuménisme, nous empruntons des analogies et des terminologies aux métiers circonvoisins pour mieux nous faire comprendre. Piégés par les fleurs de la rhétorique et de la dialectique, nous devenons quelque peu adeptes des religions professionnelles.

Les métaphores et les analogies ont quatre vertus cardinales. Elles drainent des acquis intellectuels, exposent des idées sans avoir à les démontrer, permettent de s’exprimer par raccourcis, autorisent à se répéter sur le fond en variant la forme.

Comparaison devient raison. Contrevérité réitérée répand des parfums de véracité.

Les arts médicaux, sportifs et guerriers sont pourvoyeurs de vocabulaire.

Nous engrangeons tous des richesses sémantiques plus ou moins ésotériques dans nos caves, celliers et coffres cérébraux.

Les références bibliques sont anciennes et universelles. Elles ont trop servi pour être utilisées dans un monde avide de nouveauté. Elles reviennent en catimini, relookées, transposées, déformées.

La mythologie grecque a tant de riches généalogies, tant de dieux spécialisés auteurs de tant merveilleux exploits et de tant d’abominables turpitudes qu’elle est polyvalente et inépuisable. Les Romains en ont peu varié les symboles. Ils se sont satisfaits d’un simple clonage lexical qui a compliqué la nomenclature mais épargné à ces paresseux l’effort des grandes réformes.

Les références littéraires, philosophiques et scientifiques sont plutôt réservées aux initiés. Ou au contraire aux ignares admiratifs. Préalablement à toute communication, il est recommandé de mettre en examen l’auditoire pour savoir où il en est de ses connaissances. Et il vaut mieux ne pas trop mélanger les genres.

Nous avons tous le souvenir de tel politicien qui avait pour objectif de porter remède à l’asthénie économique en faisant monter tout le monde sur le pont. Il demandait au citoyen de changer de braquet pour aller au charbon car il y avait assez de pain sur la planche pour que chacun se fasse un devoir de tenir son créneau.

Nous voyons le résultat de cette collaboration interdisciplinaire : tout le monde tire sur tout le monde…à boulets rouges.

Les dernières mines et salves de métaphores proviennent de la géologie.

Dans notre monde en crise les continents intellectuels sont à la dérive. Les plaques sociétales se bousculent. Les strates institutionnelles sont cisaillées et fracturées. Les, contraintes s’accumulent au niveau des subductions démographiques. Le citoyen sinistré, déclenche des apocalypses politiques qui laissent irrésolus les problèmes en chantier et ceux qui font carrière de les résoudre.

La tectonique fait un tabac dans les éruptions sociales. Elle exhale de la fumée, crache de la lave, projette des bombes, expectore des cendres des entrailles de la terre. Elle fait tousser les avions, ébranle le microcosme, fait tonner les météorologues, provoque la réplique des tectoniciens, ébranle le microcosme, déclenche des tsunamis politiques, hisse les médias sur les hauts degrés de l’échelle pourtant ouverte de Richter.

Les volcans islandais et les séismes japonais nous ont rappelé que la terre ne s’exprime pas avec des métaphores. Il faut rendre à « Tectonic man » ce qui appartient à la tectonique. Et ne pas parler trop vite. Les musiciens diraient : « Allegro ma non troppo ».

La musique politique ne l’entend pas de cette oreille.

Elle nous promet une bonne année.

 

Pierre Auguste

Le 28 décembre 2011

 

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Par Pierre Auguste le 2011-12-27

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Démantèlement nucléaire et glaciation économique

 

DÉMANTÈLEMENT NUCLÉAIRE ET GLACIATION ÉCONOMIQUE.

 

0n ne saurait trop mettre en garde les jeunes contre les dangers de la vie. Mais ce n’est pas un service à leur rendre de se substituer à eux pour décider de leur destin.

Chaque siècle frappe de malheurs les générations qui s’y succèdent.

Celles des quatorzième et quinzième siècles ont vu la guerre de cent ans. La conquête du pouvoir et du droit de succession les fit s’entretuer, mit à mal leur économie, les engagea sur les chemins d’une longue et orageuse « amitié » avec les Britanniques.

Au seizième siècle, sous prétexte religieux, et par de nouvelles luttes sous-jacentes pour le pouvoir, notre pays exila une grande partie de ses enfants au détriment de son…P.I.B.

Le dix-septième siècle en fut une sorte de remake. Sous couvert d’unité, par la révocation de l’édit de Nantes et les dragonnades, notre bon royaume envoya aux galères, en exil, et ad patres, un grand nombre de ses enfants. Notre Roi soleil disposa si bien les Allemands à notre égard qu’ils conservent jalousement une tour penchée de la forteresse de Heidelberg, pétardée par Turenne.

À la fin du dix-huitième siècle, notre grande nation s’offrit le luxe d’une révolution, autodestructrice et fondatrice comme elle les aime, et comme les abhorrent nos voisins.

Le dix-neuvième siècle nous vit chercher un régime politique à hauteur de nos nobles ambitions universelles. Nos guerres et nos paix bi-napoléoniennes, glorieuses ou désastreuses, préparèrent les grands affrontements ravageurs du vingtième siècle.

Nos dirigeants ont toujours excellé à faire notre bonheur en nous faisant entretuer, en détruisant notre économie, en nous ôtant toute espérance. Ceux de demain cherchent ce qu’ils pourraient bien inventer pour nous inscrire dans le droit-fil de nos errements.

L’Europe étant maintenant pacifiée, nous ne pouvons guère compter sur les autres pour affaiblir notre économie. Il faudra bien nous en occuper nous-mêmes !

Les zizanies des prétendants au pouvoir y pourvoiront par d’autres guerres de religion.

La querelle des lubies de l’antinucléaire contre les lobbies du nucléaire est une suite ininterrompue de batailles de dérangés antagoniques, armés de stéréotypes terminologiques.

Pour certains, le filon de la décroissance énergétique assurerait en toute sûreté le plein emploi et ferait le bonheur de l’homme «  retourné, plein d'usage et raison, /vivre entre ses parents le reste de son âge ! » Ils soupirent : « Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village/Fumer la cheminée, et en quelle saison… »

Pour d’autres, doivent primer la continuité des efforts, la sauvegarde des acquis techniques.

Certes, la sagesse commande d’aller vers plus de sobriété et de veiller à la sécurité. Mais il faut se garder d’une politique de gribouille qui provoquerait un choc énergétique auprès duquel les chocs pétroliers seraient de doux souvenirs des bons vieux temps révolus.

Renoncer à jamais à l’énergie nucléaire serait une folie. Jeter aux orties le fruit de cinquante ans d’efforts serait une bien singulière façon d’assurer la prospérité d’une nation en crise, plongée dans un monde en crise. Miser sur un équilibre énergétique nouveau, obtenu par des économies et par des productions nouvelles, est un pari sur l’existence et la bonne volonté des dieux qui ont si bien veillé sur la Grèce.

Les querelles olympiennes et la quête des aspirants aux délices Élyséennes sont les plus sûrs moyens de produire… une glaciation économique propre à inhiber le réchauffement de la planète et anéantir « la plus douce vie promise aux humains ».

Nous avons précédemment mentionné ici les contraintes physiques qui s’imposeront à la production électrique future :

  • Nécessité de maintenir un puissant noyau dur nucléaire pour conserver la pilotabilité d’un réseau électrique constitué de sources toujours plus nombreuses et plus dispersées, dans l’espace et dans ses statuts ;
  • Difficulté de conduire et de coordonner des évolutions polymorphes d’un réseau central et de la nuée de ses satellites ;
  • Incertitudes sur la capacité des responsables à développer, à un rythme adéquat, des sources nouvelles d’énergie et des économies peu renouvelables.

À ces inéluctables difficultés d’ordre scientifique et technique s’ajoutent des contraintes majeures d’ordre économique et social que ne semblent pas mesurer les porteurs de promesses.

L’impact d’une transition énergétique décroissante, prônée ici ou là, serait un cataclysme qui bouleverserait ce que l’on pourrait appeler la tectonique des plaques professionnelles.

Les actuels problèmes concernant nos finances et notre situation de l’emploi augurent mal de l’avenir de nos ambitions et de notre aptitude à les satisfaire.

Oui, il faut se méfier des apprentis sorciers. Mais aussi des apprentis sourciers. Pour que le rêve d’Aréva et les rêves d’ÉVA ne tournent pas au cauchemar !

 

Pierre Auguste

Le 21 décembre 2011

 

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Par Pierre Auguste le 2011-12-20

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Energies de complément. Les plongeurs d'Acapulco

 

ÉNERGIES DE COMPLÉMENT. Les plongeurs d’Acapulco

 

Toutes les formes d’énergie existent de toute éternité. Il faut donc s’interdire de parler d’énergies nouvelles. En vertu du bon vieux principe de la conservation de l’énergie, dans un système fermé rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.

Il n’existe guère que des énergies inexploitées, mal transformées, mal exploitées.

Les énergies de substitution ou alternatives supposent que l’on dédaigne ou dilapide l’une des formes d’énergie dont l’architecte de l’univers a eu la bonté de nous doter.

Toutes les énergies sont complémentaires. Les énergies de complément méritent donc tout intérêt.

On peut certes compter sur les énergies dites alternatives ou renouvelables. Mais chacune alterne ou se renouvelle à sa manière, selon ses rythmes. Le soleil brille le jour et s’éteint la nuit. Son énergie est partiellement et aléatoirement absorbée par l’atmosphère cette mégère que nul ne peut apprivoiser. Les énergies alternatives ont la caractéristique de n’être pas continues comme le montrent vents et marées.

Même au singulier, le cycle du carbone est d’une extrême diversité. Les forêts se renouvellent à rythme centenaire. Les biocarburants sont saisonniers. Leurs calories potentielles concurrencent les calories alimentaires pour l’emploi des sols cultivables.

Naturelles ou provoquées par l’homme, les transformations d’énergie suivent des chemins plus ou moins malaisés, selon les temps plus ou moins orageux.

Depuis la nuit des temps, l’homme agrémente sa vie et augmente ses performances. Il invente, multiplie, dissémine des capteurs de toutes sortes pour prélever une part des énergies de passage.

Moulins et voiles domestiquent les vents. Turbines et moulins asservissent les eaux. Feux et foyers donnent de l’ardeur et de l’élan aux fluides, provoquent des vents et des courants artificiels exploités en des lieux appropriés. Ces transformations commandées complètent et enrichissent les techniques primitives.

Bien d’autres sont encore utilisables qui ne manqueront ni de nous étonner ni d’entrer tout naturellement dans notre vie. La recherche et le développement y trouvent et y prendront de nouveaux essors.

Les nouveautés se heurtent aux peurs et aux conservatismes non seulement des ignorants mais aussi des plus savants. En 1836, François Arago mit les populations en garde contre le train. Mû par le charbon et de la vapeur, cet engin diabolique atteindrait des vitesses dangereuses pour les poumons de l’homme et la nature… et allait efféminer les soldats ! Les nuisances de la vitesse ne furent pas celles qu’on attendait.

Les plus belles découvertes et les plus fructueuses initiatives sont toujours dues à des individus. Mais en définitive le plus difficile et le plus long pour les mettre en pratique est de vaincre d’abord des résistances collectives.

Aux réticences de principe succèdent la routine, les difficultés de mise en œuvre, la force d’inertie des choses, les impératifs du temps, les inaptitudes, les imprévisions.

La « transition énergétique » ne saurait échapper aux aléas qui menacent toutes autres transitions. Il faut toujours transiger avec les exigences des hommes, les contraintes sociales, les conservatismes professionnels, les limites de l’action politique.

De mémorables ratés de l’action collective ont marqué ces quatre dernières décennies.

La reconstruction et la reconversion des abattoirs de la Villette, le rebouchage du perpétuel trou des halles, l’abattage des perles de l’habitat en barres, la réaffectation de l’île Seguin, sont imprimés dans les mémoires. Ce sont autant de témoins de ce que peuvent faire les professionnels et les décideurs pour retarder et rendre inaptes à la navigation des grands vaisseaux pourtant construits à grands frais et dans le respect des normes et règles de l’art.

Avant même d’avoir mis au point les détails de la relève énergétique par des économies et par de nouvelles technologies, on envisage d’arrêter les centrales nucléaires. Cela fait penser aux plongeurs d’Acapulco. Ils s’élancent au creux de la vague en espérant que la mer sera au rendez-vous, au terme de leur trajectoire. Le spectateur en frémit.

 

Pierre Auguste

Le 14 décembre 2011

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Par Pierre Auguste le 2011-12-13

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Economies d'énergie. Entre boulimie et anorexie

 

ÉCONOMIES D’ÉNERGIE. Entre boulimie et anorexie

 

Tout le monde semble d’accord sur la nécessité de faire des économies d’énergie.

Un consensus se dessine donc entre les candidats aux prochaines élections quinquennales. Ce sera sans doute le seul. Et encore n’aura-t-il qu’une portée limitée et volera en éclats dès que l’on passera des intentions à la pratique.

Dans les années soixante-dix, quand les premiers chocs pétroliers nous sont tombés sur la tête, nous sommes partis à la « chasse aux gaspis ». Nous n’en sommes pas rentrés bredouilles. Mais dès l’année 1985, l’ardeur des pouvoirs publics fut mise en veilleuse. La force de l’habitude nous remit sur la courbe de la boulimie énergétique. La part de la consommation de produits carbonés a été quelque peu réduite. Cela résultait moins d’économies induites par les changements d’attitude de consommation que de transferts vers d’autres sources, d’évolutions des productions industrielles ou des technologies.

Il faut prendre garde aux apparences. Dans le domaine des transports, les économies d’origine technique sont absorbées et masquées par la croissance des trafics.

Une légère diminution de la consommation des automobiles a pu être obtenue malgré l’accroissement du parc de véhicules. Elle est due à la réduction de la taille moyenne des voitures, aux progrès techniques des moteurs, au plus grand respect des vitesses de circulation. Il serait donc fallacieux d’y voir un potentiel important d’économies.

Les transports en commun ne pourront jamais satisfaire tous les espoirs qu’ils suscitent, faute d’avoir assez de souplesse pour relier tout point à tout autre.

La locomotion électrique est encore coûteuse. Son avènement est susceptible d’apporter des applications urbaines économes mais provoquera des transferts vers la production d’électricité dont les besoins s’en trouveront accrus.

Le poste le plus important de l’énergie domestique est celui du chauffage et du conditionnement. Des améliorations progressives sont accessibles par l’isolation des bâtiments, par l’adaptation des matériels et de leurs procédures d’emploi. Mais cela n’interviendra guère qu’au rythme de la rénovation de l’habitat et des constructions nouvelles dont on connaît l’insuffisance numérique et la lenteur. Le programme de rénovation des ascenseurs qui fut lancé il y a quelques années est un témoin malheureux de notre capacité de rénovation des bâtiments collectifs.

Ce n’est pas en couplant les problèmes difficiles, tels que l’habitat et la consommation énergétique, que l’on simplifiera leurs solutions et la conduite à leur terme.

Les perspectives pour l’immobilier individuel ne sont pas plus prometteuses.

Outre la question du choix du mode énergétique, que les joutes politiques ne facilitent pas, se posera désormais le problème des travaux qui lui sont associés.

Les travaux d’isolation, la reprise de la plomberie du chauffage central, l’adaptation de la distribution électrique, l’alimentation éventuelle en gaz constituent des chantiers peu compatibles avec l’occupation des lieux pour une vie normale.

La remise à niveau énergétique de l’habitat ancien est donc un processus lourd, long et coûteux qui, par la force des choses, sera couplé avec le cycle des ventes et des achats.

Les jeunes accédants à la propriété qui ont déjà bien des difficultés à financer leurs acquisitions ne pourront pas faire exécuter les travaux avant installation.

Les personnes âgées seront peu enclines à faire des dépenses qu’elles n’auront pas l’espoir d’amortir et que d’ailleurs nul ne se risquera à financer.

Nous vivons en des temps où les dettes ne sont pas à la mode. L’absence de financements massifs entraînera des imprécisions, des glissements, des retards de programmes, auxquels s’ajouteront les goulets d’étranglement créés par les délais de prise de compétence des entreprises dans les techniques nouvelles.

En ces domaines comme en bien d’autres « La plus belle ambition s’éteint dans le livre de dépense du ménage » (Honoré de Balzac ; Expert en dettes ; 1799-1850)

Si est exclue la décroissance autoritariste prônée par certains, et si se fait attendre la prospérité promise par tous, il est fort vraisemblable qu’il en sera longtemps ainsi.

À demain les économies ! Place aux optimistes économes, pétris de pertinacité.

 

Pierre Auguste

Le 7 décembre 2011

 

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Par Pierre Auguste le 2011-12-06

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Energie nucléaire. Redemandez le programme !

 

ÉNERGIE NUCLÉAIRE. Redemandez le programme !

 

Rien n’est plus évolutif qu’un programme politique. Comme dans la vie, même quand tout est pareil, tout est toujours à recommencer.

Les vieux routards de la gouvernance savent qu’un programme ne sert qu’à se faire élire. Les partis, et leur excroissance présidentielle ou présidentiable, sont l’objet d’une partition grosso modo binaire. Ils ne se différencient guère que par la foi en l’initiative individuelle ou collective, par le laisser faire ou le volontarisme des modes d’action.

Chaque programme reflète les certitudes partisanes. Les divisions et incertitudes y sont bannies car le doute n’est pas politique.

Tout programme devient caduc dès que son porteur arrive au pouvoir. Les réalités et l’opportunisme commandent : On fait ce qu’on peut quand on peut.

Le pouvoir en place se garde de faire des programmes. S’il annonce des intentions c’est pour en tester la recevabilité et rassurer le citoyen.

L’électeur doit se contenter de généralités et patienter avant de connaître le programme des sortants. Il apprend par petites touches que les dirigeants reconduits continueront à faire ce qu’ils ont entrepris, à reprendre ce qu’ils n’ont pas pu faire ou ont dû défaire.

Les sortants s’efforcent de susciter quelques espoirs nouveaux. Ils proclament déjà fait, irréaliste, inopportun, caduc, ce qui est proposé par les opposants. Ils se croient mieux placés, et plus expérimentés que tout autre, pour réaliser tout autre programme. Ils essaient de récupérer les « particules frontalières » que sont les petits partis appelés à leur faire la courte échelle pour atteindre les sommets électoraux.

Les candidats à la succession se croient nantis d’une virginité qui libère la générosité dans les promesses, la démesure dans les propositions.

En cas d’alternance, majorité et opposition permutent leurs discours. La sécurité sous toutes ses formes, le bonheur des peuples, la réduction des inégalités, l’extinction du paupérisme, la résorption des dettes, reviennent dans les programmes comme soleil levant et comète de Halley dans le ciel.

Les proches échéances sont déjà marquées par les obligations nouvelles internes issues de l’évolution de la société, par les contraintes externes accrues par la démographie, la mondialisation de l’économie, la globalisation des crises. Les enjeux énergétiques enflent. Ils interdisent l’ignorance et le scientisme impénitent. Pour donner le change, les biotopes politiques entrecroisent les accusations d’obscurantisme, dialoguent et communiquent comme des sourds, nagent dans les palinodies et la puérilité.

Que de questions sans réponse !

Est-il sérieux de croire qu’il suffirait de sortir aujourd’hui les sortants pour sortir du nucléaire…dans cinquante ans ? Peut-on raisonnablement espérer se chauffer et se déplacer avec le fruit des économies d’énergie ? Saurions-nous mettre en phase la croissance des énergies nouvelles et la décroissance nucléaire ?

Les uns misent sur le nucléaire. D’autres veulent voir venir. Ils pactisent avec les inconditionnels de la« sortie à tout prix du nucléaire » qui prétendent rendre tout irréversible et se refusent à gérer les risques de toute ingénierie de pointe. Ils ont annoncé un accord micmac-« mix-mox » fait de sièges et de centrales !

Est-il légitime qu’une fissile coalition de circonstance présente un pseudo programme pour un quinquennat…de cinquante ans ? Est-il démocratique que l’un des partenaires veuille priver de tout degré de liberté les générations futures ? Voyons-nous là poindre une nouvelle forme de totalitarisme ? Ou s’agit-il d’un mariage blanc entre conservatisme rose et révolution verte ? N’y a-t-il pas mieux à faire pour créer des emplois que de casser ce qui marche ? Que serait notre civilisation si les verts du néolithique eussent interdit l’usage du feu, ce danger public ? N’est-ce pas en faisant du feu que l’homme a appris à maîtriser le feu ?

Oui, la sécurité prime. Mais, les statistiques et les probabilités parlent. Si à l’inverse de la route, et du soleil des plages, nos centrales ne tuent pas, nous le devons à la science, à la technique, à l’organisation, à la vigilance.

Mais notre civilisation bureaucratique aime mettre la charrue avant les bœufs. Voilà qu’après cet accord on nous annonce la publication prochaine de deux rapports sur les coûts comparés de la sortie et du maintien du nucléaire. Belle concordance des temps !

Il est urgent de redemander le programme. Et de décider de regarder, dans cinq ans, où en seront nos économies d’énergie, nos solutions alternatives, la conjoncture.

Ô Alexandra, ôte-toi de nos petits soleils !

 

Pierre Auguste

Le 30 novembre 2011

 

Post Scriptum

 

Sans les nommer, il nous arrive ici de titiller les auteurs d’inconséquences, de légèretés d’étourderies…

Mais nous ne nous privons pas du plaisir de nommer des personnes de bon sens.

 

«Le CO2 est le pire des déchets. Il est diffus, incontrôlable... Il a des conséquences rapides sur l'environnement... Les déchets nucléaires, eux, sont identifiés, localisés, gérables et peut-être réutilisables à terme.»

 

Ces trois fortes phrases sont de Jean-Louis Étienne.

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Par Pierre Auguste le 2011-11-29

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Elections. La courbe du chien

 

ÉLECTIONS. La courbe du chien.

 

La chasse aux voix est ouverte. Tous types de chasses sont autorisés.

La mieux établie est la chasse à l’affût. La plus courue est la chasse à courre.

On retrouve dans la politique toutes les caractéristiques de ce loisir des rois.

On poursuit le gibier à cors et à cris. Médiatiques et partisans.

Aux éditorialistes nous devons les charges de l’écrivaillerie légère. À l’édition, les charges de l’écrivaillerie lourde.

Les abois des meutes journalistiques retentissent au fond des bois.

L’électeur effarouché ne sait à quel saint se vouer. Il sait pourtant ne pouvoir se fier ni à Saint Hubert, patron des grandes chasses, ni à Saint-Éloi conseiller polyvalent du bon Dagobert. (Essoufflé après avoir été poursuivi par un lapin dans les plaines d’Anvers.)

Il nous paraît utile de rappeler ici le premier principe cynégétique ignoré des Nemrod en puissance et de leurs gibiers potentiels. La chasse n’est pas qu’un exercice de diction et un chasseur sachant chasser doit savoir chasser avec ses chiens.

Il faut donc commencer par étudier le B.A.BA des cinématiques relatives du chien et de la cible. Sous l’appellation de courbe du chien, elles sont bien connues de tous les mathématiciens, pilotes de chasse, honnêtes hommes des temps cybernétiques, de tous sexes… et de Google.

Un chien qui poursuit un lièvre met à vue le cap sur lui. Comme ses capacités de calcul et d’anticipation sont limitées, il vise toujours la position présente ce qui l’assujettit à une courbe forcément plus longue que la ligne qui le conduirait droit au but s’il visait le point futur. Le chien finit par rattraper sa cible à condition de courir assez vite.

Quiconque prétend diriger ses semblables est toujours un peu comme un chien fou sur sa courbe.

Bien sûr les choses de la vie sont plus compliquées car rien n’y est linéaire et tout varie : courbes de poursuite, vitesses, accélérations, stratégies. L’observation de notre cinéma politique nous en apporte chaque jour la confirmation. Si bien que chacun peut habiller cette métaphore par les exemples de son choix.

L’équipe au pouvoir poursuit la crise galopante. Elle prend au coup par coup des mesures que ses actions suivantes rendront caduques.

Ceux qui aspirent à prendre le pouvoir visent la position présente de ceux qu’ils voudraient remplacer. Ils semblent ignorer qu’il est toujours risqué de faires des corrections de trajectoire en prenant pour référence un point mobile.

La meute au pouvoir suit les réalités changeantes. La meute d’opposition suit la meute au pouvoir qui suit les réalités. C’est la courbe du chien qui court derrière le chien qui court derrière le lièvre.

Au-delà de ces apparences se révèlent les points forts, les vulnérabilités, les stratégies.

Le sortant a intérêt à se dévoiler le plus tard possible, à agir en collant au plus près à la réalité, à emprunter les idées de ceux qui se sont trop tôt engagés, à mettre aussitôt en application les mesures qui en découlent pour battre les concurrents sur leur propre terrain, à entacher d’obsolescence toutes leurs propositions.

Les challengers voient leur horizon s’occulter. Leur perception de la réalité devient plus mouvante. Leur meute charge dans le brouillard, se disperse avant la curée.

Cet effet de double meute fait des ravages dans les rangs des oppositions.

Nous avons été tenus en haleine par un parti qui a voulu « définir son programme avant de choisir celui de ses membres le plus apte à le porter ». Les candidats se sont présentés à la sélection chacun avec des arguments qui ressemblaient fort à un nouveau programme. Le lauréat a quelque peu oublié le programme commun initial et les propositions de ses concurrents. Il a fait en quelque sorte une déclaration d’indépendance et s’est attelé à une modification de son propre programme pour répondre aux nouvelles réalités issues de la crise et aux actions du pouvoir en place

Le mot d’ordre fut annoncé à son de trompe : Sus au chien qui suit la crise !

Oh là-là ! Au terme de la courbe du chien sonnera l’hallali.

 

Pierre Auguste

Le 23 novembre 2011

 

Post-scriptum

 

Le lecteur sachant chercher trouvera sur Internet équations, simulations, conditions des différentes formes des courbes de poursuite. Il pourra s’émerveiller devant le cas qui représente le summum du genre politique. Le chien et sa cible tournent en rond sans jamais se rencontrer !

 

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Par Pierre Auguste le 2011-11-22

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Abus de contre-pouvoir

 

ABUS DE CONTRE-POUVOIR

 

Tout détenteur de pouvoir est tenté d’en abuser. Cette constatation est d’une authentique antiquité. Déjà le Grec Pisistrate (600-727 AJC) réservait les fonctions politiques à ses partisans et aux membres de sa famille.

Plus près de nous, un penseur bien de chez-nous, vénéré par les apprentis de la science politique, a prôné la séparation des pouvoirs « Pour qu’on ne puisse pas abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ». Montesquieu ; L'Esprit des lois ; 1748.

Sous couvert de démocratie, les aspirants au despotisme éclairé nous donnent chaque jour à boire et à manger une concoction de séparation des pouvoirs et de contre-pouvoirs. Ce sont des éléments de philosophie ou de doctrine politique sans force juridique. Cherchez ces expressions dans nos textes constitutionnels, vous ne les y trouverez pas ! L’inspirateur de la constitution de 1958 n’était pas homme à débiter en tranches la « République une et indivisible ». « Aujourd'hui, devant les épreuves qui montent de nouveau vers lui, qu'il sache que je me tiens prêt à assumer les pouvoirs de la République. » Dans un célèbre discours du 1er juin 1958 cette phrase annonçait nettement au pays que dans l’esprit du fondateur de la future cinquième république tous les pouvoirs émaneraient du président.

Ce pluriel des pouvoirs n’est pas anodin. Et il n’est pas question dans la constitution de pouvoir judiciaire mais d’autorité judiciaire. Ce n’est pas par hasard que les rédacteurs ont écarté les mots qui pouvaient rappeler ou appeler le régime des partis. Il est dans le désordre des choses que les partis veuillent aujourd’hui les y introduire.

Il est donc abusif de nous les servir à toutes les sauces médiatiques.

Nous sommes assaillis tous les jours de déclarations qui montrent que certains politiciens se font une idée fausse de nos institutions et du rôle qu’elle leur concède.

Nous avons même entendu une présidente de région ériger cette institution en contre-pouvoir. Comme si la région n’appartenait pas à la République ! La République l’a échappé belle, elle aurait pu avoir cette bien singulière gardienne de sa constitution.

Sous prétexte qu’elles ne sont pas du même bord politique, des baronnies locales tiennent des colloques pour s’opposer à l’état central.

Tout cela est penser et agir anticonstitutionnellement. Et permet au plus long mot de la langue française de prendre un peu l’air en sortant de ses dictionnaires !

Mais de telles conceptions ne peuvent aboutir qu’à une floraison d’états dans l’état.

Elles sont aussi une incitation à s’opposer à tout, non seulement pour les associations et syndicats reconnus, mais aussi pour tous les tyranneaux d’administration, les lobbies et autres coteries dont le pouvoir de nuisance finit par l’emporter sur le pouvoir légitime.

La question à la mode est de savoir s’il faut obéir ou s’indigner Qu’il soit de gauche ou de droite, l’éléphant politique répond oui. Pour avoir la paix et ne pas compromettre sa réélection, il laisse croire à chacun qu’il reçoit une réponse positive à ses revendications. Alexandre Vialatte l’avait bien dit : « l’éléphant est irréfutable. »

Même s’il est trompé, le peuple souverain a toujours raison. Surtout quand il descend dans la rue. Aussi descend-il dans la rue, pour un oui ou pour un non. C’est ainsi que tous les jours se croisent dans la rue les cortèges du oui et les cortèges du non. Et les choses sont compliquées par les mais, par les peut être, par les oui mais, par les non mais et autres petits mots qui donnent tant de couleurs à la vie.

Avec la mondialisation et les migrations humaines, du moindre problème à l’autre bout du monde à la plus grande réunion internationale, tout provoque manifestations et contre-manifestations.

L’état géant ne sait plus où donner de la tête. Comme Gulliver il est menacé d’être ligoté et paralysé par les Lilliputiens.

S’il y avait une révision de la constitution à faire ce devrait être pour créer une police des mœurs politiques. Déjà le peuple sent confusément venir le besoin d’une autre moralité :

Vivent les vaches ! Mort à l’anarchie !

 

Pierre Auguste

Le 16 novembre 2011

 

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Par Pierre Auguste le 2011-11-15

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Si l'économie était un avion...

 

SI L’ÉCONOMIE ÉTAIT UN AVION…

 

Si l’économie était un avion, elle ne dépasserait pas le bout de piste. Si elle décollait, elle ne tiendrait pas l’air. Elle n’arriverait jamais à destination car elle n’a pas de destination.

Bien que plus ancienne, l’ingénierie économique est moins avancée que les technologies aérospatiales. Elle en est aux balbutiements.

Un avion est un système aux contours définis. Il est composé d’éléments interdépendants organisés pour l’exécution d’une mission. Sa sûreté de fonctionnement est construite autour de la fiabilité et de la perceptibilité des altérations de chacun des composants. Tous les modes de défaillances sont inventoriés et les parades prédéterminées. La redondance des fonctions pallie les défaillances. Des modes de fonctionnement en régime dégradé conservent les fonctions vitales en toutes circonstances. Les rares accidents et les incidents sont analysés pour en éviter le retour par la modification des procédures d’emploi, de la maintenance, du matériel, de la formation des opérateurs humains.

L’économie est loin de la perfection technologique.

L’économie mondiale est une lourde machine composée de nations souveraines mais interdépendantes. Elle est soumise aux aléas politiques internes et externes. Elle est déstabilisée par les caprices des peuples. Ses changements d’états sont la résultante d’actions diverses, non coordonnées, souvent antinomiques, conduites isolément ou en groupes par des individus sous l’emprise de la subjectivité, de l’irrationalité, de la cupidité, de l’égoïsme, de l’esprit partisan, du nationalisme étroit.

Il serait sans doute utile d’appliquer aux systèmes politico-économiques quelques-unes des règles et des méthodes qui ont permis aux systèmes technologiques de naître, de se développer, de se perfectionner.

Il ne saurait être question ici de prétendre décliner, transposer et énumérer les approches propres à rendre l’économie mondiale moins boiteuse et les économies nationales moins vulnérables.

Certes les spécialistes s’évertuent depuis longtemps à organiser notre tour de Babel en perpétuelle crise systémique que l’on espère conjurer en bannissant son appellation. Mais il serait sans doute salutaire d‘inventorier les systèmes et sous-systèmes qui en seraient justiciables, d’en définir les contours et les contenus, d’assigner à chacun sa mission et ses règles de fonctionnement, d’instiller plus de rationalité et de sérénité dans la folle machinerie qui nous fait vivre.

Le marché de l’emploi, la division du travail, la gestion des ressources humaines, gagneraient en pertinence par des approches à la fois globales, sectorielles, techniques, géographiques, transnationales.

Par leur volonté d’optimisation, d’autonomie, de dominance, de pérennité, grandes entreprises et systèmes institutionnels rejettent les problèmes irrésolus sur un pseudo système chargé de l’impossible et imprécise mission de remédier à tout.

Une logique globale obligerait de partager efforts et contraintes. Il devient intolérable que tout être humain ne puisse disposer d’un minimum de moyens d’existence ni contribuer, à hauteur de ses capacités, au fonctionnement d’ensemble. D’autres conceptions de la division du travail et de la gestion des ressources humaines devront pallier l’incapacité des structures à créer tous les emplois nécessaires. Les pouvoirs publics devront inciter entreprises et services à faire une plus large place à la formation initiale, à la mise à jour des savoir-faire, à la maîtrise des évolutions, à la stabilisation et à la motivation du personnel d’exécution par la mobilité et la promotion internes.

La maîtrise de la production et la croissance passeront par l’internalisation des tâches, le développement de la qualité de l’encadrement, l’intéressement aux résultats.

Par un étrange paradoxe, l’économie manque d’humanisme par trop d’humanité fonctionnelle. À condition d’être bien conçus, bien placés, bien surveillés, des automatismes fiabiliseraient les modes de fonctionnement, accélèreraient les tâches répétitives, libéreraient les êtres humains pour mieux s’occuper du fait humain.

Si l’économie mondiale était un avion, il lui faudrait un pilote… et un pilote automatique.

 

Pierre Auguste

Le 9 novembre 2011

 

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Par Pierre Auguste le 2011-11-08

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Industrie. Être ou ne pas être

 

INDUSTRIE. ÊTRE OU NE PAS ÊTRE ?

 

Industrie, industrialisation, désindustrialisation, ré-industrialisation sont aujourd’hui des mots en vogue. Comme galère.

L’industrie a changé. Mais dans les esprits bout un mélange de ce qu’elle est et de ce qu’elle fut. Les communicants sont des brouilleurs d’idées qui en profitent pour exercer leur coupable industrie en tentant de faire prendre les vestiges pour des lanternes.

L’industrie a d’abord eu un sens général qui désignait toutes sortes d’activités. Le dix-neuvième siècle vit le formidable essor des industries mécaniques, filles du charbon et de l’acier, mères du machinisme. Ces industries ont été chauffantes, fumantes, vibrantes, bruyantes, puantes, polluantes, enlaidissantes, éreintantes. Elles ont servi les consommateurs par des nouveaux produits mais asservi les hommes qui les fabriquaient.

On a vu se développer un regard sur l’industrie et des attitudes antinomiques, implacables, logiques séparément, absurdes en leur ensemble.

En recherche de rentabilité, les financiers optimisent la position de leurs entonnoirs collecteurs de fonds et de leurs vannes distributrices. Les basses contingences humaines et environnementales ne sont pas au premier rang de leurs préoccupations.

Asservis aux marchés et aux capitaux, et servis par leurs lobbys, les capitaines d’industrie optimisent leurs dispositifs productifs, commerciaux et logistiques en fonction des marchés relatifs à leurs produits et à leur main d’œuvre spécialisée.

Les bénéficiaires des produits en acceptent les avantages mais veulent des prix réduits. Ils demandent qu’on éloigne d’eux les nuisances de la production.

Les salariés producteurs sont attachés à leurs emplois, leurs savoir-faire, leurs usines, leurs mines. Ils s’opposent à toute réduction, disparition, délocalisation de leurs activités.

Les administrations sont attachées à leurs statuts et à leurs habitudes. Elles oublient qu’elles sont au service de ceux qui les nourrissent. Elles travaillent à peu près de la même manière quelles que soient les directives, les circonstances, les alternances. Les revendications des fonctionnaires et de leurs représentants ont pour résultat objectif de promouvoir leur confort au travail au détriment du confort « à la maison » de tous.

Les pouvoirs publics sont soucieux d’éviter les grandes vagues budgétaires, sociales et électorales. Ils sont attachés à la continuité de leur action et au renouvellement de leurs mandats. Ils accompagnent ou endiguent au coup par coup les doléances venant de toutes parts par des mesures de court terme, tardives, inappropriées. De temps à autre ils globalisent la recherche de solutions en organisant des réunions de masse. Les états-généraux et autres « Grenelles » sont d’autant plus grenelés de difficultés que le nombre de participants et le nombre de secteurs concernés sont plus grands.

La deuxième moitié du XXème siècle a vu se reconstruire des industries détournées et délabrées par la guerre. Elles se son enrichies de nouvelles activités progressivement massifiées telles que les industries du spectacle, de la communication, de l’agroalimentaire, de l’ingénierie médicale. Après avoir pénétré et fécondé toutes sciences et techniques, l’informatique est devenue une industrie à part entière.

Les pays dits sous-développés émergent en trouvant des voies de développement dont nous avons cru avoir le monopole.

Après avoir multiplié les médiocres hauts fourneaux de proximité du fameux « bond en avant », la Chine a déclenché un boum qui nous a réveillés en sursaut. Elle est déjà productrice de ce que nous voulons avoir à bon marché. Elle pompe nos savoir-faire et une part croissante des ressources naturelles mondiales. Avec quelques autres elle est en voie de nous pourvoir en capitaux, de vivre mieux grâce aux intérêts de nos dettes. Elle nous apprend à apprendre, à chercher, à vivre Elle décidera de notre avenir.

Nous sommes dans la situation dans laquelle nous nous sommes mis. Nous avons cru les promesses des aspirants au pouvoir et de nos petits ou grands timoniers qui nous annonçaient des destinations de rêve.

À combien de décennies de palabres nous sommes-nous condamnés pour amener à meilleur port notre galère ivre ? Combien de temps errerons-nous avec Ulysse ?

 

Pierre Auguste

Le 2 novembre 2011

 

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Par Pierre Auguste le 2011-11-01

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Impétrant. Le mot pour rire

 

IMPÉTRANT. Le mot pour rire

 

Évincé par les suffrages, mais heureux de son résultat, un candidat à la fameuse primaire citoyenne a provoqué un beau « beuz » médiatique.

Pour désigner ses concurrents plus heureux, il a exhumé un vieux mot qui a déclenché une montée au créneau d’une nuée d’exégètes, amateurs ou professionnels. Chacun à sa manière est venu expliquer sur nos écrans pourquoi il aurait utilisé un autre mot s’il eût dû s’exprimer. Le lecteur consciencieux se doit donc de faire l’exégèse des exégèses.

Nous avons quelques raisons de dire que le mot « impétrant » nous paraît bien choisi ce qui est le moins que l’on puisse attendre d’un juriste. Nous l’allons montrer tout à l’heure

Les dictionnaires, l’étymologie et Alain Rey s’accordent pour dire que l’impétrant est celui qui a obtenu quelque droit accordé par une autorité

Mais les mots disent plus qu’on ne croit et admettent parfois des sens divers, voire contraires. Comme l’indiquent certains dictionnaires « impétrant » peut désigner celui qui demande et celui qui a obtenu.

Dans le cas présent la logique s’accorde avec cette licence.

En effet, l’impétration désigne « l’acte d’obtenir quelque chose » et dérive du verbe impétrer. Les candidats à une élection sont bel et bien des impétrants car ce mot est un participe présent employé comme substantif.

Vouloir n’accorder cette appellation qu’à celui qui serait arrivé gagnant au terme du processus serait donc une injustice notoire. Ce serait aussi une faute contre la logique grammaticale qui, comme le remarque Alain Rey, devrait promouvoir l’impétrant au rang des impétrés qui est un participe passé. En outre le conjugueur nous enseigne que le verbe impétrer se conjugue à tous les temps et à tous les modes ce qui autorise le peuple souverain à accorder, ou le citoyen à demander, ce qu’il veut quand veut.

Notre jeune loup aux dents longues ne s’est donc pas empêtré comme l’a titré l’article d’Alain Rey qui n’en a d’ailleurs sans doute pas signé le titre.

Bien au contraire, le candidat aux primaires arrivé en troisième position a obtenu ce qu’il voulait : se trouver au premier rang des impétrants aux futurs portefeuilles ministériels !

Notre approbation d’un mot n’ajoute ni ne retranche rien à l’illogisme et à l’inadéquation de ses propositions cardinales, notamment celles qui concernent la dé-mondialisation et le protectionnisme

En définitive nous sommes fondés à nous poser la question de savoir comment est venue à l’auteur l’idée de lancer cette expression dans le maelström politico-médiatique

Cette question n’est pas sans malice.

Nous avons à plusieurs reprises employé ici le mot « impétrant » à double fin de taquiner ceux qui aspirent à nos suffrages et de mettre le citoyen à son niveau souverain.

Nous l’avons fait en toute conscience des ambigüités de ce mot. L'une de ces taquineries lancées comme bouteille à la mer, a peut-être trouvé une destination.

Relancé par un « notoire »facétieux, le message aurait ainsi trouvé une large diffusion et aurait été pris au premier degré par une multitude peu complaisante.

Les mots n’étant la propriété de personne, nous ne lancerons nulle accusation de plagiat mais revendiquerons une certaine antériorité de cette qualification des candidats politiques. Le lecteur pourra trouver une preuve sur nos sites. *

 

L’anecdote confirme trois vieilles vérités. Il faut être célèbre pour attirer l’attention. Les mots historiques sont souvent apocryphes et ont parfois une longue histoire. Il arrive aux mauvais esprits de se rencontrer.

Nous pouvons tirer de cette histoire une moralité à l’usage des ambitieux déçus qui pourront se dire :

Pour que j’eusse eu une belle carrière politique, il eût fallu que j’impétrasse pour devenir impétrant, et que je me démenasse pour devenir impétré.

Rions camarades. La vie est si triste et tout ceci est bien rigolo.

 

Pierre Auguste

Le 26 octobre 2011

 

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2007 11 14 Ces impossibles réformes indispensables

2009 12 02 Le syndrome de la mesure prise

2011 05 11 Ligne politique et diététique

2011 09 28 Débats. 2 Incompatibilité des semblables

2011 10 05 Vitesse, relativité et amour discourtois

Mis en ligne en fin du jour précédent.

 

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Par Pierre Auguste le 2011-10-25

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Démons de la mondialisation et archanges de la dé-mondialisation

 

DÉMONS DE LA MONDIALISATION

ET ARCHANGES DE LA DÉ-MONDIALISATION

 

De toute éternité l’homme rencontre chaque jour au moins trois ou quatre « choses » universelles. La gravitation, la misère, la cupidité, la bêtise. Cette universalité a des degrés ! La question se pose de savoir laquelle est la plus grave.

Dans la vie d’homme, les forces de gravité se transforment en tropismes qui sont des survivances de notre bestialité primitive.

Chacun fuit la pauvreté et feint de mépriser la richesse inaccessible. L’extinction du paupérisme revient, comme chant de coq, à l’aube des périodes électorales. Pour venir à bout de la misère, les esprits forts de la politique sont trop nombreux et pas assez bons, les bonnes âmes sont trop rares et pas assez fortes.

La cupidité est ce désir immodéré de gains, de richesses et de plaisirs de la chair qui défraient la chronique et scandalisent ceux qui en manquent.

La bêtise est ce qui reste en nous de l’animal qui jappe sans bien savoir ce qu’il dit, et mord sans bien savoir ce qu’il fait.

La mondialisation n’est que le résultat d’un tropisme animal dont l’origine se perd dans la nuit des temps. Tout s’est amplifié quand un singe plus intelligent et plus gourmand s’est lassé de manger des feuilles, assis sur une branche. Il est descendu de son arbre et sorti de la forêt pour varier ses menus. Il s’est dressé sur ses pattes de derrière pour mieux guider ses pas, ses cueillettes et ses chasses. Il a fait de nouvelles rencontres qui enrichirent son patrimoine génétique Il a pris l’habitude de chercher ailleurs ce qu’avec du travail et de l’imagination il pourrait obtenir ici.

Déjà la mondialisation animait les Phéniciens. C’est elle qui nous envoya les Huns et autres conquérants. C’est toujours elle qui envoya Marco Polo vers le soleil levant et Christophe Colomb vers le couchant.

La mondialisation a pris un autre tour avec les deux guerres mondiales qui ont montré qu’il y avait mieux à faire que de se replier sur soi et de s’entredéchirer.

Un opportunisme certain et un certain angélisme ont prôné l’ouverture des frontières pour stimuler les économies occidentales, promouvoir le développement des pays restés à l’écart du modernisme occidental. Mais la modération des missionnaires est toujours emportée par la démesure des systèmes conquistadors.

Ce qu’on appelait le tiers monde s’est développé mais de manière inégale et désordonnée. Dans le même temps les pays développés se sont dessaisis de pans entiers de leurs productions et des emplois qui leur étaient attachés.

L’Europe a supprimé ses frontières internes. L’organisation mondiale du commerce a ouvert toutes frontières à la circulation des capitaux, des marchandises. Et, dans une large mesure, aux hommes.

Faute de précautions et de dispositions transitoires, des flux nouveaux incontrôlés se sont engouffrés dans les brèches, provocant de dangereux déséquilibres.

Par la concurrence généralisée, partout les riches se sont enrichis et les pauvres ont été appauvris. Tout s’est mondialisé, même l’alter-mondialisme. Même l’indignation.

Nous assistons aussi à un début de mondialisation de l’idée selon laquelle il faut réguler les flux économiques de toutes sortes. Mais de graves désaccords subsistent et posent de nombreuses questions : Comment y parvenir ? Quels sont les équilibres à établir dans les échanges de chaque domaine d’activité ? Quelles dépendances réciproques faut-il bannir ou accepter ? Dans quels délais interviendront les effets des actions correctives ?…

Des archanges auto-consacrés de la dé-mondialisation ont déterré leur lance exterminatrice pour terrasser les démons. Mais ils ont l’étourderie d’oublier la mondialisation qui nous profite et de croire qu’un protectionnisme unilatéral soit possible.

En ces temps de paradis artificiels, l’optimisme commande de considérer que la plupart des primates humains n’a nulle envie de remonter dans les arbres pour rêvasser en mâchant des feuilles.

Peut-être pourrait-on mondialiser cette remarque de l’austère Blaise Pascal : « L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête. »

 

Pierre Auguste

Le 19 octobre 2011

 

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Par Pierre Auguste le 2011-10-18

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Economie. Regain d'après sécheresse

 

ÉCONOMIE. REGAIN D’APRÈS SÉCHERESSE

 

Les océans politiques et sociaux sont agités. Leurs marées sont soumises à des gravitations nombreuses, variables, apériodiques, chaotiques.

En ces temps de crise, la macroéconomie menace de sombrer. Soumise aux humeurs politiciennes alternantes, égarée par des synthèses et prévisions erronées, elle surnage par la multitude microéconomique qui la porte à bras et à dos d’homme. La prévision économique n’a guère de fiabilité qu’en régime constant ou faiblement variable.

La croissance spontanée est assez bien contrôlée car la croissance appelle et entretient la croissance. Il en est autrement en conjoncture turbulente qui appelle l’interventionnisme, souvent inapproprié, ou tardif ou prématuré, qui trop embrasse et mal étreint.

La décroissance est facile. Nul n’est besoin de l’organiser. Elle est autonome et cumulative dès qu’amorcée, car peut accumuler des lacunes !

Tout se complique en période de forte décroissance. Délais de perception des difficultés, réactions intempestives, inerties administratives, interdépendances matérielles, couplages systémiques déniés mais réels, s'unissent pour accélérer la crise qui entretient la crise.

On continue à produire alors que la consommation décroît, on coupe des crédits pourtant nécessaires pour franchir les moments difficiles, on poursuit les prélèvements fiscaux comme aux jours les plus fastes, on s’oppose à toute mesure conservatoire, on réclame des moratoires. Protestations, cris et oppositions ajoutent de la confusion à la confusion.

La reprise est rendue difficile par la complexité des produits qui sont le résultat de processus en arborescences concaténées. Les désamorçages de chaînes d’approvisionnement, la multiplicité des intervenants, les nouveaux besoins d’investissement, les délais de recrutement et de formation des personnels créent partout des goulets d’étranglement à résorber un par un, et tous ensemble.

Presque tout est fait de détails que le dirigisme ne peut tous maîtriser. Tout a besoin de cohérence que le laisser-faire du libéralisme ne peut assurer.

Le citoyen urbain vit surtout d’administration et imagine qu’après une sécheresse économique il suffit d’arroser pour que reprenne toute végétation.

La réalité est tout autre. La sécheresse détruit des graines et des jeunes pousses, affaiblit les arbres. La reprise spontanée de la végétation permet rarement de revenir à l’état antérieur.

Il en est de même pour l’économie pour laquelle les retours ne sont souvent pas possibles ni même souhaitables.

Plus longue fut la crise, plus ont changé le monde, les choses et les besoins des hommes.

Il faut voir venir les nécessités nouvelles qui appellent des mesures inédites à définir et à mettre en œuvre en temps opportun. L’économie s’écroule si elle ne sait concevoir et produire… des produits vendables.

Nous voici une nouvelle fois en période pré-préélectorale riche en controverses.

Qu’ils soient publics, ou discrets dans des cénacles, les débats ne laissent sourdre que flou et…sécheresse des idées. Des mots ronflants et flamboyants éclairent le ciel politique et nous tombent sur la tête plus dru que Dragonides  : Ré-industrialisation, relocalisation, relance, recapitalisation, dé-mondialisation, re-mondialisation, dénucléarisation…

Débats et propositions manquent de vista pour donner un contenu à ces étoiles filantes et leur associer des programmes, des mesures d’accompagnement, des délais, des processus de mise en œuvre, des modalités de financement, une géographie.

La politique est une auberge espagnole. Le citoyen y consomme ce qu’il y apporte.

Un seul des hidalgos qui sollicitent les suffrages sera élu. Les autres auront sans doute le destin de chevaliers à la triste figure, errant dans la sèche sierra politique. Leur message commun est subliminal et sublime. Votez pour moi, je ferai tout ce qui sera en mon pouvoir pour vous être agréable. Et assurer ma rééligibilité.

Mais en finale le peuple sait qu’il devra pourvoir à tout. Le vieux sage fait la grimace. Il craint toujours qu’on lui refasse le coup du père François qui consiste à enrichir les riches après avoir, à chaque génération, promis l’extinction du paupérisme.

 

Pierre Auguste

Le 12 octobre 2011

 

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Par Pierre Auguste le 2011-10-11

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Vitesse, relativité et amour discourtois

 

VITESSE, RELATIVITÉ ET AMOUR DISCOURTOIS

 

" Ô temps ! Suspends ton vol, et vous, heures propices /Suspendez votre cours! Laissez-nous savourer les rapides délices/Des plus beaux de nos jours ! »

Il est révolu le temps des poètes. Personne aujourd’hui ne se satisfait, ni du temps passé, ni du temps qui passe, ni du temps qui s’annonce, ni du temps qu’il fait.

Chacun, à sa manière, s’ingénie à tuer le temps.

Les scientifiques ne sont pas les derniers à bousculer les repères spatio-temporels que leurs pères nous avaient enseignés et que nous avons eu tant de mal à nous approprier.

Ils ont organisé, entre Genève et Turin, une course entre imbattables photons et impalpables neutrinos qui furent proclamés vainqueurs.

Les disciples d’Einstein en sont tourneboulés, les théories de la relativité relativisées.

Le bon vieux bon sens, qui est « la chose du monde la mieux partagée », incite à attendre les contre-expériences avant de remonter le temps et d’enterrer le Dieu Cronos.

On peut supposer que se cache là quelque erreur manipulatoire. On aimerait savoir comment on peut mettre en concurrence des photons et des neutrinos qui ne voyagent sans doute pas dans le plus simple appareil, ni selon les mêmes itinéraires. Le profane sportif serait curieux de savoir comment sont faits les starting-blocks et donnés le top de départ et le stop d’arrivée de la course.

Attachez vos ceintures. Tout s’accélère. Même l’expansion de l’univers.

La logique politique fait aussi des prouesses pour contracter ou dilater le temps.

Quelque grande élection se présente-t-elle à l’horizon ? Le peuple souverain est appelé aux urnes par ceux qui aspirent à le gouverner. Les impétrants consultent le corps électoral pour savoir que proposer. Dis-moi ce que tu veux que je te dise. Je te le dirai. Dis-moi ce que tu voudrais que je fasse. Je te le promettrai.

Les promesses ne sont pas neutres. Et pourtant elles se déplacent à grande vitesse dans tous les milieux, comme les neutrinos. Les réalisations sont plus lentes et souvent arrivent après le train des promesses suivantes.

En trente ans, par facilité nous avons laissé s’éteindre ou stagner de nombreuses activités. On nous propose maintenant des programmes quinquennaux pour des actions difficiles de reconstruction qui demanderaient un demi-siècle.

Les grands chefs de la cuisine électorale coiffent leur plus belle toque pour allécher le chaland. De longues négociations dégagent des thèmes suggestifs, engagent des caracoles argumentaires. Des menus boursouflés sont imprimés sur papier glacé, en belles lettres cursives anglaises. Au final, les contenus politico-économiques ressortissent plus du fast-food que de la gastronomie.

Par les temps qui courent, les emplois du temps sont surchargés. Personne ne veut perdre son temps à attendre. Tout le monde parle, et donc dit des bêtises, à haut débit. Les impatiences et la nervosité se propagent à la vitesse de la lumière. Il suffit d’une rumeur pour déclencher des réactions en chaîne explosives. La foule manifeste plus vite que son ombre. C’est ainsi qu’un SMS facétieux, fallacieux et factieux a embrasé les lycéens en leur annonçant la réduction d’un mois de leurs chères vacances. La grogne précoce, ou « fast-grumble », est une invention de notre cher vieux pays, toujours prompt à promouvoir l’innovation sociale qui émerveille le monde.

Tous les espoirs et tous les désespoirs sont ouverts aux jeunes.

Voici aussi venu le temps du fast-love qui permet à ses pratiquants de parcourir lestement l‘habituel long chemin des amours consenties et non tarifées. Prémices, séduction, acceptation, consommation et rupture doivent désormais être expédiées en quelques minutes pour décrocher la médaille d’or du french fast-lover olympien.

Ô temps ! Ô mœurs relatives,

Ô étreintes hâtives,

Et vous, amours expresses,

Qu’avez-vous fait de la tendresse ?

Il fallait que la question fût posée. Par courtoisie, en rimes féminines !

 

Pierre Auguste

Le 5 octobre 2011

 

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Par Pierre Auguste le 2011-10-04

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Débats. 2 Incompatibilité des semblables

 

DÉBATS. 2 INCOMPATIBILITÉ DES SEMBLABLES

 

Nous avons évoqué ici la loi de compatibilité des contraires. Les limites de validité de cette loi sont ondoyantes et floues. La vie est compliquée. L’esprit humain est retors, même si la logique lui impose d’admettre des contraires. À l’affût des contradictions, les médias enfoncent des coins entre les hommes et clivent les partis.

Récemment fut annoncé que tel ancien premier ministre en réserve de la République se serait vu proposer un siège de député des Français expatriés. D’aucuns y veulent voir un moyen de l’éloigner de l’hexagone et de « la plus haute tour » du pouvoir. « C’est proposer à un amiral de commander une chaloupe. » (La formule est de Voltaire qui ne connaissait ni la situation ni les protagonistes !)

L’actualité nous soumet à des douches, chaudes ou froides, au rythme des humeurs et des interventions grandiloques qui saturent le champ politico-publicitaire.

Ubu n’est jamais loin mais le « verrbrre » des communicants est plus ou moins haut, plus ou moins péremptoire, selon les circonstances, selon les auditoires.

Nous avons entendu ces jours derniers les candidats présomptifs à notre suprême élection nationale déclarer ce qu’ils exigeront de l’Europe quand ils seront à la barre. Ils raisonnent et communiquent comme s’ils allaient être investis d’une présidence européenne, voire universelle. Ce n’est pas offenser notre pays de remarquer que c’est parler comme un amiral alors qu’on aspire à commander une chaloupe.

Mais l’électeur est moins naïf que ne le croient ceux qui sollicitent ses suffrages. Il sait que la force des choses et des autres changera le ton de celui qui accèdera au pouvoir. En attendant le pain promis, le citoyen regarde les affrontements comme un spectacle.» Les « sondagistes », les chasseurs d’audimat, les décorateurs de théâtre virtuel, les industriels de l’Entertainment, lorgnent sur ces jeux du cirque avec convoitise

Les Grecs sont aujourd’hui si présents dans les esprits qu’il suffirait de mettre un masque aux protagonistes pour se croire au temps de Sophocle et des dionysies. Mais les Hellènes, qui ont inventé la logique, trouveraient singulière cette démarche qui consiste à confronter les semblables les moins différents et censés s’être mis d’accord avant de se présenter au public. Antiques spécialistes de la dialectique, rompus aux olympiades de l’esprit, les sages grecs se jouaient du contraire, de l’inverse, du contradictoire. Ils savaient que « deux choses contraires peuvent être également fausses ».

Les modernes inventeurs des primaires ont mis leurs champions sur des positions escarpées où il est difficile de se distinguer sans s’opposer et de s’opposer sans tomber.

En effet, souscrire à un programme c’est se mettre d’accord sur l’essentiel. En débattre c’est se condamner à approuver les cosignataires ou à se cantonner dans l’inconsistance. Sortir de cette alternative ne peut conduire qu’à des oppositions ou à de dérisoires contorsions d’évitement des sujets qui fâchent.

Chaque intervenant étant libre de présenter ses arguments dans l’ordre qui lui paraît le plus approprié, l’essentiel peut paraître relégué par l’un au rang des accessoires, et l’accessoire promu par d’autres au rang de l’essentiel.

Le discours global risque de se brouiller, la sélection de s’établir sur des différences de forme prenant le pas sur le fond. Le consensus est voué aux calendes grecques.

Avant ces premiers débats, le citoyen savait déjà que nul ne peut savoir quand et comment nous résorberons dettes et déficits, sortirons de ce qu’on appelle à tort le tout nucléaire, entrerons dans le tout électrique automobile annoncé à son de trompe.

On nous promet d’autres débats. Leur préparation estompera la différence des idées et exacerbera les oppositions personnelles. La logique et la dynamique des choses rendront inutile une part du débat et dangereux le reste.

Deux impératifs s’imposent avant la dernière séance de maquillage des impétrants de tous bords : régler la balance stéréophonique des voix de gauche et des voix de droite, mettre au point les éclairages pour flatter le teint de l’Écologie

Comme Ubu au début de l’acte III, l’heureux élu pourra alors dire : « De ma chandelle verte, me voici roi en ce pays. »

 

Pierre Auguste

Le 28 novembre 2011

 

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Par Pierre Auguste le 2011-09-27

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Niches fiscales et niches budgétaires

 

NICHES FISCALES ET NICHES BUDGÉTAIRES

 

Ceux qui nous dirigent ou aspirent à nous diriger voudraient oublier ce que savent les plus nuls de nos écoliers : La dette est le solde des recettes et des dépenses.

Depuis plusieurs mois on nous rebat les oreilles avec la dette et les niches fiscales. Cependant qu’est entretenu un silence d’or sur les niches budgétaires.

Depuis de nombreuses années les pouvoirs publics dépensaient et prélevaient toujours plus. L’expansion de leur univers financier les amenait à trop embrasser et mal étreindre.

La complexité des problèmes collectifs et la diversité des situations personnelles ont forcé les dirigeants à déroger aux règles et lois normatives qui annihilent les libertés individuelles, inhibent les initiatives.

C’est ainsi que s’est progressivement instauré un régime incitatif créateur de niches fiscales remises en cause aujourd’hui par les argentiers en mal d’équilibre. L’utilité est censée présider aux choix. Chacun a ses critères pour proclamer l’utilité de ce qui fut et de ce qui restera. Nul ne sait prévoir les effets pervers de mesures prises en supposant que « toutes choses resteront égales par ailleurs ».

Exit la niche fiscale des retraites ? Exit le dégrèvement des salaires relatifs à l’emploi de personnes à domicile ? Peut-on alors dans le même temps développer l’autonomie et le maintien à domicile des personnes âgées ? Personne ne semble soupçonner que le premier degré de la solidarité se situe au niveau des familles et y prend des formes diverses. Au moment même où l’on proclame agir au nom de la démocratie, on envisage de priver les vieux sages d’une partie de leur pouvoir de décision sur l’emploi de leur argent. La collectivité prend ainsi l’engagement implicite, qu’elle ne saurait tenir, de prendre en charge avec efficacité cette action sociale bien réelle mais non apparente.

Le rabot fait des merveilles sur les niches fiscales. Les oppositions « aidant », il est moins ardent sur les niches budgétaires. Le souci d’utilité et d’efficience n’y est pas très apparent. Les péripéties du financement politique donnent à penser que l’utilité pour quelques uns prime sur l’utilité pour la multitude.

Souvenez-vous. Naguère les partis politiques baignaient dans le paupérisme et nageaient dans l’ambition. Concurrence et complexité obligent, la politique est devenue un « métier ». Les affiches électorales ne sont jamais assez grandes, ni assez nombreuses, ni assez avenantes. Les spots publicitaires ne sont jamais assez percutants. Les messages écrits ne sont jamais assez empreints de professionnalisme. Les meetings et voyages de soutien des candidats ne sont jamais assez massifs. Il n’y a jamais assez d’argent. Les modes de financement plus ou moins occultes ont occupé les esprits et finalement intéressé la justice. Pour une fois, les partis se sont mis d’accord pour se partager des subsides. En un temps record, ils ont monté un système de prébendes sécurisées que nul ne songe à raboter.

Après l’annonce par l’état de supprimer la taxe professionnelle, les barons locaux, cumulards, juges et parties, sont montés aux créneaux au nom de la démocratie pour que soient conservées les ressources de leurs fiefs. Il en est résulté des changements d’appellation, des simulacres de réduction des ponctions, des exemptions de fait du devoir de faire des économies.

Sous le chapiteau social, la fatalité veut que la commodité d’en haut soit assise sur la misère d’en bas et sur les économies du mitan. Comme en tous domaines, il est dangereux de prendre séparément des mesures dont les objectifs s’entrecroisent.

C’est digne du père Ubu* d’appeler cadeau fiscal un argent que l’on renonçait à prélever. Ceux qui distribuent des étiquettes partisanes ne l’ont pas remarqué, UBU est un palindrome inchangé par une lecture de droite et une lecture de gauche. Dans tout le spectre politique on pratique la recette d’Ubu roi qui distribuait des caisses d’or à ses sujets en leur recommandant de payer leurs impôts pour emplir les caisses du royaume.

Justifications et appellations fallacieuses, faux syllogismes, vrais sophismes, nichent à jamais dans les règles du grand jeu fiscal et budgétaire.

Ubu est impayable et inoxydable. Il est en or massif. Il vous transmet le bonjour d’Alfred.

 

Pierre Auguste

Le 7 septembre 2011

 

*Alfred Jarry (1873-1907)

 

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Par Pierre Auguste le 2011-09-06

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Grands mots pour petits remèdes

 

GRANDS MOTS POUR PETITS REMÈDES

 

Les mots disent toujours plus qu’on ne croit.

Le légitimisme et la légitimité désignent deux idées différentes qui entretiennent notre agitation sociopolitique.

La constitution organise les institutions, encadre les lois, fixe les calendriers électoraux, définit les attributions des élus.

Les Zeureux Zélus sont zélés. Ils ont besoin de coudées franches pour engager leurs programmes. Et de temps pour tenir leurs promesses.

Représentants du peuple, ils ont une conception représentative de la démocratie. Dès lors qu’ils sont en place ils entendent qu’on leur fasse confiance et ne veulent être jugés qu’en fin de mandat, sur les résultats. Ils sont légitimistes.

Les candidats malheureux sont frustrés. Ils ne peuvent se résoudre à attendre les échéances. Ils s’ingénient à entraver les actions de la concurrence. Surtout celles qui leur coupent le blé en herbe sous le pied. Ils sont les contempteurs des actions du pouvoir. Ils légitiment leurs réactions par les attentes d’un électorat changeant que nul ne pourrait contenter.

Ainsi se déclenche et se perpétue la guerre de la légitimité contre le légitimisme.

Les médias observent et rapportent. Mais ne sont pas neutres dans les batailles

Les flux et reflux des affinités souterraines et des connivences partisanes distordent l’information, troublent le jeu plus souvent qu’ils ne le calment

Les journalistes américains ont fait des émules. Depuis qu’ils ont mis à bas un président des États-Unis, la confrérie de l’information rêve en secret d’écourter quelque mandat.

C’est ainsi que le journalisme d’instigation supplante volontiers le journalisme d’investigation.

Quelle que soit leur couleur, les réseaux d’opposition bûcheronnent à la hache et à la tronçonneuse dans les dispositifs à abattre. Ils cognent à la masse sur les coins qu’ils enfoncent dans les fissures.

Comme tout se tente, tricoteurs et dé-tricoteurs d’assemblée engoncent le citoyen et la société comme des oignons sous des couches législatives protectrices et inhibitrices.

Comme tout se plaide, les virtuoses de prétoire cherchent et trouvent les failles de la légalité, combattent « la force injuste de la loi ».

Alternances et ouvertures sont plus des fictions sémantiques que des réalités. Elles sont décalées dans le temps, dispersées dans l’espace, égarées dans le dédale de nos institutions multicouches et pléthoriques.

Nous sommes sous un régime permanent conflictuel et incohérent dans lequel cohabitent…des cohabitations rarement pacifiques.

Même s’il n’est pas certain, le pire finit par trouver quelque exécutant pour tenter de le faire advenir.

La bataille des idées se transforme en bataille de mots qui elle même prépare les conflits concrets.

Les mots prennent un sens différent selon le locuteur, selon l’interlocuteur. Avec le cumul des mandats les discours varient selon le niveau auquel ils sont prononcés.

Le baron ne parle pas le même langage en son fief et au conseil du roi. Il est toujours tenté par la réserve, l’autonomie, la dissidence, la trahison.

Même en république le roi fait quelque peu les barons et les barons le roi. Mais le peuple souverain trouble le jeu. Quiconque aspire à une parcelle de pouvoir doit le séduire. L’inflation verbale est de rigueur. La rigueur est bannie du vocabulaire d’une gestion pourtant nécessairement rigoureuse.

Les candidats annoncent la fin des grands maux en associant des grands mots chattemiteux et des formules à double sens. « Votez pour nous, nous ferons le reste. Traduction : « Quand nous serons en place nous ferons ce que nous voudrons ».

Les élus font ce qu’ils peuvent pour faire ce qu’on leur laisse faire. Ils apportent aux grands maux des petits remèdes sans grande efficacité, durs à avaler, mal remboursés.

 

Pierre Auguste

Le 31 août 2001

 

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Par Pierre Auguste le 2011-08-30

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Finances. Le grand Trictrac.

 

FINANCES. LE GRAND TRICTRAC

 

Depuis de nombreuses années les dettes publiques et sociales se creusaient dans l’indifférence des uns, la délectation des autres. Des crescendos médiatiques ont soudain appelé les urgentistes politiques à prendre des actions immédiates pour limiter la profondeur des trous et le volume des déblais et remblais.

Mis en éveil, le peuple est appelé à se rassurer et à se rendormir. Au nom du roi.

Les Dieux se font des peurs et des plaisirs au rythme des grondements telluriques. Pour faire notre bonheur, ils s’adonnent à des jeux apparentés au trictrac. Mais pour notre malheur, ils ne savent pas jouer. Chacun veut nous faire croire qu’il est ou sera le meilleur, à ce jeu comme en tout autre.

Le jeu de trictrac est un jeu d’argent, de stratégie et de hasard qui fut à la mode dans la bonne société et dans la littérature entre le seizième et le dix-neuvième siècle.

Le Grand Trictrac n’était pratiqué que par« les gens d’honneur… et encore les plus spirituels, actifs et vigilants qui le peuvent comprendre. »

Ce jeu serait tombé en désuétude parce qu’il était trop compliqué et que personne ne savait plus l’enseigner. Il suffit d’en lire les règles pour savoir que c’était une usine à gaz qui ressemble étrangement à toutes ces usines à gaz que le législateur, dans ses petites folies, sait inventer pour compliquer la vie.

Le jeu budgétaire et financier est pourtant enseigné et pratiqué partout mais par des experts de diverses obédiences ou mouvances scolastiques, institutionnelles, commerciales, partisanes. Chacun ne croit qu’en sa science. C’est ainsi qu’à la bourse, les batailles d’experts et la libre interprétation aidant, il se trouve toujours des gens pour vendre et acheter les mêmes actions. Ce qui paraît être un risque inacceptable par le vendeur est perçu comme une chance par l’acheteur. La vie des joueurs est une dialectique entre la méfiance et la confiance. Nul ne sait laquelle finira par l’emporter.

« L’agnosticisme est la seule solution de problèmes où manquent les données ». Le doute domine en matière financière car chaque acte de foi y trouve son contraire. Tout y est d’humeur, de subjectivité, de circonstances, de présupposés.

Les préjugés économiques sont gravés dans le marbre des doctrines.

Le dirigisme met tous ses espoirs dans l’action collective organisée.

Le libéralisme mise sur l’initiative des individus, compte sur la pratique des marchés pour assurer les régulations mieux que les hiérarques des institutions et des partis.

L’un pèche par le mépris de l’homme, l’autre par le mépris des organisations.

En fait, les réalités commandent. Les événements ne suivent pas la ligne des partis, ondoyante et incertaine. Les dirigeants font souvent le contraire de ce qu’ils croient faire.

C’est ainsi que, dans les faits et dans les bilans, ceux qui se croient dans un camp font la politique du camp opposé. Les perdants au jeu sont ceux qui croient aux promesses.

Au jeu politico économique, il n’est point de martingale. Cela nous vaut une noria des joueurs qui, chacun, veut essayer autre chose. C’est ainsi qu’à l’occasion des grandes échéances électorales les maîtres du jeu peuvent dire qu’on a tout essayé mais qu’on fera tout pour que tout aille mieux.

Le plus grand charme des questions financières tient à l’infinité des perceptions de la valeur des choses et des monnaies qui la mesurent.

En famille on fait des parties endiablées en misant avec des haricots et en payant avec de la monnaie virtuelle. Les tricheurs y fourbissent leurs premières armes.

Dans la vie sociale on « intéresse » la partie. On encaisse et verse des espèces, non toujours fausses, auxquelles on s’attache comme le Père Grandet à ses « jaunets ».

Dans le jeu des affaires on ne badine pas avec l’argent. On manie des sommes bien réelles qui atteignent des sommets inaccessibles au vulgaire.

Dans la vie politique les gestionnaires des deniers publics planent à des altitudes où toute référence s’estompe, où toute valeur se trouve « dans l’épaisseur du trait ».

L’argent du travail s’accumule pièce par pièce. Le jeu des lignes budgétaires et du livre de la dette réclame des engins de chantier. Et appelle le fisc au jeu de trique et traque.

 

Pierre Auguste

Le 24 août 2011

 

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Par Pierre Auguste le 2011-08-23

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Crise financière. Le retour du jamais vu.

 

CRISE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE. LE RETOUR DU JAMAIS VU.

 

De mémoire de ministre de l’économie et des Finances on n’a jamais vu une telle crise.

Il est vrai que notre ministre des finances est trop jeune pour avoir connu Philippe le Bel. (1268-1314). Comme bien d’autres, ce roi a connu des difficultés financières dont il est sorti par des mesures drastiques. Il a pris l’argent « où elle était » chez les Lombards, les Juifs et les Templiers et en traficotant la monnaie. Cela lui valut la bénédiction du Pape qui le gratifia du titre de faux monnayeur.

Entre Louis XIV et Louis XV la régence a bien été servie en difficultés financières. Le trésor public, épuisé par les guerres, s’est un moment « refait » en pompant dans l’or privé de quelques grands fortunés. Mais les belles combinaisons de Law se sont terminées dans la fameuse banqueroute dite de la rue Quincampoix.

Tous les potaches savent que ce sont les difficultés financières qui ont conduit Louis XVI à réunir les États généraux en 1789. En voulant désigner des payeurs, on déclenche des révolutions et on récolte des assignats.

Pour avoir troublé le jeu monarchique et effrayé trônes et cours, la République fut assaillie de toutes parts. Napoléon le recours eut le génie de financer les guerres par les prises de guerre. Mais les belligérants, las d’être bousculés les uns après les autres, s’unirent pour éjecter le malotru affaibli par une élongation en atmosphère froide.

À l’issue de la première guerre mondiale la République de Weimar vit s’effondrer le mark. Les Allemands ont eu en prime le Nazisme dont ils gardent les stigmates. Ils montent au créneau quand il est question de leur monnaie qui maintenant est aussi la nôtre.

L’histoire apporte bien d’autres exemples de cette fatalité qui pousse les puissants à promettre des réalisations hors de portée, entreprendre des actions irréalistes vouées à l’échec, engager des dépenses qu’ils ne sauront pas financer, augmenter les impôts et les charges des citoyens actuels et finalement endetter les générations futures.

Les impôts remontant à la plus haute antiquité, on s’épuiserait à vouloir inventorier tous les abus et malheurs produits en leur nom. C’est pourquoi les grands qui gouvernent imputent en bloc les difficultés présentes à leurs prédécesseurs et inventent à neuf les difficultés qu’ils laisseront à leurs successeurs.

Avec un nouveau vocabulaire, tout paraît nouveau sous le soleil. Mais avec la taxe d’assainissement, Vespasien est toujours là.

Encore une fois, Voltaire nous apporte quelques lueurs posthumes.

Voici deux extraits d’une lettre qu’il écrivit le 16 Mai 1749 sur la fiscalité et la dette publique à l’attention des riches contribuables. C’est un plaisir de lire in extenso, mais au premier et au deuxième degré, ce texte aisément accessible sur Internet.

« Ce ne sont point les impôts qui affaiblissent une nation: c’est, ou la manière de les percevoir, ou le mauvais usage qu’on en fait. Mais si le roi se sert de cet argent pour acquitter des dettes, pour établir une marine, pour embellir la capitale, pour achever le Louvre, pour perfectionner ces grands chemins qui font l’admiration des étrangers, pour soutenir les manufactures et les beaux-arts, en un mot pour encourager de tous côtés l’industrie, il faut avouer qu’un tel impôt, qui paraît un mal à quelques-uns, aura produit un très grand bien à tout le monde. Le peuple le plus heureux est celui qui paye le plus et qui travaille le plus, quand il paye et travaille pour lui-même. …

…« Il y aurait, j’ose le dire, bien peu de justice et de raison à prétendre que les dettes de la nation pussent être payées autrement que par la nation. »

Dans les niches fiscales ne dorment pas que des chiens.

La dette est le résultat des promesses, qui ne sont d’ailleurs pas toutes tenues.

La République ne doit pas vivre au dessus de ses moyens, ni administrer au-dessus de ses besoins. Et chacun, comme on dit, doit regarder à la dépense.

Les experts dont regorgent nos institutions feront observer que ce discours est naïf et que tout cela fait partie des rudiments enseignés dans les pouponnières où sont élevés les Inspecteurs des Finances.

Sans doute. Mais on ne le dira jamais assez au bon peuple et aux mauvais contribuables.

 

Pierre Auguste

Le 17 août 2011

 

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Par Pierre Auguste le 2011-08-16

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L'Europe. Le tout et les parties.

 

EUROPE. LE TOUT ET LES PARTIES

 

Il n’est pas encore admis par tout le monde que la diversité est une richesse et que la division conduit à la faiblesse et à la pauvreté. Longtemps divisée, l’Europe sait depuis un demi-siècle qu’elle doit unir les efforts des pays qui la composent pour faire front aux appétits du monde. Petits ou grands, les systèmes évoluent sous contraintes externes. La crise mondiale sera donc salutaire en instillant du réalisme dans les affaires, de la retenue dans les discours, de la promptitude dans les actes.

 

Mais les atavismes nationaux et les conservatismes délibérés sont plus forts que la volonté de changement. Écrasée par son histoire, l’Europe est un conservatoire. L’élite s’amuse ou musarde, mise sur le tourisme et les musées, oublie que les démunis se nourrissent de bonne soupe plus que de beau langage.

 

Les peuples sont dits souverains. Leurs délégataires tiennent à leurs prérogatives présentes. Pour celles de l’avenir, ils verront demain, après les élections.

 

L’Europe est un ensemble qui vit par ses sous-ensembles et chacun par le tout.

 

Les besoins d’actions concertées ou communes se sont accrus à l’ouverture des frontières intra européennes. La mondialisation et l’usage d’une monnaie unique bannissent toute velléité de confinement économique.

 

Certes la sécurité et la défense restent des enjeux nationaux. Mais l’Europe dans son ensemble est soumise à des menaces, civiles ou militaires, locales ou globales, contre lesquelles elle ne peut se prémunir que globalement.

 

Ainsi en est-il pour des questions essentielles comme la sécurité des approvisionnements, la liberté de circulation, la maîtrise des migrations, la protection de la monnaie, le développement économique, la lutte contre la délinquance et la criminalité, la sauvegarde du grain de sable, mi-sec mi-mouillé, qui nous porte.

 

Les politiques et les actions sont en principe encadrées par l’ingénieux principe de subsidiarité. Mais rien ne peut guère désormais être déterminé ni conduit isolément.

 

Comment assurer une harmonie générale si on laisse se perpétuer des différences, dans les charges de défense, les organisations administratives, la fiscalité, les lois sociales ?

 

Les stratifications administratives et la diversité des tempos électoraux produisent des disparités d’orientations politiques, des incohérences dans les actions, des oppositions stérilisantes à tous les niveaux du pouvoir.

Quoi que l’on décide, il se trouve toujours quelque potentat pour s’y opposer.

 

Et comme tout est lié, on en vient partout à ressentir l’impérieux besoin de plus d’unité, ou au contraire à réclamer un isolationnisme et un protectionnisme révolus. Il en résulte des risques nouveaux de division du tout et en chacune de ses parties.

 

L’Europe du Nord fustige le laisser aller de l’Europe du Sud, les Flamands se plaignent des Wallons, les Basques veulent se distinguer des Andalous, les commerçants et les fonctionnaires se jalousent, les habitants des campagnes envient les gens des villes, les insulaires s’opposent aux continentaux, les autorités régionales tempêtent contre les pouvoirs centraux, contre les institutions supranationales.

 

Quel que soit son niveau, toute administration se sent expropriée par les administrations de niveau supérieur qui prétendent la coiffer, la contrôler.

 

Tout ce qui ne va pas est désormais la faute d’un autre. Et comme il est plus facile de« faire du social » avec l’argent des autres qu’avec ses propres deniers, partout les ambitieux luttent pour mettre la main sur les robinets répartiteurs de crédits.

 

On se souvient en France de la boutade, non de Charlemagne mais du « grand Charles » : « Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe deux-cent-quarante-six sortes de fromages ? » Ce chiffre est d’ailleurs contesté et les statistiques manquent pour avoir une idée du nombre de fromages européens. L’Europe des six est bien loin déjà, et chaque nouvel adhérent est arrivé avec son plateau garni.

 

Les pays d’Europe se sont encordés pour escalader les cimes. Chacun doit s’interdire d’être un poids mort et refuser de couper la corde au-dessus de ceux qui dévissent.

 

Qu’en pensent les porteurs de programmes et leurs fidèles soutiens ?

 

Pierre Auguste

Le 10 août 2011

 

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Par Pierre Auguste le 2011-08-09

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Europe. La foire des trônes

 

EUROPE. LA FOIRE DES TRÔNES

 

La propension à la dispute politique remonte à la nuit des temps. Elle n’est pas le propre de l’Europe. Mais durant des siècles l’Europe, a occupé un bon rang dans le palmarès des luttes de pouvoir.

 

Les trônes ont toujours été un enjeu européen. Ce mot d’origine grecque en témoigne. Ce n’est pas par hasard s’il est en usage dans presque toutes les langues pratiquées sur le continent. À l’exception notable de quelques pays slaves et de la Turquie…

 

Il a sans doute longtemps régi les échanges et le « commerce » des hommes. Et fait le malheur de l’Europe qui a toujours eu moins de trônes que d’augustes séants…à asseoir.

 

Deux voies principales se sont toujours opposées pour assurer la transmission et la pérennité des domaines. Réduire le nombre de prétendants par l’assassinat, les guerres, les alliances, les mariages. Augmenter le nombre des héritages par la division des territoires et par des expédients propres à stimuler le « turn over » naturel.

Au temps de Chilpéric (VIe siècle) les luttes fratricides agrémentaient la vie des royaumes Francs. Depuis, la plupart des conflits dont L’Europe fut le siège, trouvèrent leur origine dans des problèmes de partage, comme souvent dans les familles.

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Par Pierre Auguste le 2011-08-02

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Politique. Le journal des ébats

 

POLITIQUE. LE JOURNAL DES ÉBATS

 

Si la politique n’existait pas, il faudrait l’inventer. Pour nous distraire.

Les ébats politiciens déversent des suspens qui surpassent tout ce que l’industrie de l’Entertainment hollywoodien peut produire.

En ce printemps et ce début d’été 2011, droite et gauche se sont unies pour nous scotcher à nos écrans, grands, moyens et petits. Nos horizons ont été colorisés par les uns, bariolés par les autres. Les discours et les programmes ont plu comme des balles à Gravelotte. Ils ont déplu à ceux qui auraient voulu mettre un peu d’ordre dans leurs idées. Nous avons été tenus en haleine par des sagas qui ont dévoré notre temps, défié les imaginations, bousculé le sens de la logique que le pays de Descartes entend cultiver.

Grand N candidats se sont proclamés candidats potentiels à l’élection suprême et déclaré vouloir « aller jusqu’au bout ». Grand N-1 n’en verront pas le bout. Chacun prétend prendre enfin les problèmes par le bon bout et laisse deviner ce que sera l’autre bout.

Dans l’arc en ciel des propositions sont apparus « la chose » et son contraire. Nul n’ignore maintenant qu’il va falloir travailler plus ou moins pour gagner moins ou plus.

Plus que jamais plurielle, la gauche annonce des mutins qui chantent l’internationale en partant en guerre contre la mondialisation. Tel de ses partis promet le grand soir d’hier. Tel de ses courants appelle une autre République par une réforme résolue mais graduée. Telle tendance appelle le retour de son passé glorieux.

Les questions de personnes étant secondaires on a prétendu définir d’abord un programme et remettre à plus tard la désignation de celui qui devra le porter. Après avoir souscrit un programme commun, chacun s’apprête à présenter le sien. On a élargi le collège préélectoral. On a tergiversé sur l’opportunité et les risques d’en débattre devant ceux qui sont appelés à choisir. De fins stratèges ont devancé ou proposé de proroger la date limite de l’appel à candidatures. Les cartes furent un peu brouillées par un roi de cœur et une dame de pique qui donnèrent un tour inattendu, une vigueur nouvelle, une audience universelle à nos ébats politiques

Logique quand tu nous tiens !!! On nous a promis d’augmenter le budget de la culture au moment même où l’on débattait sur l’opportunité de sauver la patrie de Diogène qui, vivant au-dessus de ses moyens, menaçait de mettre à mal l’Europe et son Euro.

Un grand maire a choisi le temps des plus riches heures de Paris-Plage pour demander à l’État de secourir les plus pauvres de sa ville, la plus riche et la plus cultivée.

Face à ces initiatives et à cette dialectique, la droite ne pouvait rester les deux pieds dans le même sabot. Pour ratisser large elle est devenue plurielle.

Mais à trop multiplier les sabots elle finit par ne plus savoir où mettre les pieds.

Les pieds semblèrent d’ailleurs en voie de devenir un enjeu existentiel. N’a-ton pas vu un dignitaire, « présumé-innocent », accusé d’être sorti du strict culte dû au buste de Marianne et s’être intéressé de trop près aux pieds de secrétaires ?

Dans l’opinion, pourtant peu puritaine, des voix se sont élevées pour regretter que les politiciens piétinassent dans la sexualité. Mais chacun sait que toutes les voix comptent.

Le fait majeur dans lequel s’investit le pouvoir central reste la « crise » financière, économique, monétaire et humaine qui traverse le monde. Vague après vague, marée après marée, exode après exode, spéculation après spéculation, cette « big one » transgresse les frontières et les côtes, bouscule les habitudes et les mœurs européennes.

Faute de vouloir se battre contre elle-même, l’Europe s’est condamnée à débattre et à s’ébattre. Le printemps arabe ne l’a pas sortie des soubresauts climatiques.

Les prévisionnistes nous annoncent un nouveau souffle de la fiscalité. Il faut faire payer les riches disent les uns. Les charges sont trop lourdes disent les autres. Il pourrait être utile de rappeler à tous, ce qu’écrivait le riche progressiste Voltaire en 1763 : «… je trouve les impôts très justes, quoique très lourds, puisque dans tout pays, excepté dans le pays des chimères, un État ne peut payer ses dettes qu’avec de l’argent. »

Les révolutions sont-elles inéluctables et vaines ? Ce serait un beau sujet de dissertation pour bêtes à concours ! Qui nous changerait de débattre de tout… et sur « rien ».

 

Pierre Auguste

Le 27 juillet 2011

 

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Par Pierre Auguste le 2011-07-26

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Conjoncture. Les grands écarts

 

CONJONCTURE. LES GRANDS ÉCARTS

 

La société s’empêtre dans la complexité et l’incohérence. Elle se disperse dans les disparités et les divergences.

Chaque séquence électorale nous promet l’avènement de quelque bon pasteur-partisan qui rassemblera le troupeau entier. Et restera fidèle à ses origines !

Mais une fatalité semble entraîner l’humanité vers le contraire de ce qui lui fut promis.

Comme son nom l’indique, le pouvoir en place fait ce qu’il peut. Cela se résume à ce que les oppositions lui laissent faire.

Les pouvoirs évincés s’appliquent à empêcher que soient tenues par d’autres les promesses oubliées. Les prétendants au pouvoir élaborent des catalogues de velléités qui ne diffèrent guère de celles des concurrents que par les voies et moyens susceptibles de séduire les supposées clientèles.

Les protagonistes échangent invectives et rumeurs comme on échange des balles.

Chacun se débat dans un tout qui s’impose à chacune de ses parties.

Le monde évolue selon une dynamique qui lui est propre. Son état initial est mal connu, son état final n’est jamais conforme aux attentes. L’un et l’autre sont indéfinissables.

L’effacement des frontières économiques a accru les interdépendances, exacerbé les concurrences, internationalisé les crises, créé un besoin de gouvernance globale que nul ne peut satisfaire, que certains récusent, que d’autres combattent.

À tous les niveaux de tous les groupes humains, « chacun voit midi à sa porte ».

La mondialisation eut des effets non prévus par ses promoteurs et qui sont porteurs d’inconvénients ultérieurs imprévisibles. La libération des échanges a toutefois contribué à contenir la progression de la faim dans le monde, à augmenter le niveau de vie des pays « émergents », à déployer de grandes structures productives internationales, à réduire les prix des produits manufacturés au profit des consommateurs des pays développés. Mais par un redoutable « effet boomerang », les transferts de technologie et la diffusion des savoir-faire ont créé des concurrences nouvelles, déséquilibré les échanges, mis à mal le tissu industriel des « vieux » pays désormais stagnants, dégradé l’environnement des pays aspirant au progrès. Les plus pauvres sont toujours aussi pauvres. Ils sont toujours plus nombreux même dans les pays riches. Les riches sont toujours plus riches même dans les pays pauvres. Les dettes ont généré des interdépendances à la fois sclérosantes et déstabilisantes. Les écarts sont en expansion. L’universalité de l’information les rend toujours plus perceptibles. Nous sommes effrayés, autant que le fut Blaise Pascal par la profondeur des espaces infinis.

Nul ne sait si notre brillant Auvergnat a gagné son pari sur l’existence de Dieu et s’il existe, un paradis, un enfer, un purgatoire. Mais on ne risque guère de se tromper en disant qu’il existe sur terre des paradis, des purgatoires et des enfers.

Les actuaires héritiers de Pascal probabilisent tous événements par de savantes mathématiques. Les peseurs d’or mesurent toutes choses avec des étalons élastiques. Ils nous proposeront de souscrire des contrats d’assurance à valoir pour l’au-delà auprès d’une caisse des compensations éternelles. Mais les « surprimes et subprimes » d’assurance feront courir à l’économie des risques réitérés et rédhibitoires !

Que puis-je faire moi, seulet ou seulette, face à ces milliards de concurrents qui veulent dévorer le monde ?

Sans doute faudrait-il d’abord que chacun perçoive qu’il est engagé dans la grande patouille pâteuse que l’on voit sourdre de partout. Tous les chemins et tous les humains ne sont pas embourbés. Tous sont menacés de l’être.

Rappelons-nous ce bon vieux Jean de La Fontaine (1621-1695 ; Le Chartier embourbé.) :

«…Hercule veut qu'on se remue;

Puis il aide les gens. Regarde d'où provient

L'achoppement qui te retient;… »

Mais les travaux en ce bas-monde ne sont pas tous régis par un seul Hercule.

Il faut créer ses Dieux et choisir des voies pénétrables.

 

Pierre Auguste

Le 20 juillet 2011

 

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Par Pierre Auguste le 2011-07-19

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Genèse et généalogie des entreprises

 

GENÈSE ET GÉNÉALOGIE DES ENTREPRISES

 

Une entreprise peut naître par hasard, jamais par génération spontanée.

Les objurgations pour obtenir des créations d’emploi sont vaines. Les défilés conjoints des candidats à l’emploi, de ceux qui les représentent et de ceux qui nous gouvernent ont à peu près la même efficacité que les prières et processions pour demander la pluie et le beau temps.

La création d’entreprise présuppose l’existence d’une volonté et d’un espoir, raisonnable ou fou, de répondre à des besoins déjà assouvis ou non encore perçus.

Comme en bien d’autres domaines, la satisfaction du besoin est « soumise à conditions » que nul ne songe à écrire, même en petits caractères, comme sur les prospectus de propagande.

Il est bien difficile d’y voir clair dans le cosmos économique. Mais on peut remarquer que l’activité de la plupart des entreprises préexistait au moment de leur création.

Nombreuses sont les entreprises plus que centenaires qui continuent à proposer les mêmes produits, réalisés selon leurs techniques originelle. Elles ont traversé les âges en conservant à peu près les mêmes clientèles, les mêmes volumes de commande, les mêmes effectifs. Elles sont le fruit d’une heureuse conservation qu’il ne faut pas confondre avec du conservatisme. Elles sont fières de l’ancienneté de leur création, de leur héritage, de leur généalogie. Mais elles ne peuvent subsister que par des efforts constants d’amélioration de la qualité de leurs produits ou services. Il est peu raisonnable d’en attendre des merveilles pour la création d’emplois nouveaux, tant en nature qu’en nombre d’emplois.

Les gros bataillons de l’emploi sont constitués par des entreprises qui satisfont les besoins primaires mais essentiels que sont la nourriture, le logement, les transports, l’énergie... Ces entreprises évoluent plus par adaptation de leurs techniques que par le volume de leurs effectifs.

Pour leur donner de nouvelles impulsions, les dirigeants en changent les statuts, le nom, le logo, les systèmes de référence, l’origine des temps, la localisation. Les effets subsidiaires attendus sont de faire oublier la gloire ou les turpitudes des prédécesseurs, d’asseoir la notoriété de ceux qui se présentent en grands « créateurs ». Comme le montrent et le démontrent pour elles mêmes les entreprises de presse, les domaines professionnels sont le fruit d’un long processus d’assemblage d’activités parcellaires préexistantes. Les empires se créent par accrétion, tout bêtement, comme la lune !

Le lecteur pourra en trouver des exemples caractéristiques, visibles à l’œil nu.

Il est vital que les entreprises « repreneuses » d’activités produisent autrement dans une démarche d’amélioration continue de leurs produits ou services.

Mais le souffle financier emporte ailleurs les meilleures volontés. Trop souvent, la finalité des entreprises est dévoyée. Aux produits faits pour un usage, se substituent des produits faits pour être vendus. Les unités de production sont transformées en centres de profit. Les grands systèmes finissent par exploiter les mêmes filons et à faire les mêmes choses : gestion financière, production audiovisuelle, spectacles sportifs, presse, haute technologie, vente de téléphones portables… Nul ne sait bien qui fait quoi aujourd’hui.

Les authentiques créateurs d’entreprise prennent des risques pour eux-mêmes, sont souvent discrets, précèdent les engouements, opèrent ex nihilo hors des sentiers battus.

Ils sont à la merci des coucous qui sont toujours à l’affût pour récupérer le fruit du travail d’autrui, profitent du moindre faux pas, développent à plus grande échelle ce qu’ils n’ont pas su inventer. Après de longues préparations secrètes, les achats, les OPA, les reprises, les fusions, sont annoncés à grands fracas médiatiques.

Les activités et les décisions sont toutes d’occasion. La prise de risque est toute de mesure et de circonspection. L’invention est toute de communication.

Il est dangereux de pratiquer tous les sports en même temps sur le même terrain. Il faut perdre l’habitude d’en enfreindre les règles.

Et il est temps de mettre de la clarté dans la généalogie des familles recomposées.

 

Pierre Auguste

Le 13 juillet 2011

 

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Par Pierre Auguste le 2011-07-12

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Produits dérivés, produits dérivants, produits à la dérive

 

PRODUITS DÉRIVÉS, PRODUITS DÉRIVANTS, PRODUITS À LA DÉRIVE.

 

Chaque jour nous apporte quelque merveille. Nous avions des produits. Nous avons maintenant des produits dérivés.

Chacun a son secret, ils ont tous leurs mystères.

Le produit dérivé est un pléonasme qui ne dit rien de ses origines et de son contenu.

La farine croyait être un produit. Il lui a fallu des siècles pour découvrir qu’elle partage avec le son le privilège d’être un produit dérivé du blé. À l’une la noble tâche de nourrir les hommes, à l’autre la tâche ingrate d’engraisser les animaux.

Quand vient la disette, vient à l’homme l’idée de mettre du son dans la farine pour allonger la pâte. Et de « mouiller le lait » pour allonger la sauce.

L’homme déteste jeter. Il a toujours accommodé les restes. Il devient toujours plus ingénieux pour trouver des recettes et produire sans rien jeter. Il a inventé la publicité et le marketing pour vendre tout ce qui est produit. C’est ainsi que dans le cochon et le pétrole, tout se consomme et que, dans le commerce, les sous-produits abondent.

Nous en sommes venus à avaler tout ce qui se vend. Nous nous préoccupons des contenus quand ils nous rendent malades ou nous occasionnent quelque déboire

Nous bénéficions désormais d’une gradation dans la dégradation.

C’est ainsi que les produits dérivés deviennent des produits dérivants et que certains d’entre eux s’en vont même à la dérive. Même les purs produits de l’écologie verte.

Autrefois on faisait à la maison ses examens organoleptiques. Entendez par là qu’on regardait, reniflait, goûtait, palpait la marchandise. Nous avons maintenant des laboratoires d’expertise et de contrexpertise qui, non sans raisons, se méfient de nos bons sens. Leurs progrès nous font connaître les causes de nos maux. Les savants tiennent le catalogue de ce qu’il vaut mieux ne pas consommer. On nous conseille la variété qui nous permettra de nous empoisonner un peu avec un maximum de produits plutôt que de nous adonner à une dangereuse uniformité. Grâce à quoi nous gagnons chaque année trois mois d’espérance de vie, ce qui ne contente pas tout le monde.

Nous pouvons pourtant trouver dans ce qu’il nous reste de mémoire des exemples de produits que l’actualité récente nous a proposés pour nous régaler.

Nous avons vu défiler les sardines à l’huile de vidange dont les qualités gustatives valent celles de l’huile d’olive pour des papilles citadines. Nous avons donné à nos bébés du lait à la mélamine qui donne de l’onctuosité à la tétée et des saveurs nouvelles lorsqu’il est servi dans des biberons au bisphénol A. (Grand cru classé). Nous avons dévoré des vaches folles nourries avec les déchets d’équarrissage, ce qui est une nouvelle manière de s’aimer les uns les autres. Nous avons jeté ces déchets hors de nos étables. Nous les revoyons pointer le nez aux hublots des piscicultures car on n’arrête pas le regrès.

Nous avons dégusté des raviolis aux pesticides, du riz à l’insecticide. Nous nous sommes lavé les dents avec du dentifrice à l’antigel. Nous mâchons du chewing-gum qui, comme chacun sait, est aussi un produit dérivé du pétrole.

Nous sommes le siège de combats intestins entre nos composants physico chimiques hormonaux et ces hordes de corps étrangers opérant seuls ou en réunion.

Comme si cela ne suffisait pas, les banques nous ont servi d’autres produits dérivés sur des plateaux d’argent. N’écoutant que leur cœur, elles ont aidé les gens à se loger en accordant des crédits à de pauvres insolvables. Mais le cœur a ses déraisons que la rentabilité ne connaît pas. Les créatifs de la finance ont concocté des mixtures dérivées dans lesquelles elles ont délayé les produits à risque que les commerciaux ont fourgués à des chercheurs d’or toujours prêts à se ruer vers les filons prometteurs

Mais les gogos finals, qui ne sont pas toujours finauds, n’ont pas vu tous leurs sous revenir. Une fois encore le contribuable fut appelé à la rescousse. Aux calculs des dérivées, succéda le calcul intégral des contributions.

Il est dangereux de se nourrir, de placer de l’argent, de circuler. Et consommer l‘amour est un sport non dénué de risques. Bref, notre vie est menacée par de fatales dérives.

Nous en avons perdu le manger. Il ne nous reste que le boire pour nous le faire oublier.

 

Pierre Auguste

Le 6 juillet 2011

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Par Pierre Auguste le 2011-07-05

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Médias. Trompettes de la renommée et trompettes de Jéricho

 

MÉDIAS.

TROMPETTES DE LA RENOMMÉE ET TROMPETTES DE JÉRICHO

 

Nous sommes revenus au temps des citadelles. Et donc appelés à revisiter l’Histoire et la géographie. Elles montrent qu’en tout temps, en tous lieux, il y eut toutes sortes de citadelles. On pourrait passer sa vie à en faire le tour. Les plus célèbres ont été exploitées par la littérature, le cinéma, et même la chanson.

L’homme aime explorer les murs de protection de l’entrée des cavernes, visiter les ruines des cités antiques, découvrir les remparts de la Britannia Romaine, longer la grande muraille de Chine, faire le tour des forteresses médiévales, chrétiennes ou sarrasines, escalader le Machu Picchu, inventorier les fortifications de Vauban, examiner les restes de la ligne Maginot, s’enfoncer dans les profondeurs du plateau d’Albion.

Cela ressemble à un catalogue d’agence de voyage. Et jalonne les beaux décors préélectoraux. Se montrer sur quelque forteresse est le programme minimum pour se rêver en chef des armées et faire savoir que l’on mesure les efforts nécessaires pour empiler des pierres afin de se protéger. Et pour détruire les murs des autres.

La citadelle est si présente qu’elle est devenue une source inépuisable de métaphores.

Le champion du genre est Antoine de Saint-Exupéry qui en a fait tout un livre, d’ailleurs quelque peu touffu et redondant, comme la vie. C’est là que s’édifient l’homme, la cité et chacune de ses structures productrices et protectrices. Les remparts sont construits pour se protéger de soi et des autres.

Quatre courts extraits peuvent donner une idée de la gradation d’application des niveaux de cette métaphore par le père du Petit Prince.

 

« Citadelle, je te construirai dans le cœur de l’homme. »…

«Ô citadelle, ma demeure, je te sauverai des projets du sable, et je t’ornerai de clairons tout autour, pour sonner contre les barbares ! »…

« Alors que ton unique rempart, c’est la puissance de la structure et que tu sers. »

« Tu bâtis tes remparts à cause d’un jeu, tu les détruiras toi-même à cause d’un autre. »

 

Le grand jeu de l’homme, est de détruire les remparts de l’autre. Et de faire savoir qu’on le peut. Pour que nul n’ignore que, quel qu’il soit, l’autre c’est le barbare.

D’où résultent la fatalité de la guerre, l’importance de l’industrie des balistes. De vains espoirs et des craintes infondées sont mis dans le pouvoir des médias et les trompettes de Jéricho. Ces diables d’hommes sanctifient tout et vouent un culte passionné à la renommée, déesse aux mille yeux et aux cent bouches, dont les trompettes mal embouchées furent naguère brocardées par Brassens.

Les candidats-fondateurs ont besoin de notoriété pour s’établir et de s’établir pour accéder à la notoriété. Peu importe le domaine. Politique, économie, culture, administrations, coteries, écoles de pensée, élèvent partout des citadelles. Les unes ont besoin des autres pour se maintenir. Du haut de leurs donjons et par leurs souterrains les grands communiquent. À l’abri de leurs murailles, ils conspirent.

Ils courtisent les médias en leur donnant des informations et des images. Les médias leur complaisent tant qu’ils y trouvent intérêt et large diffusion.

La ligne de partage entre la vie privée et la vie publique est floue, ondoie en fonction des sujets et des circonstances. Amours et haines entre communicants et informateurs sont orageuses et versatiles. Discrétion d’aujourd’hui, indiscrétion de demain.

Les instruments à vent ont chacun leurs caractéristiques et leur usage.

Les clairons de la citadelle de Saint-Exupéry sont défensifs et ornementaux.

Les trompettes de Jéricho sont offensives. Elles font sept fois le tour des remparts, et tout s’écroule.

Selon leur humeur et les rumeurs, les trompettes de la renommée font ou défont les murailles. Souvent, elles cancanent, font trois petits tours et puis s’en vont avec le vent qui emporte les diadèmes. Et Gros-Jean redevient Gros-Jean.

 

Pierre Auguste

Le 29 juin 2011

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Par Pierre Auguste le 2011-06-28

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Mémoire des murs. Réminiscences des métiers

 

MÉMOIRE DES MURS. RÉMINISCENCES DES MÉTIERS

 

Sous prétexte qu’il fut un singe, l’homme croit évoluer. Mais presque tout ce qu’il pense, dit ou fait n’est au fond que réminiscence.

Bien qu’elle arrive à modifier son environnement matériel, la société des hommes n’est guère qu’une fourmilière qui vit, croit et se perpétue à l’identique.

Le monde matériel enregistre une infinité de traces de ce que furent les évolutions de la nature et des activités plus ou moins organisées de l’espèce humaine. La plus visible et la plus matérielle des mémoires est celle du patrimoine immobilier. Mais la mémoire des murs ne se limite pas aux palais et aux monuments.

Un diaporama qui circule sur Internet en apporte une belle illustration. L’auteur a eu la riche idée de juxtaposer des photographies des mêmes lieux de Normandie prises, avec le même cadrage, en 1944 et de nos jours. Les premières montraient les hommes dans un environnement dévasté par la guerre. Dans les secondes, combattants et décombres ont disparu. Le décor est toujours là, inchangé dans ses structures. Les toits et les murs sont reconstruits dans la même géométrie. Les façades sont recrépies, repeintes, enjolivées. Les revêtements des rues sont plus lisses. Les murets sont rejointoyés. Mais les mêmes croix regardent par-dessus le mur des cimetières. Rien n’est plus pareil et tout est inchangé. Le monde reste. Les hommes passent et croient tout réinventer.

Ainsi en est-il de leurs organisations qui traversent les âges ou renaissent au gré de circonstances similaires. Un rapprochement de deux évolutions dans deux domaines fort différents par leur temps et leur nature en fournit une illustration qui peut paraître incongrue mais mérite examen.

Autrefois, chaque ferme faisait ses fromages. Vint une première centralisation de la collecte du lait. C’est ainsi qu’au début du XXème siècle, de nombreux villages de la région de Roquefort avaient une laiterie qui collectait le lait et centralisait la confection des fromages. Ceux-ci étaient regroupés à Roquefort pour y être affinés dans les fleurines qui produisent l’un des plus beaux fleurons de l’Aveyron et de la gastronomie française. Ce fut une première standardisation des processus de production biologique. L’affinage devint plus homogène, l’ensemencement avec le « pénicillium roqueforti »fut plus régulier, la fermentation émoustilla plus également les papilles des aficionados.

Les caves de Roquefort drainaient alors le lait de brebis, sous forme de fromages, bien au-delà de l’emprise de leur département. Elles ont ainsi massifié la production et la commercialisation de leur appellation contrôlée.

Les progrès techniques de la conservation et du transport du lait ont permis une nouvelle centralisation de sa collecte et de la production de ses dérivés. Et c’est ainsi que se modifia la « voie lactée » et que disparut la nébuleuse des fromageries locales.

Plus d’un demi-siècle après, c’est un peu la même évolution que subissent les laboratoires d’analyse médicale.

Les progrès des techniques de prélèvement, de conservation et de transport des échantillons, les exigences nouvelles de précision et de sûreté des analyses, appellent des investissements qui tendent à développer de vastes plateaux techniques de haute technicité, coûteux et par conséquent moins nombreux. Les laboratoires de proximité tendront à devenir des centres techniques d’exécution, de routage et de gestion des prélèvements, de diffusion des résultats.

Il faut également attendre quelques mouvements inverses résultant du développement des autotests et du suivi de certaines maladies par les patients eux-mêmes. Il faut en attendre des répercussions, dans le secteur biomédical, sur la structure de l’emploi, du recrutement, de la formation. Cela paraît inéluctable si l’on considère qu’en Allemagne les laboratoires se comptent par centaines et qu’en France ils se comptent par milliers.

Pau Valéry disait que «La moitié du temps d’esprit se passe à découvrir que ce qui ne se ressemble pas se ressemble et ce qui se ressemble ne se ressemble pas. »

De là à suggérer que la biologie et le « bio » ressemblent à des fromages, il y un pas que nous ne franchirons pas. À chaque métier il faut reconnaitre ses quartiers de noblesse.

 

Pierre Auguste

Le 22 juin 2011

 

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Par Pierre Auguste le 2011-06-21

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Energie électrique. Pour un réseau pilotable.

 

ÉNERGIE ÉLECTRIQUE. POUR UN RÉSEAU PILOTABLE.

 

L’énergie est une entité physique. C’est aussi une qualité morale qui n’a rien de métaphysique. Alors pourquoi faire de l’énergie l’enjeu d’une guerre de religion ?

Nous avons ici énuméré les raisons qui rendent illusoire la croyance selon laquelle la sortie du nucléaire serait programmable. *

Un système de distribution de l’énergie électrique nous doit la continuité, l’universalité et la sûreté du service.

La bonne foi force à reconnaître que chez-nous, malgré les sujétions techniques et les aléas sociaux, ces trois objectifs étaient depuis longtemps atteints.

Nucléaire ou pas, il faut que tout réseau en devenir assume sa mission en maîtrisant ses techniques et son économie durant toutes les phases de son évolution.

On connait le point de départ. Personne ne connait le point d’arrivée ni les états intermédiaires par lesquels devra passer le réseau.

Il faut d’abord bien considérer que dans son état actuel notre réseau est maillé, ramifié à sa périphérie, internationalement collecté.

Si l’on met à part quelques dispositifs de secours autonomes et les premiers développements de la diversité des sources, la production et la distribution y ont jusqu’à présent été unitaires. Même si la distribution a été ouverte à la concurrence commerciale, elle est toujours tributaire du réseau physique qui est piloté globalement et en chacune des ses parties.

Les unités de production injectent l’énergie au niveau des nœuds du réseau maillé qui en assurent le routage et la régulation.

Toute l’énergie produite doit être à chaque instant consommée. Les capacités de stockage sont marginales. Elles sont limitées par les possibilités de remplissage par pompage des réservoirs de barrage qui doivent conserver des « creux » pour tempérer d’éventuelles crues. C’est déjà un grand défi d’assurer la stabilité d’un système dont les sources de production sont multiples mais en nombre limité, les consommateurs nombreux, divers et libres de leur consommation. Des incidents techniques et des accidents climatiques nous le rappellent épisodiquement.

La diversification des sources est certes légitime et souhaitable. Mais la dissémination et la forte multiplication des sources changera le routage de l’énergie, compliquera la structure du réseau, l’exposera à plus de risques d’instabilité et de délestages partiels.

Comme c’est le cas actuellement pour la consommation, une part croissante de la production échappera à tout contrôle. Les prévisions en seront compliquées, le pilotage plus difficile. L’ensemble du système et chacun ses sous-systèmes interactifs risquent de devenir ingouvernables. Cette « in gouvernabilité » commencera par les développements qui seront réalisés, selon les possibilités, à l’initiative et à la cadence de chacun, dans des techniques hétérogènes. Elle continuera par les aléas des maintenances, la variance des disponibilités techniques et opérationnelles, l’imprévisibilité des productions.

La recherche de l’autonomie des utilisateurs ne dispensera pas de coupler tous les producteurs et tous les consommateurs au réseau pour collecter les excédents de production et secourir les installations en état d’insuffisance ou de panne.

Ces fonctionnalités ne seront pas sans conséquence sur la technologie du réseau.

Le simple bon sens fait entrevoir qu’on ne saurait se passer d’un massif noyau dur de production centrale, capable d’absorber les irrégularités de production et/ou consommation de tous les périphériques. Y compris les supplétifs du pétrole !

Personne ne sait évaluer aujourd’hui les seuils d’instabilité ni l’importance relative que devront avoir le réseau central et la masse croissante des mini-réseaux répartis.

Les demi-dieux qui, sur l’air des lampions, réclament la sortie du nucléaire devront se mettre d’accord et expliquer comment ils feront pour constituer un système-mère stable et fiable, capable d’assurer durablement la quantité et la qualité des services auxquels nous sommes habitués et qui nous paraissent être le minimum de ce qui nous est dû.

Top chrono. Le grand sablier du Dieu Chronos est un compteur inexorable.

 

Pierre Auguste

Le 15 juin 2011

 

*Énergie. Utopie de la décroissance planifiée avril 2011

 

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Par Pierre Auguste le 2011-06-14

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Discours d'hier et de demain

 

DISCOURS D’HIER ET DE DEMAIN

 

Des jeunes gens s’apprêtent à se présenter à l’élection de notre roi républicain. Ils gagneraient à prendre un peu de hauteur pour répondre aux attentes, légitimes ou inconsidérées, du peuple dit souverain.

À ceux qui croient être les premiers en tout, il n’est pas inutile de rappeler qu’ils ont des prédécesseurs. Tous finissent par se casser les dents. Surtout quand elles sont longues.

Des gourous conseillent les ambitieux. Ils s’abreuvent et s’ébattent dans les marigots politiciens où ils combattent d’autres « oiseux » de bons ou de mauvais augures. Ces plumitifs cherchent et donnent aux orateurs des « éléments de langage » susceptibles « d’éveiller » les foules. Il s’agit d’adduire les électeurs vers les partis comme les colombophiles belges adduisent les pigeons à leur pigeonnier.

L’adduction des voix est une adduction comme une autre. Elle a son ingénierie, ses pratiques, son vocabulaire, ses réservoirs, ses pompes, ses tuyaux, ses vannes, ses fuites, ses évaporations, ses stations d’épuration.

Du fond de l’histoire ressurgissent des bribes de sagesse ou de grandeur qui alimentent les argumentaires. Il serait impossible d’énumérer tous les cas qui mériteraient attention et méditation. Aucun ne saurait constituer un modèle car les circonstances changent et la société évolue plus vite que les hommes. Et pas toujours dans le sens du progrès.

Les communicants patentés disposent maintenant d’outils qui leur facilitent le travail, leur permettent de briller à peu de frais. Mais le quidam en est aussi pourvu et est prompt à dénoncer les plagiats par la détection des « copiés collés ». Il devient donc obligatoire et quelque peu dévalorisant de citer ses sources.

Wikipedia a des ressources infinies, parfois contestées, mais tellement commodes qu’il est bien difficile d’y résister.

Nul ne peut ignorer maintenant que « Cicéron laissa une image d'homme intègre, désireux de s’élever au dessus du débat opposant nobles et gens du peuple, et soucieux de débarrasser la classe politique de la corruption, de l’arrivisme, de la démagogie et du népotisme. » Cela ouvre des possibilités nouvelles pour terrasser les concurrents. C’est aussi de nature à accroître les attentes et les exigences du citoyen. « Cicéron, opposé à Marc Antoine, écrivit alors les Philippiques, critiquant vivement ce dernier ». Il est bon de rappeler que pour lui «La prodigalité, c’est un gouffre sans fond.» et qu’« On ne saurait stigmatiser par trop d’expressions le vice de ces hommes souples et trompeurs toujours prêts à parler comme vous le voulez, non comme la vérité l’exige.» Mais, il faut se garder d’effrayer les candidats et donner des idées aux concurrents en rappelant que Cicéron fut « assassiné en 43 avant Jésus Christ et que sa tête et ses mains furent exposées sur le forum romain. »

De même, quand on préconise des changements, il ne faut pas trop citer Marc Aurèle pour qui « la nature n’aime rien tant que de changer ce qui est, pour le remplacer par ce qui lui ressemble. »

Pour qui veut promouvoir le progrès, il serait fort utile de se remémorer ce grand discours, vieux d’un demi siècle, et qui commença ainsi :

« Il était une fois un vieux pays, tout bardé d'habitudes et de circonspection. ».

L’auteur y rassura les esprits chagrins en déclarant qu’« Il est tout à fait naturel que l'on ressente la nostalgie de ce qui était l'Empire, comme on peut regretter la douceur des lampes à huile, la splendeur de la marine à voile, le charme du temps des équipages. » Mais qu’il n’y a de « politique qui vaille en dehors des réalités ». (Discours du 16 juin 1960. Vidéo INA disponible sur Internet.)

C’était un discours d’ancien qui s’adressait aux jeunes d’alors. Avec quelques retouches relatives au vocabulaire et à la concordance des temps, ce discours pourrait reprendre du service.

Les jeunes d’hier et d’aujourd’hui attendent de leurs dirigeants qu’ils soient exemplaires, tracent des perspectives, proposent des orientations, donnent de l’élan aux asthéniques.

À bon orateur, salut !

 

Pierre Auguste

Le 8 juin 2011

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Par Pierre Auguste le 2011-06-07

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Emploi. La confusion est d'abord intellectuelle

 

EMPLOI. LA CONFUSION EST D’ABORD INTELLECTUELLE.

 

Cela va bientôt faire trente ans que notre pays patauge dans le problème de l’emploi. Cependant, « tout a été essayé » pour en sortir. Le piège est d’abord dans les têtes où se mélange un peu tout.

En lançant son cri matutinal, le coq Chanteclerc est persuadé qu’il fait lever le soleil. Mais la basse-cour a souvent ouvert l’œil avant lui.

Ils ont beau afficher optimisme et confiance en soi, ceux qui aspirent à gouverner ont les neurones englués dans les vielles idéologies, les synapses dépassés par la rapidité des évolutions.

La réalité dépasse toujours la limite des épures. Sur la toile de fond politique se superposent dans la confusion un pointillisme de gauche et un pointillisme de droite. Même avec des lunettes stéréoscopiques, même en clignant son cerveau gauche puis son cerveau droit, le brave Seurat n’y retrouverait pas ses pixels.

Malgré le rythme effréné de leurs propositions, nos dirigeants potentiels semblent être atteints par le syndrome de viscosité et de confusion mentale bien connu des « psys » qui en exploitent le filon, découvert trop tard par ceux qui lui ont payé un lourd tribut.

Des mesures ponctuelles sont annoncées, prises, abandonnées relancées. Tantôt elles sont destinées à l’ensemble des générations, tantôt aux jeunes, tantôt aux seniors, tantôt aux handicapés, tantôt aux habitants des « quartiers ». Ici elles sont sectorielles, là elles sont générales, ailleurs elles sont sexuées. Hier l’approche était économique, aujourd’hui elle est sociétale, demain elle sera financière, après-demain fiscale.

Pour mettre de l’ordre dans les réalités, il faut commencer par mettre de l’ordre dans les idées que l’on s’en fait. Les réalités sont multiformes et changeantes. Elles, ne se plient pas aux doctrines, ne savent pas lire les schémas, sont insensibles aux intentions.

Chacun cherche sa vérité, se pose en doctrinaire, applique son logiciel censé répondre à toutes les questions.

Les uns pensent que la consommation porte la production, les autres que c’est l’inverse.

Certains voient l’administration et les charges régaliennes comme des poids morts invendables, les autres y voient les moteurs immatériels de l’économie marchande.

Les uns voient la culture comme un surplus économique, d’autres la considèrent comme l’infrastructure de l’économie.

Les réalités sont plus complexes qu’on ne croit car deux machines couplées fonctionnent dans un « push-pull » alterné selon les circonstances. Et l’économie est une vaste machinerie qui accouple une infinité de systèmes qui sont au service les uns des autres.

Au lieu de confronter des observations, des expériences, des méthodes, on confronte des conclusions et des jugements arbitraires.

Certes, en matière d’emploi comme en toute autre, il est nécessaire « de diviser chacune des difficultés … en autant de parcelles qu'il se pourrait et qu'il serait requis pour les mieux résoudre. »

Mais il faut aussi assurer une cohérence d’ensemble, économique et sociale, individuelle et collective, qui impose de ne pas dissocier les aspects qualitatifs et quantitatifs du marché du travail.

Rien de bon ne peut être construit sans considérer avec attention les pénuries et les pléthores, les réticences et les engouements.

Chaque métier a ses finalités, ses attraits, ses contraintes, ses servitudes. La synergie de tous les métiers doit assurer les équilibres présents, impulser une dynamique globale qui prépare les activités de demain, prédétermine les formations nécessaires, oriente les individus. Chacun doit y trouver son compte, chaque produit sa valeur.

L’essentiel est dans les hommes et ce qu’ils font. L’argent ne compte que par ce que l’on en fait. Le hasard ne saurait permettre à chacun de « gagner sa vie » et de se rendre utile. Livrés à eux-mêmes, le dirigisme et le libéralisme deviennent, chacun à sa manière, des créateurs d’emplois fictifs…de masse.

Ce n’est pas en ajoutant de l’eau à la mer qu’on supprime les vagues.

 

Pierre auguste

Le 1er juin 2011

 

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Par Pierre Auguste le 2011-05-31

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Cycles économiques

 

CYCLES ÉCONOMIQUES

 

Certains faits économiques sont cycliques. Ainsi en est-il de la remise du prix Nobel d’économie. Et des impôts qui sont réinjectés dans le grand cyclotron dirigiste, répartiteur de prébendes. Tout le reste est plutôt chaotique. Il vaut donc mieux ne pas se fier aux cycles pour faire ses prévisions.

Bien des productions particulières et plus encore l’économie générale sont érigées en agglomérats d’entités de natures différentes. Toutes ne sont pas mesurables. Aucune ne peut être soumise sans précaution aux formulations mathématiques.

Face à l’intuition et aux sentiments, les mathématiques sont sans appel.

La somme de quantités périodiques, la composition plus ou moins linéaire de fonctions périodiques, ne donnent pas forcément des résultats périodiques

La théorie du signal a permis de concevoir des filtres permettant de reconnaître et d’extraire du chaos des fonctions périodiques Encore faut-il les y avoir injectées et savoir ce que l’on cherche.

Ces considérations sont rendues plus concrètes par analogie avec ces phénomènes physiques que chacun peut observer chaque jour. La superposition de sons de hauteurs, d’amplitudes et de rythmes différents peut engendrer des cacophonies. Tout son brouillé par une « friture » devient inaudible sauf pour des oreilles particulièrement sélectives.

Ainsi en est-il de la macroéconomie et de la microéconomie qui s’entremêlent et se brouillent mutuellement malgré tous les efforts des économistes pour les traiter séparément.

Les économistes se suivent et se distinguent en discernant des cycles qui avaient échappé à leurs prédécesseurs. Un cycle ne chasse pas l’autre, si bien que les théories économiques sont riches de cycles théoriques.

Kitchin 1861-1932 ; période de 3 à cinq ans ;

Juglar 1819-1905 ; période de 8 à 11 ans ;

Kuznets 1901-1985 ; période de 15 à 25 ans ;

Kondatiev 1892-1938 ; période de 45 à 60 ans.

Sauf exception qui confirme la règle, plus le temps passe, plus les cycles théoriques s’allongent. Les dates et durées des cycles s’entremêlent, le retour à la normalité se fait toujours attendre car la normalité n’existe pas. La crise est permanente.

Les économistes sont en désaccord. Les résultats de leurs travaux dépendent de l’ordre dans lequel ils analysées et agrègent les données statistiques qu’ils prennent en compte. Celles-ci ne sont pas toujours synchrones et leur validité varie selon qu’elles proviennent de la micro ou de la macro économie. On voit mal ce qui rendrait pertinentes aujourd’hui des statistiques qui s’étalent sur un siècle qui connut tant de changements, d’accidents économiques, de blessures de guerre.

La belle périodicité du prix Nobel ne récompense pas tous les serviteurs de l’économie qui est une science ingrate. Ce brave Nikolaï Kondatiev fut envoyé puis fusillé au Goulag pour avoir déplu à Staline en déclarant que le capitalisme allait se relever de la crise.

La prévision économique est un art difficile. En1999 le chef de file des économistes du FMI avait prophétisé la fin des crises. Deux ans après, la bourse le désavouait, dix ans après, le monde plongea dans l’inoubliable crise dans laquelle nous pataugeons aujourd’hui. Les cycles ne sont plus ce qu’ils étaient. L’économie est devenue une religion investie par les sectes politiques.

La France est riche de professeurs d’économie qu’elle emploie dans ses plus belles écoles. Il en est un qui s’opposa au traité des Maastricht, fut hostile à l’Euro, exprima des réserves sur la réduction du temps de travail. On sait comment ses recommandations furent suivies par les religionnaires qui nous gouvernèrent.

Nostradamus et la Pythie l’ont annoncé. En 2012 naîtra chez-nous un nouveau cycle quinquennal. Il faudra choisir parmi les candidats qui ont des certitudes et les candidats incertains.

Chassez le naturel, il revient comme il peut. Au besoin en tricycle.

 

Pierre Auguste

Le 25 mai 2011

 

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Par Pierre Auguste le 2011-05-24

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Peuple souverain

 

PEUPLE SOUVERAIN

 

L’être humain adore les mythes, abhorre la subalternité. Pour s’adonner à ces deux tropismes il inventa la fiction du peuple souverain. On lui rappelle, après les élections, que le citoyen est tenu à l’obéissance et que « nul n’obéit plus qu’un roi ». Un roi obéit aux lois de la nature, aux réalités, aux contraintes de sa géographie, aux nécessités de son peuple, à l’idée qu’il se fait de lui-même et de sa fonction. S’il lui arrive de commander, c’est d’abord à lui-même.

Dans la pratique de la démocratie représentative, le peuple n’est souverain qu’à temps partiel, quand vient le temps des promesses et des élections.

Entre deux suffrages, il ne reste au peuple-sujet que le pouvoir de grogner contre ses dirigeants. Et donc contre lui-même car c’est lui qui les a mis en place.

Une moitié des électeurs se disculpe en rejetant la responsabilité sur la moitié qui gouverne. Malgré ses divisions, le peuple est un et indivisible Dès que se clôt un scrutin, le peuple entier est censé s’être exprimé.

Le peuple au pouvoir fait penser au roi d’Ionesco. Tout à ses plaisirs, il ne sent pas venir la décrépitude et laisse son royaume en déshérence. Il réprouve les « déclinistes » qui lui annoncent une issue fatale. Le roi se meurt mais ne veut pas l’admettre. Il ne peut s’y résoudre car il ne l’a ni commandé ni décidé.

Le peuple est immortel et espère toujours se ressaisir. Comme le roi, cet autodidacte assisté doit s’instruire en faisant comparaître les sages, les savants, les professionnels dont les services sont récusés par ceux qui ne reçoivent de leçons que d’eux-mêmes.

Comme d’habitude, les historiens énumèrent les fléaux qui ont dévasté l’humanité et la menacent encore comme cavaliers d’apocalypse. La conclusion en est que le plus grand fléau c’est la guerre. Avec son cortège de massacres, de destructions, d’injustices, de misères, elle assigne aux dirigeants l’impérieux devoir d’en préserver leur peuple.

Comme toujours, le grand connétable s’applique à démontrer qu’il faut s’y préparer et ne s’y s’engager qu’avec circonspection mais résolument. Ce grand commissaire aux armées rappelle qu’il faut beaucoup d’argent pour l’entretènement des osts, que le feu des armes brûle vite et ne sert guère qu’une fois, comme les allumettes.

Le grand argentier rechigne pour prendre en compte la facture et propose que l’on consulte les polémologues et les économistes pour avis sur l’opportunité des dépenses.

Les polémologues confirment que les motifs de guerre sont toujours plus nombreux et toujours plus inquiétants. Les guerres de religion que nous avons eu tant de mal à souffrir et à apaiser sévissent ici ou là, mettent le nez à nos portes. La guerre du feu se perpétue et se généralise sous l’appellation de guerre de l’énergie. La guerre de l’eau menace. Les ethnies ne se supportent pas. Comme l’hydrogène et l’oxygène, elles explosent à la moindre étincelle quand on les confine en proportions stœchiométriques.

Les économistes se déchirent, les uns pour faire valoir que la défense est un fardeau, les autres pour proclamer qu’elle est un moteur de l’économie et du progrès technique.

Le grand argentier reprend la parole pour proposer de laminer les plans du connétable.

Chaque grand baron demande que les manufactures d’armes soient implantées sur son territoire, que les investissements soient à la charge de ses voisins et du roi, que les taxes et profits lui reviennent de droit pour payer ses frais de châtellenie. Et, s’il reste quelque queue de crédit, pour contribuer à la réhabilitation de quelques taudis sociaux.

Le peuple-roi regarde sa montre et écourte ces leçons qui sont autant de temps perdu pour ses menus-plaisirs. À demain les affaires songe-t-il, sans le dire.

C’est le moment que choisit une bonne âme pour supplier : « Sire, le peuple a faim. Qu’on lui jette un cadavre ! » Dit le peuple souverain, comme le roi de la comptine.

Lorsque vient un grand moment tragique, le souverain-peuple s’étonne de voir le connétable répugner à exposer ses hommes au feu. Le grand argentier se ferme comme un coffre. Et le peuple n’est pas plus avancé car il redevient sujet.

Selon les vaseux communicants, quand le candidat-roi parle c’est le temps de la génuflexion. Quand un dignitaire extravague, le peuple doit baisser les yeux ou regarder ailleurs. Avec décence et retenue…anisotropes.

 

Pierre Auguste

Le 18 mai 2011

 

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Par Pierre Auguste le 2011-05-17

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Ligne politique et diététique

 

LIGNE POLITIQUE ET DIÉTÉTIQUE

 

Pour se présenter aux élections présidentielles, il faut avoir la ligne. Non la ligne politique qui ne brille guère dans les discours et les programmes, ni la ligne bleue des Vosges que le ciel embrumé européen a estompée en faisant virer au gris cette référence.

La ligne d’aujourd’hui c’est la ligne de la silhouette. Celle que les mannequins ont franchie dans le sens descendant, le personnel politique dans le sens montant. Bref, la ligne c’est celle du tour de taille et du tour de hanches. C’est le régime des apparences.

Même quelque peu distrait, l’observateur de la vie politique nationale ne peut ignorer que la classe dirigeante est atteinte par une épidémie d’amaigrissement. Tous n’en meurent pas, beaucoup sont frappés, surtout à gauche, bien qu’on n’y soit guère plus maladroit qu’à droite. Il y a là comme une fatalité connue de Charles Péguy qui avait déclaré qu’il y avait « trop de gros dans le parti des maigres. »

Il faut se réjouir de voir arriver à destination ce message d’un brave, tué dès les premiers combats de la première guerre mondiale (Déclaration de guerre de l’Allemagne à la France le 3 août, mort au combat de Péguy le 5 septembre 1914.)

« Gloire à notre France éternelle. Gloire à ceux qui sont morts pour elle ». (Victor Hugo)

Nos candidats à l’élection présidentielle ont devant eux une longue et périlleuse période probatoire avant que n’arrive leur heure de gloire.

L’acte de candidature, l’élaboration d’un programme et la cure d’amaigrissement sont les trois premières probations.

Nous nous garderons bien de nous mêler des deux premières dans lesquelles chacun doit donner toute sa mesure.

Pour alléger le fardeau de la troisième, nous donnerons toutefois quelques avis amicaux à nos curistes. Il ne s’agit surtout pas d’avis médicaux. L’amaigrissement est une chose sérieuse qui risque de déséquilibrer la santé et les finances publiques. Les ennemis de la société du « care », sont les excès et les carences. Il est recommandé aux impétrants de maigrir sous l’œil « carescent » de leur médecin traitant et sous l’œil critique du médecin conseil de la sécurité sociale, plutôt que sous l’œil narquois des caméras.

Les candidats ont acquis en leurs fiefs, de belles expériences qu’ils pourraient unir en un programme diététique commun, ou au moins assurer d’utiles convergences. Une bonne synergie éviterait les tâtonnements et réduirait les effets indésirables.

Quand on a pris un peu d’avance sur les camarades, et qu’on a été maire de la capitale du piano à bretelles, on sait qu’en perdant trop de poids, on risque de voir le bas de ses pantalons se transformer en soufflets d’accordéon. Quand on a succédé à un aficionado de la tête de veau et de la bière, on se méfie des plats canailles et on boit de l’eau du Plateau des Mille Sources.

Quand on a longuement pratiqué les comices agricoles régionaux, on feint de goûter tous ces produits qu’on s’interdit de toucher. Quand en Poitou-Charentes on vous sert des huîtres avec une saucisse, entre les deux il faut choisir un chabichou allégé. Et on évite de rajouter du beurre aux escargots.

De même, quand on a longtemps festoyé avec les Chtis, on sait qu’entre les moules et les frites, il vaut mieux choisir les endives.

Enfin, quand on s’apprête à traverser l’Atlantique d’ouest en est, on s’entraîne à manger moins d’ice cream et de hamburgers et on se renseigne sur les grands précédents. Comme Lindbergh, on se déleste pour pouvoir embarquer un maximum de carburant.

À première vue il ne semble pas qu’il y ait trop de maigres dans le parti des gros. Et il est à peu près sûr que les candidats n’y manquent pas d’appétit.

Il y a en ce monde une injustice métabolique insupportable, que toute bonne ligne politique devrait s’engager à éradiquer. Il est en effet anormal que les uns puissent s’empiffrer pendant que les autres doivent se serrer la ceinture et se faire remonter les bretelles pour plaire aux électeurs.

La République appelle une éthique certaine. Le régime des apparences va lui donner une certaine élite étique, fière de ses carences.

 

Pierre Auguste

Le 11 mai 2011

 

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Par Pierre Auguste le 2011-05-10

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Politicien

 

POLITICIEN

 

Le lecteur de cette chronique, s’il existe, a pu remarquer notre intérêt pour les métiers et les hommes qui les pratiquent. Nous ne pouvions occulter le métier de politicien. Bien qu’il s’agisse d’un portrait de fiction, quelque ressemblance pourrait ne pas être fortuite.

En clamant que la politique est un métier, les politiciens suggèrent au citoyen de ne pas s’occuper de ce qui le concerne et de ce qu’ils font. Votez, nous ferons le reste.

Le politicien est mal aimé, ce qui le chagrine. Il est courtisé, ce qui le ravit. Il naît jeune et le reste toute sa vie.

On reconnaît très tôt le talent politique. Le politique est celui qui, dès le berceau, crie le plus fort et le plus longtemps. Les mères ne s’y trompent pas. Désormais appelées les mamans, elles donnent à ce boulimique le goût de l’exigence et de la promptitude des services qui lui sont dus. Les pères s’y trompent. Désormais appelés les papas, ils transfèrent sur leur progéniture leurs rêves inassouvis.

Le politicien perfectionne ses talents à l’école. Il y prend la direction des jeux, impose les règles qui lui sont favorables. Il use les résistances des camarades qui ne peuvent espérer jouer qu’en se ralliant à ses désirs. Il trouve toujours le moyen d’interdire toute activité qui ne procède pas de son initiative.

Déjà, il cherche les procédés les plus efficaces pour forcer les adhésions. Il essaie et sélectionne les argumentations. Pour se faire élire au conseil de classe, il cherche la ligne de partage des voix sur les idées en vogue. Il prend la direction des chahuts qui sont les prototypes des premières manifestations politiciennes.

Ses succès précoces le font admettre dans la nursery de quelque parti. Il s’accroche à une locomotive bien en cour qui lui servira de faire-valoir, guidera ses premiers pas, l’utilisera pour rallier la jeunesse, le chargera comme un baudet, le fera patienter avant de l’installer dans une sinécure en devenir.

Après avoir contracté les maladies infantiles comme la coqueluche, la rougeole, la roséole, le syndrome révolutionnaire, il ne croit qu’aux vertus du despotisme éclairé. Déjà vieux renard, il cache cette maladie honteuse en se disant démocrate.

Le temps affaiblissant les convictions, il s’adonne au péché mignon de ne croire qu’en l’homme qu’il croit être. Cette défiance et cette foi tenaces justifient sa quête des responsabilités, sa conquête des sièges. Le cumul, nécessaire au développement et à la satisfaction de son égo, est mis sous le couvert de l’efficacité et de l’intérêt général.

La défense des postions acquises et la réélection sont indispensables à sa survie

Il segmente l’électorat et tient des discours à géométrie variable en fonction du public et de la conjoncture. Il dit à chacun ce qu’il souhaite entendre. Pour ne pas éveiller les méfiances, il tient des propos confidentiels dévoreurs de temps et d’énergie. Il prend soin de traiter séparément les membres d’un même couple ce qui libère l’expression sur la parité et les discriminations. Il vous explique ce que vous lui avez appris et expliqué.

Le métier devenant toujours plus difficile, ce phénix doit communiquer finement pour accréditer l’idée de son éternelle virginité politique.

Les savants s’interrogent pour faire la part des caractères innés ou acquis dans la réussite des carrières. Il semblerait que le politicien soit un ambidextre contrarié, prédisposé à faire la même politique quel que soit son parti. Il est sujet à quelques maladies rares et orphelines comme l’humilité, la reconnaissance des erreurs. Les partis pratiquent l’identification par les gènes pour parfaire leurs méthodes de sélection ou de formation, pour dispenser les soins palliatifs des traumatismes électoraux.

Un antiparlementarisme primaire voudrait faire accroire qu’il ne faut pas d’aptitude particulière pour devenir député. C’est une injustice car il faut une dextérité certaine et un long entraînement spécifique pour faire claquer son pupitre sans se pincer les doigts.

Les voies du seigneur étant impénétrables le politicien se délègue pour assurer le service céleste des réclamations. Finalement, le politicien attend que le citoyen lui envoie, via les urnes, ce message que Rodrigue reçut un jour de sa copine : «Va je ne te hais point.»

En nos temps d’étiage économique, que ferions-nous sans le politicien pour que dysfonctionne la République, stagne l’Europe, se déconstruise le monde ?

 

Pierre Auguste

Le 4 mai 20011

 

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Par Pierre Auguste le 2011-05-03

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Emploi. Les chemins du recrutement

 

EMPLOI. LES CHEMINS DU RECRUTEMENT.

 

Les spécialistes privés ou institutionnels du recrutement communiquent comme si chacun était seul détenteur des voies et des clés d’accès aux professions.

La réalité est complexe. Elle offre une infinité de manières d’obtenir de trouver du travail.

Une tradition a accrédité l’idée selon laquelle il n’y a pas de placement qui vaille hors des relations, des interventions, des recommandations, du piston. Ces voies des seigneurs sont souvent impénétrables. Et même si certaines se perpétuent, elles sont plus mythiques que réelles.

Pistonner quelqu’un est un risque pour l’intervenant de décevoir, de gêner son contact, de se faire une réputation entachée de népotisme. Se faire recommander entraîne de fait un engagement implicite qui risque d’obérer la liberté d’expression et l’indépendance, non seulement de celui qui s’y soumet mais aussi de celui qui a dû intervenir, souvent sans enthousiasme. Entrer dans une entreprise avec une réputation de protégé peut devenir un boulet lourd à traîner.

Sur le long terme et pour le plus grand nombre il vaut sans doute mieux s’en tenir à la fière formule : « Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul ! » (Edmond Rostand ; 1868-1918 ; Cyrano de Bergerac ; tirade des « non merci.»)

Mais il est malvenu de recommander aux affamés de mourir de faim avec panache !

Personne ne peut se substituer à l’individu pour trouver et choisir les moyens de gagner sa vie.

Les différentes structures opérantes n’offrent pas les mêmes services. Elles ont chacune des contraintes, des procédures, des champs d’action qui leur sont propres.

Les services institutionnels ont certes pour mission d’apporter à chaque demandeur l’emploi qui répond à ses attentes. Mais l’état jacobin cherche plus à distribuer des statuts, à normaliser les modes de recrutement, qu’à créer des activités marchandes.

Les objectifs collectifs sont souvent en contradiction avec les intérêts personnels : réduire les dépenses publiques, adapter la demande globale à l’offre, réorienter les demandeurs en fonction des disponibilités.

Même dans une société dite « du soin », l’individu attend plus qu’on traite son mal que les maladies sociétales. Il se soucie peu de la « politique sanitaire » et des statistiques qui la sous-tendent.

En payant les services rendus, les entreprises ont plus de facilité pour imposer leurs desiderata aux opérateurs privés qu’aux opérateurs publics.

Certaines d’entre elles délèguent la totalité des opérations de recrutement, qui vont de la prospection au choix du personnel, en passant par.la présélection des candidats.

Cette solution allège les charges de l’entreprise mais accroît la durée des cycles et les coûts du recrutement. L’efficacité n’est pas forcément au résultat. Le choix du personnel est un enjeu majeur pour l’entreprise. Il est risqué d’en externaliser la responsabilité.

La qualité du management repose sur l’aptitude des cadres à s’entourer de gens compétents, prêts à s’engager auprès de leur employeur. Mettre des intermédiaires dans le circuit des négociations peut déformer la formulation des attentes mutuelles, altérer les jugements, fausser les futurs rapports humains, fragiliser les engagements.

Des pratiques anciennes retardent l’évolution des secteurs d’activité qui renâclent face aux évolutions de la technologie.

Si les grands empires se sont mis à Internet, c’est moins pour améliorer l’efficacité et réduire le prix de leurs services que pour conserver leurs emprises, maximiser leurs profits, sauver leurs routines ébranlées.

Mais quand les révolutions sont en marche, les conservatismes ne peuvent les arrêter.

Il n’est de progrès que si toutes les parties prenantes y trouvent intérêt. Entreprises et demandeurs d’emplois, c’est à chacun de choisir sa voie.

À l’ère du G.P.S., il faut savoir renoncer aux habitudes, chercher d’autres itinéraires, développer de nouvelles signalisations.

Le recrutement est malaisé. Il faut la foi du charbonnier pour en faire un métier.

 

Pierre Auguste

Le 27 avril 2011

 

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Par Pierre Auguste le 2011-04-26

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Energie. Utopie de la décrroissance planifiée

 

ÉNERGIE. UTOPIE DE LA DÉCROISSANCE PLANIFIÉE.

 

Les cataclysmes japonais ont agité la mare politicienne. Déjà en 1755, le séisme de Lisbonne avait enflammé l’opposition de ceux qui croient que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes et ceux qui croient que (presque) rien n’est bon.

Écoutant nos peurs, plus que leur courage, les tenants et soupirants du pouvoir ont surfé sur le tsunami. Élections obligent.

La politique de l’énergie est une question trop sérieuse pour la réduire à une confrontation d’idées reçues, de préjugés, de croyances, de sentiments. Il est temps d’y mettre plus de rationalité. En donnant des moyens, et la parole, aux scientifiques.

On nous annonce la transition énergétique qui nous fera passer de l’énergie de stock à l’énergie de flux. Les idées ne sont pas claires sur les modalités et la durée du transitoire.

Un parti en quête d’affidés propose de sortir du « tout nucléaire » dans lequel il n’y a d’ailleurs personne et personne ne songe à entrer.

Se déclarant conscients que tout ne peut être changé du jour au lendemain, les ennemis de l’atome ont dévoilé leur « plan » qui permettrait de décider dès maintenant de sortir du nucléaire en vingt ans. Ils y ont a additionné des énergies de diverses nature en voie de disparition, virtuelles, à économiser, nouvelles, à développer. Nul ne sait si elles seront disponibles en temps opportun. Il y manque le séquençage d’entrée et de sortie de scène des acteurs qui assureraient la continuité et la cohérence du service global

Une politique énergétique est une dynamique qui doit assurer un équilibre à chaque instant, couvrir toutes les périodes intermédiaires, s’inscrire dans l’évolution de l’économie générale, répondre à l’évolution des mœurs dont on connaît la « pilotabilité ».

Une feuille de route exprimée en Joules et Watts ne saurait constituer un plan. Il y faudrait ajouter bien d’autres unités comme des mètres, des mètres carrés, des mètres cubes, des tonnes, des nombres de produits, des chiffres de population… Bref, toute la panoplie des unités, physiques, temporelles et monétaires, nationales et internationales.

Une action concertée et soutenue pour conduire à bonne fin ce qui n’est qu’une idée directrice nécessiterait un impossible accord durable de tous les niveaux des organisations politiques et syndicales, nationales et internationales.

On semble oublier les difficultés que nous rencontrons déjà pour conduire tout projet à long terme. Notamment pour réformer notre fiscalité qu’il faudra bien asseoir autrement et moins largement sur les produits pétroliers qu’on ne le fait aujourd’hui.

Certes les infrastructures nouvelles seront réalisées selon des normes moins dépensières. Oui il existe des gisements d’énergies nouvelles et d’économies. Encore faut-il ne pas en faire cadeau à la concurrence ! Mais on mesure mal le temps, les efforts et les sommes nécessaires pour rénover l’immobilier existant.

La rénovation d’une maison crée les embarras de la cohabitation avec des travaux. Mais surtout oblige à réunir les fonds nécessaires pour en faire un seul chantier. La réfection de l’isolation du toit et des murs selon les dernières techniques, l’équipement en moyens de chauffage et de climatisation nouveaux, sont souvent retardés par le manque de disponibilité des techniciens compétents. Les investissements nécessaires sont certes amortissables, mais à long terme. Les banques, déjà regardantes pour accorder des prêts à la construction, le seront bien plus encore pour la rénovation dès lors que l’emprunteur et son bien auront pris de l’âge.

Il faudra être jeune, riche et bien portant pour faire des économies d’énergie !

L’humanité mondialisée est restée tribale et belliqueuse, boulimique et festive. Ce n’est ni demain, ni en bloc, qu’elle se vouera à l’anorexie énergétique. Une démocratie pourrait-elle fixer le volume de la production indépendamment des besoins exprimés ? Et chez-nous, quelle idée directrice, quel plan, pourraient-ils « tenir la route » à travers quatre quinquennats, quatre législatures et autres échéances électorales ?

D’aucuns voudraient sortir du nucléaire par référendum. Il en faudrait un autre pour instaurer un nouveau régime politique. En définitive la décroissance énergétique ne saurait être à la portée que d’un despote solitaire. Et éclairé… Oui mais comment ?

La vie est une éternelle transition. Elle s’insinuera entre surchauffe et extinction.

 

Pierre Auguste

Le 13 avril 2011

 

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Par Pierre Auguste le 2011-04-12

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Débats gigognes

 

DÉBATS GIGOGNES

 

Les gigognes sont de retour. Sessions parlementaires et élections se succèdent et se ressemblent toujours un peu.

Avec une régularité d’horloge, on appelle les citoyens à s’inscrire, les électeurs à voter, les abstentionnistes à se repentir et à se ressaisir. Les résultats sont… saisissants.

Deux fois par semaine nous avons droit, en direct, aux ébats des députés et du gouvernement. Selon leur origine, questions et réponses sont entachées d’un déterminisme partisan, laudateur ou destructeur.

Rien ne trouve grâce aux yeux de l’opposition. Pour la majorité, tout est mieux qu’avant.

L’obstruction parlementaire a pris des formes acoustiques qui interdisent de s’exprimer.

Dès que l’un ou l’autre des protagonistes tire un fil, tout l’écheveau embrouillé des problèmes suit. On y trouve mêlés les problèmes que les uns croyaient avoir traités, ceux qui ont été éludés, ceux qui sont remis à des jours meilleurs, ceux dont les solutions sont contestées, ceux qui lassent tout le monde car « on en a déjà parlé », ceux qui ont reçu une solution partielle, ceux qui ne peuvent avoir qu’une solution globale, ceux qui sont groupés en problématiques pour ne pas être résolus, ceux qui n’ont pas de solution.

Tout a été débattu, tout est à débattre. Tout débat ouvert en ouvre d’autres.

Le journal des débats prend des allures de journal des ébats qui, comme chacun sait, sont des « divertissements enfantins consistent à se livrer à des mouvements folâtres exprimant la joie de vivre. »

Nous avions les débats parlementaires en commissions ou en assemblées hémicirculaires. Nous avons maintenant les débats tous azimuts, facultatifs, à participations évolutives, à contenus variables, à durées indéterminées. Quand on y est invité, il est de bon ton de s’abstenir et d’en donner les raisons dans un débat public. Le quidam aime à donner son avis, surtout quand on ne le lui demande pas. Quand on l’interroge, il répond à côté de la question.

Le débat sur l’identité nationale est né dans ce riche contexte. On l’a vu transsubstantié en débat sur la religion dernière venue, puis transmuté en débat sur la laïcité

L’identité nationale est un résultat de l’histoire, un acquis culturel et patrimonial, un ensemble de faits géographiques, politiques et sociaux. Elle s’apprend, s’enseigne, se transmet, se conserve. Si l’on en débat pour l’adapter aux temps présents ou futurs, ce devait être dans les institutions prévues à cet effet, hors de tout engagement politique, et à fortiori de toute préoccupation politicienne

En notre pays, tout a été fait et écrit en matière d’intégrisme et d’intolérance.

Voltaire se défendait d’être hostile à la religion. Il s’était attiré les foudres du clergé en dénonçant les abus de certains ecclésiastiques. Il écrivait en 1763: « On est tenté de se faire débaptiser quand on lit les Saint-Barthélemy, les massacres d’Irlande, et l’histoire des Calas. On aurait du moins grande raison de se décatholiciser. »

Sa remarque reçut une réponse qui devrait éclairer tout débat interreligieux : « Voltaire m’écrit que quand on lit les horreurs que le fanatisme a produites, on serait tenté de se débaptiser ; je lui réponds qu’il serait bien mieux de se déshumaniser, car les livres des fondateurs [de l’église chrétienne] ne respirent que charité, et c’est à l’homme plus qu’au chrétien qu’il faut reprocher les maux. »

La place des religions a été douloureusement définie. Il faut se garder farouchement du renouveau des abus et atrocités qui ont été commis en leur nom. Les religions installées ne doivent nourrir nul espoir de retour. Les églises sont séparées de l’état envers lequel aucune ne peut avoir d’exigence. Les religions récemment importées ne peuvent prétendre à des régimes dérogatoires, ni à des avantages rétroactifs

Toute nation bien constituée sait ce qu’elle doit, ou reproche, aux apports et aux tributs extérieurs. Elle est assujettie au devoir de mémoire qui n’autorise personne à exiger d’elle repentance ou réparation d’événements passés.

Tout nouveau né, toute génération nouvelle, sont nantis d’un droit d’originelle virginité.

Comme disait Voltaire : « Écrasez l’infâme ! » Et l’infâme c’est la bêtise et le fanatisme.

 

Pierre Auguste

Le 6 avril 2011

 

NOTE SUR L’AFFAIRE CALAS

 

Jean Calas était un bourgeois père, d’une famille protestante de trois garçons et deux filles, qui vivait à Toulouse au XVIIIème siècle.

Ayant des difficultés pour exercer sa profession d’avocat à cause de sa religion, le fils aîné était tenté par une conversion à la foi catholique. Il fut trouvé pendu au domicile familial.

Sur une rumeur de voisinage, le père fut accusé d’avoir pendu son fils par fanatisme pour lui interdire cette conversion.

Jean Calas fut jugé et condamné à mort par un tribunal inquisitorial, et aussitôt roué et brûlé publiquement à Toulouse.

Ses deux filles furent enfermées dans un couvent pour les mettre à l’abri du diable.

Saisi de cette présumée injustice, Voltaire crut d’abord à la culpabilité de Calas. Il vit ensuite dans cette affaire une manifestation de fanatisme en doutant sur les faits. S’agissait-il du fanatisme des bourreaux catholiques ou de celui du protestant supplicié ?

Convaincu par le fils cadet du suicide de son frère et de l’innocence du père, Voltaire partit en bataille pour innocenter Calas. Il assaillit de lettres et d’interventions la France et l’Europe entières. Il finit par faire libérer les filles, obtenir du conseil du Roi un arrêté innocentant Calas, faire rendre quelques ressources et l’honneur à la famille.

 

Chronologie

-1761 Marc Antoine Calas est trouvé pendu dans la boutique familiale.

-1762 Jean Calas, son père, est publiquement roué et brûlé à Toulouse.

-1763 Voltaire publie son Traité sur la tolérance.

-1765 Arrêté innocentant Jean Calas.

 

 

Aujourd’hui, la justice ne semble pas être plus prompte à réparer ses jugements qu’au temps des diligences.

 

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Par Pierre Auguste le 2011-04-05

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Une page sur le Japon

 

UNE PAGE SUR LE JAPON

 

Les enfants nés entre les deux guerres mondiales ont entendu très tôt parler du Japon, long, étroit et fractionné pays, dont la population est coincée entre mer et montagne.

Ce fut une démarche bien singulière de découvrir le vaste monde par les appétits du militarisme, Allemand et Japonais, partis en guerre de conquête « d’espace vital ».

Durant l’occupation de l’Europe et de l’Asie, quelques professeurs courageux ne se sont pas laissés enfermer dans les programmes et le politiquement correct de l’époque. Ils exposaient les enjeux de la guerre et entretenaient l’espoir d’en sortir.

Il fallait être bien informé pour expliquer à des élèves de sixième, un an et demi avant la première explosion nucléaire expérimentale du désert d’Alamogordo, que tout se jouerait sur une course engagée entre les deux camps pour développer ce qui n’était pas encore des « armes de destruction massive ». La présentation de la désintégration de la matière par un(e) professeur de géographie était sans doute approximative. Elle était effrayante pour de jeunes esprits qui voyaient mal où allait s’arrêter la réaction en chaîne annoncée.

On n’allait pas tarder à savoir qui perdrait la course. Le régime nazi allait être abattu sans recourir à l’arme nucléaire. Le Japon ne capitulerait qu’après en avoir subi les effets.

Cela paraît monstrueux aujourd’hui mais le monde nouvellement libéré exprima sa joie. Dans les bals ré-autorisés, on a dansé « La Bombe Atomique ».

Dans l’opinion publique mondiale, l’horreur des camps a précédé l’horreur atomique.

La paix revenue, les explosions expérimentales américaines dans le pacifique allaient faire payer un autre tribut aux pêcheurs japonais. Personne désormais n’ignorerait rien des effets de souffle, des effets thermiques, de la variété des rayonnements tels que l’impulsion électromagnétique, les rayonnements directs gamma et neutroniques, la radioactivité alpha et beta des retombées, inhalables et doublement « ingérables »

C’est donc en pleine connaissance des effets et risques, que les décideurs politiques se sont lancés dans les applications nucléaires civiles.

Les grandes puissances et les nations scientifiquement avancées montrèrent le chemin. Les pays pauvres en énergie fossiles allaient suivre.

Désormais confiné dans son espace vital, initial et naturel, le Japon ne pouvait guère échapper à ces développements. Il est si souvent secoué par les séismes et submergé par les raz de marée, qu’il était sans doute le mieux placé pour en mesurer les risques.

Son courage, son ardeur, son inventivité, son esprit d’entreprise lui ont permis de relever rapidement ses ruines. Très vite il a substitué la conquête économique à sa quête d’espace vital géographique. Le monde entier a admiré, redouté et souvent déploré la performance économique de ce pays récemment brisé par son histoire, toujours bouleversé par les éléments de sa géographie remuante.

Chaque instant voit un siècle s’achever et un autre commencer. L’année 1911 fut marquée par l’attribution du prix Nobel de chimie à Marie Curie. L’année 2011 restera marquée par ce « big one » séisme Japonais et ses fracassantes conséquences. La plus meurtrière fut le tsunami. C’est lui qui mit hors service le système vital de refroidissement des centrales nucléaires à l’origine des plus graves incidents connus.

Ce siècle aura été nucléaire ou n’eût pas été ce qu’il fut, notamment pour le Japon.

Par sa géographie et son histoire ce fier pays se présente à nous à la fois comme un modèle réduit et un prototype expérimental du destin d’une humanité pléthorique.

Il faut espérer que ces catastrophes ne seront pas plus désastreuses et que le Japon et le monde sauront en tirer les enseignements. En toute hypothèse chacun est tenté de faire des pronostics, induits par l’écume médiatique. En voici un, parfaitement subjectif :

Le japon se relèvera et ouvrira les voies nouvelles. Le nucléaire continuera. On démantèlera les centrales…pour les reconstruire autrement et peut-être ailleurs. On ne badinera plus avec la sécurité. On fiabilisera les dispositifs de refroidissement par les procédés à portée de notre ingénierie. On traitera le problème des déchets nucléaires plus sérieusement que celui des ordures ménagères.

Ainsi va se tourner une page de l’histoire du Japon, du monde, et de l’homo-nucléus.

 

Pierre Auguste

Le 30 mars 2011

 

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Par Pierre Auguste le 2011-03-29

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Us et abus

 

US ET ABUS

 

L’Histoire ne se renouvelle jamais. Elle a pourtant de la suite dans les idées.

« Des millions d’animaux sans plumes et à deux pieds » jouent leur destin en suivant leurs penchants qui varient peu à travers les changements de circonstances.

L’esprit de contradiction aidant, on voit se succéder des situations, qui font brûler aujourd’hui ce que l’on adora hier.

L’humanité semble être embarquée comme sur un charriot équipé de roues patatoïdes inégales. Rien n’est cyclique mais le hasard produit des cahots qui donnent une bizarre impression de déjà ressenti.

L’exploitation de l’homme par l’homme est une vieille habitude.

L’esclavage et le servage furent longtemps dans les us et coutumes. Ils survivent sous diverses formes que la morale réprouve.

Mais la morale est un peu comme les bretelles et la lingerie de maintien. Elle est ferme dans ses principes, élastique dans ses pratiques.

La frontière entre les us et les abus est incertaine, laisse une marge à l’interprétation. Société, groupes individus, chacun s’aménage un espace d’intimité et de liberté morale à géométrie variable.

La révolution française abolit l’esclavage. La real politique napoléonienne le rétablit. La troisième république le ré-abolit. On le revoit aujourd’hui se manifester sous des formes temporaires ou importées par des familles aux mœurs archaïques.

En 1789, on abolit en grand fracas les privilèges. Le siècle suivant commença à les restaurer, subrepticement. Ils sont maintenant réinstallés de manières plus ou moins discrètes, plus ou moins institutionnelle, notamment sous la nouvelle appellation d’avantages sociaux aussi inaliénables qu’inégalitaires.

Pour mettre fin aux groupements abusifs ou sclérosants, la loi Le Chapelier fut promulguée en 1791 pour proscrire les organisations ouvrières, les corporations, les rassemblements paysans et ouvriers ainsi que le compagnonnage. Et quelques autres menues institutions telles que l’université de médecine !

Cette loi fut abrogée en deux temps en 1864 par la loi Ollivier qui abolit le délit de coalition, et en 1884 par la loi Waldeck-Rousseau qui légalisa les syndicats. Cela nous a valu, il y a un demi-siècle, de voir les dockers du Havre jeter à la mer les engins de manutention qui leur enlevaient le pain de la bouche. Cela nous vaut aujourd’hui le triste plaisir de voir notre activité portuaire abîmée par les dockers de Marseille qui protestent contre la lourdeur de leurs charges ! Autres temps, même mœurs, autre logique.

Notre inventivité nous a donné une belle panoplie de pratiques abusives.

L’une des perles du genre est cultivée par le lobbying. Les grands groupes économiques veillent à ensemencer les espaces juridiques pour nourrir leur liberté de conquête, inhiber la concurrence. Ils entretiennent, auprès des décideurs, des ambassades qui préparent le terrain et font intervenir autant que de besoin des plénipotentiaires sur les points stratégiques. Le « must » qui se dessine est de rémunérer les oreilles réceptrices afin de renforcer les voies de transmission, donner plus de voix à leurs propositions. Pour s’occuper de ces doubles casquettes, il faut ressusciter Le Chapelier.

Ne nous attardons pas sur les us et abus politiques et sociaux. Il y aurait trop à dire des grandes combinaisons qui appellent le petit peuple à développer ses petites combines.

Une vieille dame conclut un jour ainsi sa recette de boisson anisée. Quand mon mari va retourner voir le médecin, il faut que je pense à lui demander de « se faire marquer » de l’alcool à 90° non dénaturé. Elle avait inventé le pastis remboursé par la sécurité sociale ! C’est sans doute elle qui initia la manie des déremboursements.

Un artisan présentait des devis et des factures de toute beauté sur un papier de haute tenue. On lui fit observer que les notes seraient moins salées servies sur un papier plus ordinaire. Mais non protesta-t-il. C’est gratis, ma femme travaille dans une imprimerie.

Cela fait penser à Alphonse Allais qui disait : « Il faut prendre l'argent là où il se trouve, chez les pauvres ! D'accord, ils n'en ont pas beaucoup, mais ils sont si nombreux... »

 

Pierre Auguste

Le 23 mars 2011

 

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Par Pierre Auguste le 2011-03-22

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Formation. Les académies du concret

 

REMEMBRANCES.

 

Lorsque le malheur frappe, tout autre sujet devient dérisoire.

Les malheurs du Japon nous ont fait envisager d’observer une semaine de silence.

Mais en nous remémorant ce que nous avons publié ici la semaine dernière, nous avons eu le sentiment d’avoir eu comme une prémonition.

Nous y avons évoqué les caprices de l’eau, les concasseurs que sont le temps et la nature, la nécessité de maîtriser les confinements. (Métiers de demain. 9 mars 2011)

Le nombre, l’ampleur et la diversité des tâches qui sont tombées sur les épaules de nos frères en humanité vont nécessiter la mobilisation de toutes les compétences intellectuelles et manuelles de tout un peuple dont on connaît la vaillance et auquel nul ne peut donner de leçons.

Le monde continue de tourner, la vie suivra son cours, l’actualité nous interpelle.

Nous écrivons pour nous qui nous croyons malheureux. Et nous persistons à publier, en espérant être utiles.

Voici donc, malgré tout, notre livraison de la semaine.

P.A.

 

FORMATION. LES ACADÉMIES DU CONCRET

 

Chacun se souvient du fameux objectif d’amener 80% de chaque classe d’âge au niveau du bac. Selon les mauvaises langues, les campagnes électorales à venir promettront d’amener 80% de chaque classe d’âge au niveau du doctorat.

Ce sarcasme a le mérite de rappeler les réalités. Notre enseignement est construit sur des contradictions qui devaient faire éclater un système monolithique

L’intention de promouvoir l’égalité des chances a été compromise par la plongée dans un même grand chaudron de populations, de cultures, d’aspirations, de capacités et de niveaux différents, et qui avaient besoin de cursus personnalisés.

Les formations généralistes ont été instaurées en modèle comme si tout le monde avait les mêmes aptitudes, les mêmes goûts du risque et d’entreprendre, le même esprit d’initiative, la même ardeur au travail intellectuel et au travail « tout court ».

Il est peu réaliste d’imaginer que l’on puisse faire des cours qui soient un début pour tous, un aboutissement pour les uns, une étape pour les autres. C’est une faute de mettre des enseignants en position de ne savoir ni pour qui, ni pour quoi ils travaillent.

La sélection a été à la fois récusée et pratiquée intensément pour l’admission dans les filières élitaires. « L’université des patrons » a été vouée gémonies. Les entreprises se sont vu reprocher leur fermeture et leur réticence à recruter des universitaires.

On a laissé se développer des engouements sans se préoccuper des débouchés des formations. On a envoyé vers des impasses des foules moutonnières.

Le travail intellectuel a été sanctifié, le travail manuel déconsidéré, les métiers de la production dévalorisés, les entreprises sans usines idéalisées.

L’enseignement vaut ce que valent son exécution, ses programmes, le suivi et l’orientation des élèves. Un bon couplage avec son aval suppose que le corps enseignant ne soit pas étranger aux entreprises et à l’économie qui le font vivre.

Les réformes se heurtent au nombre et à la difficulté des problèmes, aux résistances au changement… aux changements politiques. Les actions réformatrices produisent leurs effets à long terme. Elles s’accommodent mal des palinodies car chaque génération reste plus longtemps dans ses cursus que le personnel politique dans les siens.

Dans ce contexte général à la fois figé et brouillé, une évolution méritoire a été amorcée. Il semble maintenant admis qu’une lourde machinerie pédago-administrative ne peut régenter l’infinie diversité des parcours et des programmes. L’évolution buissonnante et exponentielle de la culture, des sciences et des techniques, l’hétérogénéité des populations à accueillir, à instruire, à orienter, à préparer aux emplois de demain, ne peuvent s’accommoder ni d’un monolithisme doctrinaire, ni de schémas académiques qui font toujours précéder la pratique par la théorie, l’action par la connaissance.

Comme le dit si bien le langage commun, il faut de tout pour faire un monde.

L’apprentissage, la formation par alternance et les stages offrent des possibilités concrètes susceptibles de permettre à chacun de trouver sa voie et son compte.

La société s’exonérerait de lourdes charges en évitant de poursuivre des chimères.

Le système éducatif améliorerait le niveau de tous les élèves en les groupant selon leurs vœux et leurs possibilités et en les informant de manière à leur éviter de se fourvoyer dans des filières ne correspondant ni à leurs goûts ni à leurs aptitudes.

Il ne s’agit ni de rêver, ni de se livrer à une sélection effrénée, ni de constituer des armées de travailleurs précoces, ni de revenir au temps des grouillots, des saute-ruisseau, des mousses et autres arpètes corvéables à merci.

Rien ne doit être irréversible pour la jeunesse. La foi en l’être humain doit ouvrir à chacun des passerelles, des perspectives de réorientation, des voies de retour, des possibilités de recyclage, des accès à la culture générale.

Alternance, apprentissage et stages ont chacun leurs spécificités. Ensemble ils peuvent constituer un efficace sas d’accès à la vie active à condition de bien choisir des entreprises d’accueil de toutes tailles et de tous statuts, sans autre exclusive que de pouvoir être utiles aux jeunes. Ces cursus doivent s’appuyer sur la définition d’objectifs individuels précis, sur un bon suivi et un strict encadrement des bénéficiaires, sur la reconnaissance de cette réalité selon laquelle toute main est conduite par un cerveau.

Le moyen âge a reconnu l’égale dignité des âmes. Le XXème siècle a accrédité l’égale dignité des voix. Le XXIème siècle doit promouvoir l’égale dignité des intelligences.

Mais il ne faut pas rêver. Les académies du concret n’ouvriront guère de voies qui puissent conduire… à l’Académie.

Ce n’est pas en augmentant le nombre d’académiciens que l’on casera tous les chômeurs. Et que l’on pourra assumer les tâches les plus concrètes et les plus colossales dont la nature nous accable.

 

Pierre Auguste

Le 16 mars 2011

 

http://www.alternance.enligne-fr.com

http://www.apprentis.enligne-fr.com

http://www.stages.enligne-fr.com

http://www.formations.enligne-fr.com

 

 

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Par Pierre Auguste le 2011-03-15

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Métiers de demain

 

MÉTIERS DE DEMAIN

 

On entend souvent dire que la plupart des métiers de demain n’existent pas aujourd’hui. C’est aller vite…en besogne.

Les métiers de l’eau sont un bel exemple de ce que perpétue l’humaine condition.

L’eau est abondante mais inégalement répartie dans le temps et dans l’espace. Elle est soumise à des mouvements naturels incessants qui peuvent faire croire qu’elle est renouvelable et inépuisable Les aléas de la nature nous rappellent qu’elle est capricieuse, se met facilement dans tous ses états, ne sait pas modérer ses élans. Elle a si peu le sens de la mesure qu’elle ondoie toujours entre le trop peu et le trop plein.

L’adduction et le portage de l’eau ne sont pas nés d’hier et ne sont pas près de disparaître. Certes le« Porteur d’eau » a disparu. Mais l’eau est toujours nécessaire à la vie. Seuls changent l’usage qui en est fait, les techniques de son stockage et de sa mise en œuvre, les quantités et la qualité requises par les évolutions démographiques

La vie courante, la production agricole ou industrielle, la captation de son énergie ont revêtu bien des formes dont le monde entier porte les traces.

Tant qu’il y aura des hommes il faudra mettre de l’eau en réserve, la mesurer l’acheminer, la pomper, la filtrer, l’épurer, la stériliser. La répartir.

L’enseignement, la recherche et l’orientation professionnelle doivent en tirer les conséquences dans une démarche à la fois historique et prospective applicable à de nombreux et éternels domaines tels que la médecine, la construction, l’urbanisme et bien d’autres activités.

Il est moins question de décrire comment évolueront les métiers actuels que de les situer dans l’ensemble des savoirs et des savoir-faire et de se préparer à leur renouvellement.

On sait depuis toujours que la médecine sera toujours là. Mais qui aurait pu prévoir il y a trente ans le détail des progrès qu’elle a faits grâce à l’informatique, à l’imagerie médicale. Qui peut prévoir aujourd’hui les progrès à venir que permettront encore la chimie, les giga et nanotechnologies, la génétique, les prothèses cybernétiques ?

La médecine préfigure ce qui verra le jour dans bien d’autres domaines.

Dans chacun des métiers existants apparaîtront des possibilités et des spécialités nouvelles qui viendront enrichir les connaissances et les pratiques.

Des métiers nouveaux naîtront qu’il serait présomptueux de prévoir et d’annoncer.

L’homme poursuivra sa quête de nouveautés qui lui permettront d’aller toujours plus haut, toujours plus loin, toujours plus vite, d’entreprendre des projets toujours plus complexes, voire toujours plus fous, de satisfaire des besoins toujours plus sophistiqués ou toujours plus élémentaires. Plus que jamais se développera le travail en équipes multidisciplinaires à constituer, organiser, diriger, faire coopérer.

Il faut aussi attendre que des développements soient nécessaires pour pallier les effets indésirables du développement. Les effets secondaires de nos modernes médications, les perturbations de notre environnement balisent déjà les écueils qui attendent une humanité insatiable, en croissance incontrôlée.

Sans jouer les pythonisses on peut voir poindre à l’horizon des évolutions annonciatrices de futurs, incertains dans leurs contenus, pourtant inéluctables.

Le temps, la vie et le progrès sont des concasseurs producteurs de poussière. Les déserts, les fonds marins, les installations industrielles et l’habitat en témoignent. *

Partout fleurissent des espaces de confinement qui protègent les hommes de leur environnement ou l’environnement des agressions humaines. Les salles blanches de la recherche et de la haute technologie, les cages de Faraday des physiciens, les chambres sourdes des acousticiens, les bulles médicales stériles, les zones de stockage des déchets nucléaires, les serres de la recherche génétique appellent la synthèse des caractères communs et l’inventaire des techniques spécifiques de chaque viabilisation.

Déjà s’annonce la nécessité de maîtriser ce que l’on pourrait appeler une physiologie, une ingénierie et une psychologie du confinement.

On peut y voir des promesses. Mais qui devra les tenir pour en faire des d’emplois ?

 

Pierre Auguste

Le 9 mars 2011

 

*Les géologues objecteront que la nature est aussi capable d’agréger et de compacter, comme en témoignent les falaises. Mais avec la nature, il ne faut pas être pressé.

 

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Par Pierre Auguste le 2011-03-08

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Formation. Pour une diversité des cursus

 

FORMATION. POUR UNE DIVERSITÉ DES CURSUS.

 

La civilisation occidentale a hérité des Grecs et des Romains le goût de l’académisme. L’esprit français cultive l’abstraction, se complait dans la théorie, néglige la pratique, dédaigne les vils métiers manuels, méprise les contingences économiques.

L’académisme ne s’arrête pas aux frontières de nos académies. On le pratique en leur aval que sont les administrations et les entreprises de quelque envergure. Toutes puisent leurs cadres dans les viviers de l’enseignement supérieur et de la fonction publique.

L’essence précède l’existence. L’esprit précède. La « praxis » doit suivre.

Le vocabulaire « bien pensé » montre la voie qui conduit de l’idée à la chose. Les outils mathématiques sont des mathématiques appliquées. Les logiciels sont des applications informatiques. Les langages commerciaux sont des langues vivantes appliquées.

Mais, nous l’oublions volontiers aujourd’hui, dans l’antiquité le primat de l’intellect n’était pas accessible à tous. Il reposait sur l’esclavage qui est un partage des tâches quelque peu inégalitaire ! La pensée pour la pensée est en quelque sorte un surplus économique.

Même si l’esclavage a été aboli, et malgré l’inscription de l’égalité sur le fronton de nos temples, il nous en reste quelques séquelles. Les uns se délectent de spéculation intellectuelle et s’adonnent aux plaisirs culturels, cependant que d’autres sont, par statut de fait, assujettis à la joie austère d’assumer l’intendance.

Qu’il y ait des progrès à faire pour équilibrer tout cela ne fait aucun doute.

Mais on n’y parviendra pas en cherchant à instaurer l’égalitarisme et en uniformisant les voies de formation.

Les purs esprits qui ont présidé à l’évolution de notre enseignement ont cru devoir généraliser des modèles et des cursus élitistes. On en voit les résultats dans les chiffres accablants de l’analphabétisme, de l’illettrisme, de l’échec scolaire, des abandons des études supérieures. L’objectif qui prétendait amener« quatre-vingts pour cent d’une classe d’âge au niveau du bac » a mis le bac au niveau de quatre-vingts pour cent de la population. Nombreux sont les passagers qui sont débarqués de l’omnibus des formations avant le terminus, sans que l’on sache bien leur assigner une destination et leur assurer des correspondances.

La complexité croissante de la société, la mobilité transnationale des populations, le développement exponentiel des savoirs et des techniques, ont pour inéluctable effet de diversifier les besoins d’enseignement.

Notre vaste dispositif enseignant a bien du mal à assumer la multiplication des niveaux de départ et d’arrivée, à maîtriser la complication des cursus et des contenus, à gérer les adaptations aux besoins, à conduire les orientations, les réorientations, les recyclages.

Il serait illusoire d’espérer qu’une « machinerie » unique composée d’êtres humains puisse former des êtres humains en les traitant selon des processus engrenés les uns dans les autres comme pour fabriquer une infinité de « produits finis ». L’itération et la diversité des solutions doivent répondre à l’immensité et à la diversité des problèmes.

La République du Savoir commence à le reconnaître.

La volonté de développer l’apprentissage et les formations par alternance semble annoncer un renouveau des conceptions. Il reste à en maîtriser la pratique.

Le réalisme et l’optimisme commandent d’admettre que le goût des études théoriques n’est pas universel et peut être tardif. Les aptitudes intellectuelles ne sont pas aussi égales que ne le supposent les pédagogues de congrès. Elles ne sont pas aussi désespérées qu’on ne le croit car certains maîtres au contact d’élèves savent que l’utilité de la théorie doit être démontrée ou éveillée par un début de pratique.

Chacun doit pouvoir, en temps utile, trouver sa voie dans l’infinité des possibles.

Par nos sites, nous cherchons à apporter des éléments de solution au problème du choix des formations.* De bons résultats viendront par l’effort, la discipline, l’unité d’encadrement, l’unité de vue des partenaires au rang desquels il faut compter administrations et établissements d’enseignement, mais aussi élèves et entreprises.

Même signé, un contrat légal n’est rien s’il ne s’appuie sur un contrat moral.

 

Pierre Auguste

Le 2 mars 2011

 

*Voir notamment

http://www.alternance.enligne-fr.com

http://www.apprentis.enligne-fr.com

http://www.stages.enligne-fr.com

http://www.formations.enligne-fr.com

 

 

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Par Pierre Auguste le 2011-03-01

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Emploi. Priorités prioritaires

 

EMPLOI. PRIORITÉS PRIORITAIRES

 

La France est riche…de ses priorités. Les faits divers et les discoureurs d’opposition nous apportent tous les jours quelque urgence nouvelle.

Les détenteurs d’une parcelle de pouvoir croient agir dans le bon sens. Ils appellent à la patience. Ils annoncent l’imminence du meilleur des mondes promis. Ils empilent les questions prioritaires comme sur un jeu de cartes qu’ils battent, rebattent et coupent pour tenter et retenter une impossible réussite.

Du déficit budgétaire à la dette publique, de la balance commerciale à la balance des paiements, tout y passe et repasse par la case de l’emploi. L’économique et le social s’entrelacent en arborescences indistinctes. Les préjugés enchaînent les faits à leur manière, confondent ou permutent les causes et les effets, décrivent les réalités perçues par des clichés incertains de telle sorte qu’un flou chasse l’autre. Les voyants extralucides qui sont aux commandes des grands et petits systèmes se font des idées approximatives du fonctionnement d’un tout que chacun perturbe en croyant optimiser sa partie.

Si l’on se risque à tirer un fil, c’est tout l’écheveau économique, social et politique qui vient. Ainsi en est-il pour ces « priorités premières » que sont l’emploi et le chômage.

Ces deux compères ont usé à la tâche des générations de dirigeants qui ont tout essayé, se condamnant ainsi à tout réessayer. Et à renouveler les erreurs.

En ces domaines plus qu’en tout autre les faits divers commandent. L’emploi des jeunes passe-t-il au premier plan ? Il y est remplacé tour à tour par celui des « vieux », celui de l’âge médian, celui des femmes, celui des minorités visibles. Suivent et défilent tout ce qui compte dans les classifications, les nomenclatures officielles ou occultes, les secteurs d’activité, la géographie, les niveaux de formation, les origines sociales ou ethniques.

Tout est à la fois prioritaire. Faute de savoir développer l’économie tous les problèmes relatifs à l’emploi sont amalgamés dans une « problématique » de répartition. Tout le monde s’y attelle, à tous les niveaux des grandes et petites institutions. La couverture étant top petite, on découvre la tête du corps social en croyant lui couvrir les pieds. Feignant de croire que répartir les emplois est un art majeur, on renonce à pratiquer l’art trop difficile de les créer.

Cet interventionnisme aveugle est coûteux pour une efficacité globale incertaine. Il est peu utile dans un monde dans lequel individus et employeurs sont informatisés, connectés, informés. Il serait inutile si l’on tenait chacun pour responsable de ses actes et de leurs conséquences, et si l’on donnait à tous la conscience de leurs devoirs.

Les évolutions démographiques, les progrès techniques, les caprices des mœurs métamorphosent la société. Il serait miraculeux que le meilleur advienne spontanément si chacun vit au jour le jour et se laisse aller où les vents le portent. L’avenir est en germe dans le présent pour ceux qui regardent vers l’au-delà des horizons électoraux.

Le solde des naissances et des décès met l’évolution de la science, notamment la médecine, au centre des préoccupations politiques et sociales.

La maîtrise des mutations démographiques et de leurs conséquences nous appelle à faire, pour les migrations, des bilans prévisionnels, quantitatifs, qualitatifs et précis, pour organiser l’accueil, l’intégration et/ou l’assimilation des nouveaux arrivants. (Préparation du greffon et du receveur, aménagements matériels, formations spécifiques.) Populations anciennes et nouvelles ne peuvent cohabiter sans que soient assurées, au bénéfice de tous, la cohérence entre la formation générale et citoyenne, l’orientation et la formation professionnelles, l’adéquation globale et sectorielle de l’offre et de la demande d’emploi.

Le capital financier, le capital humain, le capital productif, le capital administratif ont besoin les uns des autres pour prospérer. La défaillance de l’un fait le fiasco de tous et discrédite le personnel politique.

Deux priorités s’imposent pour rendre l’économie vivace, équilibrée, compétitive. Apaiser les querelles politiciennes et les tensions sociales. Mobiliser toutes les forces dans un projet largement consensuel

Oui, il faut du dirigisme. Encore faut-il savoir quand, comment et vers où le… diriger.

 

Pierre Auguste.

Le 22 février 2011

 

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Par Pierre Auguste le 2011-02-22

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Logement et urbanisme. Zoom sur un nid de coucous

 

LOGEMENT ET URBANISME. ZOOM SUR UN NID DE COUCOUS.*

 

L’actualité donne le tournis. Elle semble indiquer que tout marche sur la tête.

Les prix de l’immobilier flambent dans les villes et les campagnes, dans la vente et dans la location, dans le taudis et dans le luxe.

Nous importons par des voies licites ou occultes, des populations qui viennent grossir les « stocks » de ceux que nous ne savons ni loger ni mettre au travail.

Les banques, les pauvres, ont dû se résoudre à augmenter les taux d’intérêt, à laminer la durée des crédits, à demander aux accédants à la propriété de réduire leurs prétentions spatiales et de standing. Il faut être un émir pour débourser les soixante-huit millions d’Euros nécessaires pour acquérir un modeste hôtel particulier à Paris !

On veut densifier l’habitat et surélever les bâtiments haussmanniens pour mettre de l’égalité dans tout cela. Et loger à portée de voix le personnel de maison !

Un député-conseiller de notre belle capitale, vient de proposer de construire des logements « sociaux de luxe » entre l’Avenue Foch et ses contre-allées. Sans doute pour créer des espaces verts, modérer les prix des habitations voisines et, en deuxième rideau, les protéger des nuisances de la circulation. Ne doutons pas qu’un tel programme obtiendra un consensus enthousiaste de tous les riverains.

Ironie mise à part on peut regretter que depuis longtemps déjà une dégradation de la qualité de l’environnement soit visible partout sauf dans des ilots jalousement protégés.

Les approches des villes se ressemblent, toutes enlaidies par un urbanisme professionnel anarchique, par la floraison d’enseignes, de placards publicitaires, de signalisations.

Ce bariolage leur donne des airs de prospectus d’épicerie.

Elle est bien lente à venir l’ère de la« postsignalétique » que devrait permettre l’avènement du GPS et des moyens de communication numérisés capables de livrer la publicité à domicile et l’information à dans les véhicules.

Les élus locaux s’habituent au décor de leurs fiefs. Les gros plans sur leur domaine ne suffisent pas pour leur en donner la mesure et mieux situer les ensembles dans lesquels ils doivent insérer et concevoir les évolutions.

Il suffit maintenant de se connecter sur Google Earth pour prendre de la hauteur comme à bord d’un avion ou d’un satellite d’observation.

On est alors frappé par l’immensité relative des espaces libres dont dispose le territoire français. Sa moindre urbanisation que celle du nord de l’Europe offre sans doute à notre pays de meilleures possibilités de développement.

Il faut en effet de l’espace pour pouvoir évoluer. Chacun le vérifie quand se présente la nécessité d’entretenir ou de rénover son habitat, d’accroître le cercle familial.

Les communes, et plus généralement toutes les collectivités territoriales, éprouvent le sentiment d’avoir les pieds dans le même sabot quand elles envisagent quelque projet hors routine. Certes, il peut y avoir des abus. Mais on critiquerait moins la vacuité de certains logements en considérant qu’il faut du « stock » et de la souplesse pour gérer, entretenir et rénover l’immobilier, mettre des îlots en réserve pour préparer l’avenir.

La France vue du ciel suggère que nous aurions globalement assez d’espace pour abriter actuels et futurs mal-logés dont, par ailleurs, personne ne connaît le nombre.

Notre centaine de départements pourrait sans doute accueillir plusieurs fois la population de Paris « intrapériphéros ». Une répartition des populations nouvelles au prorata des populations existantes et des espaces constructibles y permettrait une moindre densité de population, pourrait préserver les terres agricoles et éviter les zones à risque

Il ne s’agit ni d’un objectif, ni d’une prévision mais d’une possibilité. Ce devrait être une simple idée de manœuvre globale qu’il faudrait se garder d’appeler « plan Marshall » pour ne pas allonger la liste des deux ou trois douzaines de plans Marshall qui sont réclamés chaque année. Et enterrés faute d’avoir été financés par les Américains !

Loger cinq « équivalents Paris » ne se fera pas en cinq jours car il faudra payer nous-mêmes. Il faut donc vite commencer. Citoyens et élus, à vos marques, prêts partez !

Rendez-vous sur Google Earth. Dans cinquante ans.

 

Pierre Auguste

Le 16 février 2011

 

*Merci à Milõs Forman et à Jack Nicholson. (Vol sur un nid de coucou. 1975°)

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Par Pierre Auguste le 2011-02-15

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A la recherche du travail perdu

 

À LA RECHERCHE DU TRAVAIL PERDU.

 

Longtemps, je me suis levé de bonne heure.* Pour constater que l’homme et le monde sont encore régis par des superstitions. La terreur des Gaulois est toujours latente. Nous craignons aujourd’hui que le ciel économique nous tombe sur la tête.

Notre économie est menacée. Plus par nos idées que par la concurrence internationale sans complaisance. Nous avons espéré que la crise nous mettrait tous au travail pour sortir de la médiocrité dans laquelle nous nous sommes trop longtemps complus.

La bataille du temps de travail a paru un temps s’apaiser.

Mais la République avait en réserve un pape de l’économie qui l’avait servie sous le regard sceptique de l’imperator d’alors. Ce vétéran pontife vient de remettre le feu aux poudres en lançant aux vents une bulle sur la réduction du temps de travail.

Patatras ! Le temps de travail a chassé le temps du travail. Notre hémisphère droit et notre hémisphère gauche sont repartis en guerre. Les idéologues ont ressorti leurs vieilles doctrines auxquelles ils sont plus attachés encore que les chamanes et les marabouts à leurs moulins à prières et à leurs grigris.

Oui, la réduction du temps de travail de production des moyens élémentaires de subsistance est une réalité historique. Mais faut-il pour autant en avoir une conception extensive et lui prédire un grand avenir ? Il y aura bien une limite car on ne peut imaginer qu’un jour l’homme puisse et veuille vivre sans travailler.

L’honnêteté et la rigueur intellectuelles commandent de ne confondre ni agréger la grande diversité des formes d’activité.

S’il subsiste de rudes conditions de travail, nous n’en sommes plus aux schémas des « Temps modernes » où l’homme était assujetti tel un animal de trait dans une noria. La machinerie qui l’enchaînait lui tirait sur les mains pour ne pas les écraser. Les niveaux de cadences, d’empoussièrement, de température et de bruit sont maintenant encadrés dans les pays civilisés. Certes, il faut encore lutter pour éradiquer la barbarie que l’homme sait imposer à l’homme. Mais il est archaïque, réducteur, partial et stérilisant de ne présenter le travail que comme un moyen d’exploitation et d’aliénation.

Pourquoi feint-on d’oublier l’autre extrémité du champ des possibles ? Il existe des gens pour lequel le travail est un hobby, qui les fait courir, les stimule, les épanouit, les fait joyeusement vivre.

Pourquoi et au nom de quelle équité rationnerait-on le travail de ceux qui trouvent les moyens d’exister et des satisfactions dans un emploi salarié ?

Comment pourrait-on limiter le nombre d’heures de travail des professions libérales, des indépendants, des entreprenants, des entrepreneurs et de tous ces galériens pour lesquels les liens entre heures œuvrées et revenus sont intermittents et variables ?

Contingentera-ton le travail intellectuel ? Saurions-nous mettre au repos les cerveaux ?

Ne serait-il pas utopique d’espérer convaincre ces cumulards du travail qui chassent à coure les mandats politiques, les chaires d’enseignement, les tribunes médiatiques ?

La réduction du temps de travail est aussi stupide que fut jadis la déplétion qui était l’art de guérir par la saignée. Et dont on attend maintenant la diminution de la consommation d’hydrocarbures. Cette intention de réduire le temps de travail est une idée d’esclave affranchi qui veut régenter la vie des esclaves.

Les élites doivent définir et faire appliquer les mêmes principes à tous les niveaux.

Le bon peuple doit comprenne que c’est le travail qui crée l’emploi et nous sortira de l’ornière. Et que les mythes et les chimères ne donnent pas des moyens d’existence. Un constat s’impose, à peine caricatural. Le citoyen ne veut pas produire ce qu’il consomme et veut aller l’acheter ou consommer ailleurs. Par la délocalisation de ses dépenses, il délocalise l’emploi. Il est urgent de soigner notre schizophrénie individuelle et collective qui, par-dessus le marché, nous porte à croire que notre avenir est dans l’autarcie et dans les loisirs.

Pour un pays, comme pour une entreprise et un individu, le travail perdu ne se rattrape guère…que par du travail.

 

Pierre Auguste

Le 9 février2011

 

*« Longtemps, je me suis couché de bonne heure. »

Marcel Proust (1871-1922) ; À la recherche du temps perdu

 

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Par Pierre Auguste le 2011-02-08

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Internet. Sons et lumières

 

INTERNET. SONS ET LUMIÈRES

 

Internet fait grand bruit. Un rien suffit à faire entrer en résonance toutes les enceintes « à caustique » et tous les écrans qui tapissent bureaux et domiciles. Nous voyons se projeter sur les murs de nos cavernes les reflets du monde qui auraient émerveillé Platon et complété l’idée qu’il se faisait de la République.

Nous voilà donc entrés dans l’ère du lanterneau. La digitalisation de l’information éclaire nos claviers, nos doigts et nos neurones d’une lumière blafarde et incohérente. En ces temps de « progrès », il est bon de prendre du recul et de se rappeler cette idée forte selon laquelle « À mesure qu’un instrument est plus puissant, il faut penser davantage pour en tirer quelque chose. Le microscope étourdit l’ignorant, il ne l’instruit point. » *

Internet c’est le meilleur. Qu’il s’agisse de travailler, de s’informer, de se cultiver, de se distraire, de communiquer, de prendre et d’entretenir des contacts… le réseau des réseaux est devenu indispensable. C’est une mine d’intelligence pour qui veut la trouver.

Mais c’est aussi le pire. Les malfaisants s’y engouffrent. Ils en font un vecteur puissant et un immense débouché pour leurs nuisances. Chacun peut y infuser le venin de la calomnie, les chausse-trapes de l’escroquerie, la calamité du piratage du fruit du travail d’autrui, la publicité mensongère, les tromperies de la propagande, le racolage des innocents, les manipulations en tous genres.

Internet est le repaire et le piédestal des obscurantistes qui prétendent nous éclairer. « Aveugles porteurs de flambeaux.*

Il était dans la continuité de l’histoire qu’Internet devînt un enjeu économique, social, politique comme le furent avant lui l’imprimerie, la presse, la radio, la télévision.

L’enjeu économique transparaît dans les grandes manœuvres, tantôt silencieuses tantôt fracassantes, par lesquelles les ogres financiers en prennent progressivement possession pour en avoir le contrôle et en pomper les profits.

À l’utopie de la gratuité succéda celle de voir couler des pactoles. L’éclatement de la bulle ouvrit l’ère de défrichement par les pionniers et les doux illuminés. Et voici venu le temps des coucous qui récupèrent le fruit des efforts et le vocabulaire de ceux qui ont appris à leurs dépens comment soigner les bégaiements de la nouvelle machinerie.

Les nouveaux maîtres-financiers parlent haut et frappent fort. Les inventifs et les obscurs sont priés d’aller défricher ailleurs et chiffrer autrement. D’autres obscurs inventeurs ont pris la route et préparent le terrain pour les futurs récupérateurs.

Comme leur nom l’indique, les réseaux sociaux ont investi le champ social. L’enjeu est de drainer la manne publicitaire qui jalonne les autoroutes de l’information. Le chaland succombe au miel des annonces. Il cultive son égo qui le vaut bien en collectionnant les amis comme des papillons. Il se repère dans le temps et l’espace par rapport à des systèmes d’axes attachés à son nombril. Il se détourne de son travail. Il instille de la futilité dans les affaires sérieuses. Il se crée des attentes que nul ne pourra satisfaire. Il va jusqu’à regretter que nos sites dévolus au travail, à l’emploi et au recrutement ne soient pas plus ludiques. Ô « ludicité » ! Ô lucidité ! Ô lumière !

Les grands qui dirigent le bon peuple avide de soins câlins et de plaisirs ne supportent pas d’être pris dans le tourbillon des exigences et de la critique dont ils n’ont pas l’habitude. Avec juste raison ils s’irritent de la calomnie et de l’opposition systématique.

C’est ainsi que germa l’idée bien naturelle de mettre un peu d’ordre, de raison et de modération dans un système qui en a bien besoin. On prétend civiliser la société civile par d’interminables et répétitifs codicilles qui viennent alourdir le code civil. Nos éternels codes napoléoniens ne pourraient être proprement actualisés et numérisés que par des armées d’Achilles et d’Hercules législateurs.

La guerre des amendements fait rage. Non sans motifs, la « civilisation » fait l’objet d’un procès d’intention répressive. Et personne ne se résout à la moindre civilité.

C’est ainsi que, dans le Landerneau mondialisé, Internet fait des étincelles et un bruit de tonnerre.

 

Pierre Auguste

Le 2 février 2011

 

*Alain (1868-1951) ; Vigiles de l’esprit

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Par Pierre Auguste le 2011-02-01

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Corrélations économiques

 

CORRÉLATIONS ÉCONOMIQUES

 

Il faut se méfier des théories. Le monde réel ne sait pas lire les schémas et ignore les modèles mathématiques. Les fluides ne suivent pas les flèches par lesquelles on prétend les conduire. Bref, la nature agit selon sa nature.

Il ne faut cependant pas se priver de regarder le monde, les choses, les êtres et la vie à travers les instruments que l’homme tente de se donner pour comprendre ce qui le porte et agir sur ce qui le contraint. Mais il ne faut pas confondre le réel et son image.

Chaque modèle, chaque théorie est une représentation erronée du monde et une étape dans l’évolution de sa connaissance. Les cercles des mouvements astraux sont devenus ellipses ou paraboles. Les coniques de Pascal ont été bosselées par l’environnement cosmique. La mécanique s’est mise à onduler. L’atome de Démocrite a volé en éclats. Les tourbillons de Descartes se sont encordés. La dynamique s’est relativisée.

Malgré ces péripéties, le spectacle de la science continue. La météorologie nous perturbe. Ses modèles informatiques défilent dans leurs plus beaux atours. Nous tentons d’organiser le chaos dans nos têtes faute de savoir l’organiser sur le terrain.

L’économie est un chaos comme un autre. Chacun feint de comprendre. Les ambitieux promettent, à gogo, de tout maîtriser.

L’économie est un cosmos en perpétuel devenir. Personne ne sait d’où il vient, où il en est, où il va.

Dans le monde réel tout inter-réagit. Tout bouge y compris les repères. Les équations, les mouvements et les forces ne sont pas linéaires. Les attractions et les répulsions sont universelles, les « constantes » ne le sont pas. Tout se propage à des vitesses différentes.

L’économie n’est pas un désert. Les théories y poussent comme chiendent. Tout y bouge et d’abord les repères que sont censées être les monnaies qui sont élastiques, se veulent mesures de toutes choses, sont soumises à toutes les subjectivités.

L’économétrie tente de mettre un peu de rationalité dans le chaos. Par les statistiques elle cherche des corrélations, en trouve, les quantifie. Elle établit des relations de cause à effet que les passions politiques permutent sans scrupules. Elle désigne des concomitances et des relations fonctionnelles sans cause. Elle construit des agrégats qui oscillent entre trop de finesse et trop d’amalgame. Elle ne parvient pas toujours à prévoir les interactions à effets différés et encore moins les évolutions. Comme le temps est le maître de tout, chacun le « construit »et le prend à sa manière. C’est ainsi qu’il existe un temps citoyen, un temps politique, un temps administratif, un temps judiciaire dont personne n’assure la concordance.

La rationalité met l’intuition en défaut, parfois la confirme. En 2010 Le prix Nobel d’économie a été attribué à deux Américains et un Anglais dont les travaux démontrent notamment, selon le comité Nobel, que "plus les allocations chômage sont importantes, plus le taux de chômage est élevé et la durée de recherche est longue". Avant de préciser que "cette théorie est également applicable aux marchés autres que celui de l'emploi".

Selon sa religion politique le quidam en avait eu l’intuition …ou celle de son contraire. Chacun suit ses ornières. Les économistes ne sont ni hors du temps ni de la politique. Selon leurs affinités et selon les circonstances, ils choisissent entre la micro économie et la macro économie alors que de multiples nivaux sont en interactivité.

Tout en ce monde n’est que relation et relativité, restreinte ou générale. Einstein n’y retrouverait ni sa théorie, ni ses hypothèses.

Hors de la physique, tout est corrélatif et appelle une théorie de la « corrélativité générale » qui donnerait un contenu scientifique à ce barbarisme, orienterait une nouvelle vague d’actions utiles à la société et à chacun des individus qui la composent.

En attendant le sauveur, l’économie doit vivre. C’est un univers en expansion. Oui mais pour qui ? Mais jusqu’où ? Mais jusqu’à quand ? Mais comment ?...

Qui veut répondre ?

 

Pierre Auguste

Le 26 janvier 2011

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Par Pierre Auguste le 2011-01-25

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L'auto-entreprise.Une solution qui surligne des problèmes

 

L’AUTO-ENTREPRISE. Une solution qui surligne des problèmes.

 

Les discours des prétendus grands font penser à cet adage selon lequel « il y a deux catégorise d’individus, ceux qui ont des théories sur l’éducation des enfants et ceux qui ont des enfants. » La volonté politique de tout régenter a progressivement fractionné l’économie en une multitude de structures soumises à des règles différentes.

Il est à priori normal que ces règles soient ajustées à la nature et à la taille des entreprises. Mais trop de contraintes grèvent la viabilité, inhibent l’esprit d’initiative et les investissements.

La bureaucratie promeut l’universalité de ses règles, gère mal les différences, privilégie ses propres commodités, oublie les incommodités qui assaillent les entrepreneurs.

C’est ainsi que, peu à peu, s’est développé le dégoût d’entreprendre sinon le goût de créer, s’est vidée notre économie d’une partie de sa substance, que se sont installés des fiefs dans les secteurs les plus viables, que les plus faibles sont laissés à la traîne.

L’économie a ainsi été asphyxiée entre les grandes structures qui aspirent à tout produire pour tout vendre et le millefeuille administratif qui rêve de tout acheter pour tout distribuer.

Où sont le citoyen et la démocratie dans cette accumulation…de cumuls ?

Il faudra bien du temps à nos élites gouvernantes de tous bords pour s’apercevoir que leur mainmise abusive sur les robinets productifs, fiscaux et dépensiers, donnent à leur action tous les caractères d’un étouffoir.

Les chœurs électoraux entonnent régulièrement leurs refrains. « Vous allez voir ce que vous allez voir ! Plus jamais ça. Nous allons changer tout ça. »

La suppression de la taxe professionnelle et l’instauration de l’auto-entreprise ont été hissées au premier rang des mesures annoncées, prises… reprises.

La taxe professionnelle a changé de nom mais guère de consistance. Des voix s’élèvent pour dire que la belle en a profité pour s’alourdir. La boulimie l’a emporté sur l’anorexie.

Malheur a celui qui a confondu suppression et substitution. Passez muscade ! La boule a changé de gobelet.

Plutôt que d’alléger les charges des entreprises existantes et de lever les freins à la création et au développement de toute entreprise nouvelle, on a préféré créer une structure qui déroge aux règles générales du « jeu ».

Les petits entrepreneurs sous statut antérieur, déjà exclus de certains marchés et de certaines prestations qu’ils contribuent pourtant à financer, y ont vu une concurrence déloyale. Ils ont ressenti l’injustice de voir leurs régimes de protection sociale chargés du coût de prélèvements qui profitent à leurs nouveaux concurrents exemptés.

Ils enragent de devoir payer l’impôt sur les sociétés à un taux supérieur à celui qui s’applique aux grandes entreprises défrayées sous prétexte qu’elles sont soumises à la concurrence internationale. Comme si cette concurrence ne s’appliquait pas directement ou indirectement à toutes. Comme si ce régime de faveur n’était pas l’une des causes de l’externalisation des activités et de la précarisation des petites structures.

On finit toujours par avoir des soucis quand, dans une même structure, on confie un même travail à des hommes sous des statuts différents. L’auto-entreprise confirme cette réalité qui n’est pas une théorie mais qui est fondée sur des faits observables.

Certes on promet des corrections. Mais nul n’est besoin d’être prophète pour prévoir qu’elles seront conjoncturelles, définies à la hâte, sans remise en cause des acquis abusifs, sans changer le standing de ceux qui gouvernent et administrent.

La question n’est pas de savoir laquelle de notre élite de droite ou de gauche est la plus bête. Il s’agit d’avoir l’intelligence de nous sortir de la médiocrité dans laquelle l’une et l’autre nous ont empêtrés.

Mais il ne suffit pas d’être intelligent pour conduire les affaires publiques. Il faut aussi être intelligible.

Mais notre mal brouillon est dans les têtes. Il est sans doute incurable car nulle thérapie ne saurait être efficace sans la participation consentie du patient.

 

Pierre Auguste

Le 19 janvier 2011

 

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Par Pierre Auguste le 2011-01-18

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Mystères et boules de neige

 

Mystères et boules de neige

 

L’homme est doté de la faculté d’ériger en mystères et en ennemies les lois physiques de l’univers. Il l’a prédisposé à reporter sur d’autres la cause de ses malheurs.

Les hommes sont les grands enfants du bon Dieu. Ils migrent comme des canards sauvages en oubliant que les joies de la neige s’accompagnent parfois de désagréments « non dénués de réels dangers ». Ils s’aventurent en hiver, sur la terre comme au ciel et sur les eaux, dans les moyens de transport les plus divers.

La logique de nos évolutions sociétales a érigé en droit constitutionnel le principe de précaution qui s’impose aux prestataires de service et aux pouvoirs publics.

L’individu veut désormais compter sur des esclaves et des automates sans défaillance pour organiser sa vie, conduire son automobile, aiguiller ses trains, guider son avion. Il s’exonère de toute responsabilité relative aux risques qu’il prend face à la météorologie. Il réprouve les péripéties qu’il contribue à provoquer par sa seule présence. Il exige que des moyens d’assistance et de secours soient disponibles en tout temps, en tous lieux, en toutes circonstances. Il veut partout des stocks d’ingrédients magiques propres à fluidifier la circulation autant que de besoin, même occasionnel. Il réclame l’assurance tous risques, gratuite, opposable.

Décembre a quelque peu pris en défaut du providentiel principe de précaution. Les pouvoirs publics et les médias ont partagé les émois et les indignations des naufragés du transport collectif ou « individuel de masse ». Le « plus jamais ça » a resurgi. Le syndrome de la mesure prise a exercé ses ravages. On jette des réunions en pâture à l’opinion. On y examine les causes des défaillances. On y envisage leurs conséquences. On y tire des lignes de conduite. On avait annoncé qu’il y aurait du sang sur la neige. On ne prononcera guère de sanctions car il faudrait punir trop de monde.

Le sage sait que le problème deviendra une « problématique » polytechnique.

Le transport est d’abord une cinétique qui lie les espaces, le temps qu’il fait, le temps qui passe. Les réseaux de transport sont une géométrie qui entrelace et entrecoupe des trajectoires. Les transports sont une physique qui met en œuvre des hommes, des matériels, des matières, des sources d’énergie et crée des interdépendances imperceptibles tant que ne se dégradent pas les situations. Les transports sont une systémique économique qui organise et soutient un vaste carrousel sensible au chaud et au froid, à l’humide et au sec, qui craint le sable, les pierres et les rochers.

Il faut une grande maturité pour diriger les hommes qui conçoivent, fabriquent et pilotent des machines qui franchissent les océans, surpassent les montagnes, se jouent des éléments déchaînés, promènent et encoconnent des usagers que rien ne doit contrarier. Et qui veulent arriver à l’heure, vivants et à bon port.

La ministre des transports et des congères veille. Elle a naguère joliment porté le bicorne. Elle nourrit le grand dessein de composer en un savant système de systèmes, toutes techniques utiles, tous concours exécutifs, toutes autorités.

Il lui faudra bien de la pédagogie pour expliquer que, tout compte fait, notre dernière « grande pagaille »était dans l’ordre des choses !

La meilleure pédagogie est la pratique de réalités et de complexités qui ne connaissent pas l’arrêt sur image, ne cèdent pas aux regards impérieux, sont une dynamique chaotique et mystérieuse qui ne se reproduit jamais à l’identique.

Les caprices de la météorologie apportent parfois à l’Europe ces froids du nord qui enneigent et verglacent plutôt les immensités canadiennes et sibériennes.

Il est alors plus facile de patienter, au chaud chez soi ou dans des salles d’attente que d’évacuer les monceaux de neige qui barrent pistes, voies, routes et chemins.

Ce ne sont pas par les épandages d’indignation médiatique qui font fondre les glaces. Ce ne sont pas des frottis de papier journal qui dégivrent les pare-brises.

Mais sous couvert d’arranger les choses, la politique en change la nature. Des munitionnaires facétieux sont tentés d’approvisionner les batailles de bogues et de boules de neige avec des boules de pétanque givrées.

Et oui, l’homme aspire à la paix. Mais il veut toujours la chose et son contraire.

Ô cerveau citoyen, prends garde aux idées simples… et aux solutions biscornues ! Il est peut-être temps pour toi d’inventer et d’organiser l’hibernation occasionnelle, sélective, à temps partiel et consentie.

L’avenir est toujours multi cornu.

 

Pierre Auguste

Le 12 janvier 2011

 

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Par Pierre Auguste le 2011-01-11

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Le mal du siècle

 

LE MAL DU SIÈCLE

 

Il y a bien longtemps que l’homme organise sa vie au rythme des mouvements de la terre. Nul ne sait quand lui est venue l’idée de présenter des vœux quand se boucle un tour du soleil et que commence une nouvelle révolution. En nos temps de réformes et de révolutions annoncées, primauté est donnée à la recherche de l’efficacité. Pourquoi donc perpétuer ce rite un peu vain de ces vœux mutuels et pieux ?

Nous savons que dans une large mesure, c’est de soi que dépend le bonheur de chacun. Et d’abord la santé.

Nous ne boudons pas le plaisir renouvelé de souhaiter une bonne et heureuse année à ceux qui fréquentent nos sites.

Nous vous souhaitons donc qu’en cette année 2011 vous saurez vous tenir à l’écart du mal du siècle.

Inventé au XIXème siècle, le mal du siècle est pétri d’états d’âme et de spleen. On le reconnaît aux lamentations qui l’accompagnent.

 

Que celui qui l’a fait t’explique l’univers !

Plus je sonde l’abîme, hélas ! plus je m’y perds.

Ici-bas, la douleur à la douleur s’enchaîne.

Le jour succède au jour, et la peine à la peine.

Borné dans sa nature, infini dans ses vœux,

L’homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux ; (Lamartine 1790-1869)

 

Le mal est toujours là, multiforme, omniprésent. Il s’est enrichi chaque année de quelque variété ou variante nouvelle. Nous n’en mourrons pas tous, nous sommes tous menacés.

Notre vœu d’y échapper est en quelque sorte une assurance tous risques.

Après les trente glorieuses et les trente brumeuses, la crise est venue, sans crier gare.

Les lamentations sont trop nombreuses aujourd’hui pour être écoutées, trop discordantes pour être entendues.

Tout est promu au rang de mal du siècle. Les médias s’en emparent.

Les nominés les plus notoires sont les virus mutants, le mal de dos, les rhumatismes, l’obésité, le narcissisme, la société de consumation, le surendettement, le chômage, la solitude, le manque de confiance en soi, la désespérance, l’ennui, l’inadaptation, le stress, la dépression nerveuse, les troubles obsessionnels compulsifs, l’alcoolisme, l’addiction aux drogues, l’ennui, la duplicité, l’insécurité, la violence, la délinquance, la criminalité, la désespérance…

Les politiciens s’en émeuvent. Ils dénoncent les maux, les font recenser, établissent des plans d’action globaux et cohérents. Faute d’y pouvoir porter remède, ils se portent en tout temps en tout lieu auprès des victimes. Les vœux s’ajoutent aux vœux, les lamentations aux lamentations, les promesses aux promesses.

L’immensité de cet univers en expansion dévore temps et ressources.

Le mal de chaque jour est le mal du siècle.

Tous s’interrogent. Que puis-je faire pour le bonheur des hommes, moi infime dans l’infini, perdu dans la foule ? Chacun répond à sa manière

Comme Édith Piaf, «Et je pleure ». (La foule)

Comme Beaumarchais, «Je me presse de rire de tout, de peur d'être obligé d'en pleurer» (Le Barbier de Séville). Comme Alfred de Vigny contemporain de Lamartine, je « Fais humblement ma longue et lourde tâche ». (La mort du loup). Comme notre Martine contemporaine, « Je veux un monde nouveau » (Discours électoraux.) Et comme un président connu « Je sais que moi seul peux le faire ». (Pensées intimes.)

En cette saison de cadeaux, nous avons tous reçu, plus ou moins enrubannée, quelque boîte de Pandore contenant tous les maux de l’humanité.

Rappelons-nous que tout au fond, il y a aussi l’espérance. C’est le remède du siècle

 

Pierre Auguste

Le 29 décembre 2010

 

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Par Pierre Auguste le 2010-12-28

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Il neigeait...

 

IL NEIGEAIT…

 

Décembre nous a apporté « un pied de neige et un pied de nez ». Il a même récidivé. Ce fut un scandale ! Il a neigé sur la ville. Il a neigé sur la campagne. Urbains et rurbains ont eu des difficultés pour aller au travail.

Même les authentiques ruraux ont perdu l’habitude de s’accommoder du temps comme il vient

Jadis, les montagnards hibernaient au chaud en s’occupant industrieusement. Ils avaient de robustes étables couvertes de lauzes qui leur permettaient de regarder tomber la neige avec sérénité. Ils mettaient les défunts au frais en attendant que le dégel permette de creuser la terre pour les inhumer. Les enfants allaient à l’école à pied. En sabots qui n’étaient pas mieux adaptés à la neige que les mocassins et les escarpins.

Tous savaient qu’il ne faut pas s’aventurer dans la tourmente.

Le progrès est passé par là.

Nous ne sommes pas à une contradiction près.

Les ci-devant citadins habitent la campagne et travaillent en ville.

Les transports scolaires ont éloigné les écoles.

Les commerces de proximité se sont concentrés dans des galeries marchandes. Les grandes surfaces se sont installées où elles ont trouvé place.

La logistique vivrière jette des multitudes de camions sur les routes.

Tout le monde a besoin de la voiture pour vivre sa vie éclatée. On y voyage au chaud en tenue légère.

Les pratiquants des sports d’hiver veulent de la neige sur les pistes, des routes dégagées pour s’y rendre.

Le transport aérien n’aime ni le givre sur les ailes, ni la neige sous les roues.

Les étables et les granges sont devenues de grandes surfaces aux structures légères qui ne supportent plus la neige. Les ruraux ne supportent plus l’isolement.

Le progrès veut que l’on puisse rouler, voler et naviguer par tout temps, en tout lieu, en toutes circonstances. Les imprudents veulent gîte et couvert sur leurs lieux de naufrage.

La météorologie fait des annonces, somme toute précises. Elle nous dit tout sur les temps et les lieux où tomberont la neige et les pluies verglaçantes.

L’homme de la rue et de la route enneigées et ceux qui prétendent tout gouverner oublient que la météorologie est une science incertaine, difficilement perfectible. Ils voudraient que l’épaisseur des couches de neige soit annoncée au centimètre près.

Nous envions les Canadiens et les Scandinaves qui savent rouler sans glisser et glisser sans rouler. Mais nous ne saurions comme eux payer des escadres de chasse-neiges qui ne serviraient qu’une semaine tous les vingt ans. Et nous trouvons normal de laisser à l’anneau onze mois par an des flottes entières de bateaux, dans des ports hors de prix.

Ceux qui crient à la pagaille sont ceux qui la créent. Ils se jettent sur les routes en comptant sur le ciel et les Dieux pour que la neige soit enlevée avant même de tomber. Ils voudraient passer avant les engins de déneigement, de sablage et de salage.

Nous oublions que l’homme est fait pour marcher. C’est à pied que les grognards de l’Empire sont allés à Moscou. Et même que certains en sont revenus.

Il est bon pour la santé mentale que les hommes valides s’arrachent parfois au confort de leur cocon virtuel, affrontent le monde réel dans ses chaleurs et ses froidures, goûtent l’air et les eaux du ciel dans tous leurs états.

Il est bon pour la santé physique de s’adonner aux joies de la neige.

Il est bon de connaître les limites du corps humains dans les ambiances extrêmes pour n’avoir pas à les chercher et pour ne pas les trouver par surprise.

Il n’est pas inutile de se risquer dehors pour aller sonner les cloches de la tourmente ou pour s’assurer que les plus démunis et les plus faibles ne sont pas sans abri.

Même la nuit de Noël il en est qui couchent dehors.

Il est temps de souhaiter et de passer un joyeux Noël sans attendre le dégel.

L’optimisme a inventé les raquettes. La bonne humeur est le sel de la vie.

 

Pierre Auguste

Le 22 décembre 2010

 

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Par Pierre Auguste le 2010-12-21

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Logement, emploi et démographie

 

LOGEMENT, EMPLOI ET DÉMOGRAPHIE

 

Les individus et les ménages le savent, les problèmes de l’emploi et du logement sont imbriqués.

Le lien est géographique. En général on cherche à travailler près de sa résidence ou à résider près de son travail.

Le lien est temporel. Souvent on cherche en même temps un emploi et un logement.

Il n’y a guère que les riches et les titulaires de statuts favorisés qui sont durablement épargnés par le souci d’assurer le couplage entre la nécessité de travailler et l’obligation de loger quelque part.

Le problème est global et quantitatif. La démographie commande que le nombre d’emplois et le nombre de logements offerts soient, en tout lieu, suffisants pour assurer un revenu à chacun et loger tout le monde. Le problème est individuel et qualitatif car chaque famille a des attentes et des possibilités dont la somme ne correspond pas aux disponibilités globales.

En ces domaines comme en d’autres, on a tout essayé pour ajuster entre elles toutes les réalités. Et pourtant, on essaie toujours autre chose.

Il ne faut pas se dissimuler la complexité du problème.

La démographie, l’emploi et le logement sont trois structures qui sont loin de pouvoir s’emboîter et s’injecter harmonieusement les unes dans les autres.

La pyramide des âges, la pyramide des emplois, la pyramide du standing des logements suivent chacune sa logique. Il n’y a aucune raison pour qu’elles s’adaptent spontanément et soient soumises à une égale dynamique d’anticipation.

La démographie et la géographie humaine sont des composés complexes qui résultent des accidents de l’histoire, du solde de la natalité et de la mortalité, du bilan des émigrat