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Réduire la fracture linguistique

Enligne : edito

fracture

Plan d’action 1 pour l’emploi : Réduire la fracture linguistique


Partons du constat quantifiable portant sur les cv et les lettres de motivation envoyés sur notre plate forme de recrutement enligne-fr.com par des demandeurs d’emploi, de stages et des indépendants.

- 75 % des enregistrements comportent au moins une faute d’orthographe, d’accord, de syntaxe, de conjugaison, de construction logique...
- 15 % comportent plusieurs fautes par phrase.
- Près de 15 % des candidats font une faute d’orthographe dans le mot qui désigne leur métier et n’ont par conséquent aucune chance d’être trouvés dans les moteurs de recherche par les employeurs qui font des requêtes.
- Alors que plus de 95% des fautes sont détectées et soulignées en rouge par les correcteurs orthographiques associés aux traitements de textes et aux navigateurs internet, celles-ci ne sont pas corrigées par leurs auteurs qui n’ont pourtant qu’un “clic droit” à faire avec leur souris pour remédier à l’erreur...


 On constate un déficit dans la maîtrise de la langue chez de nombreux demandeurs d’emploi. Ce déficit est directement porteur d’exclusion. En effet :

- La bonne utilisation des connecteurs logiques entre les phrases démontre la logique de la pensée rationnelle de l’auteur, son développement continu vers un sens intelligible.

- La maîtrise des conjugaisons (concordance des temps, respect des accords) prouve la compréhension de l’enchaînement chronologique des événements et l’inscription des actions dans une temporalité clairement définie pour l’esprit. 

- La pertinence du vocabulaire montre la capacité d’adaptation à une situation précise, de même que celle de nuancer sa pensée, et permet de faire quelques pas contre la violence et la barbarie.

La langue est le ciment essentiel d’une nation. Elle permet de relier les hommes les uns aux autres, en particulier dans le cadre des actions et du travail communs.
Dans les sociétés industrielles ou de services qui développent la qualité et le traçage, condition sine qua non de leur survie, chaque maillon humain de la chaîne doit maîtriser l’écrit. Il est un critère de sélection évident, conscient ou non, implicite ou explicite. L’écrit est la clef d’entrée dans le marché du “travail durable”.

Il y a quelques années, notre site internet de recrutement proposait aux centaines de milliers de candidats qui s’inscrivaient déjà comme demandeurs d’emplois, une offre de services de correction des cv à 15 euros*. Les performances rédactionnelles des candidats étaient les mêmes que celles que nous présentons plus haut. Combien de candidats ont-ils fait appel à la prestation pendant les deux ans où l’offre fut maintenue ? … Zéro !!!...

Plusieurs raisons individuelles expliquent cet état de fait :
Beaucoup de ceux qui veulent travailler sont exclusivement focalisés sur leur objectif et ne perçoivent pas à quel point leur écrit révèle leur structure d’esprit, leur culture, leur ouverture à l’autre, leur rigueur intellectuelle, leur capacité à comprendre et à accepter des contraintes, ainsi qu’à respecter des consignes...
N’ayant pas conscience de l’importance de l’écrit, beaucoup n’y prêtent garde. Certains ne conçoivent pas que la qualité de l’écrit puisse avoir plus importance pour leurs lecteurs que pour eux, et affichent par là-même un mépris inconscient à l’égard de l’exigence d’autrui. Les plus nombreux ne savent même pas qu’ils font des fautes.

Les résultats conjoints de l'éducation nationale, de Pôle emploi et des associations d’insertion laissent songeurs.
A propos des carences constatées quant aux productions écrites, des directeurs d’écoles primaires expliquent que “l’orthographe se mettra en place toute seule au collège”, des professeurs de collège disent qu’ils ne sont pas là pour enseigner ce qui doit être acquis à l’école primaire et des professeurs de lycée “tombent de leur armoire” toutes les minutes en corrigeant des copies d’un bac que leurs auteurs obtiendront.
Il semble bien que l’écrit ait été sacrifié par certains “penseurs de l’école” et des politiques sur l’autel d’une idéologie visant à éradiquer les inégalités par un nivellement vers le bas.
L’ascenseur social en panne a fait converger des cortèges de citoyens désorientés vers les files d’attentes de Pôle emploi.
Les agents de cet organisme, s’occupant chacun de plus d’une centaine de demandeurs d’emplois, n’ont pas forcément les qualifications requises ni le temps de corriger tous les cv et courriers d’accompagnement.
Les associations d'insertion semblent démunies et non coordonnées pour faire face à l’énormité du problème.
Notre société commerciale n’a ni les moyens, ni la mission, ni la volonté de masquer la réalité à ses clients en frelatant l’état des candidatures qui se présentent à elle 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Il nous semble utile que les pouvoirs publics mettent en oeuvre une action de fond : un “grand plan écriture”.
Les missions de l’école primaire devraient simplement être recentrées sur les apprentissages fondamentaux : lire, écrire et compter.

Ainsi, le programme d’enseignement du français à l’école primaire devrait être revu pour se concentrer pour apporter aux élèves les structures de la langue (orthographe, grammaire, conjugaison…). Le problème est que l’investissement, s’il est lancé aujourd’hui, portera ses fruits dans 10 à 15 ans. C’est pourquoi nos dirigeants seraient bien inspirés d’envisager d’accélérer l’apparition des effets désirés par la mise en oeuvre de cessions de rattrapage à l’école primaire, au collège, au lycée et à l’université, pour ceux des élèves qui ont des lacunes.

La formation continue devrait permettre à certains enseignants de se mettre eux-mêmes à niveau en français, car les bulletins trimestriels et les échanges écrits parents professeurs regorgent de perles éloquentes dont les auteurs sont aussi... certains enseignants.

Les résultats des tests d’expression effectués lors de la “Journée défense et citoyenneté”, ne pourraient-ils pas être mieux exploités pour orienter des actions correctives destinées à ceux qui ont échappé au système scolaire et risquent de submerger Pôle emploi ?

Des moyens ne devraient-ils pas être donnés aux associations d’insertion pour contribuer à la mise à niveau des différentes populations sorties des circuits scolaires ?

Le pôle emploi devrait être en mesure d’orienter des personnes présentant des failles vers ces associations recensées et adaptées.
Nous nous ferions un devoir de relayer le lien vers l’annuaire de leurs coordonnées.

La liste des actions envisageables n’est pas exhaustive...

Ma grand-mère, née en 1898, a arrêté sa scolarité avant même l’obtention du certificat d’études. Alors que sa langue maternelle était l’occitan, elle ne faisait pas de fautes dans les lettres qu’en français, elle envoyait à ses enfants et petits enfants.

Les fondements de la langue ont assez peu changé depuis, alors que les moyens de l’enseignement étaient plus sommaires. Pourquoi ne pourrait-on pas, avec les moyens d’aujourd’hui, faire atteindre son niveau en français par les enfants d’aujourd’hui ?.

La sortie de la crise et du chômage massif passera aussi par l’amélioration de la pratique de l’écrit par les citoyens.
Demandeurs d’emplois, de stages et indépendants, faites un effort et relisez votre production : elle vous représente. Si nécessaire, faites-vous aider.
Responsables politiques de tous bords et institutionnels, prenez vos responsabilités avant que les citoyens ne vous reprochent de les avoir sacrifiés par votre mépris, vos luttes intestines et vos idéologies délirantes…

 Errare humanum est, perseverare diabolicum ! **

 

* 15 euros était un prix qui nous semblait très en dessous de la valeur du service, la plupart des cv nécessitent plus d’une heure de travail et notre femme de ménage nous était alors facturée 16 euros de l’heure
** L'erreur est humaine, persévérer [dans son erreur] est diabolique.